Une journée à la plage : Piscinas

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 dune-piscinas

Torre dei  Corsari – Piscinas : 25km par la route de Montevecchio que nous connaissons bien maintenant puis nous prenons la bifurcation vers les plages. A force de passer par les mêmes routes, le regard s’aiguise. Autour de Torre dei Corsari il y a beaucoup plus de champs cultivés qu’il n’y parait, moissonnés, la paille ramassée, les chaumes se confondent avec l’herbe. A l’arrière de la station il y a aussi des exploitations agricoles. Surplombant la plage de Porto Palmas je découvre le port minuscule avec une forme sinueuse abritant une douzaine de barques en plastique. Il y a aussi quelques palmiers et des vieux bâtiments au toit de tuile à double pente.

carte torrei piscinas

Plus loin, dans  les échancrures des rochers il y a encore quelques belles plage ; Gutturu e flumine, Portu Maga est adossée à la colline avec un minuscule centre commercial. La route quitte alors la corniche en direction d’Arbus. Dans le maquis, un nouvel arrivant, le genévrier devient très présent, arbre plutôt qu’arbuste, aux aiguilles bleutées. La route devient piste.  A l’approche de la grande dune de Piscinas la forêt s’enrichit de pins. La piste fait des montagnes russes puis franchit un gué d’eau ferrugineuse. Un écriteau sème la panique : « gué non traversable ! », il y a à peine 5cm d’eau ! L’explication est fournie sur l’autre rive : des lâchers d’une retenue d’eau peuvent submerger la chaussée. Malgré l’avertissement, tout le monde passe. Un peu plus loin, un autre gué : l’eau est claire mais plus profonde. Le trajet a un goût d’aventure. La dune et la forêt recèlent une faune sauvage abondante qu’on ne peut pas voir de la route et de jour.

Des parkings partent des cheminements de bois vers les buvettes (il y en a 2) et aux installations de plage 7€ pour un parasol et 2 lettini. Comme il est tôt nous choisissons celui qui se trouve à l’extrémité du premier rang.

Nous passons une délicieuse journée de baignade. L’eau est fraîche, cristalline et tranquille. Parfaite pour nager. A 3m du bord on n’a déjà plus pied. Inutile de s’éloigner. Je nage parallèlement à la plage. Ces baignades resteront dans ma mémoire !

Les buvettes vendent des panini (à ne pas confondre avec les tramezzini au pain de mie) et une sorte de pain arabe fourré au fromage et au jambon comme une pizza pliée en deux. C’est ce dernier que je convoite sans savoir le nommer. Il m’échoit un panino, petit pain croquant très bien garni de prociutto crudo et de fromage. Pour terminer une glace.

 

Les lits de plage bleus sont complétés par une sorte de toit orientable qui double l’ombre du parasol sur le visage. Les parasols sont aérés. Le top ! Seul inconvénient le telefonino. C’est fou ce que les Italiens téléphonent à la plage. J’ai téléchargé Le Monde sur ma liseuse. Entre chaque baignade, je feuillette les articles. Encore un autre avantage de la liseuse : accessible depuis n’importe quel endroit (à condition qu’il y ait la Wifi)  moins cher que l’exemplaire en France. Et en plus il ne s’envole pas !

Sur le chemin du retour, nous faisons le détour par Fontanezza. On accède à la plage par une allée bordée de très grands pins dans les stridulations des cigales ; Un énorme bâtiment en ciment tombe en ruine. C’était la colonie de vacances des enfants des mineurs. Énorme et complètement délabrée. La plage est belle, couverte de parasols.

Fluminimaggiore : Temple d’Antas

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Temple d'Antas (temple romain)
Temple d’Antas (temple romain)

Fluminimaggiore est une bourgade sur la route d’Arbus à Iglesias dans la montagne. Plusieurs attractions touristiques ont attiré mon attention : le Temple Antas, punique et romain, un Musée de la Meunerie, la Grotte Sa Manau, et des balades dans la montagne.

Distant de plus de 60km de Torre dei Corsari, nous sommes parties un peu tard. La route a été longue. Passant par Montevecchio, nous voyons le Monte Arcuente sous le soleil. Les sommets de lave aux formes tourmentées qui m’avaient impressionnée sous la pluie me semblent familiers. Soudain, une colonne de fumée s’élève ; c’est un début d’incendie : une voiture brûle sur le bord de la route. Une douzaine d’autos sont arrêtées. Les gens regardent. Un homme en salopette orange court avec un extincteur. Où sont les pompiers ? sont-ils prévenus ? Il parait aussi dangereux d’attendre comme les badauds que la voiture n’explose et que le maquis s’embrase que de rouler à côté. Nous suivons le pick-up d’un fermier qui dépasse l’incendie. Croisons quelques instants plus tard le véhicule de la protection Civile : l’arrière est chargé de bonbonnes rouges, sans doute d’autres extincteurs. Toujours pas de pompiers. A Montevecchio je descends au bureau de tourisme de la Mine. La guide y vend des billets. Elle est au courant ; Elle a téléphoné aux pompiers mais nous remercie d’être passées.

A la sortie de Montevecchio, sept immeubles de ciment gris, vides, quartier fantôme, logements des mineurs, déserts après la fermeture de la mine. En contrebas, une large plaine et la ville de Gustini.

Arbus, la capitale de la province, s’étage au flanc des collines et dans le creux. Vision d’ensemble coloriée, gaie. Nous ne nous arrêtons pas au Musée de la Coutellerie, couteaux fins et aiguisés au manche en corne ressemblant aux Laguioles. J’ai perdu mon Laguiole remplacé par un petit Columbia trouvé au Marché aux puces de Sofia. Je suis fidèle à mes couteaux, montres ou stylos. Je n’ai pas envie de remplacer le petit Columbia même si les couteaux sardes sont magnifiques.

Entre Arbus et Fluminimaggiore la S126, belle route de montagne avec beaucoup de lacets mais large, traverse des forêts de chênes-lièges et de pins parasols, des vignes parfois mais aussi des zones brûlées, ravagées ­­­­par les incendies. Pourrons –nous repasser cet après midi par Montevecchio ? Du côté du ravin, des roches vertes affleurent. Une mine abandonnée ? Pas question de s’arrêter pour contempler le panorama, il n’y a pas de parkings.

Nous aurions mieux fait de visiter la Meunerie en arrivant à Fluminimaggiore , le Musée ferme de 13h30 à 17h tandis que le Temple d’Antas fait journée continue. Nous avons raté la Meunerie.

Temple d'Antas à l 'avant le temple punique
Temple d’Antas à l ‘avant le temple punique

Le Temple d’Antas se trouve sur la route d’Iglesias. Le trajet semble interminable dans un vallon boisé, touffu aux flancs raides. On n’imagine pas un sanctuaire dans un site aussi sauvage,et reculé. Cathaginois et Romains n’avaient pas de berlines confortables ni de routes asphaltées.

Même de la billetterie (4€) on ne voit toujours pas le temple. Munies d’un plan nous le découvrons enfin dans une clairière herbue. La colonnade du fronton a été remontée. On devine les inscriptions datant de Caracalla.

Je traduis et résume les explications du panneau

a)      Temple Romain

Découvert par le général Alberti Lamamora en 1832 dans une forêt de chêne, ce dernier a pensé que les colonnes pouvaient appartenir au temple légendaire de la ville cachée de Metalla fondée par les Romains à mi-chemin entre Saki et Neapolis dans le golfe d’Oristano. Ce site fut cité par Ptolémée avec Tharros et le fleuve Tirso. La campagne de fouille commença en 1967.Le temple punique était encore utilisé à l’époque  romaine. Il est possible de retrouver un temple d’Auguste mais c’es Caracalla qui le restaura. L’inscription sur le fronton :

Inscription sur le fronton
Inscription sur le fronton

TEMPLE DE SARDUS PATER BABB(A)I

On a retrouvé un doigt de la statue de 3m qui devait être dans la cella

b)      Temple Punique

Reste d’un temple carthaginois qui d’était installé dans la vallée pour profiter des mines de plomb. La Sardaigne était un lieu stratégique entre l’Espagne et l’Europe. Le temple punique avait un autel à ciel ouvert. On y a retrouvé des objets en or et des amulettes égyptiennes et des pièces battues en Sicile, Sardaigne et à Carthage.

Botanique

Sur le parcours les végétaux sont identifiés par des étiquettes : oliviers, lentisque, poirier sauvage, arbousier, aubépine, chêne-liège. Je recopie le nom latin et quelques propriétés qui m’ont étonnée.

sardaigne 069 - Copie

 

 

Chêne-liège : quercus suber : l’écorce de liège protège l’arbre qui survit aux incendies décidemment c’est le jour !)

 

pistaciusLentisque : Pistacia lentiscus : il rend service par son bois, le fourrage pour les chèvres. On peut faire de l’huile avec ses fruits une fois bouillis ce qui a rendu service pendant les périodes de famine. Ses feuilles, en infusion donnent une teinture jaune.

Aubépine : Crataegus monogyna peut vivre 500ans a donné la couronne d’épine de Jésus.

sardaigne mp 046 - CopiePoirier sauvage : Pyrus amygdaliformus : bois apprécié en menuiserie. On peut faire sécher ses fruits sur la paille. Le poires deviennent douces et comestibles en cas de famine.

 

 

Arbousier : arbre » patient » ses fruits mettent un an à mûrir.

A l’écart, un sentier mène au village nuragique. Des cercles de pierres assemblées avec de la boue forment la base des grandes huttes du village.

Nous renonçons à la promenade vers la Carrière romaine (20mn en plein soleil) en plein midi.

Une autre promenade d’un quart d’heure très agréable parce qu’à l’ombre conduit à un très vieux chêne.

D’autres parcours sont possibles jusqu’à la grotte mais c’est plutôt un trek.

Nous avons déjeuné sur de longues tables à l’ombre d’un magnifique chêne-vert (Quercus ilex) carottes râpées et jambon.

Détour (1km) pour la Grotte de Sa Manau. Le prix (10€) et l’attente m’ont découragée. La route du retour sera longue.

Nous ne saurons jamais  si l’incendie s’est propagé. Le GPS a trouvé un autre itinéraire par Guspini où nous sommes passées sans nous arrêter devant la belle église San Nicola di Mira. J’ai admiré de loin la belle rosace catalane (selon le Guide vert). La route a traversé la plaine et longé la lagune de Marceddi où on a vu  des flamands roses et une aigrette.

Nous aurions bien poussé jusqu’au Capo di Frasca que l’on voit de Torre dei Corsari c’est terrain militaire.

La journée s’achève sur la plage de Porto Palmas aussi appelée Tunaria. Cette baie abritée est idéale pour nager. La plage est tranquille. Les habitués ont planté leurs parasols. Les zodiacs montent et descendent la rampe. Je fais mes allers/retours.

La pizzeria de la Kambusa sert des plats à emporter. Les tables sont dressées sur une terrasse avec vue panoramique à 360°. Je commande des calamars frits et légumes grillés. Excellents. Les légumes sont des tranches de courgettes et d’aubergines juste passés au barbecue, saupoudrés d’ail et de persil. La peau violette de l’aubergine a gardé sa couleur fraîche. Les tranches sont moelleuses.

La mine de Montevecchio et les plages environnantes

CARNET SARDE

 

Les crêtes volcaniques du mont Arcuente
Les crêtes volcaniques du mont Arcuente

 

Le temps est très gris. La route vers le sud tortille dans les collines de schiste recouvertes de buissons touffus où prédominent les lentisques et les cistes roussis. Au loin, une ligne de crête très biscornue, ruiniforme avec des pics comme des tours de châteaux effondrés. Nous roulons des kilomètres sans voir une habitation ni une voiture. Après un pont, on trouve le granite. Des lauriers-roses suivent un ruisseau, abondante floraison rose qui serpente. Sur la SP65, quelques maisons et de nombreux écriteaux signalent des B&B et des Agriturismi . Tourisme respectueux de la nature et de la ruralité, invisible. Les oliviers  sont cultivés ou mélangés à des arbres touffus et plus hauts qu’en bord de mer : chênes-verts, lentisques, avec des lianes, plus forêt que maquis. On s’approche des sommets, la falaise est creusée de cavités. Sous les nuages gris ces reliefs tourmentés du Monte Arcuente ont une allure vraiment fantastique.

sardaigne 113 - Copie

Nous arrivons sous la pluie au village de Montevecchio. C’est un village fantôme avec le  grand palazzo rose et jaune aux grands volets de bois vert fermant des fenêtres très hautes et symétriques.

Nous avons pris rendez vous pour 11h par téléphone et attendons une heure sous la pluie tandis que les autres visiteurs arrivent progressivement sous des parapluies.

5€, le premier parcours, 9€ pour 2, 12€ les 3

Dans le patio, Sérapis et deux ancres romaines en plomb
Dans le patio, Sérapis et deux ancres romaines en plomb

Le Palazzo fut construit par Giovanni A. Sanna de 1870 à 1877 pour y habiter et abriter les bureaux de la compagnie minière. Jusqu’en 1933 où elle fut vendue à la Montecatini. Le sous-sol fut exploité depuis l’Antiquité. La tête du dieu Serapis dans le patio rappelle ces mines romaines avec deux ancres de plomb retrouves à Piscinas. On exploitait principalement le zinc et le plomb. Jusqu’à 5000 personnes travaillaient sur le site.

Au premier étage du Palazzo se trouvaient les bureaux, au deuxième étage les appartements des patrons, au troisième, sous les combles, ceux des domestiques qui avaient froid l’hiver et chaud l’été. La Montecatini a converti tout le bâtiment en bureaux modernes recouvrant les fresques originales. La restauration de 1977 a tenté de présenter les fastes d’autrefois.

Fumoir Art Déco
Fumoir Art Déco

La visite commence dans la salle à manger dressée avec de la vaisselle de porcelaine fine et des verres en cristal. De là, les hommes se réunissaient au fumoir peint avec des bleus soutenus et des rouges intenses en motifs géométriques Art Déco sobres et originaux.

La salle à manger des domestiques au 3ème étage est plus simple. Les domestiques y accédaient par un escalier séparé de celui des patrons qu’ils ne croisaient jamais.

cuisine
cuisine

La cuisine du Palazzo était très vaste avec l’eau courante, une glacière pour conserver les aliments, un passe-plat. Une magnifique cuisinière à charbon occupe un mur entier. Une pièce était dédiée aux travaux d’aiguille et à l’entretien du linge qui séchait sur des balcons invisibles de l’extérieur.

La guide insiste sur la hiérarchie très marquée dans la société de la fin du 19ème siècle. Les mineurs ne pénétraient pas dans le château. Ils venaient au village en trois occasions : pour la paie qui était distribuée par une fenêtre, le mineur restant à l’extérieur, pour se faire soigner à l’hôpital, et pour la Messe. Séparation des classes sociales, séparation des sexes : salle de billard et fumoir pour les hommes. Salon pour les femmes. Couleurs soutenues pour les hommes, rose pour les femmes.

salle de réception
salle d’apparat

Le clou de la visite est la magnifique salle bleue, la salle de réception au plafond en trompe-l’œil et aux fresques variées.

puits sartori
puits sartori

La seconde visite : San Antonio sur le carreau de la mine. Le puits le plus ancien (1875) est profond de 300m et coiffé d’une tour carré imitant un donjon avec les ouvertures en ogive. Plus loin, le puits Sartori(1940) exploité sur 19 niveaux. Les bâtiments industriels de la fin du 19ème étaient construits en pierre, les ouvertures bordées de briques, constructions élégantes témoignaient de la richesse de la Compagnie. En contre-point : la condition ouvrière.

Les roches concassées passaient sur un tapis roulant. Les femmes triaient le minerai de plomb, de zinc ou le stérile ; Si une femme était enceinte elle continuait à travailler et après son accouchement elle apportait le bébé à côté d’elle. Ces minerais étaient réduits en poudre puis traités dans différents bains et triés à nouveau par flottation. Une monnaie était battue à Montevecchio pour la paie des ouvriers.

logement des mineurs
logement des mineurs

Les célibataires dormaient en dortoir. Les familles les plus chanceuses étaient logées dans de petits appartements de deux pièces pour une famille : une chambre et une cuisine.  Une seule toilette par couloir pour trois familles.  Pas d’eau : il fallait descendre à la rivière. Les ouvriers rentraient tard, épuisés ils négligeaient d’aller chercher de l’eau pour se laver et dormaient dans leurs habits de travail pleins de poussières dangereuses : le plomb provoquait le saturnisme. Pas d’électricité non plus Les ouvriers payaient pour tout, le loyer mais aussi l’huile pour la lampe L’usine ne s’’arrêtait jamais. Le bruit était infernal.

3ème visite Picalinna

Piccalina
Piccalina

On peut voir l’ascenseur descendant au puits Giovanni à 400m de profondeur. La cage de bois avait deux étages mais elle était ouverte sans porte de fermeture et la descente s’effectuait sans aucune sécurité. Le petit bâtiment de la lampisterie et de la réparation des outils est de jolie facture.

Les ouvriers travaillaient la semaine comme le dimanche. En 1904 éclatèrent  des grèves dans d’autres mines de la région pour obtenir le repos hebdomadaire.

Le puits fut fermé en 1980 et l’entreprise en 1991. Actuellement il ne reste plus qu’une seule mine de charbon en activité et elle est menacée.

La visite a duré 2h30.

Plages

Nous pique-niquons dans la forêt non loin. Sur la route du retour, nous explorons les plages. La première s’appelle Marina Arbus quelques maisons bordent une corniche au dessus d’une belle plage de sables avec quelques parasols individuels. L’eau est très calme. La plage suivante vers le sud, plus petite,  est accessible par une rampe. Encore plus loin on peut s’approcher de l’eau mais ce sont des rochers .

porto palmas
porto palmas

Plus au nord près de Torre dei Corsari : la petite plage de Porto Palmas est dans une anse bien protégée. L’eau est très calme et transparente. La plage est bordée de graviers et petits cailloux, dans l’eau il y a parfois du sable mais aussi des rochers. Des posidonies poussent près du bord. Je regrette d’avoir oublié mon masque. J’ai adopté cette plage plutôt que la grande avec ses vagues.

La Guerre des Saints : Michela Murgia

LIRE POUR LA SARDAIGNE

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J’ai ouvert ce livre mercredi. Nous revenions du Sinis et de Cabras où se déroule l’histoire. Cette coïncidence m’a réjouie. « Crabas était un gros bourg de 9000 âmes lieu de villégiature estival d’Eleonore d’Arborée… » . Je viens de faire la connaissance de cette héroïne du 14ème siècle.

« les rives de l’étang sur lequel Crabas fondait s vie sociale délimitaient une  île sauvage de basses eaux de laquelle le garçonnet s’imaginait naufragé et téméraire. « 

Le livre s’ouvre comme le récit des vacances d’un enfant Maurizio dans la lagune du fleuve Thirso en 1985-1986.

« Le village respirait au rythme des cloches, ses poumons n’étaient autres que l’église paroissiale de Santa Maria ». [ …..]

« les pêcheurs avaient pour saint patron Pedru, Pierre, le pêcheur des hommes qu’on célébrait en grande pompe avec un prédicateur rémunéré venu de l’extérieur, surtout par des quintaux de muggini qu’on cuisinait pendant les bals. L’odeur de poisson grillé flottait jusqu’aux villages voisins »

Voici le cadre de l’histoire où les enfants désœuvrés se livrent aux occupations de leur âge : chasse aux oiseaux à la glu ou à la fronde, expédition punitive contre une tribu de rats. Joliment raconté. On sent vivre le village, des vieillards aux enfants.

Le roman prend une autre tournure au chapitre 6 (le live en fait 10) quand une querelle de clochers se déclare avec la fondation d’une nouvelle paroisse qui divise le village. Ici commence la guerre des Saints qui donne son nom au livre. Les enfants sont témoins des querelles des adultes. Enfants de chœur, ils y participent à leur façon. La comédie légère se termine en farce bouffonne. Le lecteur sourit d’abord aux traits d’humour pour finir par pouffer bruyamment à la fin.

Un livre à emporter dans un voyage en Sardaigne mais aussi une lecture réjouissante pour s’évader.

 

Sinis : Cabras, Tharros, San Salvatore

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les pêcheurs de Marceddi au fond:  le pont
les pêcheurs de Marceddi au fond: le pont

 

Marceddi

Sur la Piazza Museo del Mare, le musée est fermé. Dans le port il y a plus de barques en bois que de bateaux en plastique. Les maisons de pêcheurs – toutes basses –  sont alignées le long du quai en terre battue. Façades colorées, jaune, bleu, rose parfois relevées d’un pavage de schiste autour des ouvertures. Unpêcheur à pied racle le fond avec un cadre en bois et ramasse des palourdes.

Un parcours sur des planches de bois conduit à une tour espagnole. Les panneaux explicatifs sont blanchis, abandonnés comme le Musée de la Mer. Au bout du village une pinède borde la lagune. Un homme prend des mesures salinité ou température ? J’aurais aimé lui demander des explications.

Cabras

Géants de Monte Prama
Géants de Monte Prama

 

Nous arrivons à Cabras en traversant des rizières très vertes comme en Asie. L’Antiquarium de Cabras est à l’entrée de la ville sur la route de Tharros . Le musée est assez vaste : le spremières salles présentent les objets trouvés à Tharros(fort peu d’explications) et dans les environs. De minuscules figures féminines de pierre ou de terre cuite attirent mon regard dans la vitrine de la Préhistoire (3ème millénaire) les pointes de flèches en obsidienne et les fragments de céramique ancienne ne me passionnent pas (déjà vus à Irgoli) .Dans  la salle Phénicienne et Punique, une curieuse « assiette garnie » punique contient des restes de poisson mangés à cette époque. On voit de nombreuses stèles avec Bétyle, avec autel, avec edicola, une autre sculptée en relief évoque la silhouette d’une momie égyptienne. De l’époque punique on a aussi trouvé les poids pour les filets de pêche : anneaux de terre cuite ou de pierre.

guerrier portant son bouclier
guerrier portant son bouclier

A 11h30, commence la visite guidée conduite par une très jeune femme à la chevelure bouclée, très souriante, très volubile, aux jolies fossettes mais dont j’ai beaucoup de mal à intégrer le flot de paroles. Elle semble habitée par son sujet que je cerne mal : une exposition de photos en N&B intitulée UN NOUVEAU MUSEE EST NE : MONTE  PRAMA ; les trois autres visiteurs venant de Sassari sont très au courant, ils ont apporté des catalogues. Un dialogue interminable s’engage, assez incompréhensible pour moi où des intérêts de politique locale interviennent. Doit-on développer des petites structures près du lieu de la découverte ou regrouper les pièces majeures à Cagliari. Je m’impatiente parce que je ne comprends pas où ils veulent en venir.

Une photo d’un champ labouré à Monte Prama, une photo des fouilles qui ressemblent à n’importe quelles fouilles. Le suspens est total. La route nuraghe, puis punique, plus tard via romaine, passe entre l’étang de Cabras on y a retrouvé une banquette de 28 dalles qui se révélèrent être les socles de 28 statues nuraghes de grande dimension et les puits circulaires  étaient des tombes contenant les restes des défunts inhumés assis. Des études anthropologiques précisent qu’ils étaient des hommes jeunes de 25 à 30 ans, la datation donne 1800ans av JC et les études génétiques, une certaine consanguinité. On en a déduit qu’ils étaient des  guerriers d’élite.

cabras géants demonte_prama_1 Avant de passer dans la salle où sont les statues des géants, la guide nous montre les photos des bronzetti – statuettes de bronze montrant les guerriers nuraghes. Après cette très longue introduction dans le couloir noir, c’est le choc : 6 statues énormes massives, blanches érodées par le temps. L’une d’elle présente la blessure du soc d’une charrue. Les perforations tubulaires (peut être est-ce la nature de la roche) donnent une surface irrégulière à une autre. Ils sont impressionnants les géants de Monte e Prama ! L’un d’eux a brandi au dessus de la tête son bouclier incurvé et nous fixe de ses yeux ronds. D’autres portent des gravures fines au bras et au dessus des mollets : bracelets ou tatouages ? On reconnait le poing et le bras de l’archer, les jambières protège tibia sur un autre. Les autres statues sont exposées à Cagliari. Sur un écran on peut étudier les photos à loisir. La guide choisit les plus intéressantes et zoome sur un détail.

Pêcheries

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L’embouchure du fleuve Tirso, les étangs, la lagune de cabras sont des zones de pêche. Cabras est un centre de production de la boutargue (œufs de mulets). Dans une boutique elle se vendait 98€kg, pas le prix du caviar mais un peu cher pour un pique-nique ! Autrefois je faisais moi-même mon tarama avec du pain trempé dans du lait et de l’huile en le montant comme une maïonnaise.

Pendant que je visitais l’Antiquarium, Dominique a assisté au retour des pêcheurset à la vente du poisson à la coopérative de Cabras : bâtiments jaunes construits sur les trois côtés d’un carré, les barques numérotées toutes semblables. Le temps de la visite, toute la pêche a disparu, la boutique a fermé, le camion des pêcheries de Pontis parti.

Nous avons visité les installations des pêcheries de Pontis à 13h. Complètement vide. Je suis montée sur une terrasse pour avoir une vue d’ensemble sur les planches enjambant le canal, les piquets en V formant une sorte de piège. On nous avait expliqué cette technique dans le delta du Pô à Comacchio pour la pêche aux anguilles. Nous n’avons pas vu les embarcations de roseau (sauf au musée) ùaos deux huttes formant une tente en contre-plaqué.

Pour que cette visite soit plus intéressante il aurait fallu se documenter sur les horaires des pêcheurs.

Tour espagnole de Tharros

la Tour espagnole
la Tour espagnole

Nous sommes revenues à Tharros pour le Point Internet. Depuis que les Smartphones et les tablettes se sont répandus les cafés Internet ont disparu. Nous devons réserver les hôtels pour les 3 derniers jours.

L’entrée de la Tour (comme le Musée de Cabras) est comprise dans le billet cumulatif.

La tour espagnole a été restaurée récemment. La citerne recueillant les eaux de pluie a été carrelée et la coupole repeinte en rose. Les logements des gardiens étaient sur la terrasse d’où la vue est très étendue.

Philippe II vers 1500 a fait ériger cette tour de guet au sommet du Cap San Marco  pour surveiller les attaques des Turcs et des pirates barbaresques sur l’emplacement d’un nuraghe et d’une tour punique. Ses blocs de grès proviennent des monuments antiques de Tharros.  Dans la 2ème moitié du 19ème siècle elle reprit du service contre les contrebandiers.

Baignade au pied de Tharros

la plage avec les vagues
la plage avec les vagues

Au pied du Cap San Marco, les plages sont nombreuses. On peut choisir entre les eaux agitées du côté de la mer et celles plus calmes du côté de la lagune ou marcher sur le cap pour trouver de petites criques.la belle plage entre le parking et le site est animée. Parasols multicolores et vagues. De la tour espagnole j’ai vu des gens se baigner dans une eau turquoise limpide dans un petit creux entre la vieille tour et le site, tranquille comme une piscine, claire…

C’est près de la marina, protégée par une ligne de bouées rouge et blanches que je me baignerai. Le fond est un  peu vaseux mais l’eau reste claire.

San Salvatore

San Salvatore, village fantôme?
San Salvatore, village fantôme?

A l’écart de la route, accessible par une route de terre, se trouve le village de San Salvatore. Nous arrivons sur une grande place rectangulaire avec 4 acacias à moitié morts décharnés. Deux petits oliviers et de minuscules maisons basses la bordent. Une porte, une fenêtre, un toit de tuiles romaines. Devant chaque maisonnette, un banc, parfois un bloc de basalte, parfois une dalle sur deux pieds de pierre. L’église est minuscule. Le porche donne de l’autre côté, porche tout simple  un toit à double pente repose sur des piliers carrés, un gros acacia bien  vert le précède.

l'olivier
l’olivier

Cette place a un aspect étrange, désolé. J’en ai découvert la raison dans le Guide Vert : les maisons ne sont pas habitées sauf à l’occasion de la Fête du saint pendant neuf jours. Ces fêtes sont racontées dans le livre de Grazia Deledda le Vent dans les Roseaux. Cette place déserte me rappelle aussi en Andalousie El Rocio  dans la Donana, encore un e zone humide avec le pèlerinage des gitans. Le guide raconte la Course des Déchaussés : vêtus de tuniques blanches et pieds nus, une centaine de jeunes gens courent entre Cabras et San Salvator : procession rappelant une attaque des Sarrazins en 1619.

Nous avons découvert l’hypogée de San Salvatore dans l’audiovisuel du Musée d’Oristano le présentant comme un exemple de syncrétisme religieux ; j’y verrais plutôt un palimpseste.

san salvatore Aux origines, un puits sacré nuraghe, ensuite un sanctuaire phénicien. Pour les Puniques, il était dédié à Sid – dieu guerrier – pour les romains, à Asclépios. Les graffitis de la crypte ajoutent à l’étrangeté. Mars et Vénus y sont représentés de façon très sophistiquée tandis qu’Hercule semble avoir été dessiné par un enfant. Les bateaux sont aussi schématisés. Une inscription en arabe est encore plus énigmatique.

san salvatore venus et mars

 

Le caractère rural et très simple de l’église qui surmonte la crypte ne laisse pas imaginer tant de mystères.

Tharros

CARNET SARDE

Tharros
Tharros

Une demi-journée ne suffira pas pour visiter le Sinis où est situé les site de Tharros  .

19km entre Oristano et le Cap San Marco. A l’entrée de Cabras, dans un jardin public ombragé nous pique-niquons notre menu gastronomique composé d’ailes de poulet mexicains et d’aubergines à la parmesane.

La campagne est très plate des champs de maïs alternent avec des champs de blé moissonnés où de grande roues de paille jonchent les chaumes. L’eau est très présente : canaux, lacs lagunes se confondent avec la mer toute proche et l’estuaire du petit fleuve Tirso que l’on ne peut certes pas comparer avec le Pô ou le Danube. Nous aimons bien ces zones humides.

Le site de Tharros au Cap San  Marco  est très fréquenté. Aujourd’hui, dimanche, les parkings sont pleins. Peut être les gens sont tout simplement venus à la plage : il y en a une belle face à la mer avec de jolies vagues et une autre protégée côté intérieur avec des eaux plus calme. Un petit train touristique va jusqu’au cap, permettant d’atteindre le site archéologique.

Le billet combinativo 9€ donne accès au site, à la tour Espagnole et au Musée de Cabras.

Rue romaine dallée de basalte
Rue romaine dallée de basalte

Le site s’étend à flanc de colline. Le port phénicien puis romain est maintenant immergé. De gracieux voiliers permettent d’imaginer les navires antiques. Les structures les plus reconnaissables sont les grandes rues dallées de basalte recouvrant les égouts et les adductions d’eau. L’aqueduc ne figure pas dans les éléments visitables. En revanche la première construction que nous abordons est le château d’eau, une vaste citerne, grand bâtiment sans ouverture soigneusement maçonné. Juste en dessous se trouve l’établissement des thermes. Les thermes (il y en a 3) sont facilement reconnaissables construits de brique ou de petits moellons avec les hypocaustes. Les panneaux évoquent. Sur les panneaux on parle de mosaïques que je n’ai pas vues.

Thermes
Thermes

Dans un creux se trouverait le forum avec des temples ( je ne les aurais jamais trouvé moi-même). Le plan romain facilement lisibles dans d’autres sites romains est confus, Les Romains ont bâti sur une ville punique déjà bien urbanisée et le terrain est loin d’être plat. Le cardo maximum et le décumanus font une sorte de fourchette et non pas un angle droit. Les maisons ont gardé le plan punique, je ne vois ni atrium ni peristyle.

Seules, deux belles colonnes blanches à chapiteaux corinthiens tiennent debout. C’est le sujet les plus photographié. Trois touristes posent. Monsieur en Apollon, puis en discobole. Madame et fiston photographient. Monsieur regarde le résultat puis reprend la pose. Perfectionniste, il re-regarde, re-modifie la gestuelle. Cela dure et ..dure tandis que D essaie elle aussi de faire sa photo. Excédée, je les apostrophe : « cela va encore durer longtemps ces singeries ! » . Ils le prennent très mal – je n’ai pas été très diplomate

Un peu à l’écart, en hauteur les cabanes rondes nuragiques sont bien visibles, elles dominaient le port et le marais. On loin, l’emplacement du tophet phénicien et les fortifications romaines.

J’y retrouve la famille Selfie ils m’agonisent de quolibets : « voila la bêtise avec un chapeau rouge ». Ils me donnent rendez-vous à la Tour espagnole. Peu désireuse de les y retrouver et impatiente de me baigner je renonce à cette dernière visite.

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San Giovanni di Sinis

Au bas de la colline, près du village composé d’une seule rue de maisons mitoyennes basses, se trouve la très belle église de San Giovanni di Sinis. Avec sa coupole rose, son toit légèrement arrondi, elle ressemble plus à une basilique byzantine qu’à une église romane italienne. Volumes tout en courbes, façade de pierres nues percées seulement d’arcades à l’arrière. Elle est très ancienne. Commencée au 6ème siècle, 10 ou 11ème. A l’intérieur, calme et fraîcheur, des arcades romanes séparent trois nefs verdies par l’humidité. L’autel est fleuri d’agapanthes bleues. Le bénitier est une très belle vasque de pierre.

Retour direct pour profiter de la plage de Torre dei Corsari. Hélas, le drapeau rouge flotte comme hier. Il faudra me contenter d’une promenade le long de la plage. De jeunes téméraires jouent dans les vagues, les surfeurs laissent la planche sur le sable.

Pour terminer cette belle journée nous assistons à un lever de lune spectaculaire au dessus des maisons qui couronnent la colline.

Oristano

CARNET SARDE

la cathédrale d'Oristano
la cathédrale d’Oristano

Le pont sur la lagune fait gagner une vingtaine de km. On le prend malgré la circulation chargée : samedi, tout le monde va à la mer. En repliant les rétroviseurs, en serrant bien le bord deux voitures peuvent se croiser. On découvre le moyen électronique de faire replier les rétros !

Oristano ne compte que 30.000 habitants mais c’est la capitale de sa province et elle a toutes els caractéristiques d’une ville moderne : des industries et des zones commerciales, Leclerc…Nous garons la voiture devant l’archevêché et la cathédrale Santa Maria Assunta. Le clocher octogonal (15ème s.) est élégant coiffé d’un bulbe de tuiles vernissées et décoré d’une frise de masques. Construite en 1228 vous la volonté du Juge Mariano, le remaniement  au 17ème siècle fit disparaître le style  gothique. L’intérieur est baroque ou néo-classique peint (je n’aime pas beaucoup). Je rate la chapelle Remedio gothique cachée par un échafaudage.

Evêché
Evêché

Le grand bâtiment austère de l’Archevéché en pierres brunes est orné d’un escalier et d’un portail ciselé en trachyte gris qui tranche avec la façade sobre.

eleonora-di-arborea1Devant l’Hôtel de Ville jaune aux stucs blancs, sur la Piazza Eleonora, se dresse sur un haut piédestal la statue d’Eleonora Arborea.

 

 

 

 

 

Née en 1340 elle épousa le Gènois Brancaleon Doria et fut la Giudicea d’Arborea de 1383 à 1404. Elle s’opposa aux Espagnols et inspira la Carta di Logu code de lois particulièrement avancé pour l’époque reconnaissant des droits aux serfs et dans le droit des femmes. Ce code resta en  vigueur en Sardaigne jusqu’en 1817.

Le Corso Umberto est désert ce dimanche d’été et de nombreuses boutiques sont fermées.

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La Tour de Mariano II édifiée par des maîtres d’œuvre toscans au 13ème siècle est un vestige visible du mur d’enceinte de la ville médiévale (avec  une autre tour que nous n’avons pas trouvée). Cette haute tour carrée est creuse, évidée du côté de la ville close ce qui lui donne une silhouette étonnante.

Le Musée Historique – Antiquarium Arborense  est situé dans le Palazzo Parpeglia 18ème siècle. Nous y sommes très bien accueillies : la dame nous fait la visite guidée en français, nous signalant les plus belles pièces des vitrines. Pointes de flèches en obsidienne préhistoriques. Poteries nuragiques entassées dans la vitrine suivante,  les cruches entassées en liaison peut être avec le culte de l’eau et les puits sacrés. Dans une troisième vitrine, nous trouvons les moules pour couler le bronze : les forgerons nuragiques excellaient dans le travail du bronze. Je retrouve les mêmes moules découverts à Irgoli ainsi que les pintaderas – moules pour décorer le pain.

Aux murs une série de panneaux raconte les rites phéniciens : les sacrifices d’enfants en bas-âge au Tophet « la ville qui dévore ses enfants ». Souvenir de Sicile de Motzia où des restes d’enfants en bas-âge avaient été retrouvés mais l’hypothèse de sacrifices humain n’avait été retenue que comme une hypothèse parmi d’autres, la mort naturelle était aussi plausible ; la mortalité infantile à cette époque était énorme.

Bijoux phéniciens ou punique ? J’ai déjà oublié.

Certaines pièces de céramique sont extraordinaires comme ce masque punique d’homme aux dents écartées  au faciès terrifiant, ce vase en forme de petit cheval portant lui-même un vase, ce récipient  figurant un couple accoudé ressemblant étrangement à une urne étrusque vue à Volterra. Notre guide souligne que des échanges avaient bien lieu entre Sardaigne et Etrusques.

Une vitrine est consacrée aux écritures : phénicienne, grecque, romaine, étrusque et hébraïque. On peut retrouver en Sardaigne toutes ces graphies. Une inscription paléochrétienne porte des gravures, un bateau, une colombe une sorte de croix. Une autre est amusante : deux phallus et sous-titré qu’il y en a un troisième, celui qui lit, version romaine, plutôt vulgaire de « celui qui le lit qui y est … »

A l’étage, une salle abrite une maquette de la ville médiévale au 13ème ou 14ème siècle. Aux murs sont accrochées de très belles peintures : un beau saint Martin d’un peintre catalan provenant d’un retable et le martyre des franciscains portant chacun un poignard qui à sa gorge, qui à sa poitrine.

Une salle est consacrée à Tharros : maquette de la ville romaine à l’époque impériale avec son port, son amphithéâtre, l’aqueduc. Les objets provenant de ce site : armes romaines et carthaginoises, projectiles romains, boulets de pierre et même balles de céramiques moulées pour de grandes frondes.

Enfin, on nous projette un très bel audiovisuel sur écrans. Mosaïque de toutes les curiosités des environs d’Oristano. Techniquement ce montage est un chef d’œuvre du genre. Pratiquement : il nous fait découvrir des sites naturels ou des églises négligés par nos guides. On fixe de nouveaux buts de promenade.

D’Orosei à Torre des Corsari – traversée de la Sardaigne d’Est en Ouest

CARNET SARDE

 

en passant par Marceddi
en passant par Marceddi

 

Nous quittons le beau jardin à 8h30. Arrêt à la pompe : 75€. La Golf n‘est décidément pas une affaire !

Jusqu’à Nuoro, les routes sont connues, traversant Onifai, Irgoli, apercevant Galtelli. Les arroseuses tournent dans les prés. Les brebis sont regroupées à l’ombre des grands chênes. Au sud nous reconnaissons les crêtes au dessus d’Oliena. J’aime bien reconnaitre les lieux y repasser, réviser, les apprendre pour s’en souvenir plus tard.

La SS (Strada Statale) 131 est une 2×2 voies à chaussées séparées, gratuite. Ce n’est pas une autoroute. Les tronçons de montagne ont leur vitesse limitée à 80km/h. Après Nuoro, le plateau granitique a des croupes molles recouvertes tantôt de forêts, tantôt d’herbe sèche couleur paille piquetée de grands chênes. Dans les vallons poussent de genêts. La route descend dans une dépression. Nous retrouvons les oliviers laissés à Irgoli. Dans le creux à Ottana de grandes cheminées  d’usine paraissent incongrues.  Le maïs est irrigué.

Le long de la route le Lac Omodeo serait une étape agréable. Nous loupons la sortie. La sortie suivante se trouve dans une zone de travaux. On peut sortir mais pas entrer à nouveau. Sur la carte, c’est le brouillard. Le GPS radote « faites demi-tour dès que possible ! ». Au hasard nous prenons la direction d’Aidomaggiore  qui est un joli village aux maisons de pierres volcaniques avec les portails soigneusement sculptés. A la sortie du village, sur une arête, un nuraghe puis un second.

A Abbasante  nous retrouvons la S131. A la sortie de la ville, encore un nuraghe, puis deux autres aux km 112 et km 110.

Oristano est une grande ville. On y entre par des zones commerciales. Le centre historique est piétonnier tout à fait charmant avec des cafés sur de petites plages qui invitent à la pause. Nous retrouvons la S131 puis le GPS nous fait tourner dans la campagne très plate où l’on cultive du maïs déjà très haut et où l’élevage se fait en stabulation dans de très grosses fermes.

Nous pique-niquons à l’entrée d’un champ de maïs. Le frein à main électronique fait bien de la misère : la voiture refuse obstinément de reculer.

Quittant le maïs d’Arborea nous longeons un lac une lagune ( ?) Arrivons au petit port charmant de Marceddi. De là, le GPS nous invite à passer un pont très étroit. Un panneau signale que la circulation y est interdite. On tente pour se retrouver nez à nez- capot à capot- avec le véhicule d’en face.

Retour à Marceddi où flotte une délicieuse odeur de poisson grillé. Le pêcheur nous dit :

–          « prenez le pont ! »

–          « mais le panneau ! »

–          « ce n’est pas interdit.  Le panneau est vieux ! »

On vérifie que personne ne se trouve en face, et on fonce. Après le village de San Antonio c’est très sauvage, dune ou colline couverte d’une végétation rase de cistes et de lentisques.

la tour espagnole qui a donné le nom
la tour espagnole qui a donné le nom

 

Torre dei  Corsari  a une belle tour espagnole érigée sur un promontoire rocheux qui limite une très belle plage de sable doré.

 

 

 

La petite station comporte 3 hôtels, quelques villas dans des jardins et surtout un très grand « condominium » : des dizaines et des dizaines de maisons adossées à la colline formant un amphithéâtre. A la base le rez de chaussée est en schiste avec les portes de garage en bois est surmonté de deux ou trois étages de balcons, terrasses en gradin avec des auvents de tuiles ou de canisses. Les façades sont jaunes, orange ou roses. Décalées elles font penser à un village traditionnel. Il ne manque que le clocher d’une église pour qu’on se croit dans un village.

Notre appartement est une excellente surprise. Il est très vaste : grande salle à manger salon, une chambre avec un lit immense, une très grande armoire, et une chambre d’enfants. Salle de ban claire avec douche.

Nous apprécions le confort dont nous avons été privées et surtout l’espace. La terrasse est très vaste, couverte d’un toit de cannisse et carrelée de beaux carreaux vernissés orange, elle fait un angle. En face il y a une très belle dune et un petit étang aux eaux vertes.

torre dei corsariplage

Après l’installation, je suis impatiente d’aller à la plage. 28 + 93 marches pour descendre, moins de 10 minutes. Le drapeau rouge interdit la baignade. D’énormes vagues se fracassent. J’ai oublié que nous sommes en Méditerranée, me crois sur l’Atlantique au Cap Vert ou au Sénégal. Personne ne brave les vagues. Je reprends mon habitude d’arpenter la plage à la frange de la vague là où l’écume vient mourir sur mes pieds. Une demi-heure pour arriver à l’extrémité de la plage. Le sable d’or est de la granulométrie qui rend la marche pénible. Je fatigue à m’enfoncer ainsi.

Première soirée sur la terrasse ; pas de moustiques. La bougie citronnelle offre son parfum et sa lumière. La lune se lève. Elle est énorme.

les tenores de Bitti

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14h45,  Bitti qui semble morte.

Pas une voiture, pas un cycliste, pas un piéton. Toutes les persiennes sont closes. Les volets roulants descendus.

Nous nous engageons à contre-sens dans une voie à sens unique faute d’alternative carrossable et tombons nez à nez avec la seule voiture roulant dans la ville. Le GPS n’est d’aucun secours. Il nous entraîne dans des ruelles étroites pentues, tortueuses …A la sortie de la ville,  nous croisons  un homme en bleu de travail dans une camionnette blanche

– « le Musée ? Vous l’avez dépassé. Garez la voiture ici et continuez à pied. C’est tout près »

Nous le retrouvons avec sa camionnette au pied d’une ruelle. Les murs sont peints à fresque. Les murales ne sont pas l’exclusivité d’Orgoloso. Nous en avons vus à Irgoli et dans tous les villages de la région. Ceux d’Orgoloso sont révolutionnaires. A Bitti, des cavaliers s’étalent sur trois étages.

Le Musée ethnographique est installé dans une demeure aux courettes compliquées et aux petites maisonnettes. Le Musée des Tenores occupe une maisonnette. En introduction un DVD est projeté sur un écran plat montrant Bitti, le site nuragi, puis nous entendons les Tenores.

Le chant à Tenores est un chant polyphonique de 4 hommes. Oche, celui qui chante, récite, décide de la mélodie. Les trois autres accompagnent  s’appellent mesu oche, lassu et contra.Tandis qu’Oche déclame, les autres répètent des syllabes. La dame du musée suggère que Oche serait le berger les trois autres le vent, le mouton, le bœuf. Les brochures signalent une grande variété dans le répertoire : chants de berger, de danse, religieux…et une grande part d’improvisation. Chaque village de Barbagia cultive une tradition orale différente.

De retour au gite, Vittorio n’a toujours pas réparé l’inondation. Il maugrée « qu’a-t-on jeté dans les WC ? », je proteste « Rien de spécial à part le papier ». Il nous culpabilise.

Vers le soir, il arrose les poteries en compagnie de Nadia qui m’explique que ce sont des racines qui ont bouché la canalisation. Demain, nous ne partirons pas fâchés !

Su Romanzesu – site nuragique dans les chênes-lièges

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Pour arriver à Bitti, nous reprenons la route de la vallée du Cedroni par Orosei, Irgoli à travers des collines molles et des prairies irriguées bordées de grands eucalyptus. Les foins et  sont coupés, on arrose la luzerne. De beaux chênes-lièges étalent leur feuillage. A l’entrée de l’autoroute (S131),  la SP 38 monte en lacets à travers le maquis. Des schistes affleurent. Au loin une haute barre rocheuse au sommet déchiqueté en petites aiguilles verticales se détache sur le ciel. Un très joli village est bâti autour d’une coupole à l’allure orientale. Au carrefour de la SP73, une madone est abritée dans une grotte de ciment .

chêne liège
chêne liège

Le site nuraghe, Su Romanzesu est distant de 8km de Bitti par laSP389 (guetter le panneau). Une magnifique forêt de chênes-lièges est enclose dans des murettes. Des bûcherons empilent le liège dans une remorque. Ils sont armés de haches et ont découpé l’écorce jusqu’à la hauteur de 1.20m. Le  tronc dégarni est d’un beau brun mais il noircit par la suite.

Le site de Su Romanzesu est ouvert à la visite tous les jours (3.5€-2.5€) 3 visites sont guidées le matin, autant l’après midi mais la dame nous donne un papier en français sans proposer de guidage.

Ce grand village-sanctuaire est situé à 800m d’altitude sur un plateau granitique planté de chênes-lièges. Avec le vent, il y fait très frais. Le toponyme est un souvenir de l’occupation romaine.

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La source nuragique fut découverte en 1919 pendant une campagne hydrologique. Comme à Irgoli, les ouvriers endommagèrent le puits sacré, les marches furent démolies et sa source captée. Une récente fouille a permis d’explorer le complexe couvrant 7ha et comprenant 3 édifices cultuels, un puits sacré et une grande zone cérémonielle ainsi que de nombreuses « cabanes » aux fondations circulaires en pierres sèches de granite et au toit conique en bois.

Le puits sacré se déverse dans un petit canal qui aboutit à une grande vasque entourée de gradins. Sur la photo du site, le bassin oblong est rempli d’eau mais  en juillet, nous le trouvons à sec. Il faut imaginer les ablutions rituelles et les cérémonies réunissant la communauté villageoise. En plus des purifications, le texte cite des pratiques ordaliques « surtout pour juger des délits contre la propriété ».

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Les grandes cabanes rondes étaient soigneusement dallées. Des banquettes bordaient la circonférence. Des niches étaient aménagées dans l’épaisseur des murs et il y avait un grand foyer central. Servaient-elles à la préparation des cérémonies ou simplement d’habitations ?

Deux temples à mégaron ont un plan rectangulaire compliqué par une entrée avec la cella à l’arrière. On y a retrouvé des récipients pour l’eau.

Le dernier édifice cultuel est appelé « le prêtre sorcier dans sa grande enceinte ». Il ressemble à un labyrinthe. Au centre se trouvait la cellule ronde du prêtre entourée par des murs concentriques.

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Nous pique-niquons sur le site dans l’endroit désigné par le gardien en compagnie d’une adorable petite chienne marron qui nous a accompagnées toute la visite. Mais il faut attendre 15h pour le musée de Bitti.

nuragheA 7km du site, sur la route S389, à l’entrée de Budduso se dresse le Nuraghe Loelle Budduso. C’est notre premier nuraghe, nous en verrons tant par la suite que nous serons blasées. Cette tour de deux étage reliés par une rampe a son sommet couvert par une coupole (tholos). Elle jouait le rôle de tour de guet contrôlant un vaste territoire. On peut encore monter à la tour. J’ai été surprise par la complexité des escaliers en spirales avec de petites salles cachées.

Non loin de là, un panneau indique des Tombes de Géants qui ressemblent à des dolmens. Je fais un tour dans les rochers, les tables de granite sans reconnaitre les structures indiquées sur le plan. Le fleuve Tirso est ici un joli torrent dans une forêt de chênes touffue couvrant complètement le plateau granitique. Lichens et mousses recouvrent troncs et branches des vieux arbres.