Vastseliina : château épiscopal à la frontière de la Russie

Il est prévu dans notre circuit de grimper au « sommet de l’Estonie », le Suur Munamagi, environ 300m d’altitude, la tour d’observation (avec ascenseur) n’ouvre qu’à 10heures.

châéteau de Vaastiliina

En attendant, Maryke nous propose une autre visite : le château de Vastsellina dont elle nous montre des photos et mime la légende : une femme aveugle aurait vu une croix qui brûlait en haut du château.

Le GPS nous indique une distance de 40km au lieu des 15km par la piste. Il faut ruser et faire passer l’itinéraire par de petits villages dont le mari de Maryke nous a fait la liste.

Le GPS nous promène sur des chemins de terre parmi les prairies odorantes. Les fermes sont cachées dans le creux des collines. Le château de Vaatseliina dresse encore de belles murailles, une tour a été équipée d’un escalier de bois. Une autre assez ruinée porte un nid de cigogne ? D’une dernière, il ne reste plus que l’axe de l’escalier en colimaçon où de gros galets de granite s’enroulent parmi les briques. Il est trop tôt mais les site est ouvert. Je monte à la tour précédée par un petit oiseau très coquin au plumage fauve et au bec pointu. Du haut on devrait apercevoir les bulbes des églises de Pskov dépasser des forêts. Un écriteau prévient « attention aux abeilles ! » qui ont installé une ruche dans une cavité de la muraille. Je lirai cet après midi au Musée National Estonien de Tartu l’importance du miel dans l’économie estonienne. Les paysans exploitaient les ruches sauvages et un impôt était acquitté au Seigneur sous forme de miel. L’Eglise également en avait besoin pour les cierges.

Vastseliina : château épiscopal

Une ceinture de forteresses fut construite dès le début du 13ème siècle, aux frontières de la Livonie mais aussi à l’intérieur du pays. En 1340 la situation avec la Russie s’est détériorée. On construisit en 1342 le château de Vastseliina Les communications avec la Russie et Pskov passaient là.

Une lettre de l’Archevêque de Riga au pape Innocent VI de 1354 dans le registre des doléances en Avignon décrit un miracle arrivé à Vastseliina : en septembre 1353, de la musique se fit entendre au château vide et deux cierges brûlaient avec une lumière surnaturelle. La Croix, détachée du mur,  flottait  au dessus de l’autel. Elle y était encore en janvier 1354. Vastseliina fut appelé le Château de la Vierge.

L’Archevêque de Livonie demandait une remise des pêchés pour les visiteurs de Vastseliina. Le pape Eugène renouvela les indulgences au 15ème et au 16ème. Les guerres épargnèrent le château qui fut assiégé sans succès en 1463, mais se rendit aux Russes en 1558, passa aux mains des Polonais en 1582 puis des Suédois en 1625.

Du haut on devrait apercevoir les bulbes des églises de Pskov. La forêt russe ressemble bien à la forêt estonienne.

Un petit musée tout neuf n‘a guère d’objets authentiques à présenter. Des panneaux  racontent la vie au château et les échanges commerciaux. Après la visite de Turaïda et de Césis, celui-ci soutient mal la comparaison.

La Livonie(carte de 1573) comprenait l’Estonie actuelle et la Courlande. Les relations avec la Russie étaient complexes. En 1501-1502, la Russie demande un tribu à l’Evêque de Tartu, un impôt sur les paysans et sur les ruches. Tartu appartenait alors à la Hanse sur la route de Novgorod.

Vers Tartu

Confiante dans les injonctions de Catherine-GPS, nous nous promenons dans la campagne. Parfois nous désobéissons, elle ne se vexe pas. Nous arrivons à l’arrière d’une menuiserie artisanale, les ateliers sont ouverts mais déserts sur la pelouse des statues de bois plutôt fantastiques. Nous poursuivons sur un chemin de terre. Une rocade contourne Vöru. Nous ne verrons pas la ville construite par Catherine II ni le musée du Grand Poète estonien. Dans la campagne le colza est éblouissant. Dire qu’en France les fleurs étaient déjà flétries fin Avril ! Le blé (ou le seigle) commence à dorer. La route Vöru-Tartu est excellente, on a même le droit de rouler à 100km/h !

Un détour par un petit lac pour pique-niquer nous arrivons à Tartu en début d’après midi.

Estonie : le gîte de Suhka

le gîte de Suhka (Hanjja)

Le gîte de Suhka est à Hanjja.

Il suffirait d’interroger les habitants pour  le trouver. – croyais-je –

Le GPS sera plus efficace. Quand je programme Sukha il me suggère Hanjja confirmant qu’il s’agit bien du même lieu et prévient que la route n’est pas revêtue. « Voulez-vous continuer ? » Et comment ! On se retrouve sur un chemin de terre « tournez à gauche ! » s’obstine Catherine- GPS. Nous sommes en plein champ! un vieux monsieur nous confirme qu’on peut rouler sur l’herbe. Nous retrouvons une belle piste. Quelques temps plus tard une dame nous appelle : nous sommes arrivées!

les cigognes de Suhka

La maison a des fondations de pierre, gros moellons arrondis comme des galets entourés de petites pierres. Le reste est en bois. Juste en face, sur un poteau, un nid de cigognes et trois cigogneaux prêts à prendre leur envol.

Les chambres sont à l’étage. La nôtre est revêtue de frisette, ensemble bleu et blanc sur les boiseries de pin. Il y a également un salon  avec cheminée-poêle-banquette, table et télévision.

Au rez de chaussée, le restaurant est très bien décoré : bouteilles, flacons et bougies bleues aux fenêtres, suspendus aux murs de vieux cors, clairons et ustensiles divers…

Nous demandons à manger dehors. Pas de problème puisque nous sommes les seules clientes ?
Notre hôtesse nous apporte d’abord une large cruche de verre, contenant de l’eau avec des tranches de citron.  Puis une très grande assiette de poterie bleue de la taille d’un plat à tarte 8 personnes avec une tranche de rôti de porc froid, des pommes vapeurs, de la sauce crème aigre et aneth, des champignons conservés dans le vinaigre, deux petites pommes de la taille d’une mirabelle, tomate et concombre en tranches, poivron et oignon. Pour dessert, deux boules de glace à la vanille et plein de fraises des bois.

dîner au gîte

Petit déjeuner somptueux : toasts au fromage fondu, saucisson, ciboule tomate, épaisses crêtes, coulis de framboises, porridge (semoule). Le thé est délicieux. En ouvrant la théière je découvre des feuilles fraîches et des fleurs jaunes.

–           « Qu’avez vous mis dans le thé ? »,  Maryke  répond qu’elle cueille les fleurs au hasard.

Le « smoke-sauna » est au fond du pré. Un puits à balancier fournit l’eau. Dans la salle, des affaires de toilettes assez banales.

Arrivée en Estonie : Rouge, sentier des énergies renouvelables

moulin hydraulique

Valka/Valga, le poste frontière  désert, les installations encore présentes mais rouillées.

La  campagne est cultivée : champs de céréales (blé ou seigle ?) et  colza encore en fleur. Les maisons de bois sont peut être plus nombreuses mais nous ne voyons pas de différences frappantes entre Estonie et Lettonie.

 Rouge. Nous attendions beaucoup du « chapelet de lacs bordés de maisons fleuries ». Stoppons devant le « lac le plus profond d’Estonie » : une plage, de gens nagent. Ce n’est pas tout à fait ce que nous imaginions.

Un peu plus loin, une prairie, une tour de bois couronnée par une structure évidée (éolienne ?). D’ici part le sentier écologique de l’énergie renouvelable.

 Moulins à eau ont été construits pendant les trois derniers siècles, cinq d’entre eux fonctionnent encore.

La vallée de Ööbikuorg est célèbre pour ses « hydraulic ram », pompes à deux valves utilisant l’énergie cinétique du choc hydraulique, technique élaborée dès 1797. En Estonie, une pompe originale a été mise au point par Friedrich Johanson pour approvisionner en eau sa ferme située sur le bord de la falaise.

pompe

Cette vallée résulte de la fonte des glaciers lors de la dernière période Glaciaire. Des cascades ont creusé les grès Dévoniens de Gauja et d’Amata. Les dépressions creusées étaient beaucoup plus importantes puisqu’on a estimé à 180m de moraine et de sédiments glaciaires. Les lacs se seraient formés avec la fonte des blocs de glace enfouis sous les moraines.

Un site exceptionnel, des curiosités intéressantes, une idée porteuse, les énergies renouvelables. Avec un peu plus de méthode et de communication, le sentier des énergies renouvelable aurait dû être passionnant. Au lieu de cela, c’est mal fichu. Le sentier n’est pas balisé. On n’en voit pas le départ (ni la suite d’ailleurs). Les explications sont soit pas traduites, soit confuses. Même les WC ne sont pas indiqués !

Nous errons avant de trouver le départ.

Des archéologues débitent à la hache un  tronc de pin. Ils construisent une maison varègue (8ème siècle) utilisant les techniques d’époque : pas de scies seulement des haches et des couteaux. Ils bouchent les interstices avec des mousses ou des sphaignes et enduisent l’intérieur à l’argile. Une cuisine primitive à l’intérieur consiste en un tas de pierres, où se trouve le foyer et un gros trou dans lequel on met les poteries de cuisine sur des braises et sous la cendre. Ils ont retrouvé sur place les restes d’une forteresse de l’ « âge de fer » qui a disaru au 11ème siècle. C’est amusant de noter que leur « Préhistoire » est, chez nous, une période tout à fait historique.

Nous n’avons pas vu les chapelets de lacs ni les maisons du bord de l’eau promis par le Guide Vert.

Litgatne, Parc Naturel de la Gauja – Cesis, château fort

 

Château de Césis


De Sigulda, par la route de Pleskov, avec beaucoup de circulation, nous devons tourner à gauche à Ausligatne.

Premier essai, voie sans issue.

Deuxième tentative : on demande notre chemin devant un bar à un homme complètement à l’ouest.

Troisième essai : l’homme ne parle que Russe, il nous envoie sur la « chaussée » et nous fait comprendre qu’il faudra tourner après l’arrêt de l’autobus.

Le guide Vert nous a fait peur : depuis sa parution, la signalisation a progressé, un grand panneau est installé. On a goudronné la « piste ». Le Parc National a fléché toutes les promenades et les visites.  Nous trouvons donc facilement Ligatne et le bac qui traverse la Gauja. Un radeau glisse le long d’un câble entre deux cylindres de bois. Un gaillard bond aux mains gantées est à la manœuvre et tire le câble, péage 2 LAT .

Litgatne : bac sur la rivière Gauja

A la sortie du radeau, une piste dans la forêt,  le GPS que j’avais programmé pour Cesis se réveille : « tournez à droite ! » à l’intersection d’une mauvaise piste de terre. Miracle de la technologie!

Le château de Cesis est une forteresse des Chevaliers teutoniques commencée au 13ème remanié  au 15ème début 16ème. Il a subi des dommages pendant la guerre de Livonie (1558-1583) puis pendant  la guerre du Nord(1703).

La visite du château est toute une aventure : on accède aux prisons au sous-sol de la tour sud par une échelle métallique que je descends avec une pointe d’appréhension. Puis tour des jardins pour la deuxième épreuve : la visite de la Tour Ouest  à la lanterne métallique contenant une bougie. L’escalier en colimaçon est étroit. On ne peut pas se croiser. Pas de rampe, des marches bien usées. D’une main je tiens ma loupiote, de l’autre l’axe central. Au 2ème étage, se trouve une très belle pièce, avec le plafond nervuré de brique, la chambre du Grand Maître de l’Ordre de Livonie Walter von Flattenberg au 16ème    

Les fouilles archéologiques se poursuivent dans la cour du château. Deux trésors ont été trouvés dans les murs. En 1971, 965 pièces de monnaie d’argent, puis un squelette féminin portant autour de sa taille une belle chaîne en argent. En 1985, un squelette d’un soldat russe tué en septembre 1577 est enterré sous les blocs éboulés, une flèche fichée dans le genou. Ce n’était pas un simple soldat : sa croix orthodoxe était ornée d’une perle et il portait une bonne somme de monnaie du Tsar Ivan IV (1533-1584).

le trésor

Je ne me suis jamais intéressée à la numismatique ; Généralement les pièces de monnaie m’ennuient. Celles de Cesis racontent toute une histoire. Parmi elles on retrouva de curieuses pièces frappées en urgence par le Maître de l’Ordre Livonien, Wilhelm Von Fürstenberg en 1538 pour payer ses mercenaires. Des pièces de Philippe II d’Espagne (1556-1598)  portent à l’avers la contremarque du roi de Pologne Sigismond II. La mère de Sigismond, princesse napolitaine, Bona Sforza, en 1556 avait prêté 430 000 ducats d’or au roi d’Espagne. Le roi de Pologne a payé une partie de ses dettes en utilisant la monnaie espagnole rendue à Bona Sforza, en y apposant sa contremarque. Cette monnaie circulait dans les dominions polonais. (je lirai plus tard la suite de l’histoire au château de Trakai en Lituanie). Les archéologues ont également retrouvé des chaudrons enterrés en 1577.

Dans les jardins, dans un énorme coffre de bois, dort la statue de Lénine dévoilée le 7 novembre 1958 et descendue le 17 octobre 1990.

Au musée du château de Cesis, les explications manquent de traduction. Ils racontent la restauration du château des Comtes von Sever, 18ème . Au bout d’un couloir, dans une pièce obscure le trésor est exposé dans des vitrines, pièces et bijoux.

De Cesis à Valmiera, la voie ferrée coupe la route maintes fois. Il faut s’arrêter aux passages à niveau non  gardés.  Nous regardons passer un train interminable de citernes de carburant venant de Russie. Le GPS nous facilite Pique-nique sur les berges de la Gauja : salade de chou, betteraves, boulettes de foie et Käsekuchen aux raisins secs.

Nous traversons de magnifiques forêts, de très grands pins mais aussi d’autres essences. Le Parc National de Gauja s’étend jusqu’à la frontière avec l’Estonie. De nombreuses promenades sont balisées.

Sigulda Balades le long de la Gauja et châteaux

les fgrès multicolores de la Gauja

Suivant l’itinéraire conseillé par la dame du parc, nous trouvons le petit parking dans la forêt, juste au dessus de la rivière Gauja l’endroit idéal sans la présence des moustiques très tenaces qui s’invitent également au pique-nique. Il serait facile de les éviter en quittant l’ombre pour le soleil mais nous n’aurions plus de banc !

Au menu, des petits pains fourrés à la viande, au jambon et à la saucisse achetés à la superette sous le bistro de la Réserve.

Un très bon chemin également emprunté par les cyclistes, descend à la rivière. Une passerelle enjambe la Gauja, cours d’eau tranquille à l’eau brune(le grès rouge est ferrugineux). Le sentier longe la berge. Il passe sous des bouleaux de taille impressionnante au sol comme de petites lances vert très foncé, les tiges articulées d’equisetum, pas la prêle qui a des feuilles en collerette,  mais celle qui ressemble à une pique.

Le cours d’eau a creusé des falaises dans les grès multicolores. Le sentier est très bien entretenu. Les portions de prés traversées ont été tondues entre graminées et fleurs. On a mis des planches sur les tronçons humides. Je termine cette promenade à l’intersection du chemin qui mène au siège de l’Empereur (comme à Corfou mais là il s’agissait de Guillaume II). Ici, l’Empereur est un Tsar, mais lequel ?

Rentrant par le chemin des écoliers, nous découvrons la station de téléphérique qui rejoint Krimulda à Sigulda, le câble traverse toute la vallée (cela n’a plus l’air de fonctionner). Le Palais de Krimulda, un manoir néo-classique du 19ème a été transformé en maison de repos, de prés il est moins reluisant que de loin.

Cachée dans la verdure, nous découvrons la plus jolie maison qui soit : rez de chaussée en pierre, les gros galets sont entourés de petits, véritable mosaïque, l’étage ceint d’un balcon de bois. Une vigne vierge grimpe jusqu’au toit. Fenêtres soignées aux découpes de bois. Massifs fleuris.

Nous ne voulons pas quitter Sigulda sans avoir vu ses châteaux : le neuf, celui du Prince Krotopkine (fin 19ème) très kitsch, le vieux, celui des Porte-Glaive est en restauration. L’accès est interdit au chantier. Dommage ! La tour carrée du donjon a de l’allure, il reste de hauts murs de pierre.

Je m’installe sur la terrasse en bois du restaurant de l’hôtel sur une grande table rectangulaire sous un grand parasol carré rouge. Sur la table un bégonia jaune dans un pot.

Trois quart d’heure de piscine, ouverte pour moi seule à l’hôtel, beaucoup d’aller/retours!

On a acheté le dîner au supermarché Elvi : 7.5 Lat(12€), 2 salades une coleslaw, l’autre betteraves+pommes de terre+chou 1 yaourt et du pain aux raisins, noisettes abricots.

Sigulda – Turaïda : l’église et le domaine

Eglise de Turaïda

Elise et roses de Turaïda

Cette église de bois fut construite en 1750 après les guerres du Nord qui opposèrent Russie et Suède, et après la Peste. 11 pasteurs s’y succédèrent, la plupart allemands. Elle est peinte en rouge avec un clocher bleu, bleu pâle à l’intérieur. Les bancs laqués de blanc font face à l’autel, un côté pour les hommes un autre pour les femmes de part et d’autre de l’allée centrale. Une dame en costume d’époque distribue les explications dans des livres entoilés gris ressemblant à des livres de prière.

Ecomusée : remises, forge, sauna

Les petites maisons des paysans du domaine sont aménagées en écomusée : remise des charrettes, forge etc…Selon  une guide d’un groupe francophone, le sauna serait la pièce la plus sacrée pour les paysans lettons, la plus propre aussi. La moindre ferme lettone possède son sauna et les paysans s’y nettoyaient une fois par semaine, le samedi alors que les barons allemands, les maîtres, ne se lavaient jamais et sentaient mauvais. La pièce d’entrée était pleine de bouquets de plantes séchées et sent très bon. Dans le sauna, on voit les baquets de bois, la cuve de bois aussi, les serviettes sur des tringles.

Sauna

Sigulda :Le parc des statues d’Indulis Ranka

 

le poète


Les statues de granite sont dispersées dans le domaine. La plus fameuse et la plus grande est la tête du poète Krisjanis Barons qui collecta les dainas, les chansons traditionnelles lettones. La main posée sur la bouche suggère que ces chansons étaient restées secrètes dans l’illégalité comme l’identité et la culture lettone. Cette statue est d’autant plus intéressante qu’elle présente plusieurs faces.  A l’arrière, trois femme, trois générations, mère, fille, grand-mère, glorifient les femmes lettones qui ont conservé et transmis cette culture. Un homme très musculeux occupe la troisième face.

Plus loin, le cheval de la Destinée dans une belle courbe évidée est double, un cheval semble au galop tandis qu’une autre tête repose en sommeil.

Ces statues sont magnifiques. Mais d’où provient donc le granite ? Ici, affleure plutôt du grès. Peut être des blocs erratiques apportés par les glaciers.

les femmes lettonnes , à l'arrière de la tête du poète

Certaines statues sont bifaces, d’autres encore plus complexes. Dans un bloc, face avant, une tête de femme, sur un côté, une femme couchée, la tête renversée et sur une troisième un groupe d’hommes au travail tandis qu’un homme barbu se trouve en dessous ; Plusieurs statues sont mixtes, hommes-femmes selon le côté.

Ces statues sont réparties sur une pelouse que des jardiniers tondent consciencieusement où poussent des arbres magnifiques chênes et tilleuls. J’emprunte un sentier qui descend dans un vallon parcouru par un frais ruisseau. Au sol, un tapis de muguet mais aussi des prêles sous des chênes, des épicéas et des charmes.

De retour à Créteil j’ai trouvé le site d‘Indulis Ranka

 

Sigulda : château de Turaïda

Hôtel sigulda

L’autre chaussée de l’autoroute  est cachée par une futaie de sapins sans glissière, ni grillage , on a l’impression de rouler seules dans une magnifique forêt sauvage.

Sigulda

 

Le relief s’accentue,  dans la « Suisse lettone ». Moins d’une heure pour arriver de Riga à l’ hôtel Sigulda,  fondé par le prince russe Nicolaï Dimitrovitch Krotopkine,  promoteur de l’activité touristique de Sigulda, du bobsleigh au ski. Si l’hôtel est historique, notre chambre est située dans l’aile moderne et la bâtisse ancienne de gros moellons de granite égayée par un décor de briques rouges sur lequel court une clématite, a été transformée en restaurant. Nous ne dormirons pas dans les lits des aristocrates russes !

Dépassant les châteaux de Sigulda, nous passons la rivière Gauja. Le donjon de Turaïda surgit sur un éperon.

chateau de sigulda

Turaïda

La Réserve de Turaïda est très vaste : le château n’occupe qu’un  promontoire tandis qu’une grande pelouse accueille des statues et qu’un domaine agricole exploite encore les terres. On peut y louer des chevaux. Les zones escarpées sont restées sauvages et aménagées pour la promenade. Le droit d’entrée, assez élevé, donne droit  à une bonne demi-journée de visite (et même plus si nous en avions le temps). La dame de l’accueil est charmante.Elle nous conseille une belle promenade le long de la rivière Gauja. Et m’offre le prix « retraitée » sans que je n’aie rien demandé. C’est la première fois que cela se fait naturellement. Autrefois, le caissier, en clignant des yeux me faisait savoir qu’il m’offrait un passe-droit. Maintenant avec mes 60 ans et mes cheveux blancs, j’y ai peut être vraiment droit !

Le château de Turaïda avec son donjon de 42 m est une forteresse en brique fondé par l’Archevêque de Riga en 1214. Une autre tour de guet (15ème siècle) garde un étroit passage. L’extension maximale des fortifications fut achevée au 16ème siècle. En 1776, un incendie détruisit toutes les structures de bois qui ne furent jamais reconstruites.

L’Histoire de la Lettonie de 1214 au 18ème siècle est mise en scène très pédagogiquement. Les objets, nombreux, et pas spectaculaires, mais la muséographie est exceptionnelle. Des panneaux de très bon goût accompagnent des témoignages du temps passé, clés, morceaux de briques ou céramique d’un vieux poêle. Les explications sont présentées dans un vieux livre en imitation parchemin. Des lanières de cuir font des signets séparant les feuilles en letton, russe, allemand ou anglais. Les textes sont très fournis. Une matinée entière serait nécessaire pour tout lire et tout assimiler.

carreau de poêle

 

Au rez-de chaussée : les pouvoirs de l’Archevêque de Riga, du Chapître et de son bailli. Les Archevêques de Riga entraient parfois en conflit avec les Chevaliers Teutoniques ou Porte-Glaive.

Au 2ème étage,   la Réforme :

au 16ème siècle l’état théocratique de Livonie  fut en crise. A la Diète de Valmiera, en 1513, l’archevêque avouait ne pas pouvoir s’opposer au concubinage des prêtres. S’il avait sévi contre les curés, le nombre des prêtres serait descendu dramatiquement. Pratiquement simultanément, en 1515, Luther publia ses thèses qui séduisirent une bonne partie de la population scandalisée par le train de vie de l’Eglise. De 1524-1527, les Archevêques de Riga luttèrent contre l’extension de la Réforme. En 1525, Johannes Lohmüller, secrétaire du Conseil de Riga, abolit le pouvoir temporel de l’Archevêque.

Au 3ème étage : la vie au Château de 1566 à 1776. 

1601, les troupes suédoises envahirent Turaïda. C’est à cette période que se situe la légende de la Rose de Mai ou rose de Turaïda. Une petite fille trouvée presque morte de faim après la bataille, devint ensuite une très belle jeune fille. Fiancée au jardinier Victor du château de Sigulda, ils se retrouvaient dans une grotte sur le chemin reliant le château de Sigulda à  celui de Turaïda. Deux déserteurs polonais Adam  Jakubovski et Peter Skuditz s’approchèrent de la jeune fille. Jakubovski demanda sa main. Majja déjà fiancée refusa. Dédaigné, le soudard inventa un piège pour prendre Majja par la force. Cette dernière se défendit, proposant un cadeau magique : l’écharpe rouge qu’elle portait le protègerait de l’ennemi. Pour tester la magie, il transperça la gorge de Majja. Désespéré Victor enterra sa fiancée près de l’église de Turaïda. Chaque année des jeunes filles viennent fleurir sa tombe.

La dernière tour abrite un parchemin réel de l’Archevêque de Branenburg daté du mai 1545. Remarquablement mis en valeur : enserré dans un gros volume relié et évidé, posé sur un velours violet ecclésiastique.

cheval de la Destinée

Dans la maison du Jardinier, à l’entrée du château, une exposition est consacrée aux Lives du 11ème siècle au 13ème  occupant le site avant la christianisation et la croisade des Porte-Glaive qui les a chassés : pointes de lances, outils de fer, surtout bijoux mais aussi, métiers à tisser. Vivant de la cueillette des baies, noisettes et champignons, de la pêche et de la chasse, ils étaient aussi agriculteurs. Païens, leurs divinités étaient l’Eau et la Terre. Le cheval était capable de révéler la volonté des Dieux. La légende du Cheval de la Destinée, est illustrée dans le Parc des statues. Alors que l’évêque Meinhard prêchait avec un moine cistercien Théodoricus, les Lives ont voulu sacrifier le moine. Le cheval intercéda.

Les Lives vivent encore en Lettonie. Leur langue d’origine finno-ougrienne est en train de mourir. Il ne reste plus que 180 locuteurs.

Riga : Balade Art Nouveau


Empruntant Dzirnavu iela vers l’ouest, vers le port, j’atteins rapidement les ensembles architecturaux Art Nouveau.

Antonjas 8, juste après la taverne russe, une façade porte un chat de pierre, assis, regardant les passants du haut de sa corniche et un ours au faite. L’ensemble architectural le plus spectaculaire se trouve rue Alberta. Plus que les motifs végétaux, ce sont les figures féminines parfois grimaçantes qui caractérisent ce mouvement Art Nouveau de Riga. La profusion, la démesure sont de mise surtout dans le dernier immeuble de la rue face au Musée de l’Art Nouveau. Une forêt de colonnes, une ornementation délirante. Je me prends à regretter les formes sobres et simples. J’ai découvert l’Art Nouveau à Vienne (je n’avais pas fait attention aux immeubles de Guimard et au bouches du métro parisien dans le quartier de mon enfance). A Vienne le mouvement Sécession réagissait contre les lourdeurs des historicistes viennois. En Hongrie, à Budapest, à Keszkemet ou à Pecs, nous avions photographié les immeubles Art Nouveau. Mais à Riga, c’est trop ! Trop délirant, trop décoré, surchargé !

Heureusement certains architectes surtout sur Ausekja ont construit des maisons plus sobres où l’Art Nouveau se caractérise alors par  certaines courbures, des frises. Mon immeuble préféré porte une seule grande femme blanche, apaisée sur la hauteur de la façade.

 

 

 

Musée Art Nouveau

Au coin de Alberta iela et Strelnieku iela, dans un immeuble jaune surmonté d’un clocheton où les balcons d’angle aux courbes gracieuses se décalent et où des motifs végétaux colonisent de larges surfaces. L’hôtesse du musée, coiffée d’un élégant chapeau 1900, met en route un audiovisuel pour me faire patienter. Un groupe russe occupe l’appartement guidé par une autre dame en chapeau 1900. Evidemment je ne comprends rien au commentaire mais je la trouve très couleur locale.

Nous visitons un appartement meublé et décoré dans lequel on a vécu. Le hall bleu a un décor de marguerites et un lacis enrubanné blanc au plafond. Une baie vitrée est séparée de la pièce par une boiserie aux formes arrondies.les lys blancs et orange se marient ave le décor. Dans la Salle de la cheminée, la couleur dominante est le vert. Une frise de feuilles de marronniers aux bogues ouvertes court tout autour de la pièce. La cheminée en faïence vert foncé porte également un décor de marronnier. Dans des cadres une chouette et un écureuil. Je remarque aussi un magnifique gramophone.

La salle à manger est au motif de la pomme de pin, les boiseries sont vertes sur une peinture vieux rose soutenu. La vaisselle est assortie. Les vitraux portent des iris, des grenouilles et des nénuphars. Des hortensias vert en bouquet.

La cuisine est plus classique mais sophistiquée pour l’époque : un gaufrier pivotant est encastré dans la cuisinière.

. On visite également la salle de bain et les toilettes ainsi que la chambre de bonne s’ouvrant sur la cuisine avec son lit étroit et son pot de chambre.

Musée Janis Rozenthal et Rudolfs Blaumanis

 

Janis Rozenthal (1866-1916) marié à une cantatrice finlandaise s’installèrent au 4ème étage dans un duplex. Je monte péniblement le magnifique escalier en colimaçon très décoré mais aux étages très hauts. En 1904, le confort moderne incluait toilettes à chasse d’eau, baignoire mais pas encore l’ascenseur. La visite de leur appartement est un peu décevante. Il y a peu de tableaux, surtout des photos. La vue, en revanche, sur l’immeuble d’en face à la forêt de colonnes aux figures féminines et expressives jusqu’à l’hystérie me permet de faire plein de photos.

Deux jours sont bien courts pour assimiler tout cet ensemble Art Nouveau. Il me vient l’envie d’approfondir. Atlantes, caryatides, sphinx et lourds décors sont ils vraiment Art Nouveau. Cette décoration boursouflée « baroque-Art Nouveau » est elle spécifique de Riga ?

Je suis ici plus réticente qu’à Budapest. J’aimerais creuser, architecte par architecte, du travail de recherche en perspective !

J’aimerais en savoir plus sur cette période 1900 qui est la période bâtisseuse : sur quoi reposait la prospérité ? Qui étaient les élites qui occupaient les demeures prestigieuses de ce quartier ? Des Lettons, des Russes ? Des juifs ? Comment la Révolution de 1905 a-elle-été vécue à Riga ?

Autre piste à suivre : celle du Russe, beaucoup plus présent à Riga que je ne l’imaginais. Au Centre Communautaire Juif, dans la rue, au Musée, j’entends du Russe. Sont-ils des Russophones de Lettonie ou des touristes russes. Quelle fraction de la population de Riga ?

Et l’Europe ? Sentiment très fort d’une culture européenne ici : fusion d’influences allemandes, russes, finlandaise (chez les peintres). Il me vient l’envie très forte de visiter Saint Saint-Pétersbourg de comparer. Toujours cet appel du voyage encore plus lointain !

Riga: musée juif



rue Skolas, perpendiculaire à Dzinavu, à 30m de notre hôtel.

Dans le Centre Communautaire, un bel immeuble Art Nouveau.

Entrée un peu désuète : une très vieille dame, dans une cabine en bois démodée, se tient près de la porte.  Croyant qu’elle vend des tickets, je m’adresse à elle. Non ! Le musée est au 2ème étage. Tout l’affichage est en Russe. Je m’étais attendue au yiddish. Non ! C’est en Russe. Impression d’étrangeté, retour en arrière dans le temps.

Au premier étage de très vieilles dames dansent des danses folkloriques israéliennes sous la direction d’un Russe qui ressemble à un danseur classique et qui donne ses directives en Russe.

 

 

 

 

 

Au second, une exposition très émouvante de photographies de pierres tombales des cimetières de l’Est : Lettonie mais aussi Roumanie. Une photo a été prise à Sighet, une autre dans un village de Maramures, la stèle porte un violon sculpté

. La deuxième salle  présente la communauté juive de Riga à la veille de la Seconde Guerre Mondiale : photos de classe, portrait d’intellectuels, coupures de Presse, tout un monde disparu. La troisième salle commémore le désastre de 1941, le rassemblement, le charnier, les Justes aussi qui cachèrent les Juifs. 164 ont survécu à Riga. Nombre dérisoire.

« izcor ! » c’est tout ce qu’on peut faire, se souvenir. Des Américaines, une famille d’Argentine parcourent le musée, pour se souvenir.