Dougga

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

 

On roule plein est, le soleil dans les yeux. Au rond-point du Kef, un épi de blé symbolise la culture céréalière. Les champs s’étendent à perte de vue jusqu’à l’horizon balisé de crêtes. De grandes ondulations caractérisent le relief. Quelques haies ou des eucalyptus signalent les rares habitations .

Bahra (30 km du Kef)

Vergers, oliviers sur les collines, reliefs couverts de forêt, nous offrent une distraction après la route monotone ; Des lauriers roses et des tamaris suivent le cours d’un ruisseau. L’oued Tessa est à sec , un beau pont de pierre s’est écroulé.

Les villages sont de plus en plus rapprochés ; On retrouve les cultures maraîchères. A la sortie d’El Krib, on voit un arc de triomphe.

Mausolée libyco-punique

Non loin le site de Dougga est perché sur une colline dans les oliveraies. Le site est immense, il y a très peu d’indications pour les visiteurs. Une visite guidée s’impose. A la billetterie, l’employé propose de téléphoner à la guide locale. Je la trouve au théâtre.  Elle est occupée par un touriste italien qui ne souhaite pas partager.  Il a commandé sa visite particulière de Tunis. La guide était prête à faire la visite pour deux. Une visite en Italien m’allait très bien. Il est intraitable.

Je me contenterai donc des panneaux dispersés sur le site que je recopie consciencieusement  et de l’aide du Guide Bleu et de Gallimard.

Historique de Thugga

Arc de triomphe de Sévère Alexandre

Dougga est aussi appelé Thugga, nom d’origine libyque TBGG. Avant Rome, elle fut décrite par Diodore de Sicile . D’après une inscription en Libyque et punique on pense qu’elle était gouvernée par des notables (Sénat). Seuls monuments avant Rome : une nécropole dolménique et le mausolée lybico punique.  En 46 av. JC les soldats de César reçoivent en récompense des terres dans la nouvelle province d’Africa Nova. Thugga devient donc une « commune double » peuplée de colons romains et d’une communauté locale civitas thugensis. Ces deux communautés n’étaient pas séparées, en installant une population masculine les mariages mixtes rendirent la fusion inévitable. Septime Sévère (205-256) les réunit. La décadence vers le 3ème siècle. Il faut attendre Justinien pour retrouver une activité constructive : forteresse byzantine.

Dugga : théâtre

Le Théâtre est adossé à la colline, inauguré en 168-169ap. JC pouvait contenir 3500spectateurs. « L’inauguration aurait été célébrée par Publius Marcius Quadranus, flamine d’Auguste divinisé, pontife de la colonne julienne de Carthage, admis dans les décuries par l’empereur Antonin le pieux »

Ces détails, parfaitement anecdotiques et inutiles me ravissent, « flamine d’Auguste divinisé… » me fait rêver !

Temple de Saturne

Derrière le théâtre un chemin mène au Temple de Saturne sur le rebord du plateau : 4 colonnes. En contrebas : une crypte (hypogée) avec des tombes : un cimetière chrétien.

Du petit temple de la Concorde il ne reste plus que 2 colonnes .

Le Marché achevé entre 180 et 192 possède une série de 10 boutiques, au centre sur un espace carré, une table des poids et des mesures, et, dans une niche, se trouvait la statue de Mercure.

La Place de la Rose des Vents relie le Temple de Mercure au Marché. Elle symbolise le rôle du dieu-voyageur de l’univers et dieu du commerce comme le marché s’approvisionne aux 4 coins du monde. La rose des vents est gravée sur la place, avec les 4 points cardinaux : Septentrion (N) Auster (S) Faonius et Volturnus autour du cercle on a inscrit le nom des vents

Capitole

Le Capitole(166-168) pendant le règne de Marc Aurèle et Lucius Verus. On y honorait Jupiter, Junon et minerve. L’apothéose d’Antonin le pieux enlevé par un aigle se trouve sur le tympan. Cette apothéose symbolise la divination de l’empereur.

Le Forum se trouve au pied du Capitole sur la place de l’agora numide qui était de terre battue. Peu avant 48 un incendie ravagea les boiseries et les statues, l’ensemble fut rénové . Sous le péristyle se trouvaient des mosaïques.

Les Thermes d’Antonin

Thermes d’Antonin (vus de l’extérieur)

« Comme son nom l’indique, les thermes ont été construits sous le règne de Caracalla (Marcus Aurelius Severus Antoninus)211-217 »

J’aime bien l’humour involontaire de l’écriteau !

Le bâtiment, vu de loin, est impressionnant avec ses murs arrondis. On y pénètre par des coursives non éclairées, de très petites entrées dans des salles ornées de mosaïques. Je ne reconnais ni vestiaires, ni salles froides ou chaudes. Rien n’est indiqué ; Si la guide avait été là….

Thermes d’Antonin (intérieur)

La guide, justement je la retrouve devant le théâtre à 13h15, elle vient de terminer la visite et me propose ses services. Trop tard ! j’ai déjà passé trois heures dans le site ! Nous grignotons des chips, l’œuf du petit déjeuner et des mandarines. La guide bavarde aimablement et m’indique le chemin pour arriver au mausolée libyco-punique. « il faut tourner après les latrines » dit-elle.

Le mausolée libyco-punique dans les oliviers

Je descend une rue antique un peu courbe et trouve les latrines près des Thermes du Cyclope(du nom d’une mosaïque du Bardo) . Ces latrines sont bien conservées avec le lavabo, la mosaïque et la rigole d’évacuation.

Le mausolée libyco-punique est une haute tour carrée coiffée d’un pyramidion. Dans les oliviers il a belle allure. Ses trois étages sont très différents.

De près je distingue les bas-reliefs avec des chevaux. Des inscriptions libyco-puniques lui ont valu cette appellation : elles se trouvent au British Museum, inscriptions bilinugues, elles ont permis de déchiffrer l’écriture libyque. Une hypothèse voudrait que ce monument fut un cénotaphe dédié à un prince peut être Massinissa.

Le Kef – Althiburos

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Althiburos : amphithéâtre

 

Le Kef – Dahmani : trente km environ vers les sud-ouest par une route droite. Quand le relief est plat, les champs sont cultivés de céréales. Le blé est vert ou les champs sont labourés avec la terre à nu. Dans les pentes, des terrasses imperceptibles, bourrelets de terre suivent les courbes de niveau où poussent des buissons ou un rang d’oliviers. Un oued a raviné le sol. Des figuiers de barbarie ressortent, bien verts sur l(orange ou l’ocre. Au sommet des collines : des vergers d’oliviers ou d’amandiers.

la gare de Dahmani

Dahmani bourgade tranquille de 14.000 habitants. Sa jolie gare blanche et bleue, est derrière de grands silos à grain (un peu comme Courville en Beauce). Le carrefour principal est orné d’une fontaine en céramique et bordé de maisons coloniales à belle allure. Pour trouver le site, il faut prendre la route de Medaina – complètement déserte – et tourner à gauche 3km après la sortie du bourg.

Un grillage enclos le site. On voit qu’il est hérissé de blocs, deux ruines imposantes se découpent sur le ciel. Pas de billetterie, deux bâtiments récents qui ressemblent à ceux de tous els sites archéologiques, occupés par des ouvriers. Visite libre – gratuite – je suis la seule touriste, seule femme parmi tous les hommes présents ; Personne ne se porte volontaire pour me guider.

Althiburos : forum

« Votre nationalité ? » – « française ! » – « c’est pour votre sécurité ! » affirme un homme vêtu à l’européenne, anorak et bonnet. Il y a aussi une escouade de travailleurs en djellabas avec des binettes et des houes, pour désherber ou dégager des blocs ?

Un beau panneau métallique présente les fouilles. Un accueil sonore polyglotte : français, anglais, espagnol ou catalan est sans doute l’œuvre des archéologues de Barcelone. Il donne un historique de la ville : fondée au 6ème siècle av.JC , numide puis carthaginoise, elle s’est romanisée avec la création de la Province d’Africa Nova (46av.JC) obtient la condition de municipe sous Hadrien, située sur la route de Carthage à Theveste (Algérie), sous le nom de Municipium Aelium Augustum Hadrianum.  Le site a été occupé après le passage des Vandales en 435 par les Byzantins puis les Arabes jusqu’à la période médiévale où ses habitants partent au village d’El Ksour.

J’ai suivi un chemin tracé entre deux rangées de cailloux pour parvenir au Théâtre avec deux étages d’arcades (il y a même les vestiges d’un troisième niveau). A l’intérieur des excavations que je ne comprends pas trop. Je devine les entrées arrondies pour les spectateurs, peut-être les coulisses ?

Althiburos : Capitole

A un carrefour, des bassins de pierre de grande taille, à la base d’un édifice carré, suggèrent une fontaine, monumentale, un nymphée.  Les rues bien dégagées conduisent au Forum (voir texte 1908). Je reconnais le Capitole bâti sur une estrade : il reste un pan de mur avec deux colonnes plates aux chapiteaux corinthiens encadrant une haute fenêtre. Le forum est bien dallé, les colonnes du péristyle sont encore bien visibles – pas entières, bien sûr, la base ou le chapiteau à ‘emplacement de la colonne. En face sur un socle accessible par 3 marches, un bassin, puis une volée de 5 marche conduit à un petit temple aux colonnes cannelées. Est-ce le temple de Minerve cité par Cagnat ?

Deux piliers carrés très finement décorés, sont peut-être les socles de statues ou la base de l’arc de triomphe offert à Hadrien ? En plus d’Hadrien, Caracalla est cité dans les inscriptions. Je me promène dans les insulae sans reconnaître grand-chose. Les bases des constructions sont bien visibles mais je manque d’indices pour aller plus loin. Sur les rebords de la vallée creusée par le ruisseau qui fait ici un coude, je reconnais des habitations à étage qui me font penser au quartier Hannibal de Carthage (sans doute la ressemblance est-elle dans la topographie ?). Je n’ai pas trouvé le Tophet. Le ciel qui était gris se dégage. Il faut refaire toutes les photos.

Nous rentrons tôt au Kef ; il nous reste des petites choses à faire, courses à Monoprix, lessive (nous sommes parties depuis une semaine et avec le chauffage le linge sèche bien), photos à trier, mails et téléphone. De temps en temps il faut savoir se poser !

Le dîner est toujours aussi fin et cérémonieux : une salade de carottes cuites, ail, piment est décorée d’olives et de quartiers d’œuf dur. Soupe verte de légumes bien chaude (courgettes mais pas que) . Des feuilles de brick roulées avec une farce à l’œuf, persil, câpres, thon et olives. La dorade est désarêtée présentée avec une farce crémeuse de champignons frais, oignon. Au dessert : des mandarines.

 

A la fin du repas, Leila nous fait la conversation. Elle a été tenue au courant de nos visites et de notre passage à Dahmani par la police (nous avons montré nos passeports). Depuis que nous avons quitté Tabarka, nous avons été arrêtées à plusieurs reprises aux barrages. Pas par les policiers armés vêtus de noir qui nous laissent passer, mais par les gendarmes ou militaires, en kaki, qui réclament les passeports.  Les papiers du véhicule ne les intéressent pas, contrairement à la police de la route. Leila confirme : nous sommes étroitement surveillées, et nous devrions nous en féliciter. Le Kef est en zone rouge pour le terrorisme du fait de la proximité de l’Algérie et surtout des montagnes qui ne sont pas sûres, martèle Leila. Avant 2011, on pouvait camper et pique-niquer n’importe où. Plus maintenant affirme-t-elle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Kef – Casbah, Basilique Byzantine, Mosquée, Synagogue, Musée…..

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Le Kef entrée de la Kasbah

Le  Kerf est une ville d’environ 50.000habitants, qui s’étage entre 700 et 800m d’altitude, adossée au Jebel Dyr. C’est une ancienne ville romaine, Sicca Veneria appelée ainsi à cause du temple de Venus ou Astarté. Fondée par les Libyens, elle fut contrôlée par Carthage et pendant la 1ère guerre punique elle accueillit en les mercenaires numides qui avaient réintégré le royaume de Massinissa. Elle fut annexée en 46 av. JC par Jules César.

Nous avons négligé l’histoire antique du Kef. Je me suis contentée de voir d’en haut de la citadelle les Thermes Romains au milieu des constructions modernes. Dans notre programme, il y avait bien écrit « temple des eaux » mais nous n’avons pas fait le rapprochement.

Le Kef : Kasbah place d’armes

Devant la Casbah il est facile de garer la voiture. A notre arrivée, le gardien se présente puis m’emboite le pas, on passe devant le Petit fort(1601), une rampe est bordée de canons turcs certains 17ème siècle d’autres 19ème. La poterne du Grand Fort construit par Mohamed Bey(1679) s’ouvre par une belle arche qui débouche sur la Place d’armes – vaste quadrilatère légèrement incliné où s’ouvrent les casernements des soldats, et une poudrière. Le Bey occupait la tour carrée aux belles fenêtres de bois. Le gardien m’entraine sur le chemin de ronde crénelé, percé d’ouvertures pour els tireurs ; certaines meurtrières ont une double orientation. D’une terrasse on découvre la Table de Jugurtha (rocher tabulaire qui vient juste cette année d’avoir l’honneur d’être inscrit au Patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO.

Vue des remparts du Kef : mausolée Sidi Bou Makhlouf

De là on voit les Thermes Romains, la Mosquée Bou Makhlouf, et ses trois jolies coupoles, l’une d’elles est cannelée, son minaret octogonal avec une bande de zelliges. A côté : le cloitre de la Basilique Byzantine On peut aussi suivre le mur d’enceinte de la ville : autrefois, Le Kef était une ville close, les quartiers modernes ont débordé du périmètre de la ville ancienne et les murs n’existent plus vers le bas. Un beau parc surmonte le Parc Présidentiel de Bourguiba. En descendant, le gardien me montre la prison où Bourguiba fut incarcéré en 1948.

Le Kef : basilique vue des remparts

Comme je n’ai pas de monnaie, je laisse 10 Dt au gardien qui proteste qu’il n’est pas guide professionnel mais seulement gardien. C’est un excellent investissement parce qu’il va faciliter toutes les visites suivantes. Il hèle le gardien de la Basilique qui me fait entrer. Le narthex est soutenu par 6 colonnes rondes monolithes de granite coiffées d’un beau chapiteau corinthien. Les colonnes situées aux extrémités sont doubles. Les arcades sont soutenues par quatre piliers carrés et deux colonnes ovales, leurs chapiteaux sont plus grossiers (feuilles d’acanthe pas terminées, formant des lobes ou des pétales lisses). Quelques stèles historiées, des inscriptions latines se trouvent dans le cloître ; Il y a une collection lapidaire dans un jardin bordant la basilique. DE l’autre côté des « bains ». Le Guide Bleu parle de « basilique à auges » (les bains peut être ?) .

Le Kef : sidi bou makhlouf

Le gardien de la Casbah téléphone ensuite pour qu’on ouvre la Mosquée Bou Makhlouf . Devant la mosquée on a installé un café avec des tables basses, des cannisses. On pourrait aussi fumer le narghilé. Il est trop tôt. Pas de consommateurs, c’est trop tôt, les employés on mis très fort la radio avec de la musique profane. La « mosquée » est une zaouia, siège d’une confrérie soufie. Ce n’est plus une mosquée, on n’y fait plus la prière – trop exigu – selon son gardien qui me laisse photographier à mon aise les stucs et carreaux du 17ème siècle. Au détour d’un passage, sous une arche, dans la ruelle, un beau graff  tout neuf daté 2017, deux hommes en turban et tenue traditionnelle, un grand et un petit jouent au basket, l’un d’eux a des lunettes d’aveugle et une canne. L’auteur possède une maison sous la casbah, émule du facteur Cheval, il a rassemblé des matériaux hétéroclites et a construit un jardin naïf avec des personnages et objets variés.

street art

Le Musée des Arts et Traditions populaires est installé un peu plus bas dans la Zaouia Rahmania Sidi Ali ben Aïssa construite en 1784 et servant de siège à la Fraternité des Rahmania. La visite est guidée et mon guide très intéressant. Visite double, le guide explique les structures, bâtiments puis commente les objets présentés.

 

Dans le Mausolée est enterré un saint. D’autres religieux y reposaient mais il ne reste que leurs noms sur une plaque de marbre.

L’exposition est consacrée aux parures féminines et au mariage. Les robes de mariées occupent deux vitrines. Celle du premier jour est à moitié verte, à moitié rouge, le vert pour le Paradis, le rouge pour le divorce. Sur une chaînes deux bijoux symboliques la main de Fatma pour la fille, le disque pour le garçon, les deux enfants que la mariée espère ; Dans l’autre vitrine, la robe du 7ème jour. La fête durait autrefois 7 jours et chaque jour la mariée revêtait une robe différente.

Tout autour, dans les vitrines, les parures féminines sont en or pour le mariage, en argent pour la vie quotidienne.  Les orfèvres étaient juifs. Bracelets et anneaux de cheville : les anneaux de chevilles étaient lourd et pesaient jusqu’à 1kg. Certains étaient creux contenant des billes qui tintaient comme des grelots, la femme signalait ainsi sa présence. On voit ensuite les parures de taille, ceintures, lacets colorés, chaines porte-amulettes. La main de Fatma coexiste avec l’étoile de David, symbolisant la coexistence des communautés. Les parures de tête comprennent le voile de tête, mais aussi les tatouages berbères les boucles d’oreille. La jeune fille porte de petits anneaux au lobe de l’oreille percé. La femme mariée a de grands anneaux qui reposent derrière le pavillon de l’oreille. On peut connaître le nombre et le sexe de ses enfants en regardant les pendentifs (main de Fatma pour els filles, rond pour els garçons) La boucle est aussi un porte-amulette : dans le cylindre de droite, les 5 derniers versets du Coran, dans le cylindre de gauche, l’acte de mariage.

Salle de prière :

La coupole toute simple est soutenue par 4 gros piliers ronds. En dessous est dressée une tente nomade de poile de dromadaire mêlé à la laine de mouton et au poil de chèvre. Cette grande tente tient sur une « clé de voûte » de bois sculpté. Autour de la tente on a suspendu la gourde pour l’eau en poil de chèvre avec les poils, l’outre sans les poils, pour le lait, sert aussi de baratte. On transportait l’eau dans des tonnelets dont une des faces était plate pour le confort de la mule ou de l’âne qui les portait. Au mur : un tamis en boyau (comme les raquettes de tennis) beaucoup plus fin.

pour couvrir la bosse du dromadaire

La batteuse (jarucha) était une planche garnie d’éclats de granite. Un énorme chapeau de paille était destiné à la bosse du dromadaire. Ces animaux sont frileux, s’ils ont froid, ils deviennent agressifs. Un chameau agressif peut être dangereux, il pourrait tuer un homme.

Ecole coranique

harnachement du cheval

Elle a une acoustique excellente, mon guide récite un verset de Coran, l’écho le renvoie. Les élèves devaient être drôlement sages pour que le cours ne tourne pas à la cacophonie. Le thème est le cheval pour la fantasia. Le harnachement de cérémonie ne comportait pas moins de 20 pièces, cuir et tissus. Sur le dos du cheval on étalait une couche de cuir fin, puis une couverture de laine ou de feutre et enfin la selle de cuir.

Habitations des membres de la confrérie

Chaque pièce présente un aspect de la vie quotidienne.

La vaisselle de terre cuite n’était pas faite au tour mais au colombin. Certaines assiettes ou écuelles sont décorées de motifs de tatouages berbères. Pour les pots une technique de lissage était employée par les potières : elles enfilaient au bout des doigts une coquille d’escargot. Le stockage des aliments se faisait dans des jarres, les plus petites pour la viande et le beurre, les grandes pour les céréales qui se conservaient à la maison un an, de l’été à l’été suivant tandis que l’huile se gardait de l’hiver à l’hiver.

Un moulin à grain (1860) venant de France fut importé en Tunisie en 1884.

La boutique du barbier est reconstituée. Le barbier ne se contentait pas de couper barbes et cheveux. Il remplissait une fonction sociale : la politique se discutait chez le barbier…

Pendant ma visite, Dominique remarque un curieux personnage en burnous marron avec la main à la Napoléon et des lunettes noires d’espion. L’homme reste immobile et surveille toute la place. Il était déjà là hier. Un mouchard ? un espion ?

Je remonte à la Casbah où le gardien se tient encore avec son téléphone. J’exprime le désir de visiter la synagogue. Il m’accompagne jusqu’à la Ghriba dans les escaliers et ruelles de la médina. En bas, prévenu, se tient l’homme qui détient la clé. La synagogue est abandonnée depuis les années 80. Il faut question de la restaurer en 1994. Actuellement elle est livrée aux oiseaux (fientes) . Deux feuillets dactylographiés sont punaisés et racontent qui’l y avait une nécropole juive, en haut près de la basilique. Les Musulmans venaient prier sur els tombes juives pour appeler la pluie sur le Kel el Yaoud. Je suis étonnée d’apprendre qu’il existait des Juifs nomades. Rien en revanche sur l’extinction de la communauté juive du Kef. IL est noté aussi que le Kef fut le lieu d’exil des mercenaires cité dans Salambô de Flaubert (j’ai cherché le passage sans le trouver). Après avoir grimpé dans les ruelles blanches, je retourne au parking de la casbah où règne mon ange gardien et son téléphone ; Il ne se cache pas d’appeler la police : nous sommes sous bonne garde.

Le Kef – Dar Alyssa

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le Kef : mausolée Sidi Makhlouf

Nous achetons à Jendouba un pique-nique sommaire : bananes oranges et dattes ainsi que des yaourts.

La route passe par des champs cultivés de céréales, l’horizon est barré par des crêtes, montagnes à la frontière de l’Algérie toute proche.

Le Kef

Le Kef est une grande ville adossée à une pente, la médina, la kasbah sont sur la colline tandis que la ville moderne s’étale vers le bas.

Le Kef dar Alyssa

Dar Alyssa – la maison d’hôtes – est une maison de ville située derrière l’Hôtel de ville. Sa façade est crépie de rose. Autour de la maison de nombreuses plantes débordent de pots. Impression de luxuriance. A l’intérieur, cette même impression d’abondance provient d’une infinité de sculptures et de beaux objets :  sculptures africaines, étains, collection de bracelets, pots, cuivres…On nous reçoit dans la pénombre. Dans un bassin, une cascade murmure. En décembre c’est un peu étonnant mais il faut imaginer la canicule de l’été : la présence de l’eau rafraîchit et me rappelle La Maison de la Cascade d’Utique.

Nos hôtes nous réservent un charmant accueil et nous conseillent pour demain la visite d’Althiburos site archéologique introuvable sur nos guides mais que GoogleMaps trouve à côté de Dahmani. Ici la Wifi marche parfaitement bien.

Le Kef

Notre chambre a un joli décor aux tons blancs et gris et une belle salle d’eau.

Nous montons à la Casbah qui est un grand fort avec une tour carrée avec une fenêtre à moucharabieh de bois qui dépasse. Le portail est imposant avec son arche maure. Le long de la muraille on a dégagé un autre mur. Tout autour des couples attendent le coucher du soleil. La vue est dégagée sur toute la région. L’horizon est se découpe en plusieurs lignes de crêtes. Le ciel est barré de bancs de nuages donnant un éclairage théâtral. Le soleil fait briller un petit minaret carrelé de noir et blanc à côté de coupoles qui prennent une teinte rose.

Le Kef : coucher de soleil

Une mosaïque de terrasses se trouve à nos pieds. Les pointes acérées des cyprès font des découpes graphiques. Près de nous un chapiteau corinthien devient orange ainsi que la toge d’un romain sans tête. Nous n’attendrons pas le final : il faut redescendre avant la nuit pour ne pas nous perdre. Evidemment on se perd quand même, suivant une rampe cimentée qui longe la médina mais se termine par un escalier. Demi-tour hasardeux.

Diner gastronomique

Dar Alyssa : salle à manger

Servi à 19h30 dans la salle à manger meublée de buffets rustiques, su lesquels on a déposé des ustensiles de cuisine en cuivre, belle collection digne de la cuisine d’un château. La chorba dans une coupelle, est au poulet, orge et pois chiches. Le plat de salade de jeunes fenouils très tendres est parsemé de miettes de thon et décoré d’olives. Le brick à l’œuf est d’une légèreté magique. Le plat traditionnel kéfois le Bourizguène est de l’agneau au romarin accompagné d’un couscous sucré cuit dans le lait avec des dattes saupoudré d’amandes et de pistaches concassées. C’est vraiment succulent ! Nos hôtes viennent nous tenir compagnie ils nous expliquent que le Bourizguène est un plat traditionnel de fête pour célébrer le printemps et les agnelages. En effet l’agneau doit être très jeune la viande est fondante sans graisse ; Nous terminerons la soirée à bavarder avec Leila qui est aussi une voyageuse mais dans le genre associatif, militant pour un dialogue inter-religieux avec des sœurs ; Elle a même rencontré le Pape à Rome.

Le chênes de Kroumirie et les villas souterraines de Bulla Regia

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les chênes-liège de Kroumirie

La route de Ain Draham et passe devant l’usine de la Société du Liège à la sortie de Tabarka. Elle monte dans les collines de la Kroumirie plantées d’essences variées : eucalyptus très hauts, lauriers roses, mimosas, chênes, résineux avec, au sol une broussaille de pistachiers et bruyère arbustive. Dans un creux, un lac de barrage a noyé un village. L’oued passé sur un pont métallique est bien en eau. Les chênes liège poussent sur les hauteurs, certains sont vraiment magnifiques ;

la petite route de Beni Mtir dans la chesnaie

Après Ain Draham, bourgade en pente, nous quittons la route principale pour la petite route de Beni Mtir qui serpente dans une très belle chênaie. Dominique a lu dans Gallimard (p223) que « sous un chêne millénaire de la ville de Fernana, les chefs kroumirs se réunissaient pour décider s’ils paieraient l’impôt au bey. Si les feuilles frémissaient la réponse était négative…. » séduites par l’anecdotes, nous cherchons le « chêne millénaire » qui figurera sur l’album-photo. Ce casting nous ravit !

Beni Mtir

Béni Mtir est un charmant village avec des restaurants et cafés avenants et surtout une église avec un clocher pointu et des maisons aux toits de tuile à double pente, on se croirait en France ! Il y a quand même une grande mosquée pour faire bonne mesure ! La route de Fernana rejoint la route principale et passe par un par un paysage raviné et plus pelé. L’oued Ghezala passe à Fernana. C’est la pause du thé dans le ramassage des pommes de terre.

Bulla Regia

Bulla Regia : via Augustina

Le site de Bulla Regia se trouve à quelque distance de la grande route.

A l’entrée du site une femme me propose une visite guidée pour moi seule. Elle me prévient la visite durera au moins une heure (elle en a duré deux). J’accepte avec joie.

Le site immense (80 ha) se trouve sous la montagne ocre où se trouvaient les carrières de la pierre à bâtir de la ville antique (Jebel Rebia 649m).  Seule ¼ de sa surface a été fouillé. En 1853, seule la haute fenêtre et le sommet du théâtre, étaient visibles.

L’occupation de la cité est ancienne : 129 dolmens sont datés d’un millénaire av. JC

Bulla Regia : thermes de Julia Memma

Cité royale numide : la population d’origine libyque fut sous influence punique : les Carthaginois utilisaient le bois des forêts proches pour la construction navale, le blé et l’orge.  En 156 av JC Bulla Regia fut une des capitales du royaume de Massinissa (238-148 av. JC). Les Numides étaient des tribus nomades sédentarisées. Massinissa s’allia à Rome contre Carthage, plus tard les alliances avec Rome furent fluctuantes (guerre avec Jugurtha). En 46 av.JC Juba 1er s’allia à Pompée contre César et ce fut la fin du royaume numide.

Bulla Regia était donc une ville neutre, oppidum liberum. Par choix, insiste la guide, les Numides se sont romanisés et la ville a été remodelée avec une architecture romaine. Ville libre sous César, municipe sous les Flaviens (56-96 après JC)  colonie romaine sous Hadrien (117-118). Les numides sont devenus sénateurs, consuls, procurateurs. Au sénat de Rome ils étaient très nombreux. Le Romains exportaient le blé, l’huile, le bois et le marbre de Chemtou. Bulla Regia était aussi une source de bêtes sauvages pour les jeux des arènes, jusqu’au 20ème siècle on a vu des lions et des panthères en Tunisie. L’apogée de la ville fut sous Septime Sévère (146-211) empereur africain né à Leptis magna. Le passage des Vandales n’a pas trop endommagé la ville qui fut florissante à l’époque byzantine ; Les Arabes s’installèrent à l’intérieur des thermes et du théâtre mais à la période arabe, la population se « décala » vers des villes nouvelles ; Les Ottomans favorisèrent Le Kef.

Mosaïque basilique chrétienne

Après l’exposé historique, la promenade dans la ville commence sur l’artère principale : La Route Impériale allant de Carthage à Hippone appelée aussi Via Augustina ou « sur les pas de Saint Augustin » itinéraire de randonnée. C’est à Bulla Regia que Saint Augustin – évêque d’Hippone prononça le fameux sermon reprochant aux habitants de Bulla Regia de fréquenter les thermes.

Les Thermes de Julia Memmia (220-240 ap. JC) s’ouvrent justement à proximité.  On entre par des vestiaires très hauts, puis dans le frigidarium qui servait aussi de lieu de réunion des associations, il reste des placages de marbre de Carrare et des mosaïques au sol. La guide me montre les symboles des pourvoyeurs de bêtes pour les jeux.

voûte avec des tubes de céramique

Les voûtes de Bulla Regia font appel à une technique originale : des tubes de céramique emboités font coffrage perdu et procurent une bonne isolation.

Les villas souterraines

Villa souterraine

L’originalité de Bulla Regia réside dans les villas souterraines romaines cette construction originale correspond au climat très contraste de La ville située dans une cuvette abritée par le Jebel très  : froid l’hiver avec le Mistral, la neige peut tomber, tandis que l’été est caniculaire surtout quand souffle le sirocco la température peut attendre 50°. Les riches romains ont investi dans des maisons doubles. La vie se déroulait en hiver à l’étage avec une salle à manger d’été, l’impluvium, les latrines et la cuisine tandis que sur le même plan, en hypogée on trouvait la salle à manger d’été souterraine fraîche pour l’été, les pièces se répartissent autour d’un patio ouvert.  Les trois mois de grosses chaleur la famille descendait dans l’appartement du bas et menait une vie luxueuse tandis que les serviteurs restaient à l’étage.

On peut visiter plusieurs de ces villas : la Villa du Trésor : une cruche avec 70 pièces d’or byzantines.

Villa de la  Chasse

La Villa de la Chasse (nommée d’après une mosaïque) est une villa luxueuse (2000m2) double puisqu’il y avait deux familles, le long de la rue où se trouvaient les égouts, se trouvent les latrines, puis une baignoire et enfin une piscine polygonale avec une fontaine en forme de coquille recouverte de mosaïque.

La maison d’Amphitrite a conservé de belles mosaïques. Pour la voir, il faut faire une petite escalade – le goût de l’aventure !

Mosaïque villa d’amphitrite

Les monuments de la ville

Autour du Forum on trouve le Temple d’Apollon, le Tribunal et le Capitole. Dans le marché, on voit 6 boutiques, deux bassins et une abside pour la statue de Mercure. A l’entrée du théâtre se trouvait une statue de l’empereur à tête amovible. lI se déroulait des spectacles mais aussi des conférences de philosophes. C’est là que Saint Augustin fit son discours en 398.

En passant la guide m’a montré une inscription en grec « En toi-même, mets tes espoirs »

Nous terminons la visite par le Jardin public entouré de bassins qui étaient des aquariums avec des poissons. La terre grise était celle des plates-bandes. Près de la route s’élève encore le Temple de Septime Sévère.

La guide montre le livre Bulla Regia de Moheddine Chaouadi, très bien illustré.

Je remercie la guide pour cette visite passionnante et prends ses coordonnées : AYADI Amel  téléphone mobile 96 014 141.

Nous achetons à Jendouba un pique-nique sommaire : bananes oranges et dattes ainsi que des yaourts.

La route passe par des champs cultivés de céréales, l’horizon est barré par des crêtes, montagnes à la frontière de l’Algérie toute proche.

Tabarka – histoires de téléphone – hôtel sur la plage

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Les aiguilles de Tabarka

Petit déjeuner : délicieuse omelette avec tomates et herbes, sur un joli plat en étoile, délicieuse pâte à la noisette et bonnes confitures.

8h30 quittons la Maison d’Hôtes sous le soleil par la route d’Ichkeul et remarquons sur le lac les îlots herbus, d’où l’intérêt de passer plusieurs fois ! Au pied du Jebel Ichkeul la plaine est très très plate cultivée de champ de blé dans de grands champs avec des tracteurs. Les grandes meules de pailles sont sous plastique. Vers le sud, l’horizon se découpe selon une ligne de crêtes pointues.

Téléphone

Fleurs d’oranger en décembre

Mateur est une agglomération d’environ 20.000 habitants avec de nombreux commerces. La boutique Orange est une copie des boutiques Orange de France, même mobilier, même décoration. Trois jeunes femmes y travaillent.  Une voilée, blanc et vert, un voile noir strict, la troisième, plus jeune, a une queue de cheval et des jeans serrés. Pour débloquer la carte Sim du petit téléphone que Djerba Autrement nous a prêté, la patronne me demande ma carte d’identité et refuse de le débloquer puis laisse les jeunes le faire d’un clic. Première opération réussie ! la seconde, équiper le téléphone de Dominique avec une carte Sim tunisienne. Instant d’émotion, va-t-il l’accepter ou se bloquer comme en Jordanie ? Soulagement ! On établit un contrat après photocopies du passeport. Tout se passe à merveille. Je bénéficierai même d’une promotion : bonus qui multiplie par dix le crédit, mais utilisable unique à l’intérieur de la Tunisie et pour une durée d’une semaine. Tout serait parfait si je n’avais pas égaré la carte SIM française, elles sont si petites maintenant que c’est facile de les perdre. Introuvable ! je secoue mon passeport, vide le porte-monnaie, vide tout le sac, les bonbons, les mouchoirs. Je suis dans la boutique depuis une heure. Dominique s’impatiente, elle entre et justement entend tomber quelque chose : la carte ; miracle ! retrouvée ! nous pouvons repartir. Nous avons enfin résolu les problèmes de téléphone, croyons-nous. Nous pourrons nous appeler l’une l’autre avec le bonus. A 13h lorsque nous arrivons à l’hôtel à Tabarka, c’est tout Orange Tunisie qui a buggé ! On a un téléphone tunisien, du crédit et on ne peut rien faire. D’autant plus que le bug s’étend au téléphone fixe et aux autres opérateurs !

Devant le lycée de Mateur, tous les élèves sortent pour une manifestation pro-Palestine très bien organisée.

la route de Mateur/Nefza 75 km

oliveraies

Plein ouest dans les collines de la Kroumirie. Les champs sont petits, pentus et piquetés d’arbres : oliviers, figuiers, cyprès, eucalyptus. Dans les vergers l’oliviers c’est la cueillette. La route zigzague. Nous doublons un pickup métallisé qui porte une véritable meule de paille attachée avec des sangles qui s’élargit en encorbellement vers le haut. Le même pick-up gris vient à notre rencontre avec un veau et une vache à l’arrière ?

pick up de paille

La montagne est pittoresque avec des figuiers de Barbarie (que Flaubert appelle des Nopals, et moi des Opuntia) bordant la route et les champs. Les eucalyptus forment une véritable forêt à l’arrivée à Sejnane, ville active (mines de plomb et de zinc). Le marché aux légumes occupe une partie de la route, suivi d’un marché de fripes le plus grand que j’aie jamais vu. On y vend de tout, des chaussures aux sous-vêtements. Des centaines de mètres de vêtements de seconde main. Le rond point est décoré de deux grandes cigognes en ciment.

Friche industrielle et nids de cigognes

En haut du minaret, sur les pylônes, sur la gare désaffectée, sur les poutrelles d’une installation industrielle, partout d’énormes nids de cigognes qui hivernent plus au sud en Afrique. Autour de Sejnane les petites maisons ont des toits à double pente couvertes de tuiles mécaniques rouges, ces tuiles soulignent de petits auvents. Héritage de la colonisation ou signe d’une météo plus pluvieuse que dans le reste de la Tunisie ? Un lac de barrage est desséché. Nous traversons une première forêt de chêne-liège, troncs noircis, trace d’un incendie. Un viaduc ferroviaire traverse une vallée, puis un joli petit lac. La route est maintenant bordée de mimosas ? Sur la carte un grand lac de barrage s’étend avant Nefza : bien à l’étiage alors que nous sommes quand même en décembre. Après Nefza, la route descend sur Tabarka.

Tabarka : Le Méhari

la plage de Tabarka vue du balcon

Avant l’entrée de Tabarka,  la route touristique  dessert les hôtels. Généralement nous fuyons ces hôtels-usines de milliers de chambres entourés de pelouses. Il y a même un golf. Les golfs en pays de sécheresse me mettent en colère. Nous n’y logerons qu’une seule nuit. Le Mehari  a des centaines de chambres (la nôtre est la 3320),  des  kilomètres de couloirs, deux piscines, l’une couverte et chauffée. Notre chambre est bien 4*, très vaste claire, confortable. Murs blancs, rideaux beiges à rayures rouges, deux lits jumeaux recouverts de rouge, une tablette de marbre sous la glace, kilims rouge et gris, mais surtout un grand balcon juste au-dessus de la plage de sable où déferlent les rouleaux puissants.

Visite touristiques

Négligeant les citernes antiques, l’une d’elle est transformée en basilique, et le fort génois, nous allons voir les Aiguilles : banc de grès découpé par l’érosion formant une dizaine de triangles à la pointe très effilée. Des coulées de rouille leur confèrent une teinte orangée et protègent les faces du vent et des embruns qui criblent de trous les endroits où la rouille est absente, formant ainsi des coulures, piquetis et des formes étranges. Promenade agréable en bord de mer, un peu trop urbanisée avec de grands lampadaires disgracieux et des gardes-du-corps peu discrets. Belle vue sur l’île Tabarque et son fort génois doublé d’un phare.

Les aiguilles de TAbarka et l’île Tabarque

L’île est reliée à la terre. Son histoire est mouvementée : le roi Hafside vaincu par Charles Quint, l’avait gardé en sa possession ; il l’échangea contre le corsaire Dragut prisonnier d’une famille génoise. Charles Quint afferma Tabarka aux Lomellini qui construisirent un puissant fort et s’y maintinrent deux siècles.   Les Génois y développèrent le commerce du corail, de la pêche et des produits locaux. Les histoires de corsaires se poursuivent….. Dragut est mort à Malte pendant le Grand Siège en 1565 sur les murs du fort Saint Elme ! Elle fut prise en 1781 par les Français.

Revenant des Aiguilles, passant devant les étals des marchands de souvenirs je file devant les propositions des vendeurs de colliers de corail. Leur table est pleine de collier de perles roses ; Les prix tellement alléchants que je les avais snobés, pris pour du faux, (peut être le sont-ils, comment savoir ?).

Autre spécialité locale : le liège -exploitation des forêts de chêne-liège dans les hauteurs : bouchons, plaques isolantes, semelles. Un vieil homme au marché des souvenirs vend des « rochers » en lièges sur lesquels sont fichées des cigognes en plastique, ensemble hideux, terriblement kitch et surtout intransportables en avion par les touristes.

Retournons à la recherche d’une boutique de téléphone. On nous l’indique « après la statue de Bourguiba ». Le grand homme est assis, son chien à ses pieds. Il fut assigné à résidence à l(hôtel de France en 1952.

Rien à faire chez Orange : leur magasin est aussi en panne.

Balade d’une bonne heure, les pieds nus dans le sable fin. Je roule mon jeans et laisse la vague me mouiller jusqu’au mollet. L’eau est tiède ? Les rouleaux ont une belle couleur menthe glaciale.

Je profite pendant une heure de la belle piscine pour moi toute seule, sous une verrière dépolie hémicylindrique.

Retour à Ghar el Melh – le port des Corsaires

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Ghar el Melh : le vieux port

Hier, en rédigeant mon compte rendu, j’ai trouvé dans nos guides des histoires de piraterie attachées à Ghar Meleh. Nous décidons d’y retourner.  On arrive vite, à 15heures il n’y a personne dans les rues des villages. Nous dépassons le premier fort vu hier et entrons dans le village (ex Porto Farina cité par Flaubert, qui y rencontre des capucins). Un deuxième fort de pierre triangulaire ressemblant au premier mais encore plus grand – le fort médian, précise un panneau. La route passe sous des arcades de pierre, sous d’autres arcades se tient un marché alimentaire. Enfin nous arrivons au vieux port disposé autour d’un bassin circulaire. De belles arcades sont situées à l’arrière tandis que séparant le port de la lagune, une digue est bordée par un mur percé de trous réguliers ‘pour les canons ?). Un chenal fait communique le port avec le lac. Des barques colorées sont à quai. Des pêcheurs jouent aux boules, d’autres sortent les filets des bateaux (pas un bateau en plastique pour déparer). Il faut de l’imagination pour faire revivre les bateaux de pirates dans ce joli petit port rond. Peut être, sous les arcades entreposait-on le butin de la course ? Où logeaient les esclaves razziés ? Où était le marché aux esclaves. Je pense aux habitants de Gozo(1551) emportés par Dragut, ceux de Vieste (1554) . Il est étonnant que le port soit aussi petit par rapport aux dimensions des trois forts.

Ghar el Melh vieux port

Aujourd’hui, dimanche il y a du monde attablé aux restaurants et cafés, tables et chaises bleues, parasols de paille. Il y a même plusieurs tablées de femmes. Sur le lac, on fait de l’aviron.

Quand je pense que nous étions venues hier et que nous nous étions arrêtées au 1er fort ! Cela doit arriver souvent de visiter tellement superficiellement un lieu qu’on croit le connaître sans l’avoir vu !

Bous arrivons au nouveau port de pêche ; Le vieux port historique est celui des barques de bois. Dans le nouveau port les bateaux de pêche moderne sont de bonne taille, il y a une criée. Nos sardines d’hier sont passées par là !

salicornes rouges et roseaux

Sur le bord de l’eau les salicornes sont rouges ? j’avais vu les mêmes sur le Delta de l’Ebros en Thrace. C’est une floraison hivernale. Les cabanes en roseaux se détachent à contre-jour avec les rangées de canisses qui délimitent et abritent du vent des minuscules jardins en étroites bandes. Les sol est très sableux et je remarque de gros tas de fumier.

Le soleil descend vite. Nous recommençons les photos de coucher de soleil. Retour avec le soleil dans les yeux tout au long de la route, bien éblouies.

filets et roseaux

Leila est repartie à Sidi Bou Saïd. Nous dinons seules d’un carpaccio de saumon où des lamelles de fond d’artichaut alternent avec les couches de saumon accompagné de verrines fromage blanc et mousse de potiron. De fins filaments de piments rouges relèvent la sauce et la coriandre parfume le carpaccio. Après cette entrée froide, la soupe de citrouille au parmesan nous réchauffe bien. Palt de viande grillée délicieuse et fondante. Dans un verre tulipe, la mousse à l’orange légère et parfumée est décorée de petites perles d’argent.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le lac d’Ichkeul

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Le Lac d’Ichkeul

Le petit déjeuner est aussi raffiné que le dîner. Une faisselle est présentée avec des lamelles de tomate et une demie orange. Des verres à liqueur sont remplis d’une pâte à tartiner maison – blé concassé, mandes, noisettes – bien meilleur que du Nutella, que je déguste à la cuiller avec plaisir et…satiété. Deux pains sont servis chauds : l’un d’eux à texture de crêpe, l’autre à croute brune parfumé à l’anis. Nous déclinons l’offre d’œufs frais.

La journée s’annonce ensoleillée.

Au programme du Road Book, la visite de Bizerte et un grand tour englobant le lac de Bizerte et celui d’Ichkeul 135 km. Nous préférons aller directement à Ichkeul pour profiter de la Réserve Naturelle, nous promener dans le Par cet ne pas passer trop de temps dans la voiture. La route est directe jusqu’à Menzel Bourguiba.

Ciel bleu, blé en herbe vert fluo, sur les crêtes les éoliennes tournent. A mi- pente, un village : le minaret blanc se détache des maisons cubiques. Sur l’épaulement d’une colline deux coupoles d’un mausolée.  Le lac de Bizerte est d’un bleu profond, ultramarin, plus loin, scintillent les maisons de Menzel Bourguiba précédée par une usine crachant une fumée marron. Alors que Bizerte était une base navale française d’importance, on édifia au fond du lac de Bizerte un arsenal et une ville Ferryville en l’honneur de Jules Ferry, à l’urbanisation coloniale que Leila nous a recommandé de visiter. Nous remarquons le complexe sidérurgique sur l’emplacement des anciens arsenaux. La route est bordée de grands arbres « taillés au carré » au feuillage vernissé vert foncé. A l’entrée de la ville, des platanes leur succèdent. Nous arrivons à un carrefour en étoile. En fait de « petit Paris » (Guide Gallimard) le marché qui a envahi la rue donne plutôt une ambiance africaine. La foule est venue faire ses emplettes ce dimanche matin. Les piétons marchent sur la chaussée et le trafic automobile est bloqué.

Sources thermales sur le bord du lac

Les bords du lac d’Ichkeul ressemblent à des prés-salés. De nombreux troupeaux sont sur les bords de la route pi sur les étendues vertes et rases, surtout des moutons à la laine sombre marron même noire. L’entrée du parc se trouve juste après le passage à niveau. La route court sur une sorte de digue. L’eau est loin, ses bordures boueuses sont desséchées. Effet de la sécheresse ? Selon nos livres, le niveau monterait en hiver, le lac serait alimenté par les oueds et l’eau serait presque douce (5g/l de sel) tandis que l’été les eaux du lac de Bizerte communiquant par un chenal s’engouffreraient dans le lac d’Ichkeul et la salinité monterait à 20 g/l .  Petits points blancs alignés au milieu de l’eau : flamands ou aigrettes. J’ai oublié les jumelles. Plus tard, vers midi, 5 aigrettes survoleront la voiture. L’entrée au parc National est gratuite mais il faut s’enregistrer. La route parcourt encore 3 km à la base du Jebel, nous passons devant des groupes de maisons dont certains toits sont en roseaux. Les clôtures sont en branches sèches d’épineux entrecroisées : redoutables barrières pour les animaux. Près des maisons pas de buffles d’Asie peuplant la région depuis le temps des Phéniciens mais qui ont failli disparaître ; on a dû en importer d’Italie. Plusieurs coupoles blanches et toits hémicylindriques marquent les hammams des sources thermales captées. Le complexe thermal est fermé ainsi que le petit Musée de Géologie. Des sculptures en ciment d’un rhinocéros, et d’un éléphant rappellent qu’un climat tropical humide existait au tertiaire, en témoignent des ossements fossiles retrouvés sur place.

lac d’Ichkeul

Un escalier monte à l’Ecomusée :  une véritable ascension. L’écomusée est installé dans un bâtiment à coupoles. Un inventaire des différentes espèces de la faune et de la flore est présenté par milieu sur des panneaux explicatifs très bien faits. Milieux humides autour du lac , Jebel Ichkeul, oiseaux migrateurs, grotte et chauve-souris. Je note consciencieusement les noms latins, genre et espèce. La plupart me sont familiers : lentisque, oléastre, euphorbe, câprier. En revanche je ne connais ni l’Azerolier (épine d’Espagne) ni Ziziphus lotus(jujubier)  ou Phillyrea angustifolia (filaire à feuille étroite). La plupart des canards, sarcelles, foulques hivernant à Ichkeul viennent d’Europe Centrale : Autriche Hongrie Tchéquie, Roumanie. Sans doute les oiseaux d’Europe de l’Ouest empruntent un couloir migratoire passant par l’Espagne et le Maroc. J’aurais aimé plus d’explication sur l’Hydrographie des deux lacs, sur la localisation du chenal qui les fait communiquer ainsi que sur la géologie du Jebel. Sur le Versant regardant Bizerte les oléastres s’accrochent à un substrat rocailleux, le rocher caverneux (dolomie) tandis que près du Centre d’Interprétation, sur le versant qui regarde le Lac d’Ichkeul, le calcaire est marneux lité avec des bancs presque turquoise, il existe aussi des affleurement de marbre ; la végétation est un maquis beaucoup plus touffu , buissons inextricables de lentisques, euphorbes, formant un écrin sauvage au lac d’un vert amande très différent du bleu foncé du lac de Bizerte.

Des coins pique-nique ont été aménagés à l’écart de la piste ainsi que des sentiers et des affûts pour observer les oiseaux. Plusieurs itinéraires sont fléchés. Une grotte est à 3 km. Je me promène avec grand plaisir dans cette montagne. Comme c’est dimanche, les visiteurs ont apporté le pique-nique. Un groupe d’écoliers est venu en car. Je croise ces gens qui ne sont pas assez nombreux pour faire foule et qui me saluent gentiment. Le parc possède deux espèces de pistachiers, que je ne sais pas différencier. Je suis un peu déçue de ne pas observer les oiseaux migrateurs, les affûts sont placés très loin de l’eau. J’aurais bien aimé voir la poule sultane bleue au gros bec rouge qui restera une inconnue pour moi.

Après cette belle matinée, nous retournons à Menzel Bourguiba, le marché est presque terminé. J’achète deux oranges une banane et deux branches garnies de dattes. Le vendeur pèse consciencieusement les fruits séparément puis fait un prix global de 3 dinars. Dominique part à l’exploration du Carrefour market (eh oui, comme chez nous) Elle y trouve des yaourts, des sablés et des nuggets !

Chambre d’hôtes à El Aliya – Ghar Meleh

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Les nuages très menaçants ne tardent pas à crever en une pluie désagréable.

Où déjeuner ? Au bord de la mer ? Nous guettons les gargotes. On mangerait bien des brochettes. Les maraichers ont dressé des pyramides de fenouils blanc nacré, ventrus vendus avec les fanes et des tours de carottes appétissantes habilement construites. Dans des seaux blancs en plastiques, des oranges et des mandarines.

Chambres d’hôtes Henchir Dherb

La ferme se trouve en pleine campagne sur une petite route goudronnée entre champs de fenouils à tous les stades du petit plant à la récolte. Un homme laboure, sa charrue est tirée par un cheval. Des femmes récoltent les olives vertes, violettes et noires. Malgré la pluie tout le monde travaille dehors. Un beau mur fleuri de bougainvillées annonce la résidence touristique. Nous reconnaissons la piscine, c’est bien là ! Deux jeunes filles chaussée d’élégantes bottes en caoutchouc fines, puis notre hôtesse, Leila nous conduisent dans une grande pièce où, dans une haute cheminée de marbre blanc sculptée, brûle une joyeuse flambée. La grande salle aux confortables canapés est ornée de tableaux peints par le mari de Leila. Peinture très colorée et très gaie.

Nous traversons un premier patio aux arcades grises et pavement de marbre (on pense au triclinium d’Utique) fleuri de jasmin et meublé rustiquement, paniers dd piments rouges, tresses d’ail….Pass2e une porte verte, on traverse une petite cour et après avoir poussé une lourde porte ancienne, nous découvrons notre chambre. Dominante bleue, bleu outremer et bleu clair sont réveillés par une frise de créneaux jaunes. La commode originale est patinée de bleue. D’équerre l’entrée est jaune soulignée d’une bande verticale bleue. La salle de bains possède également une belle porte et des placards de bois vert. Dans une niche, des nautiles et un coquillage nacré. Très bon goût, original. Une maison d’artistes.

Leila nous convie au thé dans le salon. Nous avalons d’abord en vitesse un œuf dur et un yaourt. Le thé aux pignons est délicieux. Leila nous conseille d’aller à la mer à Ghar Meleh. Il suffit de monter à El Aliya, le village le plus proche perché sur une colline, de tourner à droite en haut et de suivre la route qui traverse en zigzags la campagne et les villages. Dans le village suivant la rue est occupée par un marché de fruits et légumes : fenoiuls et carottes, petits pois, navets, choux fleurs, bien sûr oranges, mais aussi de grosses prunes violettes. Les étals des boucheries sont moins agréables à regarder, deux têtes de vaches sotnaccrochées ainsi que la toison d’un mouton maculée de sang, suspendue près des carcasses en plein air. Innombrables petites épiceries, une supérette, signe de modernité comme l’enseigne lumineuse clignotante du boulanger. Brusquement je découvre la mer à main droite derrière un rideau de roseaux, tranquille et plate comme un lac – c’est un lac que la route longe avant d’arriver à Ghar Meleh au soleil couchant qui dore les pierres du fort. Les troupes de Charles Quint débarquèrent en 1535. Au 18ème siècle c’était le port principale de la flotte corsaire. Le fort est une tour ronde entourée d’un bâtiment arrondi plus bas. Des hommes coupent des roseaux et lient de bottes. Côté lac il y a quelques  barques colorées, des filets et des pontons de bois.

Ghar el Melh : fort

Le restaurant Porto-Farina est fermé, Porto-Farina est l’autre nom de Ghar Meleh). Nous ne nous attardons pas. Il faut rentrer avant la nuit.

Dîner auprès du feu. La soupe nous réchauffe. Elle a un goût d’orange il y a même des filaments de zeste de citron râpé, lait ou pomme finement moulinées. Elle est veloutée, excellente et très originale. Une douzaine de petites sardines frites très fraîches, viennent justement de Ghar Meleh elles sont servies avec un piment rouge coupé dans le sens de la longueur et un quart de citron, véritable tableau ! Le risotto aux moules de Sfax est décoré d’un toupet de fenouil. Le riz fondant est recouvert d’un glacis de copeaux de parmesan. Le dessert est aussi joli que délicieux : une coupelle de grenades aux grains bien rouges sur de la chantilly colorée par des amandes grillées pilées.

Leila nous tient compagnie. Elle se désole que la Tunisie soit encore désertée par les touristes. Le tourisme de masse a frémi en 2017 mais elle vise une autre clientèle de voyageurs individuels. Ce n’est pas la politique de Trump qui va doper le tourisme ; Manifestations à Tunis ; A la télévision, un jeune chante des lamentations pour El Kuds.

 

 

 

 

 

Les ruines d’Utique

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Tunis : Médina -Place du château

Une dernière fois, nous traversons la médina. Je remarque les gouttières vernissées vertes. Nous quittons Tunis sous les gouttes. Sous les arcades, un panneau m’amuse : « coopérative des fouleurs de chéchia ».  Le gardien du parking nous invite à faire des photos à l’intérieur du Palais Dar Hussein dans le beau patio carrelé décoré de colonnes blanches et de stucs. A l’arrière, il y a une cour plantée d’arbres. Dans la médina, le bâti est serré, on n’imagine pas comment la végétation peut s’inviter, au pied des gouttières, dans les patios bien cachés.

Tunis – dar Hussein

Le GPS a accepté Utique comme destination. Nous sortons donc de Tunis sans encombre, traversons des quartiers modernes passons dans Ariana qui semble être un satellite de Tunis, plus rien de charmant de ce que Flaubert a vu dans son Voyage à Carthage :

« Retourné à l’Ariana, charmante, délicieuse, enivrante chose. Les terrasses blanches des maisons à volets verts saillissent au milieu de la verdure, le tout est dominé, en échappée par les montagnes bleues : champs d’oliviers, caroubiers énormes, haies de nopals où les feuilles en vieillissant sont devenues des branches »

Quartiers neufs pimpants, immeubles déjà défraîchis, centres commerciaux, Carrefour, urbanisation 21ème siècle !

Enfin l’autoroute traverse une campagne hivernale où le blé d’hiver forme un tapis vert (quoique un peu clairsemé) ; les figuiers sont défeuillés. Sur les pentes des collines des oliviers ne paraissent pas irrigués, certains assoiffés. Les champs d’artichauts touffus s’étendent sur de larges surfaces, Roscoff est battu à plates coutures !

Utique : la maison des Cascades

A la sortie d’autoroute « Utique » rien n’indique le site archéologique. Nous demandons aux gens au bord de la route qui ne comprennent pas ce que l’on cherche. A l’entrée d’Utique dans une zone industrielle, le tenancier d’une gargote nous renvoie vers l’autoroute. Après un long trajet nous traversons un village, je demande à la pharmacienne – voilée yeux très charbonneux – qui, bien sûr connaît les ruines.

Les ruines d’Utique

Selon le Guide Bleu p.202 :

 « on peut admettre avec Pline l’ancien qu’Utique fut fondée par des Tyriens en 1101 av JC soit 287 abs avant Carthage[…]Alliée plutôt que vassale de Carthage elle participe aux luttes de Carthage contre les tyrans de Grande Grèce puis contre Rome puis fait une tentative de se rapprocher des romains. Assiégée par Hamilcar, elle capitule sans conditions. A nouveau aux côté de Carthage pendant la seconde guerre punique, elle se livre à Rome pendant la 3ème . elle en sera récompensée proclamée ville libre en 144 au rang de capitale de la Provincia Africa.

Utique est intimement liée aux évènements de l’histoire romaine : Marius y débarque pour réprimer la révolte de Jugurtha, elle devient le théâtre de lutte entre les partisans de Pompée et César. Après la défaite des Pompéiens Caton d’Utique s’y suicide.

Sous Auguste, elle perd le statut de capitale au profit de Carthage… »

Utique : nécropole punique

 

Le ciel s’est dégagé, nous visitons les ruines sous le soleil. » Depuis la Révolution de 2011, plus personne ne vient », se plaint le gardien, » depuis dimanche dernier, aucun visiteur. « Il me montre en vitesse un bassin de la Maison des Cascades, ouvre une porte cadenasser pour me faire voir le squelette d’une jeune phénicienne. Juste à ce moment survient un groupe francophone d’expatriés accompagnés d’une conférencière. Je lui demande si cela la dérange que je me joigne à eux .

« Comme vous le demandez, cela ne me dérange pas ! mais si vous ne l’aviez pas fait cela m’aurait dérangée ! »

Bassin de la Maison des Cascades

J’ai donc le plaisir de découvrir la Maison des Cascades : somptueuse résidence s’étendant sur toute la largeur de l’insula, correspondant à 5 maisons ordinaires. L’entrée monumentale garde les encoches des poutres du toit. L’eau s’écoulait en cascade d’un bassin orné d’une merveilleuse mosaïque à fond vert où nagent des poissons, bar, murène, oursins, seiche, l’eau cascadait jusqu’à une fontaine soutenue par des colonnes de marbre. A côté, le jardin avait un autre bassin avec un cadran solaire. Le triclinium était pavé de marbre en opus sextile, marbre jaune tunisien de Chemtou, blanc de Carrare, vert de Grèce. Une salle à manger d’hiver couverte était de plus petite taille. Près de l’entrée, la chambre du gardien. On reconnait les pièces des domestiques à leur plus faibles dimensions. Les écuries ont gardé leurs auges de pierre, abreuvoirs avec les trous pour attacher les chevaux. Le seuil de la maison est revêtu d’une sorte de tapis de mosaïque imitant un tissage en couleur, plus simple que le marbre ou la mosaïque mais très décoratif.

Chapiteau historié : apollon citarède

Une autre luxueuse villa a perdu la plupart de ses ornements sauf les chapiteaux historiés du péristyle : le gardien avec une longue badine montre la silhouette d’Hercule sans tête mais reconnaissable à sa massue, Minerve casquée et Apollon citharède avec sa cithare.

Plus bas, on a dégagé les tombes monolithes de grès de la nécropole punique.

La conférencière nous conduit au vaste forum, grande étendue rectangulaire. Elle nous montre la Résidence du Proconsul. Les fouilles ont dégagé un mur en opus reticulatum – petits pavés cubiques qui s’insèrent coins vers le bas-technique courante à Rome et en Italie mais rare en Tunisie où est utilisé l’opus africanus avec des blocs rectangulaires jointifs que les Carthaginois utilisaient déjà. Une rangée de palmiers sur une petite crête matérialise le rivage du temps des Romains. A la place de la plaine alluviale de la Medjerda. On peut imaginer l’eau tant la plaine est plate et monotone.

Mandragore

La promenade archéologique vire à la botanique : tout d’abord des boutons d’or frais éclos, avec de nombreux pétales. La grosse corolle bleue fermée comme un très gros crocus, est la fleur de la mandragore, la plante magique aux racines de forme humaine qui crie quand on tente de l’arracher. J’avis entendu parler de la mandragore mais je ne l’avais jamais vue. De l’ordre du mythe, je doutais de son existence. La voilà avec ses feuilles vertes, brillantes et coriaces.

Urginée

De belles feuilles lancéolées sont celles des urginées. Connaissance de fraîche date, je l’ai vue pour la première fois en septembre dernier à Malte, haute hampe portant des fleurettes blanches. Elle fleurit en octobre en Tunisie, elle est maintenant à graine. Feuilles et fruits surgissent d’un énorme bulbe qui se vendrait en Egypte contre les rats. Nommée également Scille maritime elle serait aussi surnommée mort-aux-rats. On la vend aussi au souk pour faire des cataplasmes contre les rhumatismes.

A quelque distance, se trouve le Musée d’Utique qu’on  nous ouvre . hélas le célèbre « scarabée » gravé d’un archer (Pégase ?) n’est plus la vedette du musée. A sa place une photographie et une autre d’une pièce en or. Par crainte des pillages à la suite de la Révolution de 2011, on a mis à l’abri les pièces les plus valeureuses. Ce « scarabée » a été présenté à l’IMA à Paris lors de l’Exposition sur les Phéniciens. Les autres vitrines contiennent des terres-cuites, vaisselle et pettis objets ainsi que des vases grecs importés.

Ariane endormie

J’ai bien aimé un beau marbre de Carrare : Ariane endormie reposant sur son coude gauche sur un tuyau d’où coulait l’eau à la Maison des Cascades.

Un bel autel à Cybèle porte des inscriptions latines. Autre inscription funéraire à Julius Polius soldat de la légion d’Afrique mort à 22 ans. Inscription à l’empereur Claude divinisé.

un article très intéressant et détaillé ICI

 

Les nuages très menaçants ne tardent pas à crever en une pluie désagréable.

Où déjeuner ? Au bord de la mer ? Nous guettons les gargotes. On mangerait bien des brochettes. Les maraichers ont dressé des pyramides de fenouils blanc nacré, ventrus vendus avec les fanes et des tours de carottes appétissantes habilement construites. Dans des seaux blancs en plastiques, des oranges et des mandarines.