Musée de Céret – collections permanentes

CARNET CATALAN

Céret vue de la route des évadés

Matin nuageux, occasion pour retourner au Musée de Céret  pour les collections permanentes que j’ai négligées. Dominique me monte en haut de Céret vers 9h30. Trop tôt pour le Musée. Je monte vers Fonfrède sur la route qui domine du village. De jolies maisons entourées de cerisiers surplombent le village. Les voilà les cerises de Céret !

Céret : fontaine des neuf jets

Je fais une pause pour admirer le panorama : au premier plan, des cerisiers au plus beau de leur floraison, se détachant sur une herbe vert vif. Sur un épaulement à droite, une grande bâtisse est accompagnée de trois cyprès élancés. D’autres cyprès se détachent sur la pente. Dans le creux, se blottissent les maisons de Céret. Le centre du village est couronné de la ramure des hauts platanes, au centre on distingue l’église. A l’arrière de Céret tout un amas de toits rouges neufs des quartiers périphériques qui colonisent la vallée du Tech. A l’horizon les lignes de crêtes des Corbières. Les flancs des collines sont boisés de chênes, les mimosas font des taches jaune vif.

En descendant, au-dessus d’une fontaine, à la fourche de deux routes qui montent, un panneau avec la reproduction d’un tableau de Braque signale l’atelier de Picasso et de Braque dans une bâtisse de 3 étages aux grands volets bleuissant, dont la peinture délavée doit dater du séjour des deux artistes. La porte est encadrée par deux colonnes.

J’arrive sur une place biscornue, polygonale, bordée de restaurants et ombragée de trois vieux platanes entourés de bancs de pierre, il y en a d’autres plus jeunes. Au centre, une fontaine octogonale de marbre blanc : la fontaine des neuf jets fut construite en 1333 sous le règne du roi  de Majorque Sanç I, cette fontaine fut le symbole de ce territoire marqué par les révoltes ; Ferdinand d’Aragon la fit coiffer du lion de Castille. Après l’annexion par la France on a écrit « Venite Ceretens, leo factus gallus » (le lion s’est fait coq). Sur cette place furent étudiés les termes du Traité des Pyrénées.

Une ruelle d’à peine 1 m de large conduit à la place de l’église de forme encore plus bizarre l’arrondi est souligné par deux rangs de bancs de briques. Trois oliviers remplissent le coin. L’extérieur de l’église est très sobre, sauf un porche majestueux en marbre de Céret. En revanche le toit semble soutenu par des contreforts couverts de tuiles sur le dessus.

Musée d’Art Moderne de Céret

Herbin : les ponts de Céret

Les collections permanentes occupent une partie du rez de chaussée. Quand j’arrive une conférencière raconte la vie de Soutine à Paris avec Modigliani de façon très précaire. C’est une visite guidée « privée » quand je demande la permission d’écouter on me renvoie à la billetterie acheter un autre ticket (3.5€).

Soutine (musée de l’Orangerie)

Chaïm Soutine arrive donc à Céret après avoir rencontré le marchand de tableau Zborowski qui lui alloue 5 F par jour. Il y restera 3 ans et peindra 200 tableaux. Mais il s’intègre mal à Céret, les habitants parle de lui comme du peintre « sale » (il se promenait en bleu de travail taché de peinture). Sa peinture expressionniste, colorée présente des distorsions. Ses paysages sont déformés, brisés, les maisons sont penchées. Cette déstructuration témoignerait de l’expression de la colère de Soutine. Il rentre à Paris en 1923, Barnes lui achète toutes ses œuvres qu’il rachètera par la suite pour les détruire.

Kremegne
Kremegne

Pinkus Kremegne était un ami de Soutine, originaire comme lui de Vilnius, comme Soutine envoyé à Céret sur le conseil d’un marchand de tableaux, peintre expressionniste. Il peint des paysages colorés. Héritier de Van Gogh pour le liseré noir et de Cézanne pour la composition en trois parties. Contrairement à Soutine, Kremegne s’est bien intégré à Céret, il y a installé son atelier  et y est mort. Il a également peint des aquarelles joyeuses et colorées.

Herbin : la porteuse de linge

Auguste Herbin a une facture cubiste mais ses tableaux restent très figuratifs. La conférencière nous montre le Paysage de Céret.  Le paysage est très géométrique mais tout à fait reconnaissable. On reconnait les arches du pont sur le Tech. Au-delà du pont on voit bien le Canigou. Mais la montagne subit des changements de couleur, comme il se produit dans la journée, blanc, rose et bleu selon l’heure.On identifie aussi très bien les arbres dans le tableau des trois arbres.

Le troisième tableau de l’artiste est plus énigmatique surtout quand on na pas lu le titre. On imagine une silhouette, mais ce pourrait être aussi une machine avec des engrenages. Herbin affectionne particulièrement les cercles dans ses constructions géométriques. La conférencière nous aide en montrant l’arrondi d’une épaule, un bras, une main (l’avant-bras a disparu). C’est donc une femme : La porteuse de linge catalane, on devine maintenant le linge, les chemises sont même disposées verticalement le long de sa jupe, les cols se voient bien. Le pointillé rappelle le liège, produit dans la région. La culture inspire le peintre comme nombreux artistes de Céret.

Herbin aspirait à un art total. Il avait inventé un alphabet plastique, attribuant à chaque lettre une couleur. Certains tableaux pouvaient être joués en musique. Cela me rappelle le livre Alham de Marc Trévedic que j’ai lu récemment.

Manolo

Manolo est arrivé en 1910 à 38 ans. Alors, le maitre de la sculpture était Rodin. Manolo et Maillol vont simplifier les formes, les épurer et s’inspirer de la culture locale : le Toréador (sur la place près des Arènes), un modèle réduit se trouve dans la vitrine avec des paysannes catalanes, avec leur fichu et leur châle traditionnel.

Edouard Pignon : la remmailleuse de filets

Dufy est arrivé en 1941 à Perpignan il était venu dans la région pour soigner son arthrose. Ayant du mal à se déplacer, il a peint des intérieurs et des vues d’atelier. C’est amusant pour moi de retrouver son atelier de Perpignan dont j’avais vu des représentations au Musée Hyacinthe Rigaud, et placé sur un chevalet la toile du cargo noir, vue elle aussi au Musée Rigaud. Parfaite synthèse de ces deux visites.

Comme Dufy, Chagall est inclassable. Il est venu à Céret entre 1927 et 1929. Il y a peint les illustrations des fables de La Fontaine commandées par Ambroise Vollard. Deux tableaux sont accrochés : La Guerre 1943 et les Gens du voyage 1968.

Chagall : la Guerre

Dans la Guerre l’atmosphère  est oppressante, on a l’impression que la Guerre a tout chamboulé, la moitié des maisons du village russe (Vitebsk ?) sont la tête en bas, ou plutôt le toit en bas. Un homme git les bras en croix. Que transportent les charrettes ?  Une femme à la chevelure rouge s’élève, on pense qu’elle est morte, triste assomption. Dans un coin, Chagall s’est représenté en juif errant avec son baluchon de fuyard.

Chagall : les gens du voyage

Les gens du voyage traduisent au contraire un moment joyeux. Marc Chagall et Valentine se marient. Une troupe de Tsigane font un spectacle de jongleur, d’équilibriste. Les spectateurs du cirque sont représentés sur des gradins clairs. Dans un coin un orchestre fait de la musique. On reconnait un violon. Oiseaux et poisson sont de grande taille. Dans le ventre du poisson bleu qui survole la scène est allongé le couple de mariés. Trois bouquets de fleurs, trois lunes, des chevaux….Une femme a deux visages, il s’agit de Bela, la première épouse de Chagall décédée.

Dans la même salle, la conférencière n’a pas le temps de commenter les deux tableaux de Catalanes d’Edouard Pignon  qui a séjourné à Collioure : la remailleuse de filet attend son mari, pêcheur d’anchois, l’autre catalane est une paysanne.

Picasso coupelle de tauromachie

« Le chef d’œuvre du Musée » selon la guide est la collection des coupelles de tauromachie de Picasso qui revient à Céret en 1953 et peint une série de 30 coupelles en 6 jours seulement. Comme il lui est impossible de retourner dans l’Espagne franquiste, il va dans le midi assister à des corridas. Les 29 coupelles (une a disparu) sont présentées par ordre chronologiques. Elles sont peintes avec des argiles blanche, brunes, noire. Le jaune arrive ensuite. Le soleil se mue en œil….

J’ai vraiment eu une chance folle de rencontrer cette conférencière. Sans son analyse j’aurais beaucoup perdu. Comme j’aimerais être capable de rester un long moment devant un tableau et d’en analyser les éléments !

Temps gris et doux, les nuages ne nous empêchent pas de déjeuner sur la table dehors. Sardines grillées et pommes de terre.

Céret le long du Tech- Argelès : la plage

CARNET CATALAN

Céret : le Pont du Diable

Le temps est meilleur que ne l’avait prévu la météo.

S’il avait plu je serais retournée au Musée de Céret ; comme il fait beau j’improvise une promenade le long du Tech. J’avais envie de photographier le Pont du Diable d’en bas. Raté, le pont ne se détache pas sur le Canigou comme je le croyais mais sur les deux autres ponts, routiers et chemin de fer, cela fait désordre. Le Chemin du Moulin le long du Tech n’est pas très joli. La rivière est loin et poussent toutes sortes de plantes à allure ingrate. Ce n’est qu’à la fin que je trouve les fameux vergers de cerisiers de Céret, ils sont encore fleuris, des poiriers et un cognassier commencent la floraison. Le chemin oblique vers la pente et devient une route qui rejoint la ville. Céret est vraiment très étendu. J’arrive au Rond Point du Toréador, statue de toréador de Manolo, et proximité des Arènes.

Les cerisiers de Céret

A midi, il fait vraiment très beau très chaud, nous mangeons dehors en T-shirt !

A la plage !

La plage d’Argelès

La plus proche: Argelès. La petite ville d’Argelès est à l’écart de la station balnéaire avec une belle église et des rues anciennes. L’humeur n’est pas à la visite, nous fonçons à la plage. Immense, sur des kilomètres ! La mer est loin. J’ai mis un panta-court, je roule les jambes pour pouvoir marcher dans l’eau. J’arrive à la dune sauvage. Vers 15 heures la digue s’est remplie, les restaurateurs et les cafetiers préparent leurs terrasses pour le week-end pascal dans quelques jours ? Coup de marteaux, pelleteuse sur la plage….

Dans le vignoble de Banyuls

On voit la Tour de la Massane  sur son sommet. Le GPS nous oriente vers Collioure, juste avant Port Vendre, une petite route s’élève dans les vignes de Banyuls. Nous nous arrêtons à plusieurs reprises pour photographier les terrasses soignées, et les ceps bien taillés. La petite route tortille, elle arrive à un point de vue sur la Plage d’Argelès, puis une table d’orientation. On entre dans un bois de chênes-liège de taille impressionnante. A chaque tournant partent des sentiers de randonnée. C’est dommage qu’il soit déjà 16h30, trop tard pour en faire un petit bout !

Argelès vue du vignoble
Argelès vue du vignoble

Les points de vue sur Collioure, le Fort Saint Elme ou le port de Port Vendre sont spectaculaires.

Quand on rentre les nuages sont accrochés aux montagnes. Dans les Corbières, il pleut. Sur les Albères, gris mais pas de pluie.

Perpignan – Musée Hyacinthe Rigaud

CARNET CATALAN

Hyacinthe Rigaud

Le bus à 1€ est devenu presque une routine. Je l’attends place du 19 mars, 9h10, mais j’arrive un bon quart d’heure en avance. J’ai pris un livre pour la route et l’attente. Je connais le chemin d’autant plus que le paysage n’a rien de passionnant. Le bus passe devant les hangars des zones commerciales, au moins trois Intermarché et deux Leclerc, des Gifi à la pelle….et je vois des terrassements pour agrandir les zones commerciales ou en créer de nouvelles.  Plus de vignes ni de pêchers, rien que des hangars et des chantiers ; Quelle désolation !

Dali en lévitation place de Catalogne

Maintenant, je connais le chemin, Avenue Charles de Gaulle aves ses hautes colonnes des palmiers, ses petits immeubles avec les balcons en ferronnerie, ou Art Nouveau…Place de Catalogne, je n’avais pas vu Dali en lévitation regardant dans la direction de la Gare : le Centre du Monde ! J’arrive très vite au Centre historique et au Musée. Il faisait beaucoup plus beau la semaine dernière et Perpignan était plus riante. Mon but, le Musée Hyacinthe Rigaud, n’ouvre qu’à 11heures.

Notre Dame des Anges

Notre Dame des Anges

Au hasard, je découvre la chapelle Notre Dame des Anges et le Couvent des Cordeliers (ou ce qu’il en reste). La chapelle était la salle capitulaire du couvent franciscain a été transformée en chapelle de l’hôpital militaire(19ème siècle) dont il reste les bâtiments.  Autour de la chapelle, un musée lapidaire de plein air réunit chapiteaux, arcs, et pierres, plus loin des enfeux disposés en équerre délimitent un cimetière comme le campo sancto près de Saint Jean Baptiste. S’il n’y a que peu à voir, les histoires, mythes et légendes abondent.

Saint François d’Assise en pèlerinage à Compostelle aurait fait étape à Perpignan, un riche marchand drapier enflammé par le prédicateur aurait offert des terrains pour construire le monastère ; au cours d’un autre voyage, le poverello aurait rencontré à Perpignan Saint Dominique prêchant contre les albigeois, un tableau à Collioure attesterait cette rencontre.

Blason avec deux perroquets

Un autre détail m’a amusée : un blason avec deux perroquets affrontés ; blason qu’on retrouve aussi à Mallorca sur le tombeau de Berenger Battle, évêque des îles, décédé en 1349. Le nom commun battle désignant un agent seigneurial est devenu ensuite patronyme.

Musée Hyacinthe Rigaud

Musée Hyacinthe Rigaud

Installé dans deux hôtels particuliers du 17ème siècle : Hôtel de Mailly et Hôtel  de Lazerme. Le cadre est agréable et l’ensemble vaste.

Un audioguide est offert gratuitement : une tablette et un casque. La tablette dispose d’un système géolocalisé. Un discret bip prévient qu’un commentaire est disponible quand on passe devant un tableau commenté. Les explications sont claires, parfois illustrées ,  la tablette protégée par un cadre caoutchouc.   On peut aussi lire des panneaux très bien faits. Je suis restée deux heures et demie sans m’ennuyer un moment. Au bout de deux heures, j’ai commencé à sentir la fatigue et la faim. La dame de l’accueil m’a permis de sortir manger un sandwich et de revenir. Le musée est très riche ; Il faut prévoir une bonne demi-journée.

PERPIGNAN GOTHIQUE

La Vierge de la Rue de l’Ange – sculpture de bois polychrome portant un enfant et dans la main gauche une rose qui a disparu. Elle est arrivée dans le Musée après la démolition des remparts.

retable de la Loge de la Mer

Correspond à l’âge d’or de Perpignan avec le royaume de Mallorque (1276-1344) mais aussi du temps de la domination d’Aragon. Cette prospérité était due au commerce, principalement au commerce maritime, consulat de la Mer  (1388), construction de la  Loge de la Mer (1397). Le Retable de la Trinité a été commandé par le consul de la Mer en 1489. Ce retable est formé seulement de deux parties : la Trinité dans une mandorle entouré de douze personnages, Adam et Moïse, et des Prophètes de l’Ancien Testament ainsi que deux évangélistes. Des Textes sont portés par les personnages (mais écrits en gothique difficile à déchiffrer). La prédelle montre un  port (peut- être Collioure) un bateau et l’intervention de Saint Nicolas ou peut être saint Elme.

Prédelle du retable de la Loge de la Mer

Dans une vitrine on voit des céramiques mudejar, trouvées dans les remparts de Collioure, mais fabriquées pour partie de la région de Valence, par des artisans maures avec des thèmes de fruits, d’animaux mais aussi des thèmes chrétiens.

La salle suivant e contient une dizaine de retables pour la plupart 15ème siècle des écoles valenciennes, aragonaises ou catalanes disposés sur les murs autour du gisant du Vicomte de Castelnou en marbre blanc.

Notre Dame des désemparés (1469)

Notre Dame des désemparés
Notre Dame des désemparés

Est un panneau calcaire sculpté provenant de l’Hôpital de la Confrérie des Tisserands : sous la protection de la Vierge 5 personnages à genoux dont un cul de jatte représentent les tisserands malades, les invalides et les pèlerins secourus par l’hôpital.

J’en ai déjà plein les yeux avec les salles gothiques.

PERPIGNAN BAROQUE

Au 17ème siècle et au 18ème, Perpignan se trouve dans la frontière disputée et même après la paix des Pyrénées, dans une zone frontalière et touchée par des épidémies, il devient plus difficile de peindre en Roussillon.

Saint Elme – Guerra
St Elme

La section Perpignan Baroque s’attache à montrer deux peintres Antoine Guerra (1666 – 1711) et Hyacinthe Rigaud (1659 -1743), contemporains mais dont la carrière s’oppose.

Guerra restera à Perpignan, son inspiration est locale, inspirée de la peinture espagnole et italienne.

Saint Elme – patron des marins – ce peintre catalan fut chois par les Consuls de la Mer.

Rigaud a quitté sa ville natale à 12 ans pour Carcassonne, Montpellier et finalement paris et la cour du roi. Il a peint principalement des portraits. Son Saint Pierre s’inspire de Guido Reni.

Saint Pierre – Rigaud

La salle suivante s’intitule Atelier de Rigaud et montre d’autres peintres. Le tableau principal est le Portrait du Cardinal Bouillon d’un très grand format, raconte comment ce Cardinal ouvrit les portes à Rome au cours du Jubilée 1699 à la place du pape.

Portrait du cardinal Bouillon

Le Portrait de Philippe d’Orléans et plusieurs autoportraits. L’un d’eux montre le peintre et le portrait qu’il a fait du financier Castanier habile composition montrant ensemble un portrait et un autoportrait. L’autoportrait au turban 1699 montre le peintre jeune 39 ans, à la manière de Rembrandt, tandis que l’autoportrait au ruban noir le montre plus âgé avec une décoration et une perruque imposante.

PERPIGNAN MODERNE

Faraill – Catalane

1858 le chemin de fer arrive, 1904 : destruction des remparts, Perpignan s’étend et devient une ville moderne. C’est le second âge d’or.

Une sculpture de Gabriel Faraill introduit la section. Primavera montre le buste d’une catalane portant la croix typique des catalanes, et une coiffe.

En face deux affiches des papiers cigarettes JOB de Bardou , une industrie à laquelle Perpignan doit sa prospérité. Affiches de Chéret et de Mucha.

Dufy : l’atelier Perpignanais

Dufy : l’atelier

Dufy arrive à Perpignan en 1940, y restera jusqu’en 1950. On y voit le Cargo noir (représentant Sainte Adresse en Normandie) Le Jardin abandonné est plutôt cubiste et s’apparente à un tableau de Braque. La console montre l’atelier du peintre à Perpignan.

Dufy:  le jardin

Picasso a séjourné à plusieurs reprises à Perpignan, on voit surtout des céramiques. Picasso ne peut pas retourner dans l’Espagne franquiste et se sent comme chez lui en Roussillon.

Lurçat

Lurçat à Sant Vicens : atelier de Céramique : les arts du feu. Lurçat a aussi peint de très beaux tableaux j’ai beaucoup aimé sa Femme Turque(1925) il a assimilé le cubisme, on voit dans le traitement des tissus son goût pour les textiles.

 Montfreid, Faillet  dans les pas de Gauguin

George-Daniel Montfreid  est pour moi un inconnu lié par son amitié à Gauguin et sa peinture est un hommage à son ami.

George-Daniel Montfreid hommage à Gauguin

De même Gustave Fayet s’est inspiré de Gauguin, je croyais voir un Gauguin avant de lire le cartel

Maillol inattendu

Maillol, le sculpteur, bien sûr, mais aussi le peintre que je ne connaissais pas , un tableau le montre comme peintre nabi, s’inspirant des estampes japonaises avec un fond doré sur lequel se détache seulement une branche de marronnier, la jeune fille cachée sous un chapeau. Etrangement le monument à Debussy est un bronze d’une femme sans tête ni bras mais d’une parfaite harmonie.

Je suis passée, affamée et un peu abrutie dans les salles de peintres que je ne connaissais pas : Terrus et Daura qui aurait mérité plus de considération. Il est déjà 13h30 et je suis dans le musée à écouter l’audioguide, à prendre des notes et des photos, bien concentrée jusqu’à Maillol. Maintenant, plus rien ne veut entrer !

Maillol : monument à Debussy

Sandwich baguette, beurre, saucisson cornichon, excellent chez Paul et me voilà prête à recommencer ;

Une exposition temporaire m’intrigue : Jean et Jacques Capdeville

J’ai déjà rencontré les Nanas de Jacques Capdeville(1956) à Collioure, j’avais bien aimé mais j’en étais restée sur ma faim. Les tableaux du peintre de Céret sont ici plus variés. Pas seulement des figures de femmes, beaucoup d’abstraction, presque de la calligraphie.

Jean Capdeville

Jean Capdeville (1917-2011)est l’oncle du premier ; Il peint des tableaux en noir et blanc, avec beaucoup plus de noir que de blanc ; On croirait de loin des graffitis au tableau noir d’une école d’autrefois.

Ces deux Capdeville sont très différenst. Les tableaux mélangés se reconnaissent immédiatement. Si tous les deux sont de Céret, tous les deux privilégient l’abstraction et sont attachés aux Albères., ils font des œuvres très différentes. Cependant ils souffrent du voisinage des très grands que je viens de voir. Aucune comparaison possible !

Amélie-les-bains Gorges du Mondony – randonnée sur le chemin de Vivès

CARNET CATALAN

la montagne au dessus d’Amélie

Le soleil est revenu.

Je passe  chez le libraire d’Amélie-les-bains qui pratique des prix plus élevés que le bouquiniste de Céret. Je fais , découvre un petit marché sur la place près du Mondony que je remonte sous les beaux platanes de la promenade sous les thermes militaires. J’aime bien la vue sur les thermes et les gorges du Mondony qu’on a commencé à aménager avec le même genre d’équipements qu’aux Gorges de la Fou, un accident mortel a fait arrêter le projet. Je m’assieds sur le tronc scié d’un platane et dessine.

Cascade dans la vallée du Mondony

Pour pique-niquer, nous avions envie de monter au Fort d’Amélie. Nous avions repéré la route pour y monter mais nous en prenons une autre, vers Montalba. Très vite, nous nous retrouvons dans un cadre de montagne sur une route étroite qui tortille et qui semble rejoindre les pics enneigés. A nos pieds, le vallon très resserré du Mondony, très sauvage. Granite gneiss et schistes alternent :  toute une série géologique ! La route devient de plus en plus étroite, on renonce à aller au groupe de maisons perchées.

J’ai rendez-vous avec le club de randonnée d’Amélie-les-bains sur la Place de la Sardane,  où se tenait le marché. Les animatrices sont très dynamiques, elles proposent deux randonnées par semaine aux locaux et aux curistes. Covoiturage : Cinq voitures font une caravane jusqu’à Saint Jean Pla de Corts . 

Le chemin de Vivès dans les cerisiers en fleurs

Les flèches chemin de Vivès  balisent un circuit d’une douzaine de km, 3 heures prévues. Les membres du club sont très entraînés.  Partis à plat autour d’un château tarabiscoté, sur un rythme soutenu. La piste monte dans la colline. Le groupe accélère dans la montée. Je me force à rester devant de peur d’être distancée. Avec ma parka, j’ai vraiment très chaud.Je la roule dans mon petit sac et marche avec le pull irlandais. Au loin, sur la colline, je reconnais l’Ermitage de Saint Ferréol .

Le chemin de Vivès

La piste redescend pour arriver au village de Vivès tout petit, mais vraiment très bien entretenu, pierre et brique, , le village dans son jus. On remonte dans les collines. Le vent se met à souffler très fort. J’aurais bien fait de revêtir la parka.  Des petits chênes font un rempart contre la Tramontane. Sur l’arête, on voit qu’il fait très beau sur la mer. Pas un nuage, la mer bleu intense. De l’autre côté, les Albères et l’autoroute qui va en Espagne sur des viaducs aériens. Traversant un bois de chêne-liège nous parvenons à un petit musée du liège (il y en a un autre à Maureillas). La piste monte et descend dans des vignes. On remarque que certains ont été labourées mais pas toutes. Il y a beaucoup d’herbe, un homme du coin regarde avec condescendance ces vignes « mal entretenues » je me rappelle intérieurement que maintenant on a tendance à ne plus labourer pour préserver la faune du sol. Mauvais entretien ou permaculture ?

Dernière pause à l’abri d’une maison ruinée et taguée. C’est le goûter, je n’ai prévu que 3 caramels et justement je ne les trouve plus. La dernière partie de la randonnée est facile toujours en descente vers Pla de Corts. Je descends du covoiturage au pont du Diable de Céret, rentre légère et guillerette, trop légère. Mon sac est vide, la parka a disparu ? quand est-elle tombée du sac ? Peut être à la pause du goûter ; On reprend la voiture et je la rejoins à pieds. Mais je ne la trouve pas. Il y avait aussi mon bonnet écossais et les gants de soie noirs. Belle rando mais mauvais sort !

Espagne! Roses et la route de l’Emporda

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Roses : la plage encore hivernale

Roses

Nous n’avons pas envie de manger dans la voiture au parking couvert du Musée. Il pleut impossible de pique-niquer dehors.Nous filons à la mer  La pluie a cessé. Les vagues déferlent sur le sable. La plage est très longue. Une digue la borde avec piste cyclable, bancs. Je commence par aller vers le sud jusqu’à une jetée surmontée d’un petit phare. Sur les bords de la digue il y a de très grands immeubles avec des balcons, des piscines. Vers le nord les maisons sont plus anciennes, moins hautes, il n’y a pas cette barre continue mais aussi des petites maisons, la mairie, et de l’autre côté du rond-point une citadelle presque arasée.

Retour par l’Emporda

Après ma promenade le long de la plage, nous continuons la corniche jusqu’au bout. Passons sous la forteresse wisigothique. Jolies villas et petits immeubles chics, mais voie sans issue….ce n’est pas là que nous trouverons la route pour Port Bou et Cerbère qui longe la côte. Retour au centre de Roses. Nous nous engageons sur la voie rapide de Figueres. Mais regrettons les petits villages que nous avons aperçus. On oblique, au hasard, à la boussole dans des marais du parc naturel des Aiguamolls.

Sant Joan Palau Saverdera

 

Au loin le clocher de Palau Saverdera de la jolie église romane Sant Joan (11ème siècle) avec son mur-clocher et trois cloches. De grands panneaux indiquent un village néolithique et un parcours mégalithique, mais ce n’est plus l’heure. Dommage ! Visite aussi de Sant Marti (11ème) qui a quatre très jolis chapiteaux romans historiés à Pau. Dernier arrêt à Villajuiga, et son église Sant Feliu.

Tous ces villages de l’Empordà ont de gros celliers de coopératives vinicoles, de beaux citronniers poussent dans les jardins, des oliveraies, les montagnes toutes proches. A une intersection nous avons le choix Figueres ou La Junquera ? La Junquera nous semble plus près de la France.

Capmany

Arrêt à Capmany village très charmant :  l’église est dominée par une tour carrée, peut être le clocher, à l’autre bout de la nef, se trouve une tour ronde ou plutôt la moitié d’une tour ronde. Accolée à l’église, une arche passage vers la très jolie place de la Mairie dans un hôtel 16ème . La pierre de construction ici est le granite.

Capmany
Cpamany

Mais ce n’est pas un raccourci parce que la route tortille dans la montagne et s’approche des sommets. La végétation devient plus sauvage. Les chênes-liège sont bousculés par des chaos granitiques. Les pics tout proches sont saupoudrés de neige et une barre enneigée borne l’horizon. Enfin La Jonquera et ses magasins est le terminus de cette jolie balade.

Vers l’Espagne! Figueres et le Musée Dali

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Théâtre-Musée Dali

Au Boulou on monte sur l’autoroute, 070€ jusqu’à la Frontière. Les sommets sont saupoudrés de la neige d’hier soir. Les chênes-liège recouvrent les pentes, rien ne distingue le versant espagnol de la France, vu de l’autoroute. On arrive très facilement au musée Dali à Figueres.

Théâtre-Musée Dali

Au centre de Figueres, près de l’église, le Musée est installé dans les murs de l’ancien théâtre municipal du 19ème siècle, détruit pendant la Guerre Civile. Du parking, on découvre d’abord les murs rouges piquetés de motifs-rosettes jaunes, surmontés de gros œufs, une coupole à facettes de verre domine le bâtiment. A première vue, cette construction délirante n’évoque pas le théâtre.

Théâtre Musée Dali :

La billetterie se trouve sur la façade de l’ancien théâtre, mais je n’y fais pas attention, pressée de rentrer avant la foule. Au moins trois groupes rentrent, des adolescents surtout. On se presse dans les couloirs ornés par des dessins à l’encre (ou des gravures) sous verre. Difficile de détailler ces dessins, mais ils semblent avoir une certaine parenté avec les graffitis de Ponç que j’ai vu vendredi à Céret.

Théâtre Musée Dali : patio

L’installation du patio est tout à fait spectaculaire. C’est là que je découvre le » Théâtre », ressemblant aux ruines d’un théâtre antique : hémicycle de pierre et briques avec des fenêtres : loges peut être ?  Les décors sont tout à fait étranges. De haut en bas : une rangée d’éviers blancs, je n’avais pas compris que c’était des éviers, une conférencière d’un groupe les fait observer aux adolescents, elle hasarde l’hypothèse que ces éviers seraient des anges. Dans les fenêtres des femmes lisses dorées font des mouvements de danse. Des sculptures composites avec des têtes grimaçantes, des crânes de bovins, des tiroirs, selon la même guide, ces tiroirs seraient très importants dévoilant les pensées. Il faut interpréter cette installation d’après l’inconscient.

Théâtre musée Dali : groupe de pêcheurs

Du lierre dégouline de rocailles. Des pots blancs translucides, albâtre ou résines portent des fleurs.  En dessous, des bancs alternent avec des sculptures de céramique représentant des groupes de pêcheurs, de vignerons, de paysans portant leurs outils ou leurs récoltes.

Dali pation du théâtre-musée : rocaille

Au premier coup d’œil, ces hommes regroupés regardant tous du même côté évoquent plutôt des soldats. Ils poussent parfois une roulotte, cela fait penser à un canon. Au sol, des petits massifs de buissons taillés encadrent une Cadillac, là encore la conférencière soulève un lièvre et met en évidence quelque chose que je n’avais pas remarqué : la Cadillac est habitée par des figures de cire. Il pleut à l’intérieur de la voiture ! Sur le capot une femme plantureuse coiffée d’un panache.

Le taxi pluvieux : la Cadillac de Gala

Une colonne faite de pneus de tracteurs empilés soutient une barque jaune dont le fond dégouline de gouttes énormes bleues. Cette barque nous laisse imaginer que la barque flotte à la surface de l’eau et que nous nous trouvons dans le fond de la mer.

Dali : la barque dégoulinante

On peut aussi imaginer le mélange des cultures, culture américaine avec la Cadillac, culture antique avec une statue grecque, la colonne serait la colonne Trajan. Si on pouvait rester plus longtemps on trouverait sans doute d’autres analogies, d’autres interprétations, allusions à l’inconscient de l’installation surréaliste.

théâtre musée dali : mur de scène

L’hémicycle est fermé d’une haute vitre : « mur de scène » en verre abritant un autre hémicycle plus petit et couvert de la coupole de verre à facettes. En face du patio, sous la coupole, un autre théâtre symétrique quoique plus petit. Mur de Scène : toile en fond du décor de la pièce qui se joue ? Un énorme portrait du buste de Gala nue, (c’est écrit Gala Salvador Dali)  sans visage, à la place du cœur, un arbre, peut être ses artères coronaires. Si nous sommes sur la scène du théâtre pourquoi ces arcades ? ces petits personnages de plâtre ?  Sur le bord de la scènes, deux installations : un crucifix avec le Christ qui a fondu sur la croix au-dessus de l’autel, et un piano englué dans du plâtre sous une Vierge de plâtre,

mur de scène : Gala

Une salle d’exposition présente des tableaux de 1921 à 1947. Les tableaux les plus anciens ne correspondent pas à l’idée que je me faisais des peintures de Dali. Une Vénus qui sourit (1921)est une véritable  peinture fauviste, colorée avec de petites taches, entre Seurat et Derain. La Composition Satirique,(1923) presque un Matisse, sauf que deux voyeurs, l’un nu l’autre habillé avec un chapeau melon ont ce « regard satirique », Maniqui de Barcelona (1926), femme mannequin sur fond noir, plusieurs silhouettes colorées sont emboîtées, presque cubiste.

Maniqui de Barcelona

1928, composition surréaliste ressemble plus à ce qu’on attendrait de Dali, 1931 le chemin de l’engin montre des sacs répartis selon des lignes de perspectives, d’un sac s’échappent des pièces d’or, d’un autre de l’eau ou de la farine, ces sac bien ficelés ressemblent à des pommes de terre.

Je n’ai pas du tout aimé le cheval joyeux. L’oiseau en état de putréfaction(1928) est surprenant ; J’ai aimé les deux portraits qui se font face un autoportrait de 1941 et le portrait de Picasso(1947).

Portrait de Picasso
portrait de Picasso

Une autre salle donnant sur la scène est tendue et moquettée de rouge, elle eest ornée de tableaux plus figuratifs et plus académiques montrant que Dali sait tout peindre, du portrait à la nature morte. Il sait aussi peindre à la manière cubiste de Picasso ou de Braque. Deux tout petis tableaux se font face, une fiancée et en face le spectre du sexe appeal, presque un travail de miniaturiste, très surréaliste traduisant une idée infirme de la sexualité.

Violettes impériales

Une salle entière est consacrée à un seul tableau : Violettes Impériales (1938)En 1938, la famille de Dali fuit la Guerre Civile .

Violettes impériales, comme le titre ne l’indique pas du tout est un grand tableau sombre, dans les bruns aux montagnes noirâtres, à la mer gris de plomb. Un homme entraîne un enfant. Une maison de pêcheur se détache devant un bateau est réduit à l’état de carcasse squelettique. Sur la plage un rectangle clair figure une table servie : dans l’assiette un téléphone, à côté trois sardines grillées.

Selon le commentaire, » violettes impériales souligne le fait que ees grandes puissance pourtant dotées de technologies de la communication n’ont pas su ou n’ont pas souhaiter en faire usage cf le téléphone »

Dali d’or caducée

A ce tableau sombre et politique succèdent une collection de joyaux Dali D’Or : cigogne porte-portrait, porte cigarette en or, miroir, pendentifs, caducées mêlant l’or et les cristaux au fond de la pièce, une inscription comme une pierre tombale.

Fresque au plafond du foyer

Un pigeon monstrueux garde l’escalier, dans sa poitrine une vitrine laisse voir un masque d’un personnage asiatique, chinois peut être portant une couronne de brillants et de verroterie. A l’étage je découvre le vrai foyer d’un théâtre avec ses moulures, ses stucs, un parquet, mais comme nous sommes chez Dali, il y a des sculptures bizarres mais surtout un incroyable plafond peint ; la lumière éblouissante du soleil sort d’une lucarne carrée que soutiennent deux atlantes dont on ne voit que les pieds énormes. Des personnages minuscules forment une scène surréaliste (encore) avec des roues cassées, roues du temps ? Dans la pièce voisine se trouve le fameux tableau des montres molles, énorme magnifique ; mais Dali a montré qu’il savait faire autre chose que des montres molles. Il est au-dessus d’un lit, que vient faire un lit dans un théâtre ? Ces montres molles nous disent que le temps n’existe pas.

montres molles

Illusions d’optique dans le couloir, une croix en miroir destructurée, des miroirs déformants.

Mae West
Mae West

Une Mise en scène funèbre se déroule dans une salle noire ou sur un plancher arrondi trône ce qu’on prend d’abord pour un canapé. Remarquant un nez géant aux narines éclairées je découvre que le « canapé » est une bouche, il ne me reste plus qu’à chercher les yeux, tableaux noirs et blancs « pixellisés » où l’on reconnait la Tour Eiffel dans l’un, rien de spécial dans le second. La foule fait al queue pour monter sur un escalier sous un dromadaire et regarder l’ensemble de l’installation dans une lentille : un visage apparaît comme on l’avait deviné !

le spectre du sex-Appeal

A l’étage supérieur on peut voir la collection de tableaux d’autres peintres de Dali.

Il est midi, c’est la sortie de la Messe, en un clin d’œil la place s’est remplie ; Des familles sortent de l’église qui avec des branches de lauriers (c’est le dimanche des Rameaux) qui avec des palmes très joliment tressées. J’aurais aimé les prendre en photo mais elles sont dans les mains des enfants et je n’ose pas demander la permission aux parents. J’ai une mission : trouver un déjeuner chaud, en l’occurrence des croquettes au jambon à emporter que j’achète dans un restaurant très chic l’Impérial.

Banyuls

CARNET CATALAN

Banyuls

A une cinquantaine de km par des routes très roulantes que nous connaissons bien, nous arrivons vite sur le bord de la mer à Banyuls. Vers Cerbère, la corniche est occupée par la grande route et le train. Il existe un sentier piétonnier,  au-dessus de Banyuls il passe sur la route.

Banyuls plage

Nous arrêtons la voiture en face de la station biologique Arago appartenant à l’Université Pierre et Marie Curie, cela me fait toujours un peu drôle même si je l’ai quitté depuis 36 ans ! Les vagues battent les rochers de schiste. Une jolie marina se trouve juste en dessous puis je marche sur la plage de galets ou de graviers, en chaussures. L’anse est très régulière, presque un cercle,  bordé d’une croisette plantée de palmiers et de platanes avec des villas anciennes charmantes, de petits immeubles colorés (moins charmants mais pas trop grands) de terrasses de cafés, plus loin la route monte sur une rampe soutenue par des arcades tandis qu’un cheminement de ciment conduit presque jusqu’à la pointe. Des gens sont venus avec des sièges pliants et lisent au soleil. J’apprécie ma promenade traditionnelle qui arpente les plages.

Banyuls

A l’office de Tourisme on propose un itinéraire «dans les pas d’Aristide » Un court circuit empruntant les marches de la rue Aristide Maillol dans les rues escarpées du village ancien. 15 panneaux émaillés racontent la vie et les œuvres du sculpteurs, une photo et un petit commentaire nous familiarise avec l’artiste. C’est surtout prétexte à une très jolie déambulation dans des maisons anciennes où des plantes en pots fleurissent même la rue. Maisons colorées ou blanches, escaliers de schistes et de brique. Je n’aurais pas soupçonné ces quartiers charmants tellement plus pittoresques que le bord de mer. Quand je retourne sur le bord de mer les cafés et les terrasses se sont remplis ? C’est très vivant, même au mois de mars. Il est déjà 16h30, temps de retourner chez nous !

Dans les pas d’Aristide

Joan Ponç : Diabolo au Musée de Céret

CARNET CATALAN

Joan Ponç au Musée d’Art Moderne de Céret : Diabolo

Exposition temporaire du 3 mars 2018 au 27 mai 2018

Ponç

Joan Ponç (1928 Barcelone– 1984 Saint Paul de Vence)

Diabolo : Démon ou Jeu d’adresse ? L’exposition répond : « Allusion au sens ludique de Joan Ponç jouant avec l’ambivalence que le nom d’acrobatie chinoise entretient avec le diable ».

Dans la vidéo présentée en introduction, un ami du peintre catalan raconte que Ponç aurait entretenu une conversation à Sao Paolo avec un homme prétendant être le diable.

La première salle confirme plutôt l’hypothèse démoniaque en montrant ses premiers tableaux des années 40 :

1940 – 1948 : Présages, délires,  hallucinations, avec des influences du totémisme africain ou du hiératisme des œuvres romanes et des enluminures. La plupart de ces « suites » sont des œuvres sur papier, encres et gouaches. (sous-verres j’ai eu du mal avec les reflets pour les photos). Des œuvres plus anciennes « dessins pourris » ou serviettes ressemblent à des dessins d’enfant ou à des graffitis mais quand on prend le mal de les observer on constate que le dessin est très soigné et précis.

1948-1952 : Oracles, exorcismes, magisme démonisme. Une série de grands tableaux, huiles sur toile, à fonds très sombres présentent des personnages étranges, arlequins et jongleurs aux noms bizarres « Fanafana » ou » Barracha »(pour ce dernier c’est peut être moins bizarre en catalan ou espagnol).

Ponç

1953-1962 : Joan Ponç part pour le Brésil sur les recommandations de Miro

Des tableaux « suite instruments de torture » et une nature morte aux aiguilles montre des tableaux plus dépouillés, peu colorés, caractérisés par des pointes agressives, assez effrayants que j’ai beaucoup moins aimés.

Une salle est titrée : « Mais que crient donc ces visages que je ne  peux entendre tant ils crient fort »

Ponç visage

En face d’une photo de l’artiste coiffé d’un chapeau d’Arlequin 5 tableaux sur le même modèle : visages à l’horizontale et chapeau pointu et en face une « suite oiseaux » au becs pointus répondent au chapeau d’Arlequin

Ponç en arlequin

1963 – 1967 : Retour du Brésil : paysages nocturnes où domine le bleu

Ponç tableau bleu

1968 – 1969 : Géométries de l’Être : dans son atelier l’artiste est accompagné du portrait d’Einstein et de la formule E = mc2. Ces tableaux géométriques dépouillés avec des volumes et dégradés de couleur m’ont moins intéressée. De même que Iridescence montrant des fragments de corps humain, oreille, organes en dégradé de couleurs.

Ponç

1974 -1979 :  Fonds de l’Être je retrouve les tableaux avec des dessins précis et fantastiques que j’avais aimés au début de l’exposition, Arlequin, les diables, des cyclistes infernaux…. »l’artiste devient narrateur des rêves qui montrent la misère humaine […] comme en son temps Hiéronymus Bosch ou Breughel l’ancien » ai-je copié dans le commentaire.

1980 – 1984 : Collioure, Céret, Saint Paul de Vence :  sur des fonds encore sombres il peint des paysages, des hommages à Cézanne.

 

Le Céret des artistes –

CARNET CATALAN

Céret les arcades

Céret, sous le soleil me donne des envies de photos. Le tronc blanc des platanes, leurs fines branches dressées accompagnent les maisons multicolores des rues anciennes.

Manolo :la Catalane assise

La Catalane assise de Manolo est dans un petit carré planté à l’écart derrière la Mairie. Les Arcades, ancienne Porte D’Espagne sont éclairées par le soleil.

La fontaine de la Sardane

Sur la Place Pablo Picasso, la Fontaine Sardane de la Paix, capte mon attention un bon moment. C’est un monument de céramique complexe. Une montagne cubiste, comme une gemme complexe présente des cristaux à multiples facettes, bleu vert à reflets dorés. De deux trous circulaires deux jets puissants s’échappent tandis qu’à la base de la « montagne » une fente horizontale laisse passer l’eau comme une source. Le bassin émeraude est ceint d’une margelle de céramique avec un tube creux comme un serpent à tête d’oiseau où coule encore un filet d’eau. Le serpent porte des décors et de petits personnages. Le bord vertical est très décoré et coloré avec des personnages, des coquillages, des lettres grecques, et plusieurs fois « ombre » et « imagination ». sur le bassin, tranche un support avec un carreaux blanc où des personnages dansent la sardane.   J’aurais pu rester encore longtemps devant cette fontaine.

La fontaine de la Sardane (détail)

J’ai trouvé sur Internet ce texte :

Le 20 septembre 1953, à Céret, à la sortie d’une corrida, Picasso, accompagné d’Edouard Pignon et d’Hélène Parmelin, est accueilli au «Grand Café» par les communistes de Céret. A l’issue de la chaleureuse réception, il dessine une sardane, puis, avant de partir, se ravise et y ajoute une colombe. «La Sardane de la paix» est née. Picasso l’offre à ses camarades pour leur journal, «le Travailleur catalan». Par la suite, la section de Céret du PCF fera don de l’oeuvre au Musée d’art moderne de la ville.

Fontaine détail

Une fontaine, conçue par Juliette et Jacques Damville et située place Picasso, sous la porte d’Espagne des anciens remparts de Céret, célèbre la mémoire de cet acte artistique

 

J’ai été très étonnée que les auteurs de la Fontaine de la Sardane  ne soient pas cités visiblement (ils le sont peut- être mais je n’ai pas trouvé. Sincèrement je croyais que toute la fontaine était l’œuvre de Picasso . J’étais seulement étonnée que ce carreau blanc se détache trop de l’ensemble.

Au Musée j’ai visité très consciencieusement l’exposition temporaire Joan Ponç.

Picasso au Musée de Céret

Après m’être bien concentrée dans l’exposition allant de surprise en surprises, j’arrive dans les Collections permanentes.

Je ne sais où donner de la tête et dresse une liste des peintres sans prendre de notes. Il faut dire que des enfants de maternelle sous la direction d’une médiatrice parlent très fort et font un bruit très gênant. J’ai déjà rencontré ces groupes d’enfants très petits à la Fontaine Sardane mardi dernier. Les enfants de la région ont bien de la chance !

Je note en vrac Jean Marchand (1912 – 1919), Soutine (1919) André Masson, Picasso, Juan Gris, Haviland, Manolo, Max Jacob,  Herbin, PinkusKremegne, Lafay, Pignon, Chagall .

Quel gâchis que de passer en vitesse devant une si riche collection. Il me faut revenir, heureusement il reste deux semaines !

Il fait un temps printanier presque chaud. Nous déjeunons avec grand plaisir en plein soleil sur la table du jardin.

 

Amélie-les-bains et Arles-sur-Tech

CARNET CATALAN

Les thermes d’Amélie-les-Bains

Amélie-les-bains – le Mondony et le Calvaire

Du Parking  des Thermes, je découvre  un pont qui enjambe un ruisseau dévalant le ravin où déversent les eaux chaudes des thermes militaires . Une belle promenade plantée de grands platanes surplombe le ruisseau. Les Thermes militaires sont abandonnés, ils ressemblent plutôt à des casernes. Suivant le Mondony, j’arrive avenue du Vallespir, la rue commerçante que je connais bien, et aux bords du Tech que je traverse.

Un escalier grimpe jusqu’à une route qui monte. Le balisage jaune me prévient de quitter la route au niveau de nouvelles marches relayées par un sentier abrupt. Je regrette  avoir oublié mon bâton de marche. La descente sera problématique si je ne trouve pas un autre itinéraire.Une flèche en bois signale le calvaire.

Céret : le Canigou enneigé

Au calvaire, une grande croix de fer avec les outils de la crucifixion. La vue est extraordinaire, à 360°, sur Amélie-les-bains, mais aussi sur les montagnes à l’arrière de la station, sur la vallée du Tech jusqu’à Arles-sur-Tech et de l’autre côté sur Palada et bien au-delà.

Comme la fiche l’indique, je reviens par la rue des cèdres, négligeant le raccourci pris à la montée. A l’entrée du village, des marches et un chemin cimenté descendent directement jusqu’à la place de la Sardane où est installé un beau marché alimentaire avec tous les fruits et légumes, une poissonnerie dans un camion, des fromages et charcuteries de pays et deux food trucks proposant des plats plus exotiques. Il est midi, les marchands remballent, seuls les food-truck continuent leur activité.

Nous avons décidé de piqueniquer à Arles-sur Tech.

Nous dépassons le village et continuons jusqu’aux Gorges-de-la-fou

Gorges-de-la-Fou

Les gorges de la Fou

Les Gorges de la Fou se vantent d’être la gorge la plus étroite au monde. C’est peut-être exagéré. Canyon très étroit dans une falaise de 200m de haut, sinueux. C’est un très beau site. Malheureusement, il est très lourdement équipé. On marche sur une grille métallique assurée par des poutrelles. Comme la grille est large elle emplit tout l’espace. Des grilles de chaque côté, et comme si le casque obligatoire ne suffisait pas un filet métallique sécurise contre les chutes de pierres. Le visiteur n’a plus aucune sensation d’aventures, l’eau est cachée, la photographe frustrée…j’imagine comme il doit être plaisant de descendre en canyoning cette gorge !

Les gorges de la Fou

Evidemment en été la fraîcheur doit être plaisante. Mais en été le site doit être plein de monde et dans un endroit si réduit. Heureusement aujourd’hui il n’y a presque personne. Plus qu’une aventure, c’est du sport, je marche d’un pas soutenu, monte les marches, l’équivalent de sept ou huit étages. Mais pour l’émerveillement, c’est un peu raté. Les intentions botaniques sont louables mais la nature est encore en hiver et le lys martagon, les fleurs sont invisibles !

Les gorges de la Fou défilé très étroit

Un article très complet conteste ces aménagements : http://journals.openedition.org/teoros/894?file=1

Pendant que j’arpente le cheminement je pense aux canyons jordaniens où nous étions l’an passé, pourtant touristiques mais si mystérieux !

Arles-sur-Tech

Abbaye d’Arles-sur-Tech

Fondée en 778, l’abbaye carolingienne installée sur les ruines de thermes romains à Amélie-les-bains, a été transférée plus dans l’intérieur à la suite des incursions normandes. Le cloître est 13ème et l’église 12ème .

Le cloître est assez grand bordé d’arcades gothiques soutenues par de très fines colonnes jumelles blanches de marbre de Céret et pierre de Gérone. Au centre d’un jardin de buis qui embaume se trouve une intéressante croix de fer avec une boule de fer, la croix du grain, rappelle une activité métallurgique des forgerons catalans.

Arles sur Tech : croix

J’entre dans l’église par le cloître et suis surprise de la hauteur de la nef, ici aussi des retables baroques. Ce que j’ai préféré, c’est le tympan très finement sculpté.

Place du couvent

L’office de Tourisme distribue un circuit d’environ une heure dans le centre historique à partir de la place du couvent dans les ruelles qui tournent. On aboutit sur une petite place avec de belles maisons une galerie soutenue par de lourds piliers, des fontaines, un oranger dépasse un mur dans la rue de l’oranger. Rien de spectaculaire mais une agréable promenade. J’aime bien ces circuits qui ressemblent à un jeu de piste. Ce village avait même un quartier juif, le Cal.