Topo-guide Chamina N°21 – circuit 2h45 – 10.5 km au départ du village de Gruchy
maison natale de Jean François Millet à Gréville
Jean-François Milletnaquit en 1814 dans cette maison. Sa famille possédait une dizaine d’hectares, une certaine fortune à l’époque ; dans sa famille,certains membres étaient lettrés, il y avait même un ecclésiastique sachant le Grec et le Latin.
Cette maison du XVIIIème siècle était celles de cultivateurs aisés.
Si l’extérieur a finalement peu changé, à l’intérieur, on retrouve peu de choses de l’époque. La maison de Barbizonétait plus chargée de souvenirs. En revanche, j’ai beaucoup appris sur le personnage d’après un vidéogramme où étaient lues des lettres du peintre.
A l’étage, une exposition très intéressante montre comment Jean François Millet a su décrire avec précision le travail des champs. Une véritable épopée paysanne se déroule . En regard des reproductions des tableaux les outils des paysans sont présentés : botteleurs de foin, le semeur, le vanneur, les planteurs de pommes de terre, une faneuse, la laitière normande, les batteurs de sarrasin. Tous ces travaux des champs sont peints avec précision et réalisme. Millet peint la terre et les paysans avec une palette brun sombre.
Emile-Louis Foubert : Hommage à Millet (1899)
Une salle Hommage à Millet présente des portraits, autoportraits et photographies..
Une salle entière est consacrée à l’Angélus, le tableau et une quantité d’objets dérivés du tableau : assiettes, services à café, coussins utilisant le procédé d’époque la chromolithographie. Cette utilisation de l’Angélus s’est poursuivie jusqu’aujourd’hui. Je me suis amusée au dessin de Wolinski légendé « Dépêchez-vous y’a Dallas qui commence »
Une exposition temporaire : Millet inspirateur de Van Gogh rapproche les tableaux sur les mêmes sujets : le Semeur, la Sieste… ce qui change ce sont les tons de la palette de Van Gogh bien plus colorée.
A la Pointe du Cotentin : le Nez de Jobourg est le site le plus réputé (après de Mont Saint Michel, bien sûr). Ce sera donc notre première excursion sous un beau soleil.
Le GPS nous promène dans des petites routes tournicotantes puis on monte sur une sorte d’autoroute qui nous conduit à la Hague face à la route ; le cauchemar : le Centre de retraitement des déchets nucléaires
Le Centrer de Retraitement ds déchets nucléaires de la Hague
Arrêt photo, puis on tente de faire abstraction de ce complexe menaçant.
L’église de Jobourg :
L’église de Jobourg
Au milieu du cimetière, une petite église trapue d’aspect rude. De toutes parts la vue est splendide sur la mer. Elle est ouverte. Construite au XII ème siècle, Jean François Milletaurait dit « On dirait que le temps s’est assis dessus ».
Ce modeste village a pourtant eu un personnage illustre : son curéDom Fleury qui encouragea ses paroissiens à s’engager contre les Anglais dans la Guerre d’Indépendance Américaine (1773-1780), il obtint une pension du roi pour avoir apaisé les villageois dans l’Emeute ds blés.
Cette visite m’a enchantée avant de rejoindre le site touristique du Nez de Jobourg. les Falaises sont hautes de 128 m. La vue sur les Iles Anglo-Normandes est très nette par temps clair. Nous remarquons un curieux alignement d’antennes mises en place pour une Campagne de Mesures océanographiques de la hauteur des vagues et des courants marins à l’aide de deux sortes d’antennes mesurant l’effet Doppler
Antennes pour la mesure de la hauteur des vagues
J’aurais aimé en savoir plus mais ma recherche sur Internet n’a abouti à rien.
Le topo-guide Chamina propose la balade n°23 : un circuit de 11.5 km , 4 h, dont la mlitié le long du sentier côtier à partir de la Pointe de Voidries à proximité du parking et du restaurant. Je pars d’abord vers le nord en direction de la plage d’Ecalgrain. le sentier est pratiqué dans une entaille à travers les prunelliers, les ajoncs et d’autres épineux. Il s’éloigne un peu du bord de la falaise et descend. J’essaie d’appeler Dominique pour qu’elle me rejoigne en voiture à Ecalgrain. Il n’y a pas de réseau. Avec la proximité des Iles anglaises(Guernesey 44 km, Serq 39 km, Aurigny 19 km) la téléphonie mobile est souvent prise en charge par l’Angleterre, j’ai la surprise de voir l’heure anglaise s’afficher sur l’écran. Retour au parking et je prends le sentier vers le Nez de Jobourg : le sentier en balcon est proche de la falaise et plutôt glissant. Je regrette d’avoir gardé mes sandales et laissé le bâton de marche dans la voiture. Les autres randonneurs sont très bien équipés. Dès que le sentier se met à monter très raide près du Cap, je rebrousse chemin. la montée ne me fait pas peur, c’est plutôt la descente en sandales que je redoute. Je n’ai pas vu la harde de chèvres sauvages.
barrière sur le sentier des douaniers
Des panneaux près du parking racontent les légendes et les histoires du cap : dans les grottes au pied de la falaise on a trouvé des traces de l’occupation préhistorique. Un écrivain régionaliste J. Fleury raconte l’histoire d’un gros chien noir gardant un trésor caché. Le long du sentier se trouvent des abris pour les douanier, appel&s aussi caches à tabac par les contrebandiers.
Le GPS , nous conduit à la plage d’Ecalgrain pour un pique-nique de luxe : grosses crevettes roses et salade de la mer.
Nous avons choisi cette destination en pleine canicule : sur la carte météo la Manche était le département le plus frais, caressé par le perturbations venant d’Angleterre, tandis que nous avions si chaud!
Peut-être moins fréquenté que la Bretagne ou les plages normandes plus proches de Paris comme Deauville ou Dieppe….
Et nous avons trouvé une location à Surtainville, encore disponible pour la dernière semaine d’Août.
itinéraire
383 km; 4 heures 15 de Créteil par l’A13 jusqu’à Caen, puis la N13 jusqu’à Valogne et D902 jusqu’à Bricquebec.
Etape sur la plage de Houlgate
Nous avons fait étape à Houlgate chez des amis pour couper la route, nous dégourdir les jambes sur la plage et manger un morceau.La plage d‘Houlgate en Août ne ressemble pas à ce que nous avons connu en Juin. Elle est occupée par des familles auprès des parasols campés au ras du sable où l’on se tasse, non pour se protéger du soleil mais plutôt à l’abri du vent. Grandes marées, à marée montante, les belles vagues à l’écume blanche déferlent en rangs serrés. Les pêcheurs à pieds se dépêchent de rentrer. Au micro, on avertit les imprudents qui stationnent sur les bancs de sable qu’ils doivent quitter les lieux.
En face des belles cabines de bois à rayures orange, on a installé des panneaux avec une belle exposition-photo : Les Femmes d’exposent
Saint-Mère église
Un détour par Sainte-Mère-l’Eglise, village célèbre pour le Débarquement où l’on peut encore voir un parachute suspendu au clocher et où les jeeps de 1944 attendent les touristes. Covid-19, ni Américains ni Anglais, le parking est bien vide. La route évite Valognes . Elle traverse Briquebec passant sous le château féodal. De petites routes bien tortueuses nous conduisent directement au gîte.
Arrivée à Surtainville
Nous sommes agréablement surprises. La maison est grande, claire, bien équipée. Rien ne manque. Un petit jardin clos avec un salon de jardin.
Pour les courses de base, nous allons au bourg voisin : Les Pieux. Le centre-ville est animé avec un boucher-charcutier, une belle poissonnerie (achat de moules), banques, Office de Tourisme. Et, bien sûr, les inévitables Grandessurfaces en périphérie. A Super-U, nous trouvons des produits locaux : des pommes de terre de Surtainville, des yaourts au lait entier 6 et de la crème fraîche normande exceptionnelle. Nous achetons le topoguide des sentiers Chaminaqui propose 30 plus belles balades à pied.
Première sortie à la plage cachée derrière la dune.
Nous entrons dans le Festival des Jardinsqu’il se met à pleuvoir. Ce n’est pas grave : nous sommes équipées de capes. Tandis que les touristes se précipitent sous les arbres au mépris de toute distanciation sociale, nous passons dans les allées snobant les gouttes. Le parc est immense, difficile de trouver la sortie. « Allez aux Prés du Goualoup« , nous conseille-t-on. Les distance sont grandes. Il y a bien une sortie sur un parking mais éloignée d’un bon km de nos vélos, on rentre à nouveau dans le parc, au bout de 20 minutes on trouve la bonne issue.
Sauf que l’heure tourne, il reste au moins 25 km pour Amboise (par la piste, par la route c’est plus court). Le ciel s’est dégagé, nous roulons plein ouest, le soleil dans les yeux. Pas question de musarder comme ce matin avec une moyenne horaire de 11 km/h avec les arrêts-châteaux et arrêts-photos! Il faut se presser, et cela me stresse.
Au début nous suivons la Loire, c’est facile. A Rilly-sur-Loire, on franchit la route pour tourner à angle droit : au détour d’une maison, je me trouve nez-à-nez avec un fossé. Nouvel écart fatal. Cette fois-ci c’est la bicyclette qui s’abat sur moi. Mon coude opéré a cogné sur le gravier. Je suis incapable de me relever seule. Heureusement un couple de Hollandais nous suivait. Le Monsieur relève le vélo, redresse la selle qui a tourné ainsi que le guidon de travers. Il faut repartir tout de suite. Si j’attends, d’abord je prendrai du retard, ensuite, je ne suis pas sûre de remonter du tout en selle. J’ai les jambes flageolantes, mal au coude, et surtout la trouille au ventre. La peur, je connais pas, ni le vertige, en général. En particulier, je suis morte de peur. Chaque obstacle, chaque voiture qui me dépasse, chaque trou dans la chaussée me paraît un obstacle insurmontable.
A Mosne, nous quittons la Loire, et au détour d’une maison (encore!) je découvre une nouvelle difficulté : une côte vraiment très très pentue. Après ma chute, je n’ai plus d’énergie, plus de force dans les mollets pour appuyer sur les pédales et cette trouille qui m’empêche de mettre l’assistance électrique au maximum comme il le faudrait. Je monte à pied, poussant et tirant la bécane qui pèse un âne mort. Pire qu’un âne! L’animal compatirait, le vélo est récalcitrant! je finis par trouver Catherine en haut de la côte! Comme elle doit regretter d’avoir fait équipe avec moi!
On pédale maintenant sur la route avec les voitures – je note qu’elles sont respectueuses des cyclistes et ne cherchent ni à nous frôler ni à nous klaxonner. Un vrai partage!
Amboise se rapproche. Véritable soulagement quand je passe le panneau d’entrée de la ville. Mais ce n’est pas fini : d’abord nous traversons d’interminables faubourgs modernes. Ensuite, le pire : nous devons descendre du coteau. La carte indique une épingle à cheveux. Cette expression « épingle à cheveu » déclenche une véritable panique. Comme à la montée à Mosne, je mets pied à terre, pour arriver en pleine ville, dans la foule au pied du château : masque obligatoire! Un monsieur veut faire de l’humour et me dit qu’on peut aussi utiliser le vélo. Je suis apathique et ne réagis même pas à la moquerie. Catherine prend ma défense et le traite de macho, de mâle alpha, je ne sais plus bien.
Enfin l’hôtel Le Blason 2* seulement mais muni d’un garage à vélo qui ferme la nuit. La chambre a tout le confort. Je n’ose pas me doucher, craignant de découvrir l’étendue des dégâts. En plus des écorchures de la veille, je suis pleine de bleus.
Le dîner à L’Epicerie excellent nous console un peu. Le restaurant est sur la place sous le château, il y a un spectacle musical qu’on peut entendre de notre table. Menu varié, je suis étonnée de me trouver assez d’appétit pour faire honneur au menu : carpaccio de tomate excellent, filet de dorade accompagné de légumes divers et sorbet comme dessert.
Catherine prend la décision, ce n’est pas la peine de charger la batterie de l’assistance électrique. Je ne remonterai pas sur le vélo. j’essaie de la convaincre de faire l’étape de Chenonceauseule. Je prendrai le car ou le train, ou un taxi…
Le lendemain, c’est la pluie qui a emporté la décision de reprendre le train pour Paris. Il fait une pluie bien mouillante et bien drue qui ne donne aucun signe de faiblesse.
Au lieu du château de Chenonceau, ce sont les Urgences de l’Hôpital Henri Mondor que je visiterai.Après trois heures d’attente, le verdict tombe : rien de cassé! Je rentre à pied ragaillardie. Au moins j’ai échappé au plâtre.
Perché sur le coteau, dominant le village, le château a fière allure. Pour y parvenir il faut faire une longue promenade sur une allée de marches sablées.
Construction plus simple que Chambord, harmonieux il nous séduit plus. Chambord était une résidence royale de prestige destinée à éblouir sujets ou ambassadeurs étrangers, Chaumont est le château des dames : Catherine de Médicis et Diane de Poitiers, épouse et favorite d’Henri II.
porc-épic emblème de Louis XII –Cominus et eminus – qui s’y frotte s’y pique
Historique :
Avant d’être une élégante résidence, le château, fondé autour de l’an mil, fut une forteresse appartenant à la famille d’Amboise,rasée et brûlée par Louis XI.Reconstruit de 1468- 1481 par Pierre 1er d’Amboise, puis 1498-1515 par Charles II , marquant l’apparition de motifs italianisants Renaissance. Catherine de Médicis acheta le château en 1550. A la mort d’Henri II (1559) , elle échangea Chaumont contre Chenonceau que Henri II avait offert à Diane de Poitiers qui poursuivi la construction en édifiant le chemin de ronde à mâchicoulis. Madame de Staël corrigea à Chaumont les épreuves de « De l’Allemagne. Enfin à la Belle Epoque la Princesse de Broglie et son époux transforment le château pour y donner des réceptions.
Une triple visite :
Chambre de Ruggieri
C’est une visite historique même si certaines reconstitutions datent des De Broglie. Nous visiterons donc la Chambre de Ruggieri le célèbre astrologue de Catherine de Médicis avec sa cheminée portant un signe astrologique. On passera dans la Chambre de Catherine de Médicis ornée de tapisseries merveilleuses. Occasion de se souvenir qu’autrefois les murs en étaient couverts. On découvre l‘histoire de Pégase et Persée où chaque scène est dominée par un char s’élevant dans les airs. Nous cherchons Hermès et son pétase (ce mot de pétase nous met en joie comme deux gamines)
Histoire de Pégase et Persée (détail)
La Salle du Conseil est couverte de magnifiques tapisseries mais je remarque surtout le pavement de majolique du 16ème s provenant de Palerme.
Dans la salle des gardes, se trouve encore une belle tapisserie.
L’examen en détail des tapisseries, coffres et autres mobiliers pourrait justifier à lui seul le voyage!
Le château est aussi le siège d’une exposition d’Art Contemporainqui vaudrait aussi une visite pour elle-seule. C’est d’ailleurs la découverte qui m’a le plus intéressée.
Philippe Cognée
Les Paysages révélés de Philippe Cognée occupent plusieurs salles. Je suis bluffée par la technique à la cire chauffée puis écrasée donne un aspect à la fois flou, lisse et brillant. Paysages vus d’un train ou sous-bois touffu sont magnifiés par ces contours fuyants.
Coignée : paysage du Val de Loire
j’ai fait beaucoup de photos et je suis bien décidée de suivre cet artiste que je découvre ici.
Giuseppe Penone est loin d’être un inconnu! Dans mon imagination il est associé aux arbres et son oeuvre se retrouve à Chaumont aussi bien en intérieur que dans le parc.
Penone
Quelle plus belle représentation de la respiration que nous offrent les arbres de la forêt! Organisme construit de feuilles (photosynthèse) et arbre bronchique de feuilles dorées pour souligner la richesse….Si j’&tais encore professeur de collège j’aurais commenté cette oeuvre avec ma collègue d’Arts plastiques dans le cadre d’Histoire des Arts (mais c’est bien fini!)
L’oeuvre de Penone est diverse, aussi bien un arbre géant qui barre le chemin que ce dessin délicat.
Une bibliothèque de livres de verre est offerte par Pascal Convert. La lectrice amoureuse des livres est moins convaincue. Ces fantômes de livres qui ont servi de moulage à des formes de verre évanescentes me dépriment plutôt. En revanche j’ai aimé ses flammes de verre brut, presque grises qui décoraient une cheminée.
Simone Pheulpin
la délicate boule de tissus plissés de Simone Pheulpin posée sur un miroir m’a séduite.
Etrange installation dans la Chapelle de Gerda Steiner et Jörg Lenzlinger sonorisée par des chants d’oiseaux.
Les pierres et le Printzmps Steiner et Lenzlinger
Dans les écuries magnifiques d’autres œuvres sont surprenantes. j’ai aimé les sculptures de troncs présentées sur des copeaux de Marc Nucera on aurait dit que le sculpteur venait de quitter l’écurie.
Maec Nucera
j’aurais pu citer d’autres artistes qui m’ont plu : les tapisseries dorées mouvantes en bouchons et pièces métalliques couvrant toute une pièce de Gabriel Orozco . Ou les grandes pièces de bois faisant penser à des pions de jeu d’échec (selon Catherine) ou à des sculptures africaines (selon moi) d‘Axel Cassel
Axel Cassel
Si nous avions disposé de plus de temps nous aurions pu découvrir encore de nombreuse oeuvres que nous avons ratées.
En revanche le Festival International des Jardins nous a un peu déçues. C’es LA visite que je ne voulais pas louper. J’en attendais sans doute trop. J’avais choisi Chaumont justement pour ses jardins. Et puis, la pluie nous a un peu gâché la promenade.
Ce jardin embaume
Le thème ; LES JARDINS DE LA TERRE -RETOUR A LA TERRE MÈREaurait dû pourtant nous transporter. Nous avons été déçue de la monotonie des installations. La Terre étant ronde, la majorité des jardins avaient donc un plan circulaire. Bonne idée, mais dont la répétition génère à la fin l’ennui. On a privilégié le vert, les plantes aromatiques et potagères, bonne intention, mais dont la répétition génére….Herbes folles, pourquoi pas, mais trop….On finit par regretter les jardins anglais, les roseraies, même trop classique.
Cour Cheverny (2845 ha) est un village tranquille. La rue Nationale est déserte, pourtant les rares personnes qui sortent sont masquées. Le tabac-Presse vend cartes postales et timbres, la Poste est un peu plus loin. En face l’église est ouverte.
Cheverny (1011 ha) est à 1.5 km plus loin. Nombreux parkings avant l’entrée au Château de Cheverny. La queue aux billets nous dissuade. D’ailleurs, l’animation Tintin 3D ne m’attire pas. Hergé s’est inspiré de Cheverny pour dessiner Moulinsart. Je n’ai jamais baigné dans la tintinophilie. Enfant, je n’ai jamais eu d’album de Tintin , plus tard, j’ai éprouvé une méfiance pas forcément justifiée, adulte j’ai feuilleté des albums par curiosité. Rien qui justifie une queue et du retard sur le programme.
Eglise de Cheverny
L’église de Cheverny (XI ème s. restaurée au XVIème)est toute simple. Un auvent abrite un angle, on l’avait prise pour une halle. l’intérieur est sobre, encore cloisonné, les bancs sont enfermés dans des casiers de bois.
Comme à Chambord, la route arrive en face du château selon une belle perspective. Impossible d’apercevoir plus que la silhouette de la façade : un portail opaque interdit la photo et les hautes haies bloquent le regard? Dommage de passer si près pour ne rien voir.
Château de Troussay
Le parcours est très agréable sur une petite route(D52) très tranquille qui passe dans des hameaux, des cultures et des vignes jusqu’à Favras. En route nous passons tout près du Château de Troussay, « le plus petit château de Touraine », une demeure qui offre aussi des chambres d’hôtes. La visite est obligatoirement guidée, le matin à 11 h et une autre l’après midi. Il nous faudrait attendre une demi heure et notre route est longue (55 km). Encore une fois, le château est bien caché dans la végétation et nous ne faisons que l’entrapercevoir. L’itinéraire cycliste est bien fléché. Il quitte le goudron pour un chemin caillouteux un peu moins roulant mais très pittoresque.
Château de Fougères-sur-Bièvres
Un détour nous fait parvenir à Fougères-sur-Bièvres où nous arrivons vers midi. Le château est au centre du village, bien visible (pour une fois) avec des tourelles rappelant celles d’un château-fort. : plusieurs poivrières couvertes d’ardoises dépassent d’un bâtiment XVème assez sobre. Du portail on devine la cour avec des arcades.
Pour gagner un peu de temps nous coupons dans le circuit par la route jusqu’à Ouchamps nous traversons, la Bièvre et reprenons le circuit cycliste touristique et nous en félicitons. Suivant la courbe de la rivière, le paysage est charmant, nous faisons un petit détour à Monthou-sur-Bièvres, village très pittoresque.
L’Herbe rouge à Valaire
A l’entrée de Valaire, au creux d’un vallon, un restaurant a installé ses tables en terrasse sous un auvent et sous la ramure d’un grand arbre. Je mets pied à terre, Catherine aussi, sans nous être concertées il nous vient la même idée : c’est ici que nous allons déjeuner! Une famille cycliste est déjà installée. La petite fille blonde sortie de la carriole tractée par son père a étalé ses Play-mobiles. Une ardoise indique les plats du jour. Nous choisirons une salade de lentille au chorizo avec un œuf poché décoré de fleurettes bleues de bourrache. A l’intérieur on vend aussi des produits locaux et bio. Excellent accueil à L’Herbe Rouge!
On descendra directement sur Candé-sur -Beuvron. Le Beuvron est bien à l’étiage. Tout près du confluent nous trouvons la Loire qui paresse entre ses bancs de sable. La piste suit le fleuve jusqu’à Chaumont sur Loire, piste plate, tranquille en sous-bois.
1Parcours facile, après cette deuxième journée de vélo, il me semble avoir maîtrisé aussi bien l’assistance électrique que j’ai poussée au maximum dans les côtes que les vitesses qui se passent bien au guidon. Je suis fière de moi :à 69 ans j’ai réussi ma vélorution!
Il pleut quand nous trouvons la D112 qu’il aurait fallu emprunter vers le sud vers Bracieux. Sous la pluie on a moins tendance à consulter la carte! Ce n’est pas grave avec la carte et l’aide du GPX , on improvisera un itinéraire dans les petites routes de campagne. A la Chaussée-sur-Cosson, on trouve le GR qui nous conduit dans une forêt de résineux odorants sur une petite route forestière très très tranquille où nous ne rencontrons personne. Sauf un essaim de taons bien désagréables.
Au Château de Villesavin, nous retrouvons l’itinéraire officiel. On pourra se laisser guider par le GPX! hésitation : visiter ou pas Villesavin?On aimerait au moins voir la façade et prendre une photo. Impossible pour s’approcher il faut un ticket et la visite dure une bonne heure. Nous ne sommes déjà pas en avance. nous renonçons à regrets. Selon les images d’Internet il est superbe.
Nous longeons de nombreux étangs : on avait oublié que nous sommes en Sologne!
Nous arrivons assez tôt à Cour-Cheverny, village qui s’aligne le long de la Rue Nationale qui conduit à Cheverny.
L’Hôtel Saint Hubert *** est très confortable, pas de tape-à-l’oeil, un confort de bon aloi. Le dîner est gastronomique. En amuse-bouche, on nous apporte une verrine d’une mousse de ratatouille rose. Puis en entrée espuma d’avocat avec des crevettes piquantes, c’est joli et délicieux. Nous commandons toutes les deux un onglet au roquefort fondu servi avec une garniture si abondante que je suis forcée d’en laisser la moitié. Dessert crème brûlée et pour moi corolle de sorbets (3) petite meringue.
De l’autre côté de la Loire un château que nous n’avons pas identifié
Train Rémi : TER de Paris-Austerlitz
départ : 7h37 – arrivée Blois 9hh04, train direct presque vide, par Etampes, Orléans-les Aubrais.
La Beauce ressemble à une steppe desséchée sous un ciel gris, champs immenses, éoliennes en mouvement, et le ruban de ciment de la ligne de l’aérotrain maintenant abandonné et tagué.
A peine 5 minutes entre la gare et l’hôtel Anne de Bretagne où nous attend le réceptif de VéloRando qui nous confie les vélos, les cartes et le dossier avec les tickets et les vouchers.
Nous passons sous le château de Blois
La piste cyclable passe sous le château de Blois, juste une pause pour la photo, seuls les vélos ont le droit de passer dans les rues commerçantes piétonnières.Nous passons la Loire pour trouver un ruban cimenté bien large et lisse, le rêve pour la cycliste grande-débutante. Je fais mes premiers essais d’assistance électrique. Ne connaissant pas le boîtier, je ne regarde plus la route, le vélo fait un écart, l’assistance m’embarque et je me retrouve par terre, les genoux égratignés comme une môme de la Communale, j’aurai les genoux couronné.Je ne m’en formalise pas.
Piste plate, lisse, bien fréquentée mais large. Balade facile. On longe des cultures un peu étranges : des lianes grimpantes, est-ce du houblon? Des chinoises sous des chapeaux chinois, ramassent des melons (ou de courgettes) , graminées exotiques petit-mil ou sorgho? De l’autre côté du fleuve, un beau château blanc que nous avons du mal à situer sur la carte. ( Saint Denis -sur -Loire ou Cour-sur-Loire?).
La piste est bornée, à chaque croisement, de poteaux de bois. Mal habituée à l’envergure de la bicyclette électrique, je fais un nouvel écart et me retrouve par terre. Beaucoup plus vexée que blessée. Je remonte sans attendre. je prends de bonnes résolutions : couper l’assistance aux tournants et bien me concentrer sur la route.
La piste traverse le charmant village de Saint-Dyé-sur-Loire. Nous passons sans nous arrêter dans la cour d’un centre culturel avec une exposition illustrant les Fables de La Fontaine. On entre dans la forêt, écrin giboyeux du Château de Chambord au fond d’une belle perspective : arrivée royale!
La bicyclette creuse l’appétit. Nous déjeunerons à une terrasse bien touristique qui propose bien cher, et sans grâce, la nourriture standardisée pour touristes peu exigeants mais affamés. Un croque-monsieur pour moi, une tartine gratinée pour Catherine.
les toits de Chambord
La dentelle de tuffeau blanc incrusté de noir, ciselé de salamandres, chimères, coquilles…nous fascine. Impossible de compter les cheminées, tourelles, fenêtres spectaculaires qui hérissent les toits vers les nuages menaçants. Chambord, c’est d’abord cette féerie de pierre et d’ardoises.
le Camp du Drap d’or
Rêve d’un roi, François 1er qui a marqué tout l’édifice de salamandres et de son F royal. Château royal construit pour éblouir la cour et les invités du rois venus se divertir à la chasse. Faste pour impressionner. Ses successeurs, Henri II, Louis XIV, ont suivi sa trace. De Louis XIV datent les jardins à la française, les pelouses armoriées, le grand canal rappelant Versailles du Cosson canalisé. Plus tard Stanislas Leszczynski, roi de Pologne exilé y séjourna de 1725 à 1733. Le Maréchal de Saxereçu Chambord de Louis XIV en récompense. Enfin Henri, Comte de Chambord (1820-1883) dernier représentant des Bourbons, reçu le château à sa naissance l’administra avec passion depuis ses résidences autrichiennes et conduisit des campagnes des restauration.
Domaine des Chasses royales, on ne coupera pas à l’exposition de tableaux, tapisseries représentations de scènes de vénerie, et aux nombreux trophées ornant les murs. Certains sont récents, datant du XXème siècle, provenant de Hongrie, ou d’Europe de l’Est. Qui les a chassés?
Cheminée, coquemar, tournebroche et lèchefrite
Les salles des Bourbons, des Illustres, ne m’ont pas passionnée. Evidemment la cuisinem’a intéressée avec des ustensiles pittoresques aux noms étonnants. Savez-vous ce qu’est un coquemar? Avez-vous vu un tourne-broche d’époque accompagné de sa lèche-frite. Sauriez-vous choisir le plat convenant à la morphologie d’une plie ou d’un turbot?
virtuosité de l’escalier
Virtuosité d’architecture que ces escaliers en double-hélice (facilitant les déplacement en temps de Covid, les montants ne croiseront pas les descendants) . A l’étage les voûtes en anse de panier sont décorées de caissons contenant alternativement une salamandre ou un F entouré de cordage marins. Je croyais que la Salamandre crachait du feu, j’ai appris ici qu’elle avalait le bon feu et qu’elle était capable d’éteindre un mauvais feu.
voûtes et salamandres
Promenade éblouissante sur la terrasse d’où on peut contempler de très près les décors sculptés dans le tuffeau.
Petite pause pour se désaltérer à l’ombre de vieux arbres bordant la grande pelouse. Un vent d’orage se lève pendant que nous regagnons nos montures. Je sors le KWay.
RandoVélo a mis disposition deux magnifiques bicyclettes électriques équipées de belles sacoches et de tout le matériel nécessaire, mise à notre taille de manière que nous n’avons eu qu’à les enfourcher sans règlages.
RandoVélo a établi un circuit avec un itinéraire parfait sur pistes cyclables, routes de campagne peu fréquentées et même chemins de cailloux en forêt à travers des paysages variés. L’agence nous a fait parvenir à l’avance les traces GPX à intégrer à nos smartphones et nous a confié les cartes-papiers (que je préfère) . Ces circuits sont lisibles sur deux applications GPX Viewer et RoadBooK , ce dernier n’a pas l’air tout à fait au point et utilise la GPS de Maps avec certaines confusions avec les itinéraires- voiture. Pour ma part, j’ai préféré suivre sur la carte en papier traditionnelle et je regrette un peu de ne pas avoir acheté la carte IGN pour mieux suivre. J’ai eu la chance d’avoir une coéquipière plus moderne qui a dirigé les opérations de son smartphone (prévoir une batterie de rechange, les applications sont gourmandes et la panne de courant serait catastrophique.
Les tickets d’entrée aux châteaux de Chambord, de Chaumont et de Chenonceau fournis à l’avance évitent les attentes et les queues, gain de temps appréciable.
Hôtels confortables (avec garages à vélos)et restaurants gastronomiques ont été très judicieusement choisis pour un circuit parfait et même prestigieux.
Un sans faute ! Certes, ce n’est pas donné mais par les temps de Covid qui réduisent le rayon de nos aventures on ne va pas mégoter. Encore eût-il fallu que la cycliste soit entraînée….
la Canne de Balzac est exposée au musée de la Maison de Balzac Rue Raynouard à la limite des anciens villages de Passy et d’Auteuil. C’est un bel objet, luxueux, plutôt ostentatoire de belle taille, incrusté de turquoises et d’une chaîne d’or ayant appartenu à Madame Hanszka. A la Maison de Balzac,elle est présentée accompagnée d’un texte un peu énigmatique :
Cette canne, pense-t-il. Si cette canne était comme l’anneau de Gigès, comme Robert le Diable ! Si cette canne avait le don de rendre invisible !..Gigès avait un anneau qui le rendait invisible… Robert le Diable a aussi un rameau qui le rend invisible. Ah ! si
j’avais ce rameau !..
En effet, on peut imaginer que le don de Balzac de décrire avec précision tant de personnages dans leur milieu de vie ou professionnel ne pouvait s’expliquer que par une observation méticuleuse que seul un spectateur invisible pourrait obtenir. Le don d’invisibilité proviendrait-il de cette canne miraculeuse?
Comment se fait-il que M. de Balzac, qui n’est point avare, connaisse si bien tous les sentiments, toutes les tortures, les jouissances de l’avare ? Comment M. de Balzac, qui n’a jamais été couturière, sait-il si bien toutes les pensées, les petites ambitions, les chimères intimes d’une jeune ouvrière de la rue Mouffetard ? Comment peut-il si fidèlement représenter ses héros, non seulement dans leurs rapports avec les autres, mais dans les détails les plus intimes de la solitude ?
M. de Balzac, comme les princes populaires qui se déguisent pour visiter la cabane du pauvre et les palais du riche qu’ils veulent éprouver, M. de Balzac se cache pour observer ;
j’ai cherché le texte d’où est tirée la citation : La Canne de Balzac de Delphine de Girardin , roman publié en 1836.
« Il y avait dans ce roman… – Mais ce n’est pas un roman. — Dans cet ouvrage… — Mais ce n’est pas un ouvrage. — Dans ce livre… — C’est encore moins un livre. — Dans ces pages enfin… il y avait un chapitre assez piquant intitulé : Le conseil des ministres On a dit à l’auteur : — Prenez garde, on fera des applications, on reconnaîtra des personnages ; ne publiez pas ce chapitre. Et l’Auteur docile a retranché le chapitre.
L’Auteur les a sacrifiées… mais il est resté avec cette conviction : qu’une femme qui vit dans le monde ne doit pas écrire, puisqu’on ne lui permet de publier un livre »
La Canne de Balzac fait assez peu intervenir l’auteur de laComédie Humainequi se contente de prêter sa canne à Tancrède, le héros du roman, un très beau jeune homme provincial venu tenter sa chance à Paris. Éconduit par les protecteurs éventuels, il va à l’opéra, et découvre la canne
« Sur le devant d’une loge d’avant-scène se pavanait une canne. – Était-ce bien une canne ? Quelle énorme canne !
à quel géant appartient cette grosse canne ? Sans doute c’est la canne colossale d’une statue colossale de M. de
Voltaire. Quel audacieux s’est arrogé le droit de la porter ? Tancrède prit sa lorgnette et se mit à étudier cette
canne-monstre. – Cette expression est reçue : nous
Tancrède aperçut alors au front de cette sorte de massue, des turquoises, de l’or, des ciselures merveilleuses ; et derrière tout cela, deux grands yeux noirs plus brillants que les pierreries. La toile se leva ; le second acte …. »
Tenue de la main gauche, cette canne confère à son porteur l’invisibilité. Tancrède à l’insu de tous se faufilera dans le cabinet du Roi, sera porteur d’un secret qui lui apportera la fortune. Le voilà riche! Il recherche ensuite l’amour. Toujours muni de la Canne de Balzac, il pourra s’introduire dans la chambre d’une femme mariée puis dans celle d’une très jeune fille naïve dont Tancrède tombera amoureux.
On a fabriqué des ruches en cristal, à travers lesquelles on voit les abeilles travailler : on devrait faire les chambres des poètes transparentes pour les observer dans l’inspiration. Quel beau spectacle que celui d’une riche pensée qui s’éveille ! Tancrède, grâce à son invisibilité, avait été à même d’observer la femme aux prises avec la passion, en proie à ses souvenirs d’amour ; et maintenant il observe la jeune fille aux prises avec son génie, en proie à ses involontaires désirs, à ses pures espérances d’amour. »
Fantaisie amoureuse?
Pas seulement !
Delphine de Girardin est une fine observatrice qui nous fera découvrir la vie littéraire de son temps. On assiste à une lecture de vers de Lamartine par son auteur, on lit une lettre de Chateaubriand…. On va dans un salon, au spectacle…
Surtout ce roman pétille d’esprit, de réparties, c’est léger amusant, drôle. Je pense à un Sacha Guitry sans la misogynie. j’ai souvent ri aux éclats et je n’ai pas regretté l’absence de Balzac alors que c’était lui que je cherchais.