Que dire de plus sur Gauguin et cette magnifique et très riche exposition.
Gauguin l’alchimiste qui joue avec les techniques, qui expérimente en peinture, mais aussi en sculpture sur bois, de céramique, de gravure….avec des explications techniques sur de belles vidéos qui racontent les étapes d’une gravure, grossissent craquelures et rajouts sur une céramique. On ressort plus savant!
Gauguin le voyageur, qui a commencé le voyage tout enfant avec ses parents au Pérou, Gauguin le danois, par mariage, Gauguin qui partit en Bretagne à une époque où Pont Aven était encore exotique, à la Martinique, puis encore plus loin à Tahiti et aux Marquises
Gauguin le voyageur a tenu un magnifique carnet de voyage, s’est intéressé à tous les aspects de la culture océanienne (encore un beau vidéogramme)
Et puis le choc des œuvres réunies, certains que j’ai vues à Orsay, d’autres plus secrètes.
Dommage qu’il y ait une foule serrée audioguide à l’oreille, smartphone brandi, la communion avec les œuvres en est troublée.
Les nuages très menaçants ne tardent pas à crever en une pluie désagréable.
Où déjeuner ? Au bord de la mer ? Nous guettons les gargotes. On mangerait bien des brochettes. Les maraichers ont dressé des pyramides de fenouils blanc nacré, ventrus vendus avec les fanes et des tours de carottes appétissantes habilement construites. Dans des seaux blancs en plastiques, des oranges et des mandarines.
Chambres d’hôtes Henchir Dherb
La ferme se trouve en pleine campagne sur une petite route goudronnée entre champs de fenouils à tous les stades du petit plant à la récolte. Un homme laboure, sa charrue est tirée par un cheval. Des femmes récoltent les olives vertes, violettes et noires. Malgré la pluie tout le monde travaille dehors. Un beau mur fleuri de bougainvillées annonce la résidence touristique. Nous reconnaissons la piscine, c’est bien là ! Deux jeunes filles chaussée d’élégantes bottes en caoutchouc fines, puis notre hôtesse, Leila nous conduisent dans une grande pièce où, dans une haute cheminée de marbre blanc sculptée, brûle une joyeuse flambée. La grande salle aux confortables canapés est ornée de tableaux peints par le mari de Leila. Peinture très colorée et très gaie.
Nous traversons un premier patio aux arcades grises et pavement de marbre (on pense au triclinium d’Utique) fleuri de jasmin et meublé rustiquement, paniers dd piments rouges, tresses d’ail….Pass2e une porte verte, on traverse une petite cour et après avoir poussé une lourde porte ancienne, nous découvrons notre chambre. Dominante bleue, bleu outremer et bleu clair sont réveillés par une frise de créneaux jaunes. La commode originale est patinée de bleue. D’équerre l’entrée est jaune soulignée d’une bande verticale bleue. La salle de bains possède également une belle porte et des placards de bois vert. Dans une niche, des nautiles et un coquillage nacré. Très bon goût, original. Une maison d’artistes.
Leila nous convie au thé dans le salon. Nous avalons d’abord en vitesse un œuf dur et un yaourt. Le thé aux pignons est délicieux. Leila nous conseille d’aller à la mer à Ghar Meleh. Il suffit de monter à El Aliya, le village le plus proche perché sur une colline, de tourner à droite en haut et de suivre la route qui traverse en zigzags la campagne et les villages. Dans le village suivant la rue est occupée par un marché de fruits et légumes : fenoiuls et carottes, petits pois, navets, choux fleurs, bien sûr oranges, mais aussi de grosses prunes violettes. Les étals des boucheries sont moins agréables à regarder, deux têtes de vaches sotnaccrochées ainsi que la toison d’un mouton maculée de sang, suspendue près des carcasses en plein air. Innombrables petites épiceries, une supérette, signe de modernité comme l’enseigne lumineuse clignotante du boulanger. Brusquement je découvre la mer à main droite derrière un rideau de roseaux, tranquille et plate comme un lac – c’est un lac que la route longe avant d’arriver à Ghar Meleh au soleil couchant qui dore les pierres du fort. Les troupes de Charles Quint débarquèrent en 1535. Au 18ème siècle c’était le port principale de la flotte corsaire. Le fort est une tour ronde entourée d’un bâtiment arrondi plus bas. Des hommes coupent des roseaux et lient de bottes. Côté lac il y a quelques barques colorées, des filets et des pontons de bois.
Ghar el Melh : fort
Le restaurant Porto-Farina est fermé, Porto-Farina est l’autre nom de Ghar Meleh). Nous ne nous attardons pas. Il faut rentrer avant la nuit.
Dîner auprès du feu. La soupe nous réchauffe. Elle a un goût d’orange il y a même des filaments de zeste de citron râpé, lait ou pomme finement moulinées. Elle est veloutée, excellente et très originale. Une douzaine de petites sardines frites très fraîches, viennent justement de Ghar Meleh elles sont servies avec un piment rouge coupé dans le sens de la longueur et un quart de citron, véritable tableau ! Le risotto aux moules de Sfax est décoré d’un toupet de fenouil. Le riz fondant est recouvert d’un glacis de copeaux de parmesan. Le dessert est aussi joli que délicieux : une coupelle de grenades aux grains bien rouges sur de la chantilly colorée par des amandes grillées pilées.
Leila nous tient compagnie. Elle se désole que la Tunisie soit encore désertée par les touristes. Le tourisme de masse a frémi en 2017 mais elle vise une autre clientèle de voyageurs individuels. Ce n’est pas la politique de Trump qui va doper le tourisme ; Manifestations à Tunis ; A la télévision, un jeune chante des lamentations pour El Kuds.
Une dernière fois, nous traversons la médina. Je remarque les gouttières vernissées vertes. Nous quittons Tunis sous les gouttes. Sous les arcades, un panneau m’amuse : « coopérative des fouleurs de chéchia ». Le gardien du parking nous invite à faire des photos à l’intérieur du Palais Dar Hussein dans le beau patio carrelé décoré de colonnes blanches et de stucs. A l’arrière, il y a une cour plantée d’arbres. Dans la médina, le bâti est serré, on n’imagine pas comment la végétation peut s’inviter, au pied des gouttières, dans les patios bien cachés.
Tunis – dar Hussein
Le GPS a accepté Utique comme destination. Nous sortons donc de Tunis sans encombre, traversons des quartiers modernes passons dans Ariana qui semble être un satellite de Tunis, plus rien de charmant de ce que Flaubert a vu dans son Voyage à Carthage :
« Retourné à l’Ariana, charmante, délicieuse, enivrante chose. Les terrasses blanches des maisons à volets verts saillissent au milieu de la verdure, le tout est dominé, en échappée par les montagnes bleues : champs d’oliviers, caroubiers énormes, haies de nopals où les feuilles en vieillissant sont devenues des branches »
Enfin l’autoroute traverse une campagne hivernale où le blé d’hiver forme un tapis vert (quoique un peu clairsemé) ; les figuiers sont défeuillés. Sur les pentes des collines des oliviers ne paraissent pas irrigués, certains assoiffés. Les champs d’artichauts touffus s’étendent sur de larges surfaces, Roscoff est battu à plates coutures !
Utique : la maison des Cascades
A la sortie d’autoroute « Utique » rien n’indique le site archéologique. Nous demandons aux gens au bord de la route qui ne comprennent pas ce que l’on cherche. A l’entrée d’Utique dans une zone industrielle, le tenancier d’une gargote nous renvoie vers l’autoroute. Après un long trajet nous traversons un village, je demande à la pharmacienne – voilée yeux très charbonneux – qui, bien sûr connaît les ruines.
Les ruines d’Utique
Selon le Guide Bleu p.202 :
« on peut admettre avec Pline l’ancien qu’Utique fut fondée par des Tyriens en 1101 av JC soit 287 abs avant Carthage[…]Alliée plutôt que vassale de Carthage elle participe aux luttes de Carthage contre les tyrans de Grande Grèce puis contre Rome puis fait une tentative de se rapprocher des romains. Assiégée par Hamilcar, elle capitule sans conditions. A nouveau aux côté de Carthage pendant la seconde guerre punique, elle se livre à Rome pendant la 3ème . elle en sera récompensée proclamée ville libre en 144 au rang de capitale de la Provincia Africa.
Utique est intimement liée aux évènements de l’histoire romaine : Marius y débarque pour réprimer la révolte de Jugurtha, elle devient le théâtre de lutte entre les partisans de Pompée et César. Après la défaite des Pompéiens Caton d’Utique s’y suicide.
Sous Auguste, elle perd le statut de capitale au profit de Carthage… »
Utique : nécropole punique
Le ciel s’est dégagé, nous visitons les ruines sous le soleil. » Depuis la Révolution de 2011, plus personne ne vient », se plaint le gardien, » depuis dimanche dernier, aucun visiteur. « Il me montre en vitesse un bassin de la Maison des Cascades, ouvre une porte cadenasser pour me faire voir le squelette d’une jeune phénicienne. Juste à ce moment survient un groupe francophone d’expatriés accompagnés d’une conférencière. Je lui demande si cela la dérange que je me joigne à eux .
« Comme vous le demandez, cela ne me dérange pas ! mais si vous ne l’aviez pas fait cela m’aurait dérangée ! »
Bassin de la Maison des Cascades
J’ai donc le plaisir de découvrir la Maison des Cascades : somptueuse résidence s’étendant sur toute la largeur de l’insula, correspondant à 5 maisons ordinaires. L’entrée monumentale garde les encoches des poutres du toit. L’eau s’écoulait en cascade d’un bassin orné d’une merveilleuse mosaïque à fond vert où nagent des poissons, bar, murène, oursins, seiche, l’eau cascadait jusqu’à une fontaine soutenue par des colonnes de marbre. A côté, le jardin avait un autre bassin avec un cadran solaire. Le triclinium était pavé de marbre en opus sextile, marbre jaune tunisien de Chemtou, blanc de Carrare, vert de Grèce. Une salle à manger d’hiver couverte était de plus petite taille. Près de l’entrée, la chambre du gardien. On reconnait les pièces des domestiques à leur plus faibles dimensions. Les écuries ont gardé leurs auges de pierre, abreuvoirs avec les trous pour attacher les chevaux. Le seuil de la maison est revêtu d’une sorte de tapis de mosaïque imitant un tissage en couleur, plus simple que le marbre ou la mosaïque mais très décoratif.
Chapiteau historié : apollon citarède
Une autre luxueuse villa a perdu la plupart de ses ornements sauf les chapiteaux historiés du péristyle : le gardien avec une longue badine montre la silhouette d’Hercule sans tête mais reconnaissable à sa massue, Minerve casquée et Apollon citharède avec sa cithare.
Plus bas, on a dégagé les tombes monolithes de grès de la nécropole punique.
La conférencière nous conduit au vaste forum, grande étendue rectangulaire. Elle nous montre la Résidence du Proconsul. Les fouilles ont dégagé un mur en opus reticulatum – petits pavés cubiques qui s’insèrent coins vers le bas-technique courante à Rome et en Italie mais rare en Tunisie où est utilisé l’opus africanus avec des blocs rectangulaires jointifs que les Carthaginois utilisaient déjà. Une rangée de palmiers sur une petite crête matérialise le rivage du temps des Romains. A la place de la plaine alluviale de la Medjerda. On peut imaginer l’eau tant la plaine est plate et monotone.
Mandragore
La promenade archéologique vire à la botanique : tout d’abord des boutons d’or frais éclos, avec de nombreux pétales. La grosse corolle bleue fermée comme un très gros crocus, est la fleur de la mandragore, la plante magique aux racines de forme humaine qui crie quand on tente de l’arracher. J’avis entendu parler de la mandragore mais je ne l’avais jamais vue. De l’ordre du mythe, je doutais de son existence. La voilà avec ses feuilles vertes, brillantes et coriaces.
Urginée
De belles feuilles lancéolées sont celles des urginées. Connaissance de fraîche date, je l’ai vue pour la première fois en septembre dernier à Malte, haute hampe portant des fleurettes blanches. Elle fleurit en octobre en Tunisie, elle est maintenant à graine. Feuilles et fruits surgissent d’un énorme bulbe qui se vendrait en Egypte contre les rats. Nommée également Scille maritime elle serait aussi surnommée mort-aux-rats. On la vend aussi au souk pour faire des cataplasmes contre les rhumatismes.
A quelque distance, se trouve le Musée d’Utique qu’on nous ouvre . hélas le célèbre « scarabée » gravé d’un archer (Pégase ?) n’est plus la vedette du musée. A sa place une photographie et une autre d’une pièce en or. Par crainte des pillages à la suite de la Révolution de 2011, on a mis à l’abri les pièces les plus valeureuses. Ce « scarabée » a été présenté à l’IMA à Paris lors de l’Exposition sur les Phéniciens. Les autres vitrines contiennent des terres-cuites, vaisselle et pettis objets ainsi que des vases grecs importés.
Ariane endormie
J’ai bien aimé un beau marbre de Carrare : Ariane endormiereposant sur son coude gauche sur un tuyau d’où coulait l’eau à la Maison des Cascades.
Un bel autel à Cybèle porte des inscriptions latines. Autre inscription funéraire à Julius Polius soldat de la légion d’Afrique mort à 22 ans. Inscription à l’empereur Claude divinisé.
Les nuages très menaçants ne tardent pas à crever en une pluie désagréable.
Où déjeuner ? Au bord de la mer ? Nous guettons les gargotes. On mangerait bien des brochettes. Les maraichers ont dressé des pyramides de fenouils blanc nacré, ventrus vendus avec les fanes et des tours de carottes appétissantes habilement construites. Dans des seaux blancs en plastiques, des oranges et des mandarines.
Sidi Bou Saïd et Carthage se touchent. Nous passons insensiblement de l’une dans l’autre. A Sidi Bou Saïd, le parking est réglementé. On passe un péage(1 dt) pour le Café de la Mer qui nous inspire pour un déjeuner au soleil. En face de la marina, il n’y a qu’un seul restaurant, le Pirate qui a l’air chic et cher, et qui ne donne pas directement sur la mer. On peut manger des pizzas et des crêpes dans une cafétaria sur le port. Nous commandons une crêpe thon-fromage et une pizza thon-fromage avec un café bien serré pour 17.500 dt (5.5€). Je me félicite de ne pas avoir oublié de me m’enduire de crème solaire.
La Poste de Sidi Bou Saïd
Dominique croyait avoir un crédit de 100€ sur le compte mobile de son téléphone. Le premier coup de fil en France est coupé juste au début de la conversation. Peut être est-ce la 3G qui a tout vidé, même en l’absence de connexion Internet ? Avant de recréditer le compte avec la Carte Bleue il convient de faire disparaître les données mobiles. L’urgence est de trouver une boutique de téléphone. Alors que dans villes et villages ces téléboutiques abondent, dans la très chic Sidi Bou Saïd elles sont invisibles ou fermées. En décembre, il n’y a pas de tourisme mais des jeunes tunisiens qui se promènent en groupe ou par couple. Il semble qu’on croise une jeunesse dorée plutôt libre de mœurs, presque toutes les filles sont tête nue, garçons et filles se mêlent et de nombreux couples flirtent ouvertement. Je finis par trouver la boutique et le spécialiste effectue la manipulation. Les communications internationales sont très chères, 1.68€ le sms et 8€/mn pour la voix. Priorité aux mails et whatsapp ! Dans la très chic Sidi Bou Saïd je trouve un café avec Wifi. Pour le prix d’un verre de vrai jus d’oranges pressées, assise au soleil sur des chaises bleues, je pourrai consulter mes mails, envoyer des photos et télécharger le Monde.
Collection de portes
Sous le soleil, Sidi Bou Saïd, la blanche aux portes bleues, fenêtres à moucharabiehs ou grillagées en fer forgé bleu, soulignées de bougainvillées, de jasmin, est très photogénique.
Un homme très prévenant a aidé Dominique à se garer (le stationnement est en principe réservé aux résidents mais la carte handicapé a fait une exception). C’est le patron du magasin de souvenirs situé juste en face. Il délègue son vendeur, Bilal pour une visite guidée du village. Chaque porte a une histoire : celle-ci est « familiale », elle a une fente horizontale. La femme seule, en l’absence de son mari n’ouvrira que la moitié droite. Pas la gauche surtout ! la gauche est impure. Celle-ci, œcuménique : les clous dessinent une main de Fatima, symbole utilisé aussi bien par les musulmans que par les juifs, une croix berbère d’Agadez. Cette autre vitrée est une « porte-fenêtre ». La couleur marron de celle-là indique que les occupants ne sont pas musulmans. La taille de la porte est un indicateur de rang social.
Nous passons devant le Café des Nattes célèbre pour ses concerts. La Maison du Baron Erlanger est également dédiée à la musique. Au bout du village le Café des Délices a un air de Cyclades avec les dômes blancs et les parasols bleus surplombant la mer.
La visite se termine très mal. Il est clair qu’il faudra acheter quelque chose à la boutique. Le patron me montre de beaux bijoux berbères, des colliers de corail, ambre ou cornaline. J’élimine d’emblée les bijoux très beaux mais sûrement très chers. Je jette mon dévolu sur un plat en faïence ou sur un miroir caché par une porte colorée. Le prix me surprend. Pour le plat qui est peut être industriel, le prix serait de 400 dinars (125€) dix fois peut être vingt fois le prix ! je veux bien remercier pour la visite et le parking mais je n’aime pas être prise pour une imbécile. Pas question. Grand seigneur, le vendeur ajoute une coupelle et descend à 350 dinars, puis le miroir en plus pour 300 dt. Je quitte le magasin « khalas ! ». Le vendeur me poursuit jusqu’à la voiture et descend à 23 €. La marchandise ne les vaut pas. Je claque la porte. Furieux, il déclare « voilà comment vous me remerciez ! ». 20 € pour une aide au parking et une promenade, il abuse !
Le retour à la tombée de la nuit est une épreuve pour la conductrice. De Sidi Bou Saïd la route, plein ouest au coucher du soleil, est éblouissante. Plus tard à l’arrivée sur Tunis, cela se complique. Comment retrouver la Casbah ? Dans l’embouteillage sur ce qui ressemble à un périphérique, nous descendons les vitres pour demander aux conducteurs des voitures voisines à l’arrêt. « Sortez à la grande horloge et prenez l’avenue Bourguiba ! ». L’horloge illuminée sur une tour Eiffel miniature se voit de loin, mais nous ratons la sortie de l’autoroute et nous retrouvons loin au sud en direction de Sousse. Demi-tour et toujours l’embouteillage. Nous trouvons la tour l’avenue Bourguiba qui est une belle artère. Je me félicite de ce détour par Tunis moderne et chic. Pas pour longtemps ! l’avenue Bourguiba est barrée par des militaires en armes. Manifestation de protestation, conséquence de l’énorme bourde de Donald Trump. On ne passe pas. Tout le centre de Tunis est bloqué. Navigation à l’aveugle dans des rues désertes des faubourg. A une station-service (on dit ici kiosque à essence) on nous remet dans le bon chemin. On arrive à la Gare routière. Les piétons ont envahi les rues. Le tramway passe en force. Les voitures se faufilent. On risque l’accrochage à chaque instant. Pourquoi ? puisque nous ne savons où aller. Je descends interroger un chauffeur de taxi qui me rabroue, il a des clients. » Je ne veux pas monter, seulement me renseigner. » Le client, d’autorité annonce, « suivez-nous ! ». Il nous conduit directement chez nous, un miracle ! Le gardien du parking nous aide à nous garer. Il est 18h30. Même Internet est revenu à Dar Kenza.
Excellent dîner : brick à l’œuf, poulet, poivrons et pommes de terre, une orange épluchée pour dessert.
Pour sortir de Tunis et trouver Carthage, il va falloir se débrouiller sans GPS ! Les Tunisiens sont d’une grande gentillesse, à chaque coin de rue nous demandons notre route et on nousrenseigne. Le meilleur conseil est de « suivre La Marsa » qui est bien fléchée. Nous traversons des quartiers-jardins avec des villas chics avant d’arriver à Carthage.
Les parcs archéologiques s’étendent un peu partout, nous n’épuiserons pas le site. Un billet de 10 dt + 1 dt pour les photos donne l’entrée à tous les monuments sauf la Cathédrale Saint Louis.
la cathédrale Saint Louis
La colline de Byrsa est coiffée par la Cathédrale à coupole byzantine ; 19ème blanche, aux tours crénelées. Les églises 19ème ne m’inspirent pas vraiment. Non loin de là, le bâtiment des Pères Blancs héberge le Musée de Carthage . Nous commençons par les extérieurs. La vue est splendide sur la mer, les lacs et collines par cette matinée ensoleillée. Une montagne – le Cap Bon – est nimbée de brume à contre-jour vers l’Est. Un gardien me montre le disque parfait des ports puniques qui brillent au soleil.
Les Romains ont arrasé l’acropole punique portant le temple d’Échmoun pour installer la ville en remblayant les habitations carthaginoises. Le temps a eu raison des constructions romaines. On a restauré, cimenté, laissé quelques chapiteaux ou bases de colonnes…la ville romaine est difficilement lisible. Heureusement des panneaux orientent le visiteur et détaillent les vestiges, le départ du Cardo maximus qui descend vers la mer.
Le quartier Hannibal
Un peu plus loin, le quartier Hannibal est composé de maisons puniques adossées à la pente/ Des maisons mitoyennes ont été dégagées par les archéologues. Bâties serrées, aux petites pièces rectangulaires. Il y avait également des ateliers de forgerons travaillant le cuivre et le fer. Difficile de se faire une idée des maisons entières. En revanche, il est aisé d’imaginer les combats. Les Romains avaient mis des poutres pour conquérir maison après maison. Puis l’incendie s’est propagé quand ils ont mis le feu aux poutres. Le Guide Bleu donne beaucoup de descriptions mais la promenade est interdite.
la statue de Saint Louis
Derrière un buisson, la statue de Saint Louis rappelle qu’il est mort à Tunis en 1270. Statue 19ème siècle sans intérêt autre qu’anecdotique. Daniel Rondeau dans son livre Carthage en parle bien. Les végétaux accompagnent les colonnes brisées, les chapiteaux dispersés. Les grenadiers ont des feuilles jaunes automnales, les figuiers sont chauves, en revanche l’herbe et les oxalis sont vert vif. La promenade tient plus du pèlerinage littéraire que de la visite archéologique. Je profite du soleil hivernal, de la vue.
l’aurige et sa femme
Après la visite du Bardo, le Musée de Carthage parait un peu vide. Deux Romains de marbre blancs s’adossent à l’escalier : l‘aurige et sa femme. Une grande mosaïque occupe le sol mais elle est poussiéreuse et pâtit de la comparaison avec celles du Bardo que nous avons vues hier. Une grande tête féminine laisse imaginer des statues géantes comme le Constantin du Capitole de Rome.
A l’étage des vitrines racontent la vie quotidienne aux temps des Carthaginois : céramiques d’usage, bijoux, reconstitution du régime alimentaire, on consommait les bovins âgés quand ils n’étaient plus en état de travailler, les carthaginois mangeaient du porc (pas évident pour une population d’origine sémite). On voit aussi des articles d’importation : vaisselle grecque, amulettes égyptiennes. La religion punique est racontée aussi les emprunts étrangers : Déméter et Bes s’ajoutent au panthéon carthaginois. Deux gisants, prêtres et prêtresses. Ils me rappellent les sarcophages en terre cuite du Musée Archéologique de la Valette.
Décidément les Romains ont détruit bien des souvenirs.
Thermes d’Antonin
Les Thermes d’Antonin sont faciles à trouver. Un tunisien interrogé les a appelés Hammamet Andalouz, » Hammam » parfait pour les thermes, mais pourquoi andalouz ? Ils se trouvent dans un parc de 4 ha planté de mimosas, d’eucalyptus, de poivriers, grenadiers, fleuri d’aloès et de géraniums. Ils devaient être encore plus impressionnants quand la coupole de 15 m couvrait le caldarium. Moins bien conservés que ceux de Caracalla à Rome, de dimensions moindres, ils sont quand même gigantesques. La mer est juste derrière. La colline est plantée du jardin du Palais Présidentiel construit juste à l’aplomb des thermes.
Au hasard de mes flâneries je découvre une grande basilique chrétienne à trois nefs ayant gardé de nombreuses colonnes, et un bâtiment qui semble avoir été une école. Le panneau descriptif malheureusement s’est effacé. Un peu plus loin, une chapelle souterraine est ornée d’une mosaïque, au bout du jardin, un four à de potier punique. Non loin des thermes les latrines publiques en demi-cercle de 35 m de diamètre.
La rue Septime Sévère, parallèle à la côte, nous conduit aux ports puniques entre de jolies villas blanches dans des jardins fleuris dans le quartier de Salambô. Le port militaire de forme circulaire avait en son centre une île ronde portant les hangars à bateaux. Le port de commerce au bassin rectangulaire était accessible par un chenal. Je fais le tour du petit lac rond à l’eau tranquille où se reflètent la coupole blanche d’un petit mausolée que Flaubert appelle joliment santon et les arbres très verts. Des barques de pêche ont remplacé les galères carthaginoises. Un vieux pêcheur, pieds nus, remmaille son filet.
port punique
Un peu plus loin, le Tophet, le sanctuaire. De nombreuses stèles sont dressées sous un palmier et des grenadiers formant un ensemble plutôt riant. C’est seulement lorsqu’on pénètre dans la caverne qu’on imagine les sacrifices d’enfants à Baal Hamon que décrit Flaubert.
Le Tophet
Nous n’avons pas vu le théâtre ni l’édifice à colonnes pressées par le temps. Nous avons prévu de déjeuner à Sidi Bou Saïd.
J’étais très curieuse de lire ces notes (pas d’effets de style, des notes). Préparation de Salambô? du 12 avril 1858 au 12 juin, Flaubert note ses observations, ses rencontres, ses impressions, des anecdotes de l’Algérie où il débarque et à travers la Tunisie.
Il ne s’attarde pas plus que cela à Carthage qu’il nomme Saint Louis mais y rédige ses notes au clair de lune:
« Jeudi 7 mai – Notes prises au clair de lune – lever du soleil, vu de Saint-Louis : d’abord deux taches, celles du jour levant, à droite ; la lune sur la mer à droite ; le ciel un peu après devient vert très pâle et la mer blanchit sous le reflet de cette grande bande vague, tandis que la tache que fait la lune sur la mer se salit; La bande vert d’eau fagne dans le nord, la mer s’étend orange pâle ; il n’y a plus que très peu d’étoiles, fort espacées ; toute la partie Sud et Ouest de Carthage est dans une blancheur brumeuse,la praire de Ta Goulette se distingue ; les deux ports, les montagnes violet noir très pâle, estompée de gris, le Cobus est plus distinct ; quelques petits nuages dans la partie blanche du ciel, au dessus de la bande orange... »
Les notes concernant Ariana qu’il a trouvée charmante m’ont amusée : c’est maintenant une ville champignon satellite de Tunis.
Porto Farina – Ghar MelehGhar el Melh vieux port
J’y reviendrai quand je rédigerai mes carnet à propos de Ghar Meleh qui’l appelle Porto Farina, d’Ichkeul et de ses buffles, et la montagne de Zaghouan très présente dans ses descriptions.
Sa description de Bizerte qu’il compare à Venise me fait regretter de n’y être pas allée alors que cette visite figurait dans notre programme !
A lire et à relire! Même si Salambô n’est pas encore née!
Je ne serais jamais allée auMusée de la Chasse (rue des Archives dans le Marais) devant lequel je suis passée maintes fois si Anne ne me l’avais pas proposé. Je n’aime pas la chasse, ni les armes. Les animaux empaillés me mettent mal à l’aise et les trophées de chasse encore plus. Je n’aurais pas été à une exposition de Sophie Calle, cela devient un refrain dans mon blog, j’ai du mal avec les installations surtout quand il s’agit de chasse au mec que je ne pratique pas du tout!
Réflexion sur lamort, la mort de son père, de sa mère et paradoxalement de son chat souris. A la mort de son père, Sophie Calle se trouve en panne d’idée. Son père était un amateur d’Art, créait-elle pour le séduire? Plus loin dans l’expo, encadrée par Serena Carone : une anecdote Sophie atterrit chez le psychanalyste : « vous faites tout ce que votre père demande? » La mort de ses amis? »que faites vous de vos amis morts? » demande-t-elle? Etrangement cette question est illustrée par des animaux empaillés, chacun de ses animaux naturalisés porte le nom d’un de ses amis….
Sa propre mort et son tombeau : Serena Carone a sculpté la gisante qui doit être le tombeau de Sophie Calle, entourée de ses animaux empaillés. Sophie Calle a mis en scène sa vie à travers les salles d’exposition permanente du musée. Cela rend la promenade très ludique et plaisante. Il s’agit d’une sorte de chasse au trésor parmi les tableaux, les collections d’armes, les trophées, pour trouver ce que Sophie Calle ou sa complice Serena Carone ont ajouté. Sculptures pour Séréna Carone parfois discrètes parfois monumentales, une très belle fontaine, femme qui pleure.
. Textes encadrés racontant des épisodes pour le moins étranges dans la vie de Sophie Calle, parfois accompagnés d’objets lui appartenant comme sa literie qu’elle a fait parvenir à un américain souhaitant dormir dans son lit (elle y a invité des inconnus pour une oeuvre antérieure). On comprend que la chasse de Sophie Calle c’est la chasse à l’homme (dans le sens sexuel). Etrange série d’assiette le porc avec une résonance très actuelle; Sophie Calle est chasseuse et non pas gibier!
Au dernier étage trois expositions de Chasse à l’Homme celle vénitienne de sa poursuite photographique d’un homme à travers les rues de Venise. Une autre, très écrite avec la transcription de petites annonces matrimoniales du Chasseur Français (on est au Musée de la Chasse) puis beaucoup plus moderne drague géolocalisée sur téléphone mobile. Enfin une série de photographie : Chasse à l’espère, chasse à l’affût, ou ele a photographié différents bancs, sièges, qui servent d’affût légendés avec des recherches de personnes rencontrées dans les trains, ou métros comme on les lisait (lit?) dans Libé.
Je ne regrette pas cette visite. S’il y a une chasse que j’essaie de pratiquer c’est bien celle des préjugés. Et si l’art a un but (je n’en suis pas si sûre que cela) c’est bien de nous ouvrir l’esprit et de nous éclairer. Je suis sortie un peu moins bête du musée que quand j’y suis entrée. Et j’ai passé un bon moment en très bonne compagnie.
Les taxis sont très nombreux et bon marché, jaunes ils sont facilement repérables ; le problème est d’en trouver un libre. Le chauffeur ne parle pas français mais il me montre le compteur : 0.450 dinars de prise en charge.
Le trafic est embouteillé. De nombreuse forces de police sont sur pied. La rue est parcourue par des manifestations pro-Palestine après la déclaration de Trump sur Jérusalem. La première manifestation rassemble des étudiants ou des lycéens avec de nombreuses filles voilées, une seconde est composée d’adultes, beaucoup d’hommes d’âge mûr, en costume de ville, promenant un drapeau palestinien en silence. La radio du taxi ne parle que de la dernière initiative américaine : déménager l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Alors que la télévision française est saturée de nécrologies : Jean d’Ormesson et Johny Halliday, le monde s’agite. Cette bourde américaine a pour conséquence d’unir tout le Moyen Orient auparavant si divisé avec la Guerre en Syrie, au Yémen, la vrai-fausse démission du Premier Ministre libanais. Aujourd’hui, tout le monde défile à l’unisson « filestin ! ». La radio tunisienne fait entendre aussi bien Macron (en français) le pape François (en italien), le prince saoudien et le roi de Jordanie (je reconnais leur arabe différent du tunisien). Je suis tellement occupé à écouter la radio dont je devine la teneur sans comprendre le contenu, que je ne suis pas l’itinéraire. Le taxi passe devant la faculté des Lettres, de Médecine, des hôpitaux, puis s’éloigne du centre dans des quartiers mal définis. Le Bardo est à 4 km du Centre de Tunis. Arrivées sur place, encore de nombreuses forces de police et du fil de fer barbelé en gros rouleaux. Le souvenir de l’attentat est encore dans les têtes.
Le Musée existe depuis la fin du 19ème siècle, installé dans l’ancien palais beylical. L’entrée des visiteurs se fait par une façade moderne dans un hall haut de plafond très clair. Un plan est fourni à la billetterie. Nous nous laissons guider par le hasard, en dépit de toute chronologie, passons d’une collection d’objets d’époque islamique, céramiques de toute beauté à des cippes puniques puis à des mosaïques romaines, sans aucune transition. Après quelques temps, je comprends que les objets sont regroupés par site. Comme nous ne connaissons pas la géographie de la Tunisie, ce classement ne facilite pas le compte rendu !
Nous avons été éblouies par les mosaïques qui nous parlent, nous racontent la vie, les légendes et mythes. L’an passé à Madaba, en Jordanie, nous avions pris connaissance de l’histoire et e la géographie des premiers chrétiens en Palestine et en Egypte…J’avais beaucoup aimé le musée d’El Jem (Tunisie) et je n’ai pas oublié les premières mosaïques que j’ai découvertes en Sicile à Piazza Armerina avec les jeunes filles jouant au ballon ni celles de Constantinople…
Celles du Bardo sont probablement les plus impressionnantes par leur dimension et leur variété de thèmes. Elles racontent les mythes des Dieux de l’Antiquité mais aussi la vie des paysans et des pêcheurs, parfois les deux thèmes sont intimement mêlés. La grande mosaïque marine est la plus spectaculaire elle est présentée verticalement sur deux étages. Sur un fond vert parcouru de vaguelette on y voit une divinité, une néréide peut-être, et de nombreuses créatures marines. L’Education d’Achille par le Centaure Chiron est aussi d’inspiration maritime, Achille, enfant chevauche un dauphin, elle me rappelle qu’Achille était fils de Thétis, une néréide. Les thèmes chrétiens ne sont pas oubliés, dans une scène de pêche on voit Jonas avalé par un gros poisson, tandis que quatre pêcheurs dans une barque ramènent leurs filets.
J’ai pris des notes, scrupuleusement dans chaque salle. Les recopier dans le désordre n’a guère de sens…le Guide Bleu le fait beaucoup mieux que moi d’autant plus que j’ai raté les plus célèbres celle de Virgile et celle d’Ulysse. Je me suis restée plus longtemps à contempler une belle à sa toilette avec ses servantes qui lui portent ses atours et son miroir…. Je fuis des classes d’enfants suivant les explications de leurs maîtres, avec les hauts plafonds cela résonne désagréablement. Pourtant ils sont sages. Le Musée du Bardo est très vaste. Impossible de tout voir. Une visite en conclusion du voyage aurait été plus enrichissante sans doute si notre circuit nous avait reconduites à Tunis.
Il faut aussi raconter le décor du Palais beylical qui abrite le musée : les belles portes, les stucs des plafonds à stalactites du salon octogonal, les colonnes antiques formant un péristyle dans la grande salle ornée de statues de marbre qui malheureusement ont presque toutes perdu la tête, sauf Faustine et Isis qui se font face.
Les salles puniques : Demeter, Koré et Pluton nous accueillent dans une salle sombre de forme ovale. Des stèles puniques et cippes sont alignées, certaines au signe de Tanit. Au fond la déesse-lionne (Sekhmet ou Tanit ) fait face à Demeter. Je passe, ignorante, devant les terres cuites et les stèles de pierre. J’aurai plaisir à retrouver la civilisation carthaginoise demain au Musée de Carthage.
« Circulation des œuvres d’art » est le titre d’une exposition permanente des objets provenant d’une épave retrouvée en 1907 au large de Mahdia. Les cales étaient surchargées d’œuvres d’art grec datées entre le 4ème av. JC et le 1er ; le navire faisait route vers Rome. J’ai surtout aimé de merveilleux bronzes : deux Hermès.
Retour en taxi jusqu’à la Place du Gouvernement. Il reste encore le temps d’une promenade dans la médina, d’un thé à la menthe et aux pignons à la Terrasse au coucher du soleil.
Au petit matin, j’entends le muezzin, peut-être sont-ils plusieurs à se répondre, et me rendors.
A 7h30, il fait jour.
A 10 heures seulement, notre hôte vient nous voir. Je pensais qu’il serait notre guide dans la médina. Les commerçants ont ouvert boutique, les artisans sont au travail. En face de la porte de Dar Kenza, assis sur le sol, un tailleur coud à la main des djellabas en tissus satiné. Je le vois tirer son aiguillée. La porte d’à côté est celle d’une petite épicerie. Sous le comptoir il y a surtout des cannettes de limonade et des gâteaux emballés, sur des étagères derrière lui, un petit peu de tout. Plus loin, trois gargotes.
Nous entrons dans le souk des femmes où les boutiques sont variées : parfumeurs, bijoutiers, marchands de tissus, vêtements masculins. Dans une ruelle, une sorte de cotte de maille et un bouclier rond devant un antiquaire, me font penser aux Croisades. A cause de Saint Louis ? je pourrais aussi bien imaginer les Romains, les Vandales, les Arabes….
u,e arche un mausolée une impasse rue Tourbet el Bey
Les parfumeurs nous assaillent. L’un deux frotte un bouchon d’une fiole au « jasmin » sur mon poignet. Odeur forte mais peu fleurie. Son voisin veut l’imiter avec du musc. Je refuse, les deux parfums ne sont peut-être pas compatibles ? Plusieurs vendeurs nous signalent « la Terrasse ». On ira mais plus tard !
Tunis Mosquée des Oliviers
Pour l’instant nous cherchons la Mosquée des Oliviers, la plus grande mosquée de la médina. Une verrière moderne permet aux non-musulmans de jeter un coup d’œil à sa cour. Nous faisons le tour du bloc pour découvrir la façade avec une belle colonnade surmontant une volée de marches. Un écriteau prévient les touristes qu’ils doivent respecter les horaires des prières. Pour la visite ce sera après 13h30. Sur la place devant l’entrée les marchandises pour touristes sont variées. Il y a de beaux paniers. J’adore les paniers, j’en rapporte de chaque voyage et me laisserais bien tenter ici !
Ce n’est pas la première médina que nous visitons. L’effet de surprise ne joue plus mais je suis toujours enchantée. Ici, les vendeurs ne sont ni insistants ni agressifs ; Parfumeurs et marchands d’épices tentent leur chance avec gentillesse. L’absence totale de touriste au début décembre explique cela.
medersa slimaniya
Au hasard, j’entre dans la medersa es Slimaniya qui a un joli patio entouré d’arcades rayées noires et blanches. Une gargoulette est attachée au-dessus de la margelle du puits – décorative ou utilitaire ? – Sous les arcades, des chaises et des tables d’école. L’école est-elle active ? L’affichage tout en arabe ne me renseigne pas. Je passe par la Rue des Orfèvres puis par le souk aux étoffes. Guidée par les marchands qui montent la garde devant leur boutique, je monte à la Terrasse. C’est un très grand café dont la terrasse domine la Grande Mosquée, un endroit très agréable d’où on découvre la médina et la Tunis moderne.
vue de la terrasse
Nous avons emporté de Créteil le Guide Gallimard et le Guide Bleu, mais je les ai laissé à Dar Kenza, je suis sûrement passée à côté de merveilles sans m’en douter. Mais je n’ai pas envie de marcher les yeux dans les livres. Je préfère me laisser distraire par le spectacle de la rue.
Dans la médina de Tunis, la chaux contre la poussière
Cette lecture m’a été suggérée par Daniel Rondeau dans Carthage.
Cet Itinéraire de Paris à Tunis référence à Châteaubriand (????) n’a rien d’un récit de voyage, il est d’ailleurs sous-titré Satire. Point de voyage ! de la satire, du persiflage plutôt. Paru une première fois en 1992, indisponible en livre papier, il a été numérisé en 2012 « participant à une démarche de transmission de savoirs rendus difficile d’accès par le temps…. ».
J’aime l’aventure et la découverte. Il m’a fallu beaucoup de persévérance pour terminer cet opus. La dame, conviée à une réunion mondaine et parisienne, un dîner-débat crache sans se gêner dans la soupe
« et je ne viderais pas mon cœur! Et je supporterais ces intellectuels rengorgés, compassés! »
déclare-t-elle pour se ressaisir :
« Est-ce que je leur ressemble? »
Et bien oui, j’en ai bien peur avec ce texte vide, enflé, ampoulé prétentieux qui me tombe des mains.
En sautant des paragraphes ennuyeux, j’ai trouvé des portraits drôles des qui m’ont récompensée de ma persévérance. Celui du chaouch, « il y en a toujours un pourtant, de chaouch, dans un coin du vestibule, plus uni à sa chaise qu’un philosophe à son coin de parchemin, à sa chandelle dans le clair-obscur d’une gravure…. »
Sympathique vendeur de cacahuètes sur la plage, souvenir d’enfance qui capte l’appel des enfants « avec la soumission muette d’un sorcier aux djinns de l’au-delà…. »
Son évocation de la poussièreà Tunis, l’été, m’a aussi distraite :
« ….des millions d’étincelles du soleil sont ensevelies sous des millions e mailles du drap éteint de la poussière.
Et pourtant, grâce à dieu, elle peut finir par être vaincue, la poussière, par la chose la plus simple, la plus naturelle, la plus accessible à chacun : un seau de chaux. Avec de larges pinceaux de chaux contre les murs, les façades et les toits, la poussière est capturée, purifiée, dissoute dans l’éclat bleuté d’une résurrection picturale. La chaux est une fée de percale blanche qui terrasse la sorcière en haillons de poussière d’un simple coup de badigeon….. »
Mais cela ne suffit pas pour en faire un bon livre. Fallait- il l’exhumer d’un oubli mérité?