C’est un livre fort tendre, le livre d’un fils à son père qui vient de mourir. Un livre de souvenirs d’enfance. Une recherche d’explications. Le père, juste septuagénaire, s’est suicidé. Refusait-il le vieillissement, la retraite, ou la honte d’une faillite.
« C’était là, simplement, une certitude, une obligation qui s’était imposée à moi dès l’instant où j’avais appris la nouvelle. je pensais : mon père est parti. si je ne fais pas quelque chose, vite, sa vie entière va disparaître avec lui »
C’est un livre d’hommes, de foot, de vélo mais jamais de cette virilité agressive et machiste qui m’insupporte. Seulement des hommes qui vivent avec joie les possibilités qu’un corps bien entretenu leur apporte, course ou natation, foot ou vélo. Bien entretenu puisque Michel, le père est kiné.
Fottorino est un « spécialiste » de l’amour filial : il révère ses deux père, son père adoptif qui l’a élevé et son père biologique qu’il n’a connu que sur le tard. J’avais lu Le marcheur de Fès, récit d’un voyage-pèlerinage avec ce dernier. J’étais alors au Maroc et j’avais beaucoup aimé ce livre, et téléchargé L’homme qui m’aimait tout bas qui a attendu sagement dans ma liseuse. Natif de Nice, Fottorino raconte une Méditerranée qui est celle de ses racines, Michel, son père adoptif est originaire de Tunisie. Il raconte Gafsa, l’imagine nageant aux îles Kerkennah, les dattes de Tozeur, la sieste ou la choukchouka….
« Rarement effort d’intégration a été aussi constant dans le sens de la France vers l’Afrique du Nord » écrit-il en parlant de lui-même.
Une évocation sensible, comme une balade de l’Afrique du nord au sud-ouest de la France, de Bordeaux à la Rochelle.
Au réveil, nous découvrons le sol ruisselant, des flaques : il a plu pendant la nuit ; du brouillard cache les 5 cargos et le port de Castellon. Lundi dernier à Benasal, j’ai trouvé un dépliant fort intéressant : la carte du Camino del Cid dans la Communauté de Valence (il en existe d’autres tronçons de Burgos à Saragosse). Ce chemin du Cid peut être parcouru en voiture, en vélo ou à pied sur des circuits détaillés sur le thème de la conquête de Valence : anillo Maestrago , anillo de Morella …Nous aurions pu organiser nos excursions en suivant ces itinéraires. Trop tard ! Nous rentrons demain. Sur ce document nous avons choisi de visiter Onda à une trentaine de km, possédant une belle église, un château arabe du 11ème siècle, un couvent et plusieurs musées. De quoi nous occuper ! Nos livres en revanche sont muets. Petit bémol, Onda est une ville moyenne qui compte 25.000 habitants. Sans guide, nous risquons de nous perdre.
Madame GPS nous guide dans les voies rapides et les ronds-points en un temps record. L’arrivée à Onda est surprenante. Onda est une ville industrielle, l’avenue de la Méditerranée passe entre des rangées d’entrepôts, de hangars, magasins d’usine, show rooms, pour un seul type d’article : le carreau de céramique. On ne vend et ne fabrique ici que des carreaux en céramique, également pour l’exportation, sur les façades des caractères arabes. Nous sommes sur la route du Cid qui s’était mis au service des taïfas – les rois arabes dont nous allons visiter un des châteaux. Mélange des cultures, les ancêtres des Espagnols ne sont sûrement pas les Gaulois !). La ville est cernée par les céramistes, usines ultramodernes et ateliers anciens, encore en fonctionnement ou en ruine. Les hautes cheminées de brique rouge sont nombreuses. L’une d’elles décore un petit jardin public en forme de triangle comme un obélisque incongru, à la base de la colline du château.
Après en avoir entraperçu la silhouette, nous entrons dans la ville, espérant suivre un fléchage quelconque. Les immeubles modernes en briques ne sont guère attirants, ni les magasins.
Enfin ! Un panneau indique l’Office de Tourisme, le petit parking pour les voitures et les cars est complet. Je monte une rampe de pierre, arrive dans un quartier aux ruelles étroites et aux maisons blanches, ma première impression est d’être dans une médina, à Fès ou à rabat. Des escaliers grimpent à des placettes. En regardant mieux, les balcons aux fenêtres font la différence, ce n’est pas une médina, juste une ville méditerranéenne.
La jeune femme de l’Office de Tourisme m’explique comment arriver en voiture au sommet de la colline puis elle me demande comment nous avons connu Onda « par le chemin du Cid » – « avez-vous le carnet ? ». Comme à Compostelle, on peut faire tamponner le carnet à chaque étape. Nous aurions pu faire valideer les étapes de Benasal, de Morella, de Sagunto…
L’entrée du château est très restaurée. A l’arrière, une école a été construite en 1920 par des religieux. Le Musée est malheureusement fermé ; on ne l’ouvre que pour les groupes d’au moins 4 personnes. A l’arrière on peut visiter les fouilles archéologiques de l’Alcazaba – palais arabe du 11ème siècle(contemporain du Cid). Les pièces étaient réparties autour d’un patio planté d’un jardin avec un bassin carré. On ne voit plus que les fondations. Douze tours gardaient la muraille d’enceinte.
les ruines de l’Alcazaba
L’office de tourisme a organisé un circuit dans la ville historique que je suis un peu dans le désordre. Près du parking, un moulin dont on voit encore la meule et le mécanisme. Aucune indication sur la date de construction, ni sur la nature de ce qui y était moulu. Non loin, on entre dans la ville par la Porte San Pedro (11ème siècle), arc roman, reconstruit en 1578 qui porte les armoiries d’Aragon. La petite rue La Luz monte raide à une placette dans le quartier de Moreria où habitaient les musulmans, 200 habitants jusqu’en 1609 où ils furent définitivement expulsés d’Espagne. Un jardinier municipal rencontré sous le château, me montre le petit escalier : Escaletes dels Gats (chats ?) qui montait de la place de la Synagogue dans la Juderia dont il ne reste plus de trace depuis l’expulsion de 1492.
Porte dan Pedro
L’église de l’Ascension(1727) est très imposante avec sa belle coupole, sa façade baroque, construite sur l’emplacement d’une église gothique. Seul subsiste le clocher 14ème siècle. Malheureusement elle est fermée et je ne pourrai pas admirer les retables promis par le plan. A l’arrière de l’église, la fontaine Fons del Sabater rassemblait les trios communautés au moyen âge, proche de la Juderia, de la moreria et de l’église.
La petite église du sang, Santa Margarita (13ème siècle)est typique des églises de la Reconquista avec un plafond de bois mudejar (selon la documentation, elle est fermée.)
l’almodi
J’arrive enfin sur la très jolie place de l’Almodi . Il n’y a plus de halle à grains maure. Du 15ème au 19ème c’est là que se tenait le marché. Un cadran solaire décore une façade. De belles arcades gothiques abritant de nombreux restaurants et cafés. Il est midi, trop tôt pour déjeuner, dommage !
Nous aimerions passer au marché de Benicassim pour acheter du poisson et avoir une longue après midi pour profiter une dernière fois de la plage et de la terrasse. Nous ne traversons pas la ville à nouveau pour visiter le Musée des Azulejos (regrets) et le Musée des Sciences naturelles.
L’été s’est terminé brusquement après la pluie d’hier. La température a baissé (22° quand même), un peu juste pour nager mais encore très agréable pour marcher les pieds dans l’eau. A consum on a relevé la barrière du parking, plus de ticket à demander à la caisse pour sortir. La promenade s’eest vidée. Ne restent que très vieilles personnes et quelques sportifs. J’ai suivi le chemin de planches en direction du sud, découvert quelques très belles maisons et des jardins de palmiers, yuccas et autres plantes de sable pratiquement sur la plage.
La soirée a commencé dans la gloire d’un coucher de soleil. La nuit tombée, les grues de Castellon scintillent, les bateaux au large sont illuminés. Dernière soirée magnifique.
« Le Voyage métropolitain questionne, explore et révèle les territoires de la métropole. Des marches exploratoires et collectives, une attention à ce qui nous entoure, mais aussi le partage d’impressions et de connaissances…. »
la rampe du parking des Arcades : vertèbres d’un énorme dinosaure
Nous sommes sortis du RER A au Mont d’Est à Noisy -le -Grand par un très beau jour de Novembre sous un soleil éclatant. Nous nous promenons d’abord sur la dalle jusqu’à un étonnant carrefour des miroirs, descendons une rampe en colimaçon, aux bizarres vertèbres de reptile géant, descendant aux parkings du centre commercial des Arcades. Ce centre commercial, sous la dalle est discret, rien ne permet de le soupçonner au premier abord.
Il fait sombre dans la cour du Théâtre
Important le soleil pour découvrir le Palais d’Abraxas de Ricardo Bofill!
Palais, Théâtre, Arc.
18 étages, 600 logements concentrés dans un ensemble impressionnant. Un palais rose, aux fenêtres toutes pareilles. Une dame noire opulente dans sa robe rouge est accoudée, dès qu’elle perçoit notre présence, elle rentre. Dommage, j’aurais aimé une figure humaine pour la photo. Parce qu’il semble que l’architecte ait oublié les humains! Qui peut vivre dans ce monument? La réponse s’impose : des pauvres gens! Cela se voit aux rideaux, si on peut appeler rideaux, ces chiffons, ces pagnes, et même le papier journal collé sur les carreaux. Trois petites filles blackettes aux cheveux tressés jouent en bas, dans le théâtre. J’ai aimé découvrir cette réalisation architecturale, la photographier sous le soleil. Mais je suis saisie à l’idée que des gens puissent habiter, ainsi. Pas un balcon, des vis à vis gênants (d’où les rideaux). Et encore! il fait beau. On peut imaginer sous la pluie, comment le Palais a gagné le surnom d’Alcatraz. Je ne peux nier l’intention esthétique de l’architecte. Intention généreuse de ne pas construire des tours et des barres comme dans les années 60 ou 70. Offrir aux banlieusards un palais….qui maintenant se délabre. On a même envisagé en 2006 de le détruire. Dans un article du Monde daté 8.2.2014, une interview de Bofill: d’après lui, l’expérience est en partie réussie, en partie ratée.
palais d’Abraxas
Réussie, techniquement : les espaces d’Abraxas inaugurent un nouveau système de fabrication : le préfabriqué.
Ratée socialement « ratée car quand on est jeune et très utopique, on pense qu’on va changer la ville et finalement rien ne s’est passé[…]dans ces quartier, les gens brûlent leurs logements. Ils les haïssent »
La condition de la réussite était de mêler les catégories sociales et de ne pas dépasser les 20% d’immigrés. Les populations ne se sont pas mélangées.
Les Camemberts ou les Arènes de Picasso
Les Camemberts de Noisy
Ils se remarquent de loin. Le soir, de mon balcon de Créteil, ils brillent en reflétant le soleil couchant. Deux disques encadrent une place octogonale, la place Pablo Picasso comprenant 540 logements mais aussi une crèche, un groupe scolaire, et des boutiques. Ils sont l’oeuvre de Manuel Nunez Yanowsky, natif de Samarcande(1942), mais arrivé en Espagne en 1957, il est diplômé de Barcelone et fait partie du « Taller de Arquitectura » avec Bofill.
Les Arènes de Picasso
A l’intérieur d’un groupe de statues féminines étranges, naïades aux chairs généreuses et à la longue chevelure qui leur sert de support, on a gravé le portrait de Picasso. Je ne m’expliquerai cette bizarrerie qu’en apprenant de retour à la maison quel’ensemble s’appelle les Arènes de Picasso.
Le portrait de Picasso au coeur des opulentes chevelures
Noisy le Grand est diverse, et variée. Non loin des expériences architecturales, on traverse un quartier de pavillons. Retour de la voiture, grosse cylindrée familiale garée devant le pavillon. Puis on atteint la médiathèque avec façade de verre en avant du corps de bâtiment, très actuelle (je commence à me lasser de ces façades de verre devant les gares, les médiathèques….) la rue principale du village ancien est bouchée par la mairie de briques et pignons, irruption d’un siècle précédent. Sur cette rue, une brocante et un rassemblement de voitures anciennes. Enfin, une foule sympathique venue flâner devant les étals, faire des selfies devant les belles voitures rutilantes.
Bains douches
Des Bains-douches se font remarquer à l’angle d’une rue en pente, jolie vue sur la Marne. Nous descendons une promenade pavée avec bassins de granite et ruisselet qui s’appelle Promenade François Mitterrand (tiens! comme chez nous à Créteil). Avant d’arriver à la Marne, la marque jaune du PR nous fait faire le détour qui nous fera découvrir un petit bassin rond au dessus d’une grotte – une source peut être?- avec une arche romane à l’entrée.
Bassin et reflets
La promenade longe maintenant la Marne, très belle sous les ors et les rouges de l’automne. On croise une procession silencieuse de moines bouddhistes.
Péniche ou house-boat?
Une tour sans grâce est accompagnée d’un bel arbre. Sûrement pas un chef d’oeuvre à primer, mais une belle vue sur une pelouse et la rivière. Si j’avais à choisir entre le Palais de Bofill ou cette banalité sur Marne, que choisirais-je? Il faut aussi compter avec la proximité du métro.
Tour banale, mais peut être plus habitable que les Palais de Bofill
Champs-sur-Marne peut aussi s’enorgueillir d’immeubles originaux : les Pyramides , chaque appartement possède une terrasse-jardin. Ces Pyramides auraient pu aussi s’appeler les jardins suspendus. En revanche le Centre Commercial des Pyramides précédé d’un parking en surface fort étendu, ne brille pas par l’originalité. Et le rond point décoré de pyramides beiges, non plus.
Pique-nique dans le parc du Château de Champs sur Marne
Nous contournons par une rue provinciale et charmante le parc du château de Champscaché par un grand mur, meulière et silex. Nous pique-niquons dans le parc autour d’une statue de Diane chasseresse confortablement assis sur des marches.
Je pensais qu’on descendrait directement à la Chocolaterie Menier sur le bord de la rivière au bout du parc. J’avais oublié que des architectes ont organisé la promenade. Ils font le détour pour observer le château d’eau entouré d’un cadre de croisillons de bois formant une Tour de Babel végétalisée de 35 m de haut. La végétation est clairsemée elle ne semble pas avoir colonisé les étages supérieurs on a installé les ampoules de Noël.
Cité ouvrière de Noisiel : réfectoires
Crochet pour découvrir la Cité Ouvrière Menier de Noisiel. Les patrons de la chocolaterie, paternalistes, avaient intégré tout le quotidien de leurs employés logements mitoyens avec des petits jardins pour les ouvriers, maisons plus grandes aux coins des rues pour les ingénieurs, crèche,lavoir, dispensaire. Autour de la grande place on peut encore voir le réfectoire, l’école et les cafés. La statue de Menier se trouve sur un socle où des bas reliefs montrent les installations industrielles.
Chocolaterie Menier
La Chocolaterie est maintenant le siège des bureaux de Nestlé. Le bâtiments sont magnifiques. Nouveauté! On peut maintenant visiter la Chocolaterie en s’y prenant à l’avance et en réservant ici. Des bords de la Marne en grimpant un peu on a une belle vue.
La randonnée s’est poursuivie en bord de Marne jusqu’à Chelles par les îles encore un peu sauvages et nous avons grimpé la Montagne de Chelles jusqu’au fort.
Les averses prévues entre 8h et 10h qui ne nous avaient pas dissuadées du voyage.
85km par la N-340 jusqu’à Sant Carles de la Rapita.
Nous connaissons la route jusqu’à Benicarlo. Autour de Benicarlo les cultures maraîchères (artichauts choux et salades) remplacent les vergers. La pluie s’invite lorsqu’on remonte vers le nord et qu’on atteint la Catalogne. A l’entrée de Sant Carles de la Rapita nous quittons la grande route devant la cimenterie et suivons ls écriteaux « Delta de l’Ebre »sur une route côtière qui traverse des quartiers balnéaires vides et un peu sinistres sous la pluie. Sans descendre de voiture nous voyons le port de pêche, (important mais fermé aux visiteurs) la marina (gros bateaux et très beaux voiliers).
La route du Delta, étroite, passe dans les rizières où il reste des chaumes jaunes, parfois verts, rangées séparées par des sillons larges et profonds. Les oiseaux sont au rendez-vous, innombrables goélands, aigrettes blanches et parfois hérons cendrés. La pluie forcit. A travers les vitres de la voiture on ne peut pas prendre de photos. Je tente une sortie jusqu’au coffre pour extraire ma parka. Les rizières sous une pluie de mousson, je pense à Duras, au Vietnam, au Cambodge Un Barrage contre le Pacifique….Au delà des rizières on devine les vagues de la Méditerranée sans savoir où commence la mer, où finit la terre. Sur la carte, une langue de terre emprisonne une lagune.
Où finit la terre? Où commence la mer?
Un écriteau « MonNatura » nous emmène à une maison longue et basse couverte de tuile : un petit musée du sel et de la pêche. Dans la boutique, un jeune homme me renseigne en Français « sous la pluie, la visite sera difficile ». je lui demande s’il y a des chances pour que le temps s’améliore. Il tourne l’écran de son ordinateur et me montre les précipitations : un déluge sur le delta. Il semble que tous les nuages se soient déversés sur nous. Puisque je veux quand même visiter je dois acheter le ticket (8€prix normal/6.90 réduit) qui me donne le droit de suivre le parcours extérieur fléché entre bacs et œillets. Je ne vois aucun cristal se former. On dirait un modèle réduit de saline, une sorte de grande maquette. Je suis un peu déçue, j’ai présent en mémoire, le merveilleux musée du sel De Salinas del Carmen à Fuerteventura. Pour les pêcheries, 4 barques à fond plat, des filets, pas trop crédible…
Par beau temps, cela aurait peut être été différent. Un livret en français plastifié est disponible mais je ne prends pas mon temps sous le déluge. Sous le soleil, j’aurais guetté les oiseaux dans l’affût aménagé dans une maison de pêcheur. J’aurais pris plaisir à la promenade. Aujourd’hui, je marche en crabe parce que la pluie tombe de côté, je cache l’appareil photo dans ma manche et retourne en courant à la voiture. J’ôte la parka, le short et monte le chauffage pour me sécher. Je me retrouve en culotte et en T-shirt et c’est dans ce costume minimaliste que je monte à un affût au dessus de l’étang où sont rassemblés les flamands roses. Il y en a des centaines, serrés les uns contre les autres, formant trois nappes roses. Près de moi, de nombreux canards. J’aurais aimé observer les limicoles et les sternes mais il fait bien frais et je ne veux pas croiser des touristes dans ma tenue.
des milliers de flamands roses
La suite de la visite est une longue croisière en voiture sous la pluie, tantôt dans les rizières, tantôt vers les plages ou à travers les agglomérations. L’une d’elles, Les Eucalyptus, est une station balnéaire fantôme, pas une voiture, volets fermés. Nous évitons Els Montells pour nous perdre dans Sant Jaume d’Enveja relié à Deltebre par un pont sur l’Ebre. Le fleuve est accompagné par deux canaux bordés de chaussées carrossables qu’on emprunte avant de renoncer. La pluie s’abat sur nous, le paysage est monotone. Deux options s’offrent à nous : la balade en bateau (enfermées ?) ou le restaurant (ce n’est pas l’heure). La pluie a douché notre enthousiasme. Je branche le GPS. Adresse finale : Benicassim. Nous retrouvons la N-340 à Amposta.
A peine avons-nous quitté les Delta que les nuages se séparent, le ciel s’éclaire. Après Oropesa nous trouvons la route côtière et arrivons sur la plage de Voramar . L’eau est verte avec des vagues et les surfeurs sont nombreux attendant la vague propice pour s’élancer. Des baigneurs : aucun ! Nous avions imaginé un bon repas de poisson pour nous consoler de l’excursion ratée. Consum est fermé. Ce n’est pourtant pas dimanche ! Le 12 octobre est la fête nationale espagnole, férié comme un dimanche. La promenade au pied de la tour San Vicente est noire de monde, comme un dimanche.
Je monte en toute hâte pour m’habiller de sec et nous cuisons une tortilla aux pommes de terre – plat espagnol !
Le soleil est filtré par une couche de nuages, il chauffe assez pour faire la sieste sur les lits de la terrasse. A 16heures je retourne sur la plage : drapeau rouge, baignade interdite. Dans l’eau les pointes des planches de surf ressemblent à des gueules de requins qui menacent les baigneurs.
Je me dépêche de rédiger mon billet avant d’ouvrir la session du MOOC d’Oscar Wilde, parce qu’après la conférence d’Aquien, je n’oserai plus rien écrire. (comme je sèche après les billets de Claudialucia que je ne lis qu’après coup).
Que dire de cette jolie pièce?
Une salle de l’Exposition Oscar Wilde lui était consacrée, belles illustrations de Beardsley , photos et vidéos, costumes, décors….
Étrangement , le personnage du prophète Iokanaan, Saint Jean Baptiste, prisonnier dans la citerne, m’a plus intéressée que Salomé, genre princesse gâtée à qui personne ne résiste. Les battements des ailes de l’ange de la mort, plus que la danse des 7 voiles, très théâtrale ( c’est l’inconvénient de lire une pièce sans la voir représentée). Pourquoi le tétrarque protège-t-il le prophète alors qu’il le couvre d’opprobre? Qu’est-ce qui le retient? Pourquoi est-ce si difficile d’accéder à la demande de Salomé?
J’ai eu envie de relire Hérodias de Flaubert qui fait dire à Antipas :
– « sa puissance est forte…Malgré moi, je l’aime »
-« Alors, qu’il soit libre? »
Le Tétraque hocha la tête. Il craignait Hérodias, Mannaëi, l’inconnu…..
Encore une fois j’ai été envoûtée par la prose de Flaubert, la luxuriance des descriptions, la précision des détails. Après la lecture de Salomé de Wilde, j’ai été plus attentive aux imprécations de Iaokanaan, aux implications politiques et aux alliances du Tétrarque.
Le thème de Salomé ou d’Hérodias est loin d’être épuisé : il me reste la Salomé de Strauss, et l’Hérodiade de Mallarmé.
J’avais beaucoup aimé la promenade samedi soir au coucher du soleil. Nous y revenons à la lumière du matin.
Le Centre d’Interprétation – La Bartola – se trouve dans une belle maison à étage crépie de jaune.
Arbutus
Le jardin est un arboretum planté des végétaux présents dans le massif : 4 espèces de chênes deux de pins, la plupart des buissons sont également étiquetés. Je reconnais le Genévrier qui a ici un port vertical, l’arbousier(Arbutus unedo) avec ses baies jaunes orange ou rouges,
laurier tin
le Laurier tin (Viburnum tinus)
le « Palmito » (Chamaerops humilis) petit palmier endémique qui a donné son nom au Désert de palmes. Je retrouve également le caroubier (Ceratonia siliqua) leSorbier (Sorbus domestica) qu’on appelle aussi Cormier, le Pistachier Lentisque (Pistacea lentiscus) et Rhamnus alaternus le Nerprun alaterne. Ainsi que le figuier (Ficus carica). En revanche, Colutea arborens reste pour mi mystérieux, Google m’apprend qu’il s’appelle en français Baguenaudier (je ne connaissais que le verbe baguenauder, ne rien faire). Et bien sûr Cistus montpeliensis Cyste de montpellier et le Laurier-rose (Nerum oleeander).
Le sentier vers le château au premier plan chamaeropsis humilis palmito
A l’intérieur du centre, je reçois un très bon accueil : sur la maquette du massif, la guide me montre les promenades. La plus courte et la plus facile est celle du château de Montornes – forteresse arabe construit au 10ème siècle habité jusqu’au 15ème – peu de dénivelé, flirtant avec la courbe de niveau 400m. le sentier est très bon mais vers la fin j’ai dû m’aider des mains. Du Centre d’interprétation on peut aussi monter au sommet au pic Bartolo (729m). je regrette de ne pas avoir mon bâton de marche.
Déjeuner de magnifiques soles d’une fraîcheur irréprochable. Temps merveilleux, 23°C à l’ombre, et baignade dans l’eau calme encore tiède. Après midi écriture. La brochure du Centre d’Interprétation me conforte dans mon intuition : le mot « désert » doit être compris comme une retraite spirituelle loin du siècle. Pour les Carmélites, dans la contemplation et la prière. Les palmes sont les Chameropsis humilis dont les frondes forment des touffes au sol que je n’avais pas vus pensant aux hautes colonnes des fûts des palmiers-dattiers.
Douceur du soir. De très gros cargos stationnent au large du port de Castellon, certains sont illuminés comme des bateaux de croisière.
J’étais impatiente de lire une jeune auteure israélienne (née en 1982) alors que je suis depuis longtemps l’ancienne génération Amos Oz(né en 1939), Grossman(1954) A B Yehoshoua(1936). Présentée comme militante pacifiste par Le Point. Le livre était qualifié de feel good book et les billets des blogueuses et de Babélio étaient élogieux.
Je me suis donc empressée de le télécharger.
Dès les premières pages, j’ai été plutôt décontenancée. Yaakov Markovitch et son ami Zeev Feinberg, héros et anti-héros m’ont paru plutôt caricaturaux. J’aurais pu m’attacher à Markovitch, le personnage fade que personne ne remarque. Zeev Feinberg dont la caractéristique la plus marquante est d’avoir de belles moustaches m’a franchement agacée. Quand au « numéro2″ de l' »Organisation » -copie-collé de Feinberg, il n’a même pas la moustache. Ces beau machos partent sauver des juives en Europe. Quelle Europe? Existe-t-il un pays qui s’appelle l’Europe? Allemagne, Autriche, Pologne…..on ne sait pas. C’est une Europe mythique, dématérialisée. D’ailleurs la Palestine n’est pas mieux lotie. Je sais qu’il y avait un Mandat Britannique, mais on ne rencontre pas un Anglais, des Arabes, on n’en voit que morts. Quant au « village » il n’a pas de nom ni de localisation précise, c’est « le village ». Sans doute dans le nord, puisque Markovitch va voir une prostituée à Haifa… mais ce village est tellement indéterminé que je n’arrive pas à le visualiser. Quant au village arabe voisin, il n’apparaît que bien tard dans le roman: abandonné.
Même si on veut que le récit soit mythique, plutôt un conte que réaliste, il faut quand même un petit effort de contextualisation.
C’est une histoire – des histoires – d’amour. L’histoire de Markovitch, que le sort lie, pour une traversée à la plus belle femme qui puisse exister, et qui refuse de délier ce sort et reste marié à Bella qui ne veut pas de lui. L’histoire de Sonia, la lionne, à la fragrance d’orange avec Zeev, qui la trompe mais l’aime! Qu’est-ce qu’elle lui trouve?
Histoire de filiations, d’enfants aux géniteurs incertains.
Et que font les femmes là-dedans? Elles ne sont surtout pas des combattantes, ni des agricultrices (monsieur cultive la terre). Elles aiment, font des bébés et accessoirement Sonia milite – pour l’intégration des femmes, pas pour autre chose, et surtout pas dans la politique. Ce n’est pas le souvenir que j’avais des pionnières.
Morella a le même profil qu’Ares, en beaucoup plus grand : un piton rocheux sert de socle à la forteresse, la ville est construite à la base du rocher enclose dans des remparts entre de nombreuse tours carrées. Très touristique, la ville a organisé une ceinture de parkings à l’extérieur des murs. Disciplinées, nous laissons la voiture près d’une porte.
La rue principale est bordée par une double galerie supportée par des colonnes de pierre. Les étages supérieurs des maisons sont supportés par les colonnes. On marche à l’ombre l’été et à l’abri de la pluie. Cafés et restaurants ont installé leurs terrasses. De nombreuses boutiques de commerce traditionnel ont des vitrines désuètes.
les arcades de Morella
J’entre chez la mercière acheter des cartes postales (introuvables dans les stations balnéaires modernes). Internet a tué les cabines téléphoniques et les cartes postales disparaissent. Il subsiste encore en Espagne quelques unes, des unes et des autres. La vitrine de M. Manero toute de bois verni avec des entrelacs Art Déco attire mon attention : épicerie à l’ancienne avec jambons suspendus, bouteilles de vin et fromages variés dans des casiers. C’est ici que je vais trouver mes cadeaux : du jambon (l’épicier me le fait goûter, il est fameux)un fromage de brebis enveloppé exprès pour l’avion, un chorizo idem, et de l’huile d’olive parfumée à la truffe.
Les autres rues sont tranquilles. En octobre, le lundi de surcroit, il n’y a pas de touristes et très peu de circulation. Je repère un restaurant proche d’un parking en face de l’entrée du château ?
La Basilica de Santa Maria la Mayor possède deux portails gothiques ornés de très belles statues : la Porte de la Vierge et la Porte des Apôtres. A l’intérieur, un portique Renaissance orné des personnages du Jugement dernier est étonnant (sur le dépliant offert avec le ticket, j’ai lu Retrochoir ce mot m’avais plongée dans des conjectures, jusqu’à ce que je le prononce à l’anglais et que je comprenne qu’il était à l’arrière du chœur).
Un escalier à vis tout à fait extraordinaire porte des bas-reliefs peints en couleur sur de l’albâtre recouvert de feuilles d’or. Le retable churrigueresque est d’une richesse inouïe avec ses ors, ses angelots, ses colonnes torses et ses tableaux. Je suis tellement éblouie que j’en rate toutes mes photos (toutes floues). Beaucoup de trésors sont cachés dans cette église entre autres une icône byzantine (comment est-elle arrivée là ?) Les explications sont écrites en valencian, j’ai la flemme d’essayer de les déchiffrer. Un retable 16ème me plait bien, l’orgue 18ème baroque est bien doré.
Le restaurant Marques de Guilles s’ouvre en face de l’entrée du château au niveau de la rue. Les tables sont dans un patio sous un bel amandier. Il y a un menu gastronomique, et une carte. D’office, le patron nous fait prendre le menu du jour (12€)qui commence par un verre de vermouth avec des tapas (pain avec sauce épicée). Le choix est grand pour le premier plat, un assortiment de charcuterie et de fromage, excellent jambon pur moi. J’aurais mieux fait de prendre les croquetas morellanas, aux épinards et au fromage dans des beignets roulé dans une poudre rouge (piment doux ?)Pour le 2ème plat, des côtelettes d’agneau et pour Dominique de la morue sous une sauce tomate à l’ail accompagnée d’une énorme crevette rose. Pour dessert deux crêpes farcies de fromage de Morella sucré(et peut être d’amandes) présentées comme deux petits chaussons ornés de caramel. Après le café le serveur offre de la liqueur. Le tout pour 27€ avec les boissons. Adieux très cordiaux, le patron vient nous serrer la main.
Pour la visite du château, comptez une bonne heure et demie.
On entre par le couvent S Francesco(1270). Du cloître, il ne reste qu’une rangée d’arcades gothiques trilobées très légères ; dans son jardin, les roses embaument. L’église (14ème )est très vaste, haute nef gothique, mais plafond de bois. La nef est très claire, de grandes ouvertures allègent les hauts murs. Intérieur très sobre comme il convient aux franciscains. Seule décoration, les entrelacs des arcs.
Au bout du cloître, dans la salle De Profundis on veillait le corps d’un moine décédé ; les autres moines chantaient le De Profundis. Une fresque représente l’Arbre de Vie- Lignum vitae – avec la figure du Christ crucifié et les Prophètes qui l’ont précédé, représentation typique des églises franciscaines. La danse de la Mort est dessinée sur deux registres. En haut, un noble, la Reine, le Roi, le Pape et un évêque se donnent la main, au dessous, un moine, un paysan, un frère dominicain, une prostituée et un enfant.
Un cheminement conduit au château (1092m). Au premier niveau on passe devant la statue équestre d Ramon Cabrera y Grino, premier comte de Morella (1806). De hautes falaises calcaires fissurées dominent le plateau. Le sentier passe devant la Porte Ferrissa où Blasco de Alagon (1231) serait entré pour prendre le château aux Maures, on passe ensuite par la Porte à Barbacane(15ème ) qui protégeait la Porte Principale (15ème ) réaménagée au 19ème . La citerne date du 13ème , actuellement il y reste un peu d’eau. Le Palais du Gouverneur(1713) fut construit devant une caverne habitée depuis la Préhistoire. L’ascension se continue par de raides escaliers jusqu’à la terrasse de la Place d’Armes où se trouve une nouvelle citerne et des bâtiments 19ème siècle d’une architecture militaire qui a servi de prison au carliste Ortega .
Le GPS a calculé 110 km et 1h40 entre Bénicassim et Morella. Nous partons très tôt dans un matin gris, venteux et nuageux. Morella est situé à 1100m d’altitude. Craignant le froid, je sors de la valise un pantalon, un sweat et la parka. Quel temps fera-t-il dans la montagne ?
N-340 jusqu’à Oropesa, autoroute payante jusqu’à Torreblanca, une route bien roulante, mais avec des camions rejoint la CV-10 (que nous avons prise hier à Cabanes) droit vers le nord jusqu’à Sant Mateu.
Sant Mateu est un village touristique. Nous quittons la grand-route pour le voir, mais nous perdons dans les faubourgs égarées par un sens interdit dans le centre historique. Nous verrons au retour (pensons-nous).
Xert(Chert) est perché non loin de la route de Saragosse, des façades colorées, bleues, jaunes attirent notre attention. Avant de ses dérouter Dominique remarque que le village est peut être plus joli de loin que de près. Nous aurions été mieux avisées de suivre ce pressentiment. Les ruelles sont pentues, tortueuses, un véritable cauchemar. Même en rentrant les rétros, la voiture passe à peine. Quant à tourner ! Il faut que je descende vérifier qu’il n’y a pas de marches ou d’obstacle après l’épingle à cheveux. On se promet de ne pas renouveler l’expérience.
Peut après Chert, des cônes orange barrent la route : la N-232 est coupée au Port de Querol (un col à 1000m) pour travaux, la déviation passe par Cati ( en direction opposée, vers le sud ouest, une bonne quarantaine de km supplémentaires). Nous quittons à regret cette route si pittoresque qui suivait- le cours d’un fleuve asséché entre des barres rocheuses et rejoignons la route C-15 de Castellon à Morella (quelle ironie !). Cette route suit encore un cours d’eau qui a creusé un canyon mais qui est à sec selon la carte. La lecture de paysage est mon passe-temps favori quand je suis passagère dans les longs trajets en voiture. Ici, de nombreux éléments me sont inconnus. La zonation de la végétation est l’interprétation la plus facile : les orangeraies sont concentrées le long du littoral en plaine et dans les lieux abrités. Dès qu’on monte sur les collines les agrumes disparaissent, oliviers et amandiers se partagent les pentes. Je suis étonnée de ces vergers d’amandiers si bien entretenus aux gros troncs épais et aux branches bien taillées. Une de mes idées préconçues était que les amandiers, arbres robustes poussant un peu n’importe où, peu exigeants pour l’eau et la température poussaient sans soin dans les endroits sauvages. Je les ai vus fleurir en Grèce ou au Maroc en montagne. C’est la première fois que je les observe alignés et élagués. Parfois on a planté dans le même verger, en alternant les rangées ou même sur une même rangée, oliviers et amandiers. En montagne, les oliviers qui craignent le gel disparaissent. Des forêts remplacent les vergers : pins et très beaux chênes. Les chênes ont été plantés. Dans les plantations récentes les chênes paraissent taillés comme des topiaires : grosses boules aplaties comme rasées au taille-haie. Quel intérêt de tailler les arbres de la forêt ? Cela doit être le port naturel des jeunes plants ?
Les noisetiers de Benasal
Si j’arrive à m’y retrouver avec les cultures et le couvert végétal, l’hydrographie me pose de sérieux problèmes. Depuis Valence, une question me turlupine. Qu’est devenu le fleuve Turia ? De Sagunto à Peniscola, nous avons enjambé des lits de rivères à sec. C’est la fin de l’été. Les pluies d’automne n’ont pas encore redonné vie à la nature. Les fleuves espagnols ont-ils le même régime temporaire que les oueds africains ? L’eau est –elle retenue en amont dans des barrages ? A-t-elle été consommée par l’irrigation des orangeraies (il y a de minces tuyaux noirs au pied des arbres).
Nous quittons la CV-15 comme une belle pancarte nous invite à visiter le village de Benasal.
Benasal : Palais de la Mola
A l’entrée de Benasal, les noisetiers couvrent les pentes. « Octobre est le mois de la noisette » proclame une banderole. Une jolie exposition sur la noisette se tient à l’Office de Tourisme où une dame très aimable me fournit un plan des curiosités touristiques : le Castell de la Mola 13ème siècle qui héberge l’Office de Tourisme, un Musée archéologique et un musée Carlos Salvador ( ?). Trois belles arches soutiennent le palais gothique. Le Portal de la Mola (13ème siècle) s’ouvre dans la muraille médiévale et rappelle la tradition islamique avec son arc caractéristique. Un peu plus loin, le Forn de Dalt (13ème )est fermé aujourd’hui, lundi. L’église a une façade baroque. Sur un mur de l’église une énorme sculpture contemporaine en ferraille commémore je ne sais quoi. En dessous, une institutrice fait cours à la classe des petits. Tandis que je m’approche, un vieil homme appuyé sur une canne vient à ma rencontre. Il s’assure que je comprends le castillan. « oui, à peu près » son élocution est brouillée parce qu’il lui manque beaucoup de dents. En introduction il me demande mon âge. « 65 » « moi, j’en ai 100 » annonce-t-il fièrement. « Où est ton mari ? » je mens : « dans la voiture, il a mal à la jambe » « moi aussi j’ai mal, mais j’ai ma canne ! » en effet, il trotte et je n’arrive pas à le semer. Il m’entraîne voir les maisons remarquables « ici, vit le curé » « ici, il y a un homme qui ne s’est jamais marié » En voilà une nouvelle intéressante !
Benasasl : maison Sanchez
Il me montre la maison Sanchez(qui figure sur mon plan) et qui possède une très belle entrée baroque avec des colonnes torses. On arrive à la Tour de la Prison et le Lavoir avec trois magnifiques bacs de pierre. J’aurais pu faire le tour de la muraille si mon « conférencier » me lâchait un peu. Mais il veut absolument voir mon mari et aller boire un coup au café. Impossible de le semer, il court plus vite que la randonneuse. Je grimpe dans la voiture et le plante tout net. Nous démarrons sans achever la visite de Benasal.
Ares del Maestrat ; terrasses
La route franchit le Col d’Ares (1173m). En face, sur un sommet à 1326m s’accroche le village d’Ares del Maestre. Un gros piton rocheux porte les restes du château tandis que les maisons blanches du village s’entassent sur l’épaulement sous le château. La place du village vaste et carré, a deux bâtiments remarquables un hôtel en rénovation et l’Hôtel de ville au dessus d’arcades ressemble à celui de Benasal. Une statue en ferraille de Jaume 1er (encore lui !) garde la porte.
La grande église baroque a de belles colonnes torses à la base entaillée de putti joufflus et de motifs végétaux. Une promenade conduit à la grotte qui est à la base du château (hélas fermée à la visite le lundi).
chateau sur la grotte habitée depuis la Préhistoire
Le sentier en colimaçon monte à une belle terrasse d’où le panorama dégagé s’étend sur les flancs de la montagne découpés en terrasses renforcées par des murettes découpant le relief comme des courbes de niveau sur une carte topographiques ou une maquette, il y a bien peu de végétation, paysage minéral. Des sentiers balisés pour les randonnées mènent à des moulins. Le site comporte aussi des restes d’Art rupestre de la Préhistoire renommés (encore fermé le lundi !). Arès nous a réservé une belle surprise même si nous ne nous sommes pas attardées.
La route descend dans la large vallée du Rio Torre (pas plus d’eau que dans les autres rivières). Cependant le relief y est adouci, les collines sont plus molles, les champs plus plats et plus vastes. Des bovins paissent dans des pâturages desséchés. Le blé d’hiver a déjà levé et les champs sont verts. Nous remontons dans d’autres montagnes avant d’arriver à Morella;
Un « chemin vert », piste cyclable et piéton relie Benicassimà Oropesa sur le tracé de l’ancienne voie ferrée sur 5.5km.
Il commence au bout de la corniche et de l’avenue Jaume 1er à proximité de l’Hôtel El Palasiet. Un pont ferroviaire en marque l’entrée. La piste emprunte une tranchée taillée net dans la roche.
Piste cycliste sur le trajet de la voie ferrée : tranchée
Des panneaux botaniques jalonnent le parcours. Ils m’amusent d’autant plus qu’ils mentionnent le nom scientifique et la famille. Au début la piste est enfermée dans la tranchée, on ne voit la mer que par des échappées. On traverse un bois de pin. La côte est très proche avec de beaux rochers rouge battus par les vagues.
Deux tours, une carrée et une ronde sont sur le parcours. Il y a beaucoup de monde, surtout des vélos. Les cyclistes de club avec maillots, casques et cuissardes, foncent. On ne les entend pas arriver. Il faut être attentif avant de traverser la piste. Des familles roulent sans se presser. Les joggers doublent les marcheurs, certains équipés de bâtons de marche nordique. le parcours est plus sportif que touristique mais bien agréable.
A l’entrée du long tunnel de 600m, certains joggers empruntent un sentier qui monte au flanc de la colline. J’aurais été bien inspirée de les suivre. 600m de tunnel, quelle pénitence ! Sur le topo-guide il était précisé qu’il fallait se munir d’une torche. Peut être dans le noir cela aurait été plus amusant, ma lampe de poche est inutile ; la galerie possède un éclairage électrique.
La sortie du tunnel se fait au dessus de la marina d’Oropesa puis je passe la belle plage de la Concha bordée de palmiers, de restaurants d’immeubles assez neufs et assez chics. En face un très haut, très rectangulaire, très massif, immeuble gris vert écrase tout. Au bout les deux tours las Vegas ont au moins 10 étages. Ce n’est pas tout. A l’arrière du front de mer, toute une ville de béton vétuste forme un ensemble déprimant. Sur la côte, encore une tour ronde et un phare.
9 octobre
Après avoir fait trois fois le tour (on a oublié le GPS) nous sommes arrêtées par une procession : des chevaux, des tambours ; des Templiers, des Sarrazins, des femmes voilées, d’autres médiévales….ils rejoignent la tente blanche de Jacques 1er. L’assistance fait silence : « Au nom du roi Jacques 1er, comte de Barcelone, Comte de Montpellier, roi d’Aragon… ». Toute l’assistance écoute religieusement mais personne ne se pousse pour me laisser faire une photo. Le discours est longuet, personne ne bouge, ni paysan, ni templier, ni sarrasin, ni cheval.
La direction de Benicassim est bouchée par la fête. Nous nous dirigeons au jugé. Nous suivons l’avenue de Benicassim qui logiquement devrait nous y conduire. Pas du tout : elle aboutit sur la N-340 mais en direction du nord. Impossible de la couper et même de faire demi-tour. On dépasse Oropesa (d’où on vient) à la première sortie, fléchée Cabanes on la quitte. Impossible de retrouver la N-340 vers le sud. Sur la carte, il y a bien une petite route vers un château dans le Desert de las Palmas. Le château perché a fière allure ; il semble se dissoudre dans le paysage quand on l’approche et nous ne le reverrons plus. En l’absence du château il y a une source fuente Metivet « tu veux t’arrêter avec tous ces gens ? » Présenté comme cela, la réponse est non. Pourtant nous aurions bien dû leur demander notre chemin. Cabanesest très loin. Il faut se souvenir que la région est montagneuse et peu peuplée, les villages sont très éloignés et les route ne passent pas par les sommets. On a parcouru 80 km au compteur, pris trois autoroutes, dépassé Castellon. Tout ce détour alors que j’avais fait 5 km à pied !
Tour saint Vincent et plage
Entre la tour Saint Vincent et l’extrémité de la plage, il y a 2.3 km sur le sable ou sur une très belle promenade piétonne plantée de palmiers, le long de très belles maisons, de jardins et de haies fleuries en face de plages de Torre San Vicente l’Almadrava et Voramar. Dès 1887, on a construit les premières villas sur le front de mer de plain pied, orientées vers la mer avaient un porche donnant sur le jardin. La vie sociale s’organisait selon deux pôles, la Cour céleste qui se caractérisait par la tranquillité de ses veillées, l’allure modeste et le nom de saintes (villa Santa Cristina, Villa Sofia, Villa Marina, Carlotta, Maria del Carmen…et « l’Enfer » où des soirées trépidantes se déroulaient dans un cadre luxueux.
villa luxueuse
La villa Solamar, construite du côté cour Celeste fit scandale par les statues de nus, que le Directeur des Beaux Arts de Valence, pour plus de pudeur, eu l’idée de retourner ce qui valut à sa maison le surnom de la villa des culs. Un code strict régissait les bains de mer : le décalogue des baignades.
Villa solamar
Ces villas eurent des visiteurs fameux, des peintres, des écrivains…Au début de la Guerre Civile un changement radical s’opéra dans la fréquentation des villas avec la fuite des propriétaires et l’arrivée des brigadistes qui les ont converties en hôpitaux, cantines, bibliothèques et centres de réunion. La grande Villa Amparo de style colonial américain, fut aussi le lieu de l’histoire d’amour entre Hemingwayet Marta Gelhorn, Dos Passos et Cartier Bresson y résidèrent aussi.
Villag Amparo
Il n’est pas facile de faire des photos des maisons privées cachées derrière d’imposantes grilles ou des jardins, je manque aussi de recul. Certaines sont devenues des restaurants et sont plus accessibles.