Sur une placette, des nattes couvertes de riz sèchent. Arrêt photo ; Au fond de la cour, sou un auvent, des femmes battent le riz avec de longs bâtons recourbés tandis qu’en face, dans des paniers et corbeilles, d’autres séparent l’écorce des grains dans un mouvement tournant. La plus vieille annonce qu’il faut payer.
battre de blé
D’autres touristes arrivés à vélo sortent des billets de 1000francs. Une fois acquitté le péage, la bonne humeur s’installe. Présentations : prénom mais aussi nom. La plus culottée s’appelle Mariama. « Mariama, Miriam, c’est pareil ! » décide-t-elle, cela lui plait beaucoup.
enlever les écrces
Au milieu de la cour où sèche le riz, une grande dame est plantée. Son rôle est de chasser les cochons. « On n’a pas travaillé pour nourrir les cochons ! »
faire sécher
Selon René, le 28 mars aura lieu une grande fête de Lutte. Ce riz est préparé pour tous ceux qui s’y rendront, même de Guinée Bissau.
Nous visitons les petits jardins des femmes où l’on cultive en ce moment oignons et gombos, salades et bissap. En face, il y a deux mares d’eau douce. La première pour abreuver les animaux. La seconde est protégée par un grillage. Des nénuphars y fleurissent. C’est la mare sacrée où Aline venait prier. On n’y puise pas d’eau.
gombos
La piste sableuse traverse les rizières desséchées. Un homme retourne la terre avec cette houe arrondie qu’on utilise en Casamance. Il a déjà retourné une belle surface. Pourtant on ne repiquera pas avant 5 mois.
A droite, un panneau nous avise que nous longeons la frontière de la Guinée-Bissau. A gauche de la piste c’est le Sénégal. Le village au bord de la rivière est au Sénégal. Il est composé de quelques cases et d’une mosquée rose bonbon et surtout des pirogues et un petit marché où l’on négocie le vin de palme à 300Francs/litre.
Déjeuner à l’hôtel Maya : brochette océane avec des crevettes roses ou filet de capitaine frit. Petits légumes : carottes, courgettes poisson et une tarte au pamplemousse qui ressemble à la tarte au citron.
L’après midi s’écoule tranquillement entre longueurs à la piscine et grande promenade sur la plage.
Au dîner, le groupe polonais fête son départ avec le groupe musical Al baraka composé de deux djembés, une kora, quatre danseuses et un danseur. Les danseuses en pagne rouge vif ont une morphologie très différente de leurs homologues occidentales. Bien en chair, poitrines opulentes, fesses rebondies, elles semblent en transe : l’une d’elle remue les yeux d’une manière sauvage. Elles nous tournent le dos présentent leurs fesses qu’elles secouent énergiquement. Le danseur au contraire est fin, longiligne, très très grand. Il agite bras et jambes. Après la démonstration ils invitent les polonais dans la danse. Ces derniers se trémoussent incapable de faire vibrer leurs fesses comme les danseuses leur montrent.
Cabrousse se trouve de l’autre coté du Cap Skirring, vers la Guinée-Bissau. Les villages se succèdent sur la route. Les écoliers, collégiens, lycéens en uniforme marchent sur la route. Le guide lcal est introuvable. Deux jeunes s’improvisent guides mais leur élocution en Français est difficile à comprendre. L’héroïne de Cabrousse est la Reine Aline Sitoé Diatta connue dans tout le Sénégal puisque on a nommé le ferry à son nom.
« Aline Sitoé Diatta était employée à Dakar. Elle racontait ses « rêves ». Des voix lui disaient de rentrer au village où sévissait une grande sécheresse. Elle rentra donc, réunit le village sou l’Arbre à Palabres où elle a prié pour que tombe la pluie. Beaucoup d’eau s’abattit sur le village où on put cultiver le riz et l’arachide. Les Blancs sont venus, se demandant pourquoi il y avait de l’eau à Cabrousse et non pas ailleurs. Ils cherchèrent à récupérer Aline. Le village n’était pas d’accord ; Ce fut dur de la prendre. Les Blancs avaient des fusils, les villageois, des arcs et des flèches. Aline s’est cachée dans la maison des vieilles femmes. On a frappé un homme pour qu’il dise où elle était cachée. Finalement elle est décédée à Tombouctou. »
Le Petit futé donne deux versions de l’histoire d’Aline Sitoé Diatta : la version populaire similaire à l’histoire que René nous a racontée et la version historique qui replace la Reine de Cabrousse dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale.
En 1940, la France en guerre procéda à des réquisitions alimentaires qui furent mal acceptées par les Sénégalais. Le Roi de Mlomp fut emprisonné. Aline rentra à Cabrousse prêchant la non-coopération avec les blancs et avec ceux qui coopéraient avec eux. En 1942, l’Administratin Coloniale découvrit des muvements hostiles vers Cabrousse. Des gens venaient de toute la Casamance et de la Guinée portugaise, de Gambie et même de Dakar pour écouter la Reine de Cabrousse qui prônait le retour à l’animisme, l’égalité homme/femmes et la lutte contre le pouvoir colonial. Fin janvier 1943, une colonne militaire se dirigea vers le village pour capturer Aline. Le 28, sa maison fut encerclée. Les soldats menacèrent de brûler le village. Le 29, elle se rendit et fut condamnée à 10 ans d’internement à Kayes. Elle mourut en 1944 du scorbut à Tombouctou.
René nous montre l’emplacement de la maison d’Aline et celle où elle s’est cachée ; l’arc et les flèches.
L’hôtel Maya se trouve sur la plage de Boucotte dans un véritable jardin au sommet d’une dune. Un bâtiment en L coiffé de chaume, murs crépi brun rouge est construit autour d’une belle piscine. Une quinzaine de chambres sont alignées avec une petite terrasse où deux fauteuils de toile jaune derrière les haies de fleurs font tache de couleur. Haies de crotons rouge-verts ou vert-jaune, hibiscus limitent les terrasses.
Haie fleurie
En face de la nôtre il y a une haie de palmiers et un frangipanier défeuillé, les fleurs sortent des branches renflées très décoratives. En dessous des palmiers, des lauriers-roses, dans un vallon très creux on a planté de beaux manguiers et des palmiers à huile ; Deux rôniers et un eucalyptus se détachent sur le ciel.
La chambre est arrangée avec goût. La climatisation est inutile en cette saison (il fait une température délicieuse de 24°, la télévision satellite capte France24, WC séparés et une vaste salle d’eau. Le décor est sobre : couvre-lits blancs avec une bande de wax bleue à motif africain, et une tête de lit, aux rideaux assortis. Un tableau à dominante bleue se détache sur les murs blancs.
Pendant que je nage mes longueurs dans la piscine, un vautour se pose juste en face de la chambre. Les hirondelles sillonnent le ciel (peut être vont-elles partir bientôt). Dans les buissons de tout petits oiseaux vont de fleur en fleur comme s’ils butinaient.
17h, je descends à la plage. La mer est basse. Les vagues impressionnantes de la marée haute ont diminué. Je marche dans l’écume mousseuse des vaguelettes qui viennent mourir sur le sable. La plage est très propre, les coquillages nombreux. Je me fixe 5km comme objectif avec le podomètre. Dès les premières minutes deux quads viennent pétarader, un homme apprivoise son kite, des VTT passent. J’oublie que je suis en Afrique, je ne vois que des blancs. Heureusement un troupeau de vache me ramène au Sénégal. Je n’ai toujours pas compris ce qu’elles font sur les plages, comment le troupeau est géré, à qui elles appartiennent.
Le diner est très chic : nappes à motifs africains épurés, verre à pied et serviette en tissu. Salade d’aubergines, sole très bien cuisinée, une sauce un peu piquante aux échalotes et vinaigre, tagliatelles, aubergines poivron. Desserts variés ; je choisis un sorbet à la banane. Kemo, le maître d’hôtel est très élégant, un peu bavard. Il maîtrise les codes de la restauration chic en les exagérant et parle avec emphase.
Après dîner, vu sur France24 : Les Béninois ont coupé une route importante avec leurs fétiches. Ils sont furieux que les promesses électorales d’électrifier leur village n’ont pas été tenues et profitent de la nouvelle campagne présidentielle pour le faire savoir.
Je suis crevée, je m’endors, bercée par les vagues.
Il fait si frais ce matin que je boutonne la chemise à manches longues tandis que je marche d’un bon pas sur la plage pour me réchauffer. Vers Cap Skirring les « campements » et résidences hôtelières se succèdent mais ils sont si bien cachés qu’il faut vraiment les chercher pour les voir. Certains sont fermés. Effet de la Crise ou baisse du tourisme en Afrique ? Si l’air est très frais (22° d’après Google sur le téléphone), l’eau est tiède et mousseuse ; je marche les pieds dans l’eau. De 7h à 8h30 je n’ai croisé qu’un monsieur blanc en short, bâton de marche et polaire, type parfait randonneur, deux pêcheurs sénégalais à vélo et 5 chiens jaunes.
Nous étions convenus avec Mor de quitter l’ïle Carabane vers 14h. Nous l’avions invité à partager le repas de midi chez Hadji et Léon pour arriver à Cap Skirring en milieu de l’après midi.
J’ai donc pris mon temps pour une promenade sur la plage jusqu’à la mangrove. J’ai surmonté ma frousse de traverser le troupeau (les animaux en Casamance sont particulièrement paisible, bestiaux, cochons ou chiens, nous n’avons jamais rencontré d’animal agressif). Je suis récompensée en rencontrant des aigrettes et hérons, courlis et bécasseaux (je les confonds). J’ai pensé à Senghor en regardant les sternes (j’ai lu le poème dans le livre d’Alphonse hier).
l’église coloniale abandonnée
La messe dominicale est à 10heures. Nous espérons entendre la chorale qui a répété hier soir. A 9h55, nous sommes sur la place devant l’échoppe du tailleur. Les fidèles convergent vers l’église surtout des enfants endimanchés, des femmes en grande tenue africaine, l’une d’elle avec son bébé sur le sois, une vieille entièrement voilée comme une musulmane. Le curé en un T-shirt jaune, nous invite à entrer ; nous nous en gardons bien, nous serions forcée à assister à l’office jusqu’au bout. Les chants sont en français pas du tout comme ceux de la chorale d’hier.
Aquarelliste ou peintre de marine ?
la case peinte
Je m’assieds sur la racine du baobab pour dessiner pendant que Dominique filme dans les cours. Pour les chants, l’école coranique fait concurrence à l’église. Dessiner est la meilleure façon d’observer. D’habitude, je dessine maisons et paysage, ici ce sont les gens qui m’intéressent. Comme je n’ai pas l’habitude de croquer des personnages, je suis trop lente. Ils changent d’attitude ou simplement s’en vont. Autre dessin, installée sur la proue d’une pirogue. Ici les proues sont particulières avec une section horizontale où j’ai vu poser une balance pour le poisson. La première fis que je l’ai remarquée, j’ai cru qu’il y avait deux pirogues. Le charpentier monte à bord, avec un marteau consolide un joint, et me fait une curieuse proposition « veux-tu peindre ma pirogue ? ». je n’ai pas bien compris puisque je lui réponds « impossible puisque je suis assise dessus !Je dessine la case de Pathé » . il s’explique mieux : « Veux-tu peindre ma pirogue, tu passes du blanc d’abord et tu dessines un drapeau sénégalais » : proposition d’embauche !?
La case de Pathé est une chaumière. Il y vend des vêtements africains aux touristes et une affiche propose des massages. Il tient aussi un petit restaurant africain. Il flotte curieusement un drapeau basque.
peindre une pirogue?
11h, nous nous rendons chez Hadji et Léon et commandons trois repas de poisson et riz. Le vent ride la surface de l’eau et la baignade est moins plaisante qu’hier. Midi, Mor nous rejoint. Il faut encore régler le transfert avec le piroguier. Une demi-heure plus tard il nous annonce que la pirogue part à 13heures pour prendre des clients de l’hôtel à Elinkin. Nous n’aurons pas le temps de déjeuner. Léon encaisse sans protester les 5000f du repas qu’on n’a pas pris (2000×2 +1000f d’eau) . Je suis tellement furieuse que j’en oublie mon maillot de bain qui sèche sur un piquet à côté de l’auvent. Heureusement je m’en souviens avant de monter dans la pirogue et retourne le chercher. Pathé met les gaz à fond. Notre colère explose quand nous nous apercevons qu’on nous a menti: il n’y a personne au débarcadère. Peut être la secrétaire de l’Hôtel Carabane nous a punies de ce que nous n’avons pas voulu déjeuner à l’hôtel? L’atmosphère dans la voiture est électrique.
Elinkine
Mor propose d’aller dans un restaurant qu’il connait à Elinkine ou à Oussouye si nous préférons, derrière la station service où nous avions mangé le meilleur tiéboudiene des vacances. La colère nous a coupé l’appétit et puis nous avons une envie de nous venger. Après tout, c’est Mor qui est responsable des transports, il aurait pu éviter qu’on perde 5000f bêtement en nous prévenant à temps. J’achète 5 bananes pour 500f et mange toutes les 5 sans même lui en offrir une !
Nous repassons par Mlomp, Oussouye, les Bolongs cherchons à entrevoir le campement de William et Hortense avec sa façade jaune.
Nous traversons Cap Skirring avec ses nombreuses boutiques, non marché artisanal, ses petits restaurants et ses bars. Le tourisme, bien présent, n’a pas défiguré la ville
L’île, au temps de la colonisation, était peuplée de blancs. C’était un comptoir comme Saint Louis ou Gorée qui avait un statut spécial. Maintenant, la population se partage entre Catholiques et Musulmans, à égalité. Sous la moustiquaire, je commence le voyage en Egypte de Florence Nightingale et de Gustave Flaubert réunis par Sattindans Winter on the Nil. Je me lève à 6h30 pour le rendez-vous que nous nous sommes fixés avec Mor pour l’observation des dauphins (au départ la rumeur parlait de lamantins). Simon, le maître d’hôtel, avait rectifié « pas lamantins, dauphins ». Pour les dauphins je suis prête à me lever matin !
7 heures, heure magique
7 heures l’heure magique
L’heure où l’on balaie dans les cours des maisons, des campements, sur la plage, aussi. Heure fraîche, juste avant que le soleil n’écrase tout. Heure légère où tout a l’air de flotter dans une brume indécise qui délave les contours de l’estuaire ; Où est la mer ? la terre ? la mangrove et le fleuve ? Je pensais avoir plus de chance d’observer les dauphins de la jetée d’embarquement du bateau Dakar-Ziguenchor. Une grille ferme la digue. J’essaie de contourner, découvre la grande église au clocher carré de briques où poussent des graminées, tout à fait disproportionnée sur la place où il n’y a que des maisons africaines. Les maisons coloniales à étage sont en ruine à l’exception de la Mission où est logé notre hôtel. La maternité est aussi un « grand bâtiment » plat, pas étonnant, les naissances sont si nombreuses en Casamance.
le troupeau à la pointe
Je retourne sur la plage, marée basse, je marche pieds nus jusqu’à la pointe. Le pâle soleil jaune apparit dans la brume orangée. Les cimes des cocotiers et des filaos se détachent à contre-jour. On se croirait dans une photo ancienne sépia. La pointe de l’île est occupée par le troupeau de vaches aux cornes pointues et à la robe variée. Elles ne ressemblent pa aux zébus gris du nord aux longues cornes en lyre. Certaines sont noires, d’autres tachetées, rousses et blanches, grises et blanches. Le taureau est petit mais je me méfie. Les veaux s’amusent en luttant front contre front. Je n’ose pas traverser le troupeau et rebrousse chemin.
le ferry à l’escale
8 heures, le grand bateau blanc, Aline Sitoé Diatta va accoster. Dans une barque en plastique à moteur, les employés de Cosama vêtus de gilets de sauvetage orange se dirigent vers les pylônes, un homme sur chaque pylône. La navigation d’un si gros bateau ne doit pas être aisée ! A marée basse, hier, l’eau m’arrivait aux genoux. Une erreur et le bateau peut s’échouer sur le sable ; j’ai en mémoire le souvenir le naufrage du ferry précédent en 2002 qui avait fait près de 2000 victimes. J’ai dans ma valise un livre qui le raconte – par superstition je ne l’ai pas ouvert. L’arrivée est délicate, le bateau prend son temps. Peu de voyageurs en descendent, encre moins montent. Nous regrettons de ne pas embarquer ici plutôt qu’à Ziguinchor où l’embarquement prend des heures. Nous sommes convoquées à 9h30 pour le départ à 13 heures. Nous aurions préféré être à la plage plutôt que dans la chaleur de la ville.
maison coloniale
Après le petit déjeuner, à notre programme, visite du village. Le guide local est introuvable. Les plages sont tournées vers le tourisme. Les villageois vivent sous les grands arbres, baobabs, manguiers ou le grand fromager. Les constructions sont hétéroclites. Les maisons en dur du temps des français s’écroulent, certaines cases sont en paille tressée, l’une d’elle est peinte de couleurs variées. A la case carrée au toit de chaume, on a fait de nombreux ajouts : appentis de tôle soutenue par des branches mal équarries, maisonnettes de parpaing, parfois la paille tressée bouche les ouvertures. Dans les cours, même désordre. Derrière l’église basse le tailleur a installé son atelier, un peu plus loin les mécaniciens réparent les moteurs des pirogues (il n’y a pas d’autres véhicules à moteur sur l’île). Sous les manguiers, dans les cours limitées par des piquets, les femmes font la lessive dans de grosses bassines en plastique ou cuisinent dans des marmites en fer. Chaque passant dit « bonjour ! Çà va ? » il serait impoli de ne pas répondre. Variante du matin : « bien dormi ? »
Devant l’école, l’instituteur organise un match de foot féminin avec des petites filles voilées d’un hidjab blanc ou noir cousu. Les garçons sont en rang et vont ailleurs. On ne les mélange pas. C’est école mieux pour elles ; les garçons s’empareraient du ballon. Derrière l’église il y a une « école arabe », plus loin, encore une autre école. Les enfants sont si nombreux !
le jardin des femmes
A la sortie du village, se trouve le Jardin des femmes. Les petits rectangles sont très soignés et tous occupés par des oignons, tomates, aubergines, salades même une petite pépinière d’hibiscus de 3cm de haut. Les femmes remontent l’eau du puis sans l’aide d’une poulie et jettent le contenu du seau dans un grand bassin où on plonge les arrosoirs qu’on remplit à ras bord. Mor se précdipite sur deux arrosoirs. On l’envoie vers le carré le plus éloigné. Pour ne pas être de reste j’en porte deux aussi. C’est bien lourd. J’ai un excellent souvenir de jardinage près de la Langue de Barbarie. J’avais même hérité d’un prénom sénégalais : Soukeyna.
cimetière français
La curiosité touristique de Carabane est son cimetière où sont enterrés des français. Une tombe blanche en forme de pyramide date du 19ème siècle, d’autres plus récentes sont noircies portant des croix métalliques rouillées. Il y a une « NDiaye 2012 » mais ce cimetière n’a plus l’air d’être utilisé.
Un calao s’envole d’un anacardier. Trop tard pour le photographier ! Je garde l’appareil prêt pour un mini-safari-photo. Je prends en photo un oiseau noir avec une longue queue, des bleus métalliques, des petits sur un buisson.
Nous traversons la mangrove sur une petite digue et arrivons à la pointe au bout de la plage. Des hommes collectent les bouses de vache avec des brouettes.
Dominique est assise sous un auvent de chaume : 4 fauteuils de plastique, deux tables basses. C’est le petit bar Karabeach qui est aussi une boîte de nuit – fermée en ce moment parce que « c’est le Carême, on ferme aussi quand c’et Ramadan ! ». A l’arrière dans une salle claire, les enfants très sages font leurs devoirs. Sur le côté, des robes, pantalons et chemises sont exposés à la vente. La plage est très agréable à cet endroit, sable blanc très propre. La mer est haute, maintenant, les limites du chenal sont loin. La surface de l’eau lisse. Je nage dans une mer d’huile, heureuse du sel qui me porte. Tout d’abord, je longe la plage avec de l’eau à la taille, prudemment. Au retour, je remarque une mère et ses filles proches du drapeau, l’une d’elle a encore pied.
Karabeach
Le miroir de l’eau s’est brisé. Un aileron noir, brillant, puis un dos arrondi, encore un autre : les dauphins ! Ils sont au moins 3 ou 4 et sautent gracieusement puis plongent. Parfois je devine du blanc. Cette rencontre me ravit. Je ne me lasse pas de les regarder bondir et plonger ; je retourne nager pour m’approcher d’eux et nage jusqu’au drapeau bleu avec beaucoup de facilité. Je suis fascinée par les dauphins ; Pour revenir, je panique. Il y a du courant. Si je suis arrivée si facilement c’est que la rivière me portait. La marée descend, je me sens entraînée. Je nage vigoureusement jusqu’à ce que mon pied touche le sable.
Léon, le rasta, a apporté le plat : riz blanc, sauce aux oignons, excellente, poisson plein d’arêtes mais pour 2000f seulement. Nous passons l’après midi sous l’auvent. Je retourne me baigner. Je me laisse tenter par une robe-fourreau aux découpes amusantes, aux motifs africains dans les tons bruns que Hadji coud elle-même. Alphonse et Marie-Thérèse, les enfants de Léon et de Hadji sont très bien élevés et studieux. Nous feuilletons le livre de français, grammaire et vocabulaire qui aborde tous els thèmes de la morale à l’hygiène avec des textes d’auteurs : Senghor et Sembene pour les auteurs sénégalais les plus connus mais aussi français (Sac de billes, et même Simone Weill). Le propos est ambitieux, il y a des exercices et des jeux ? Peu d’illustrations en revanche, des gravures naïves pas de photos. Pour la présentation, il me semble lire un manuel d’un autre temps, de la génération de ma mère, peut-être. En revanche, le contenu est tout à fait actualisé.
A notre retour dans notre chambre nous entendons une cloche grêle. La grande église au clocher de brique est abandonnée. L’église actuelle est basse crépie de gris et couverte de tôles. Elle ressemble à une école. Seuls signes extérieure, une croix métallique discrète et cette cloche. A l’intérieur, c’est très kitsch.
La chorale répète. Le chef de chœur est très professionnel il fait chanter séparément soprano, alto, ténors et basse (un seul adulte), puis « tout le monde ». Les chants sont dans une langue sénégalaise wolof ou diola ?
Après dîner, les chants continuent dans l’église et me bercent. Nuit africaine bruissante, tantôt tambours, tantôt chants. Le matin appartient au muezzin avant que les oiseaux ne s’en emparent.
12km jusqu’à Elinkin où nous nous embarquerons sur une pirogue pour l’ile Carabane . Nous ne nous attardons pas au marché d’Elinkin. Pathé, le piroguier de l’hôtel nous attend. La traversée dure 30 minutes. Nous avons la chance d’apercevoir un (ou deux) aigles-pêcheurs et les ailerons des dauphins.
Ile Carabane
la plage de l’île Carabane en face de Karabeach
L’Îles Carabane est une île plate dans le fleuve Casamance. Au débarcadère, s’arrête le ferry reliant Ziguinchor à Dakar. Le chenal est donc assez profond pour permettre la navigation de gros bateaux. Une plage de sable fin plantée de cocotiers et de filaos borde l’île. Notre hôtel occupe les bâtiments de l’ancienne Mission. Deux bâtiments à étages sont cernés par une double galerie à piliers carrés. Les portes sont laquées de bleu. Un bandeau de carreaux rouge-brique souligne le balcon à l’étage avec le garde-fou en fer peint de la même couleur. Le bar-restaurant est dans la chapelle. De beaux palmiers, des buissons, des massifs d’impatiens composent un jardin très agréable.
La chambre est basique, deux lits jumeaux accolés et des moustiquaires, une table simple contre le mur, des chaises de jardin, fer et lattes. Au plafond, un ventilo à grande pales est prévu pour la nuit « il tourne après 18h, l’électricité est solaire…. » justifie le gérant. Tout près de l’escalier, il y a un baobab à deux gros troncs dont les feuilles commencent à reverdir.
Le restaurant est dans une paillote ronde en bordure de corniche. Pour déjeuner, trois rondelles de tomates, trois de concombre en entrée, du tiéboudiène avec du poisson, chou, carottes, navets, un peu meilleur que celui des Bolongs, mais rien d’exceptionnel (sauf le prix 5000Francs).
café au campement Helena et plage
Je n’ai qu’une envie : aller à la plage. Le long de la plage sont amarrées barques et pirogues. Ds cochons farfouillent. La laie a de tout petits cochons noirs. Le rivage est consolidé par de vieilles planches de pirogues, en épi. Le long de la plage nous trouvons des boutiques et des bars dans des bicoques. Pathé, le piroguier tient aussi un restaurant (avec un bizarre drapeau basque), il vend des fringues et fait même des massages. Un peu plus loin, les cases décorées de motifs naïfs du Campement d’Elena. Nous nous arrêtons pour boire un café (eau chaude dans un thermos et sachet de Nescafé).
Quand je me décide à prendre un bain c’est marée basse. On m’a prévenue : il ne faut pas dépasser les piquets qui bordent le chenal. Après, c’est profond et il y a du courant. Je marche, de l’eau aux genoux, à peine à mi-cuisse et m’approche des piquets. Impossible de nager dans si peu d’eau et je n’ose pas m’éloigner seule. La promenade dans l’eau m’a rafraîchie mais on ne peut pas la qualifier de « baignade ». je remonte enfiler une robe de plage, enfiler mes tongs, nouer mon foulard en turban et chausser les lunettes de soleil pour une belle promenade sur le sable mouillé.
La plage est plus aménagée qu’il n’y parait : plusieurs paillotes sont des mini-cafés ou restaurants avec deux tables, 4 chaises en plastique et un auvent. Sous les cocotiers et filaos, mélangés aux cases des villageois, se trouvent de petits « campements » – hôtels plus ou moins confortables. Seul l’Hôtel Carabane est élevé à la dignité d’ »hôtel ». Sous les cocotiers des touristes sont allongés, cette plage n’est pas tout à fait déserte !
petits pêcheurs
Je décide de faire le tour en dépassant une pointe sableuse – pointe de l’île ? – après il n’y a plus d’habitations touristiques ni de cocotiers mais une eau limpide, une plage vierge. Je ne croise que deux enfants sortant des filets d’une petite pirogue. La mangrove m’arrête. Avec la marée montante, j’ai peur d’être piégée. Je ne ferai donc pas le tour de l’île.
18h, la température est délicieuse dans le jardin de l’Hôtel Carabane. Il me faut tout de même remonter me cahnger pour les précautions anti-moustiques.
18h30, je remonte pour une pulvérisation plus sérieuse et descends munie des bougies à la citronnelle que j’allume pour la première fis depuis notre arrivée au Sénégal. Selon la fille de Richard Toll, le paludisme aurait été éradiqué au nord du Sénégal mais de la Casamance ?
Dîner dans la nuit. les petites lumières sont-elles celles des pêcheurs ? Salade 3 rondelles tomates et spaghettis à la sauce aux crevettes très décevants.
Après dîner je me cache sous la moustiquaire pour une bonne nuit ventilée.
46h, le muezzin chante, je m’installe à la nuit noire sur la grande terrasse qui fait face à la mangrove. Les balustres de ciment s’effritent, il manque une bonne douzaine de colonnettes fendillées qui découpent de larges fenêtres, par lesquelles je devine la vase qui luit sous la lune. Le sol de la terrasse est fendu et des tiges épaisses ont grandi dans les fentes. Hier soir, pour contempler les étoiles nous avons tiré les chaises longues qui étaient sous le filao, la journée. Dans l’obscurité, on ne voit plus la rouille des montants des tôles sur le crépi qui s’écaille. Décadence, je pense à India Song. Des écharpes de nuages zèbrent le ciel. Une cloche tinte, le muezzin reprend. Étrange canon dans ce pays encore animiste.
Je termine la biographie de Marie Curie par Irène Frain quand le jour se lève. Les grands fromagers et caïlcédrats forment la ligne ondulante de l’horizon. Le ciel se teinte d’orange, et de sépia. Un aigrette noire se détache, puis deux, quatre suivies d’un vol de hérons, silhouettes à contre-jour. Les passereaux se réveillent en essaim quand le soleil paraît : 7h20. Les aigrettes deviennent blanches. Les palétuviers se reflètent dans le miroir de l’eau. Un petit baobab torturé se détache des rizières asséchées . Sternes et martins-pêcheurs traversent le ciel. Les poules sont bruyantes. Il est temps de boucles les valises. Nous allons quitter le grand bâtiment jaune ouvert sur l’eau, campement fréquenté par les groupes du 3ème âge ou les ONG, pas très sélect mais si sympathique !
La pirogue doit attendre que la marée monte. Nous bavardons avec Pascal, le piroguier observant le manège des martins-pêcheurs. Ici, ils sont noirs et blancs (on en a vu un bleu, mais les bleus sont rares). L’oiseau suspend son vol stationnaire, plonge le bec en avant, vole avec un minuscule poisson dans le bec. Le même oiseau peut attraper 3 ou 4 proies d’affilée. Notre pirogue a un moteur mais elle construite traditionnellement, d’un tronc de caïlcédrats. Nous sommes assises sur des caisses de bouteilles en plastique rouge avec un carton pour le confort.
J’ai noué mon foulard blanc en mousseline bordé de petites perles, pour en faire un turban et je m’enroule dans le paréo jaune aux motifs sénégalais acheté sur la plage de la Somone de façon à ressembler à une tente que ne renieraient pas les musulmanes les plus voilées. Lunettes de soleil crème solaire 50. Me voici parée pour deux heures de pirogue.
La météo de Google annonce un pic à 39°C aujourd’hui, mais ce matin il fait encore bon.
La pirogue s’engage dans les bolongs, chenaux naturels dans la mangrove. Nous guettons maintenant les hérons de belle taille, les aigrettes noires les courlis (un noir et blanc plus gros que ceux que je connais). Des pirogues viennent en sens inverses. Certains à rames portent une femme ou deux en habits colorés qui vont chercher de l’eau à Oussouye. Sans moteur l’aller/retour leur prend 8heures.
les ffemmes d’Elioubaline rament 8 heures pour aller remplir leurs bidons d’eau
Un homme, sa machette à la main, un seau de l’autre ramasse les huitres des palétuviers. D’autres relèvent des filets. Les petits poissons sautent hors de l’eau. On voit un brochet de belle taille. Les hérons et les aigrettes se tiennent immobiles à l’affût. Pascal nous montre les rizières de son village ; on s’y rend en pirogue ou à pied à marée basse quand les passages à gué n’excèdent pas 40cm. IL nous montre aussi l’endroit où les femmes vont chercher l’argile pour les poteries. Il nous fait remarquer la réhabilitation de la mangrove. Les villageois coupent les palétuviers pour le bois de chauffage ou pour la construction, les palissades. Il faut reboiser. Les repiquages témoignent de l’effort.
Ile d’Elioubaline
case à impluvium de Conakry
Accessible uniquement en pirogue, l’ile est peuplée de 600 habitants habitant une dizaine de grandes cases à impluvium visibles de loin. Deux structures plates éveillent notre curiosité.
Conakry, le guide local, nous conduit dans sa case. Le toit de chaume est percé d’une grande ouverture ronde sous laquelle on a cimenté un cercle : le bassin est destiné à recueillir l’eau de pluie. L’ouverture est aussi un puits de lumière qui éclaire une galerie circulaire où s’ouvrent les chambres. Le rond de lumière projeté règle les tâches de la journée comme un cadran solaire. 62 personnes se répartissent dans cette case (famille élargie), les parents de Conakry et ses 4 grands frères mariés avec leurs épouses ainsi que les grands parents. Entre les portes des chambres il y a des cuisines séparées pour chaque couple. Dans le mur de terre, on a fiché des bâtons de bois en biais où l’on coince les marmites en terre vides ou pleines. Chacun, chacune connaît sa place, sauf les enfants qui se regroupent. Ils ne s’appellent pas « cousins » mais « frères » et peuvent partager une même chambre.
En plus des chambres il y a deux greniers à riz. « le grenier de Maman » et le « grenier de papa » . Dans un couple on ne met pas en communauté les récoltes. La maman n’a pas à nourrir le papa ni réciproquement. Si la maman meut les fils n’hériteront pas, seulement les filles, ou les frères de la mère. Chez les Diolas, la séparation homme/femme n’est pas réservée à l’extérieur mais traverse les structures familiales. C’est un peu difficile à comprendre, les Diolas s’y retrouvent bien. Les femmes filent le coton, les hommes le tissent. Conakry nous montre le métier de son père qui tisse une très longue bande rayée blanche et noire de (30cm x 60m). on découpera le tissu et on assemblera les morceaux pour confectionner des pagnes de cérémonie ou dés linceuls. Assise sur le petit muret de ciment qui cerne l’impluvium, une vieille dame prend entre ses doigts une pincée de coton, puis l’enroule sur sa quenouille. Des sacs cylindriques tressés en raphia sont suspendus au dessus de l’entrée contenant les quenouilles et le fil.
le tisserand et son tissage
Le fétiche du village est accompagné d’un petit baobab et d’un pilier où s’entassent les rondelles creuses qui ont servi à porter sur la tête les récipients contenant le vin de palme nécessaire à la cérémonie. Sous un auvent, contenant aussi les instruments à percussion, on a accumulé les crânes regarder de loin. Seuls les hommes ont le droit de s’’approcher. Des piquet d’une vingtaine de cm sont fichés en terre : un autre fétiche. Quand un enfant naît c’est ici qu’on célèbre sa naissance. A son décès, on y déposera les affaires du défunt.
Un troisième fétiche entouré de piquets de palétuviers est réservé aux femmes. Les femmes ayant des difficultés à mettre un enfant au monde vont venir y prier. Les autres femmes la prendront en charge dans un rituel appelé Kagnalen. Les enfants nés à la suite du kagnalen sont considérés comme les réincarnations d’enfants sorciers. Leur nom rappelle leur naissance : Conakry ou Libéria. Certains ont même des noms désagréables comme poubelle ou cochon.
bombolong
A l’extérieur de la case, protégé du soleil par les grands éventails des feuilles de rônier, le grand tamtam ou Bombolong, tronc de caïlcédrats, permet d’annoncer au village décès, mariages, naissances, incendies…
Elioubaline a trois quartiers ; On a creusé trois mares, abreuvoirs pour le bétail, ou servant à mouiller la terre pour la construction des maisons en banco. Une case a une espérance de vie de 40ans. On démolit l’ancienne pour fabriquer la nouvelle avec des boules de terre que les mans materont.
L’eau est le plus grand problème d’Elioubaline ; Pendant la saison sèche, aucune pluie ne viendra couler dans l’impluvium. Les citernes sont gérées avec une rigueur draconienne. Les deux structures en ciment qui m’avaient étonnée à l’entrée d’Elioubaline sont des citernes conservant l’eau de pluie de l’hivernage. Chacune contient 350m3. Trois femmes, une par quartier président au partage. Chaque semaine,( 6 jours chez les Diolas) chaque famille n’a droit qu’à 60 litres, peu importe le nombre d’enfants et les célibataires n’ont droit à rien. Quand on consommé la ration familiale, la seule solution est d’aller avec des bidons à Oussouye rapporter de l’eau potable – huit heures à la rame. Vers le mois de mai, en attendant l’hivernage il faudra chercher l’eau. Quand on pense qu’on est dans une île entourée d’eau le problème de l’eau douce est d’autant plus cruel. Quand on pense qu’un occidental utilise 70litres pour une seule douche, c’est plus qu’une famille diola pour toute la semaine.
battre le riz
Le riz cultivé sur l’île est destiné à la consommation locale et au troc. Il est stocké avec sa paille, en gerbes dans les greniers. Selon Conakry, il se conserve dans son enveloppe jusqu’à 30 ans.
Le centre de santé est bien délabré ; un aide-infirmier y officie et donne les premiers soins. La « pharmacie » se trouve dans la case la plus proche, il y a du doliprane et des pansements. Pour les soins plus sérieux on va en pirogue à Oussouye. La maternité est d’assez grande taille, trois sages-femmes assistent les femmes. On a séparé la maternité du centre de soin à cause des interdits aux hommes d’approcher tout ce qui concerne l’enfantement.
La visite s’achève à la buvette ; Coca-cola ou Bière, la Gazelle. Nous bavardons avec une italienne venant de Barcelone et son guide, très sympathique. Nous avons réuni les bombons, biscuits et sucettes et ceux de l’italienne pour les enfants. Conakry organise la distribution presque militairement, en commençant par les plus petits, puis les plus grands. Ici, les enfants sont disciplinés. Ils sont aussi très petits. Je suis surprise d’entendre une fille toute menue me dire qu’elle a 12 ans, je lui en aurais donné 7 ou 8.
Retour, plus rapide qu’à l’aller. La marée a montée, les huîtres des palétuviers sont sous l’eau, les feuilles trempent. Est-ce à cause de la chaleur ou de la marée haute. ? Les
Bonfils nous dit que les animistes ne détruisent pas les termitières. Ils considèrent que leurs ancêtres y ont élu domicile. Mais « les termites nous fatiguent ». Les mangent les toitures de chaumes des cases, qu’il faut remplacer souvent.
« Il faut demander aux ancêtre de changer de résidence »
L’autre solution est de couvrir les cases de tôle. De plus en plus les tôles remplacent le chaume. Elle n’isle pas de la chaleur mais dure plus longtemps.
Rônier – colatier – fromager
Rôniers : j’ai déjà écrit sur les hauts Palmiers à sucre d’après les explications d’Idrissa
Colatier : donne la noix de cola
Fromagers : Ils sont plantés quand on est perdu dans la forêt ces hauts arbres signalent les villages. On utilise leurs racines aériennes spectaculaires pour faire des portes.
Fêtes et Fétiches
Fétiche familial
Bonfils nous conduit au pied des fromagers sur la place du village où se déroulent les fêtes. Cette place est électrifiée, on a retiré les globes. Les arbres sont entaillés : suand les jeunes dansent les vieux donnent des coups de coupe-coupe aux troncs pour montrer encore leur vigueur.
Il nous montre le fétiche familial où l’on sacrifie à la naissance d’un enfant 1litre de vin de palme et de la farine pilée pour faire part de la naissance. C’est aussi là qu’on disposera les affaires du défunt pendant une semaine diola qui ne dure que 6 jours « l’âme viendra récupérer son bien » ensuite les vivants se les partageront. La quantité de vin de palme varie avec l’âge du défunt. Si c’est une personne âgée on apportera beaucoup de vin et on fera une grande fête.
Un crabe décore le fétiche. Il y a à côté une calebasse et une louche pour boire avec un très long manche pour ne pas souiller le vin.
Sous un abri se trouve le Bombolong : le gros tambour fendu en tronc de caïlcédrats (bois très dur) – tamtam-téléphone qui annonce les décès et autrefois les batailles inter-villages. « des naissances, l y en a tant qu’on ne prend pas la peine de les annoncer ! ». Pour les mariages, on fait des cérémonies collectives, toute une génération se marie en même temps. Maintenant, on s’unit au cours des fêtes religieuse. A la messe de minuit on apporte les bagues.
Le sculpteur
Mattias Latta est « l’homme aux oiseaux » il les sculpte avec une précision ornithologique. D’ailleurs posé sur une marche je vois le Delachaux Niestlé, une référence scientifique. Mattias montre l’oiseau sur le livre et le compare à sa sculpture. Je lui achète un Souimanga nectaria cuivré, cet oiseau vit dans la forêt et mange le nectar des fleurs, il y a aussi d’autres espèces de Souimanga,, certains sont violets. « les tisserins sont très méchants » ils font des ravages dans les rizières. On doit utiliser un bâton ou une fronde pour les chasser.
souimanga de mathias
Mathias ne sculpte pas que des oiseaux, il a aussi reproduit le ferry qui relie la Casamance et Dakar et s’amuse de le peupler de nombreux personnages. Le profil de ses figurines africaines reproduit la carte de l’Afrique, il y en a même des blancs pour les maghrébins et les blancs d’Afrique du sud.
Près de la maison de Mathias, Bonfils trouve une houe de forme spéciale pour labourer dans les rizières, il m’en fait la démonstration.
Pour construire une maison en banco on utilise la terre de la maison qu’on remplace. Ici, ils ont fait des fondations de ciment pour lutter contre les termites. Des hommes mouillent la terre, façonnent des boules de boue qu’ils entassent dans une brouette puis ils lancent les boules au maçon qui sont écrasées avec les mains mais aussi des tasseaux de bois. Ils sont munis d’un niveau à eau, 4 maçons professionnels seront remplacés par des charpentiers pour la charpente en rônier et le plafonnage.
Derrière la station-service Mor connaît un très bon restaurant. Les tables sont à l’ombre d’une tonnelle, très fraîche. Plat du jour : Tieboudiène délicieux. Non seulement le poisson est bon, mais la sauce est très abondante, les légumes variés, aubergines, manioc, oignon (on n’y coupe jamais) . J’aime surtout le tamarin qui donne un goût spécial acidulé.
Louga, fin du 20ème siècle. Nalla, douze ans, rêve pendant les exercices de grammaire. Il s’ennuie. La solitude lui pèse. Inhabituelle, cette solitude d’enfant unique. Les enfants sénégalais se rencontrent plutôt en bande de cousins ou de frères. Ses parents, éduqués et modernes, vétérinaire et sage-femme, ont prévu une éducation occidentale, stricte et bien rangée. Nalla n’a pas le droit de jouer avec les enfants du quartier. Il doit réussir à l’école, même au prix des cours particuliers de Monsieur Niang.
Nalla s’étiole. Ses parents, inquiets, l’interrogent. Il ne rêve pas, il écoute les tambours de l’arène. Son seul ami, André était un lutteur du Saloum. Il lui a fait connaître Malaw, le grand champion, qui a fait de lui son garçon-fétiche. Le monde des lutteurs, est l’antithèse de ce que les parents modernes et occidentalisé imaginaient pour leur fils. Traditions ancestrales, brutalité de ce sport. Ils cherchent à l’éloigner des arènes.
Nalla trouve un allié inattendu chez Monsieur Niang qui voit toute la poésie dans le rêve de l’enfant. Poésie des chants des griots et des paroles des combattants qui’l a enregistrées sur un magnétophone. Poésie des contes que Malaw, le lutteur raconte à l’enfant. Traditions orales transmises par les griots et les chanteuses. Initiation des enfants qu’on a refusée à Nalla…Solidarités familiales et villageoises qu’il a connu, petit, chez sa grand mère dont on l’a éloigné.
Le diagnostic de Monsieur Niang est précis : aliénation.
« L’aliénation est assurément la plus grande mutilation que puise subir un homme »
[….] « l’homme perd ses racines et l’homme sans racine est comme un arbre sans racines : il se dessèche et meurt. »
L’auteur raconte avec grâce le monde enchanté des lutteurs, des griots, les traditions, les hommes-lions, les fêtes et les gris-gris…
Ce livre prend le contre-pied de l’Echarpe des Jumelles de Mamadou Samb qui montrait les traditions rétrogrades enfermant les femmes dans une condition dégradante et donnait le beau rôle aux personnages modernes. Les deux points de vue sont à considérer dans un Sénégal qui bouge.