L’auberge Rouge – Balzac

LECTURE COMMUNE

 

t »En ce moment les convives se trouvaient dans cette heureuse disposition de paresse et de silence où nous met un repas exquis, quand nous avons trop présumé de notre puissance digestive. Le dos appuyé sur sa chaise, le poignet légèrement soutenu par le bord de laable, chaque convive jouait indolemment avec la lame dorée de son couteau. Quand un dîner arrive à ce moment de déclin, certaines gens tourmentent le pépin d’une poire ; d’autres roulent une mie de pain entre le pouce et l’index ; les amoureux tracent des lettres informe avec les débris des fruits : les avares comptent leurs noyaux et les rangent sur leur assiette comme un dramaturge dispose ses comparses au fond d’un théâtre… »

Balzac nous régale quand il s’agit de repas partagés, jusqu’à plus faim ou plus soif, quand les langues se délient et que les convives racontent, se livrent, ne se protègent plus derrière le masque de la civilité, et se trouvent vulnérables.

Trois chapitres dans cette courte nouvelle (33 pages). Le premier commence autour d’une table dans un déjeuner qu’on imagine mondain, l’un des dîneurs, un Allemand,  raconte une anecdote étrange : une histoire qui s’est déroulée quand les troupes napoléoniennes occupaient une province allemande.

Le second chapitre, se passe dans l’Auberge rouge. Deux carabins vont rejoindre leur régiment. Sympathiques, les  amis d’enfance s’arrêtent à l’auberge.  Ils y font connaissance avec un industriel qui leur fait des confidences….(je ne veux pas spoiler). L’anecdote vire au fantastique. Je n’imaginais pas Balzac dans ce registre.

Nous retrouvons les dîneurs dans le troisième chapitre et l’Allemand, mais la nouvelle prend une nouvelle direction : un dilemme moral, concernant les biens mal acquis. Est-il juste d’épouser la fille d’un homme dont la richesse provient d’une origine douteuse? La fin très moralisatrice m’a un peu agacée. Si la jeune fille est admirable, doit-elle être responsable des agissements de son père?

33 pages seulement, avec une telle densité qu’on termine la nouvelle avec l’impression d’avoir lu un long roman! Bravo Balzac!

Je me réjouis des lectures communes et j’ai hâte de lire les billets de Claudialucia et Maggie

Ajaccio

CARNET CORSE

Ajaccio
Ajaccio

Premières découvertes autour de la Résidence des Crêtes. Nous allons jusqu’au bout de la route à La Parata pour nous renseigner sur l’excursion aux îles Sanguinaires. Nous pensions y passer la journée. On nous dissuade : sur la grande île Mezzu Mare, il n’y a rien, pas une buvette, même pas un banc, ni de l’ombre ; si je veux faire la promenade au Sémaphore Dominique attendra en plein soleil une bonne heure jusqu’à l’arrivée du bateau suivant.

Dans la belle Maison du Grand Site on trouve des dépliants des promenades à la Pointe de la Parata. Une navette électrique conduit gratuitement les personnes mal-marchantes au restaurant.

Ajaccio : CasinoDominique me dépose à Ajaccio sur la Place Miot, non loin de la Grande Roue. Je marche le long de la mer sur le Boulevard Rossini, belle corniche bordée de hauts palmiers et de maisons décorées de stucs et frises.

Oscar Rabine – Tatiana Polischuk

A côté du casino jaunes relevé de guirlandes blanches, se trouve L’Espace Diamant, de construction moderne sans charme mais hébergeant une exposition temporaire de Oscar Rabine et Tatiana Lysak-Polischuk « Sur les chemins de la Liberté ». Oscar Rabine a eu deux carrières.

Oscar Rabine (période soviétique)

La première en URSS avec une seule et unique exposition des peintres non conformistes écrasée par des bulldozers, la seconde après 1978, après son voyage à Paris, il se trouva privé de passeport et de sa nationalité soviétique. Les tableaux peints en URSS ont une dominant très sombre, les thèmes récurrents : vodka et harengs. Pendant s période parisienne sa peinture devient plus lyrique avec du champagne. Je ne suis pas sûre d’apprécier ces tableaux très empâtés (un peu comme Soutine) très sombres.

Oscar Rabine (période parisienne)

En sortant de l’exposition dans la pénombre, sur le front de mer je suis éblouie, étonnée de la transparence de l’eau, de la blancheur de la plage, en pleine ville. Un gros bateau de croisière est arrivé, il est monstrueux.

Ajaccio

La citadelle ne se visite pas – terrain militaire.

Cathédrale d’Ajaccio

La Cathédrale est un peu en retrait. Cathédrale baroque terminée en 1597, peinte en trompe-l’œil. Le décor est 19ème . Par chance un groupe visite avec un conférencier et je glane discrètement quelques explications. Il insiste sur l’autel et le tableau « offert » par Elisa Bonaparte, provenant de Lucques (c’est-à-dire razzié comme les Bonaparte en étaient coutumiers).

chœur cathédrale Ajaccio
chœur cathédrale Ajaccio

Ce tableau sombre ne m’intéresse pas spécialement. Devant la chapelle de l’Immaculée Conception, le guide insiste sur la relation de la Corse à la Vierge. Toute tentative nationale est sous l’égide de la Vierge, le blanc du drapeau corse fati référence à l’immaculée conception, l’hymne corse Salve Regina…Puis il montre le baptistère où Napoléon a été baptisé. Partout à Ajaccio, on troue prétexte pour évoquer Napoléon ?

Maison des Bonaparte

 

A une très courte distance de là je me retrouve devant la maison natale de Napoléon. Cette Maison Bonaparte occupe un bloc entre deux rues. Presque un siècle pour que la Casa Bozzi devienne Casa Bonaparte. Pour qu’un bien immobilier reste dans une famille il fallait faire des contreparties aux filles mariées et faire entrer dans les ordres les garçons. La maison a été redécorée par Napoléon III, les peintures murales ont été redécouvertes en 2003.

chambre de l’alcove

De nombreux documents historiques sont présentés comme cette lettre de Charles Bonaparte (père de Napoléon) à Paoli.

pendule

En revanche il y a très peu de souvenir de Napoléon qui a quitté la Corse à 9ans, comme se deux ainés, il a obtenu un bourse grâce à Marbeuf pour étudier au Collège d’Autun puis à l’école militaire de Brienne. Dans la « Chambre de l’Alcôve » Bonaparte aurait dormi lors de son dernier séjour en Corse au retour de la Campagne d’Egypte. Au 1er étage quelques pièces sont meublées avec les meubles de Madame Mère ; une jolie crèche rapportée d’orient, de belles commodes. Napoléon III aurait racheté les meubles en 1860 au cours d’un voyage. Dans une petite pièce on voit la trappe qui a permis à la famille Bonaparte de quitter discrètement la Corse.

A la sortie de la Maison Bonaparte, j’arrive au Port puis au Marché Central où on trouve tous les produits alimentaires corse : charcuterie, fromages, confitures, mais aussi légumes frais et olives. C’est là que je vais trouver mon piquenique : une Bastella aux blettes et bruccio, pâte feuilletée. A Piana c’était de la pâte à pain. Pour le dessert je m’installe à la terrasse d’un glacier rue Fesch.

Musée Fesch

Je termine ma visite d’Ajaccio par le Musée Fesch installé dans un palais de taille impressionnante qui comprend le musée et également un mausolée dans la chapelle pour plusieurs membres de la famille Bonaparte. Le Cardinal Fesch, d’une richesse immense, souhaitait constituer un véritable musée s’inspirant du Musée du Louvre. Il possédait à Rome une collection de 16.000 tableaux majoritairement de la peinture italienne mais pas que. Certains retables sont de taille énorme, on passe dans les salles « caravagesques » mais sans un seul Caravage, un « d’après Preti ». Dans la « salle florentine » , une découverte pour moi : Jacopo da Empoli (1551-1640), avec des allégories qui m’ont bien plu. Dans la salle Renaissance un Botticelli se remarque tout de suite .

Allégorie de l’enfance

Dans un couloir, je vois une plaque honorant Jean Henri Fabre  qui enseigna ici les Sciences Physiques(1849-1853). Je suis sortie au bout d’une heure et demie un peu déçue. Si la quantité est au rendez-vous, les chefs d’œuvres véritables ne sont pas si nombreux. Tendant l’oreille, j’entends une guide expliquer que Fesch achetait des lots de peinture, peintures inégales à l’intérieur des lots, sans doute.

Jacopo da Empoli : maturité

Trois autobus desservent notre Résidence des Crêtes. Impossible de se tromper d’arrêt : il faut descendre à un rond -point juste après les immenses cimetières (on dirait une véritable ville, les tombes ont souvent des pignons pointus mitoyens). Je rentre assez tôt pour songer à une baignade ; la plage est située juste en dessous à 200 m du studio. Malheureusement pour se baigner il faut des chaussons pour marcher sur les rochers et comme l’eau est peu profonde j’ai peur de me racler les cuisses et les genoux en nageant, une baignade pour me rafraîchir, donc mais pas pour le sport.

De Porto à Ajaccio : Cargèse et Sagone

CARNET CORSE

La plage au nord de Cargèse

Plaisir de repasser par les calanche de Piana, de revoir les rochers bizarres, les échappées sur le Golfe de Porto. La route d’Ajaccio D81 quitte le littoral, nous ne retrouverons la mer qu’à l’approche de Cargèse. La route traverse une très belle forêt de chênes ; Le long de la route on a planté des eucalyptus aux troncs géants qui s’épluchent en lambeaux verticaux retombant comme des serpentins après une fête.

Le maquis est formé de buissons plus bas, plus sec. On ne voit plus les arbousiers bien verts.

Eucalyptus sur la route

Cargèse est une petite ville dont l’histoire est singulière. En 1676, 600 Grecs, venus de Vitylo,  fuyant l’occupation turque, s’installèrent  à Paomia, un village de l’intérieur. A la suite de conflits avec les bergers corses, Marbeuf fit construite en 1773 120 maisons et deux églises. Dans Colomba de Mérimée que j’ai lu récemment, Miss Nevil, la jeune Anglaise snob, notait que les villages corses étaient bâties sans plan et qu’il fallait aller à Cargèse pour voir une rue que Marbeuf avait construite.

Cargèse : église catholique

Autour de la table d’orientation, en haut du village plusieurs panneaux racontent l’histoire de Cargèse depuis la Préhistoire (plusieurs dolmens et une statue-menhir figurant un visage se trouvent dans les environs). Je descends dans le village qui est bien tel que l’avait décrit Mérimée : des rues parallèles des raidillons qui les recoupent à angle droit. Les maisons ont généralement deux étages et des balcons de fer. Peut être sont celles que Marbeuf a fait construire ? La plupart sont plus récentes. Une petite maison jaune porte une plaque  bilingue corse/grec rappelant qu’ici vivait un prêtre grec. Sur la mairie, une autre plaque célèbre le jumelage Itylo/Cargèse.

rgèse église orthodoxe
Carghèse : églises

Deux églises se font face, chacune sur une petite place perchée séparée par un vallon fleuri de plumbagos, Yuccas, hypomées, lauriers-roses. Elles sont symétriques. L’église catholique est très décorée à l’intérieur avec de nombreuses statues. L’église Grecque fait l’exact pendant, seule l’iconostase et les fresques (modernes) diffèrent.

 

Le port est une petite marina avec de jolis restaurants et des départs pour les excursions à Scandola.

Le soleil a dispersé les nuages, il est bien chaud. Temps de trouver une plage. Juste avant Cargèse, il y avait une grande plage de sable. Nous n’avons pas envie de revenir en arrière. Nous ne trouvons pas l’accès (à pied) à la plage de Menasina, repérée de la marina, celle de Stagnoli ne nous attire pas trop : il y a des rochers, des vagues et des écriteaux signalant que la plage est dangereuse.

Près de Sagone

Nous ne trouvons qu’à Sagone une grande plage de sable blanc proche de la route, des restaurants. Nous nous installons sur le parking du Restaurant Torraccia : beau mobilier blanc, une voile triangulaire qui fait de l’ombre, un filet comme ceux qui camouflent les tanks mais blanc, . Dominique s’installe à une table. On se régalerait bien d’une pizza. Aujourd’hui, mercredi, c’est fermeture hebdomadaire. Après une très longue baignade nous pique-niquons sans vergogne sur les tables blanches.

Une vieille sorcière vient à ma rencontre pendant que je longe le bord en nageant, poussant une frite rose recourbée dans l’eau. Elle mâche du chewing-gum en grimaçant. Elle s’amuse à me faire peur « il y a une méduse » . Comme je ne semble pas effrayée par la prétendue méduse, elle m’avertit qu’il y a un étron flottant à côté de moi. Cela me dégoûte et je sors.

plage

Après Sagone, la route 81 est en travaux. Les nuages envahissent le ciel La route est moins agréable. En regardant vers la mer, nous voyons la merveilleuse plage blanche de Liamone, Ancone et le Golfe de Lava. Nous nous promettons de revenir.

la vue du balcon sur les îles Sanguinaires

Le GPS nous fait tourner dans les zones commerciales d’Ajaccio, l’arrivée paraît interminable. Nous aboutissons dans le parking de la Résidence « Les Crêtes »  au-dessus de la route des Sanguinaires. Mauvaise surprise, nous sommes au second étage sans ascenseur. La vue du balcon est merveilleuse.

 

La plage d’Arone – Porto et sa tour génoise

CARNET CORSE

La Baie de Porto au petit matin

Nous avons attendu une belle journée pour faire l’excursion à la belle plage d’Arone. Pour éviter ‘affluence sur la corniche, nous sommes parties tôt. Les calanches dans la belle lumière du matin sont un enchantement ! Sans chercher à faire des photos, nous profitons des formes fantastiques. Après Piana, c’est l’inconnu. La route D824 dessert les plages. D’un mirador nous avons une vue plongeante sur Ficajola accessible par un raidillon qui descend aux maisons mais pas à la plage, vue sur les crêtes et sur Scandola qui a une magnifique couleur rouge. Nous découvrons le Capo Rosso, éperon de porphyre rouge et la tour Turghiu qui le surmonte. La randonnée à la tour est trop longue (3h30). Un peu plus loin, un café-boutique touristique propose des balades à ânes.

Capo Rosso

Au petit col (404 m), changement de paysage, plus doux, plus vallonné. Le maquis touffu est remplacé par des buissons plus bas, plus épineux et des oliviers. Les hauts pics déchiquetés sont loin.

Deux routes desservent la plage, la première conduit au restaurant Casablanca, passant par un portail imposant, son parking est vaste et ombragé. Un escalier descend à une ravissante plage équipée de lits luxueux avec même des serviette-éponge. Le restaurant est composé de deux parties distinctes : un restaurant très chic aux belles tables, nappes et argenterie, des tables et des bancs de bois pour un « glacier, panini, pizzas ». Le côté panini a l’air fermé. Nous avons revêtu nos plus beaux atours, ce n’est pas pour nous contenter d’un sandwich !

Plage d’Arone – « côté plage »

Deuxième essai : « Le Café de la Plage », même disposition : un restaurant s’ouvre sur la rue, menu dégustation 65€ aucun plat à moins de 25€ ( des entrées froides) inaccessible pour notre porte-monnaie ! Comme chez Casablanca, « côté plage » est une annexe, snack de luxe qui sert des pizzas, seulement le soir. Dans le décor enchanteur, à l’ombre de filets, dans d’agréables fauteuils Dominique commande un verre de vin blanc (belle corolle à moitié vide, 6€40, quand même !

La plage d’Arone est merveilleuse avec son sable blanc très fin, son eau limpide, turquoise comme un lagon, presque sauvage, 3 établissements avec des lits et des parasols, peu nombreux et discrets, un chalet-poste de secours. Un seul voilier amarré, un seul zodiac en action. C’est donc une baignade de rêve. Quelques dames du 3ème âge s’essaient au paddle. A voir les efforts désespérés d’une grande blonde à silhouette sportive, hissée par son mari sur la planche et sa chute quelques minutes plus tard, cela me dissuade définitivement d’essayer. Je préfère nager mes longes traversées entrecoupées par la marche sur le sable fin.

plage d’Arone

Il existe quelques méthodes d’éviter le tourisme de masse sur les plages : autour de Calvi on empêche les voitures d’approcher des plages en installant les parkings tellement loin que les visiteurs, portant glacières et parasols, qui  doivent venir à pied (ou en train) hésitent. A Arone : sélection par l’argent. Aucune buvette, aucune cafétéria ; seulement des établissements de luxe. Les fauchés poseront leur serviette pour une heure et rentreront déjeuner chez eux !

soupe de poisson au Robinson

12h15, nous quittons cet endroit paradisiaque pour un restaurant aux prix plus abordables : le Robinson à Porto sur le port où nous commandons une soupe de poissons. Samedi, quand Dominique attendait le retour de mon bateau le fumet de la soupe de poisson l’avait alléchée. Cette soupe est servie dans une belle soupière blanche, accompagnée de croûtons faits maison et de gousses d’ail à frotter nous-même, de la rouille excellente et du gruyère râpé. Nous pensions terminer par un moelleux aux châtaignes. Après 3 assiettes de soupe nous n’avons vraiment plus faim. Sans attendre le café, je monte à la tour génoise qui domine le port.

La tour Génoise et quelques personnages  

La Tour génoise de Porto

Une exposition historique raconte qu’entre 1510 et 1620 une centaine de tous furent construites, formant une ceinture de surveillance avec tours à signaux. La Sérénissime Gènes avait cédé la gestion de la Corse à l’Office de Saint Gorges.

Le gardien de la tour, le Torregiano était faiblement armé, rarement une pièce d’artillerie, le plus souvent des arquebuses ou mousquets. En plus du rôle de surveillance, il exerçait le contrôle sanitaire du port, était un agent du fisc, prélevait le droit d’ancrage et les taxes de chargement sur l’huile et le vin.

Au 16ème siècle les Barbaresques dominaient la Méditerranée, le Cap Corse était ruiné. L’expédition de 1540 par Gianettino Doria aboutit à la capture de Dragut. Dragut est un personnage récurrent dans mes carnets : j’ai mentionné sa razzia sur Gozo, son échange contre l’île Tabarque en Tunisie (Tabarka), je l’ai retrouvé à Mahdia, à  Djerba (horrible anecdote de pyramide de crânes) dans le siège de Malte où il finit sa vie.

Les pirates barbaresques attaquaient les bateaux razziaient les villages pour emporter les habitants esclaves vendus sur le marché d’Alger. Parallèlement il s’était constitué un commerce florissant du rachat des esclaves.

Sampiero Corso (1498 – 1567) était surnommé « le plus brave des Corses » ; condottière au service de Jean de Médicis, puis de François 1er en 1536, en 1553 il embarque sur els galères d’Henri II à côté de la bannière de Soliman. 1559, par le Traité de Cateau-Cambrésis, la corse est restituée à Gènes. Catherine de Médicis, épouse de Henri II fut la protectrice de Sampiero. Elle plaida en sa faveur alors qu’il avait tué sa femme Vanina 1563, demandant l’abandon de toute sanction pour les hommes ayant combattu sous la bannière du roi de France.

Gènes imposa sa volonté de repeupler la zone littorale et pratiqua une politique de colonisation agraire imposant aux propriétaires de greffer et planter de la vigne et 4 arbres fruitiers et au moins un châtaigner.

Dans le prix du billet est incluse la visite du « musée de la Bruyère » que je ne trouve pas. C’est un petit appentis dans lequel des panneaux racontent l’histoire de la bruyère qui a trahi Jésus alors que les Romains le poursuivaient ou plutôt qui l’a mal caché alors qu’il tentait de se cacher dans son feuillage. La bruyère n’est donc pas la bienvenue dans les maisons corses sauf sous forme de balai ou de pipe ! Musée insignifiant !

Je termine la journée à la plage de Bussaghia.

 

Une famille corse 1200 ans de solitude – Robert Colonna d’Istria

LIRE POUR LA CORSE

La collection Terre Humaine ne m’a jamais déçue. 1200 ans d’histoire corse m’intéressent. J’ai commencé  à le lire à Ajaccio.

Il m’a fallu de la persévérance pour venir à bout de la longue introduction, beaucoup de considérations « île, insularité, solitude » qui s’adressent autant aux membres de la famille Colonna d’Istria dont l’auteur va conter la généalogie et l’histoire qu’au lecteur inconnu qui s’embarque pour une lecture au long cours.

« L’île est facteur d’identité. Pour l’insulaire, l’île est à la fois omphalos et axis mundi, centre et pilier, point de commencement, résumé, concentré du monde, explication de tout »

« deuxième réalité attachée aux îles : il faut en partir »

Pour l’islomane que je suis, cela ne peut que m’intéresser! 

« La vérité sur la Corse? Son âme? Son charme supérieur? Ses secrets les mieux gardés? Tout cela, dit-on, est caché dans les villages »

Seulement voilà, c’est long, très long, et Colonna d’Istria s’appesantit sur l’insularité et sur la notion de famille, la généalogie, longuement, longuement. Une quarantaine de pages avant que l’histoire ne commence.

« Le premier à porter le nom de Colonna a été Ugo en l’an de grâce 818″

« Compagnon de Charlemagne, qui aurait bouté les mahométans hors de l’île« 

Ugo est le fondateur présumé de cette grande et vieille noblesse. Rien ne prouve qu’Ugo ait vraiment existé. Aucune preuve formelle, des arguties discutant la véracité du personnage et peu de faits historiques. Ce moyen âge est décidément bien obscur. Je m’impatiente, et commence un roman qui lui a une histoire, un héros.

« Un paladin, à cheval, se promène sur les crêtes entre la vallée de Taravo – son domaine – et les vallées voisines – territoires de ses rivaux….« six cents ans ont passé, Vicentello est un héros du XIV ème siècle, temps des malheurs : peste, famine, brigandage, piraterie, guerre…Vincentello choisit Aragon plutôt que Gênes ou Pise.

« En 1358 dans le nord de l’île, il y a un grand soulèvement populaire. Les communauté renversent la table et se placent sous l’autorité directe de la commune de Gênes. Une idée qu’elles ont eue….Gênes va y rester 400 ans »

On entre enfin dans la Grande Histoire, pour mon plus grand bonheur. Mais les prétentions aristocratiques de cette famille qui revendique sa noblesse depuis Charlemagne, ont tendance à m’agacer. 

M’ont beaucoup plus intéressée les contestations et les révoltes du XVII ème et XVIII ème siècle causées  par l’impôt payé à Gênes et surtout sa collecte. La justice mal rendue par Gênes. Le récit de la Révolte de la saint Laurent en 1615 contre le pouvoir le rôle de l’Eglise sont racontés en détail et de manière vivante. Les faits ont pour moi plus de charme que les mythes des paladins médiévaux.

 » XVIII ème siècle, finalement, aura été pour la Corse celui des révolutions. Dans l’île, ou après cinq cents ans de présence, Gênes va s’effacer. En France, à laquelle la Corse est incorporée en 1768, où l’Ancien Régime va être balayé par la Révolution de 1789″

Point de départ des révoltes, révoltes anti-fiscales1730. 1755, élection de Pascal Paoli,

Le chapitre archaïsmes  évoque le règne éphémère du roi Théodore, que j’ai lu citer par Colomba de Mérimée. Il raconte la « manière corse d’habiter la Terre et de vivre en société »les codes d’honneur, la vendetta. Il analyse aussi les causes économiques, le système de propriété foncière. Dans ces sociétés agricoles, « l’autoconsommation est la règle, l’autosuffisance, un signe d’aisance ». La modestie de la démographie, expliquerait selon l’auteur l’importance des tombes, « on se sert de tous, les vivants et les morts pour marqer le territoire, et ne pas rester seuls, écrasés par le vide... ». Dans ce chapitre il raconte aussi les légendes, les revenants, les sorciers les mazzeri. Toute cette partie du livre s’intègre parfaitement à la démarche anthropologique de la Collection Terre Humaine.

La deuxième partie du livre traite de la période qui commence avec la fin de la Révolution jusqu’à nos jours. Comme la première, les chapitres sont d’intérêt assez inégaux.

« chez nous, on aime le pouvoir« 

Les relations des membres de sa famille au pouvoir, royaliste avec la recherche de titres de noblesse ronflants, de l’église avec des prélats influents, judiciaires … ces relations donc sont examinés minutieusement, trop minutieusement à mon goût avec des longueurs. Et entre ces recherches généalogiques et parfois fastidieuses des anecdotes sont savoureuses. Des faits historiques, la participation de sa famille (et des corses en général) à la saignée de la Première Guerre mondiale, à l’aventure coloniale et à la Résistance, sont parfois fort intéressants.

Ce gros livre (416 p) est donc une mine de renseignements et mérite qu’on se donne la peine d’y consacrer un temps de lecture, même si je ne me suis pas interdit de lire certaines pages en diagonale.

« 

Le chemin de Guy le facteur, Serriera, plage de Bussaghia

CARNET CORSE

Nous nous sommes levées assez tôt pour que la randonnée du Chemin de Guy le facteur s’effectue dans la fraîcheur et le calme du matin. Un message sur le tableau de bord de la Smart nous inquiète « Vérifiez la pression des pneus ». Après le passage derrière le bungalow dans les ornières et les pierres nous craignons le pire. La station-service est installée sur la D81, non loin de Marina Livia. La dame est gentille, elle vérifie elle-même les pneus, rien d’anormal, tout est OK. Sauf que le message s’est incrusté sur le tableau de bord qu’il faudrait réinitialiser comme un véritable ordinateur.

Nous arrivons à 10h15 au Col de la Croix(Bocca Croce). Du parking il y a une vue panoramique et un panneau que je résume ici :

E TRE SIGNORE

Sur les pitons dominant Foce d’Ortu se trouvait un château qualifié par les génois de « terribilissima et spaventata ». Ghjuvan-paulu di Leca s’y était retranché avec les siens ; Le 29 mars 1489, les Génois prirent le château n’épargnant ni les femmes ni les enfants. Après avoir rasé le château, ils détruisirent les hameaux de la Pieve, interdirent aux populations d’y revenir. Durant deux siècles, seuls les bergers transhumants revinrent sur le littoral devenu inoccupé. Les pillages des Barbaresques vinrent s’ajouter aux causes de désertification.

Plus au loin E TRE SIGNORE est un lieu de légende. On raconte que les femmes préféraient se jeter dans l’abîme plutôt que de s’y rendre. Une autre version nomme la montagne « U capu ai i signori » raconte que tous, hommes, femmes et enfants s’y donnèrent la mort plutôt que de se soumettre. « 

Le chemin du Facteur Guy

 

Pendant 30 ans, Guy apportait le courrier à pied à Girolata petit village de pêcheurs et bergers isolé. Le sentier de randonnée utilise donc un sentier traditionnel facile, bien dégagé, parfois entre des murettes. Une petite fontaine décorée de galets comme nombreuses fontaines corses,  coule ; j’aurais aimé y boire mais un écriteau prévient « eau non potable » . Je marche dans le maquis entre des bruyères arborescentes, des arbousiers et des chênes verts. Encore une fois je suis étonnée de la luxuriance de la végétation. Les arbres procurent une ombre très agréable sur une grande partie du trajet. Seul inconvénient : la vue, les échappées sur le Golfe de Girolata sont rares. Je croise des « vrais randonneurs » lourdement chargés avec hauts sacs à dos et bâtons de marche.

Je n’atteindrai pas Girolata, il est déjà 11h quand j’arrive sur la plage de Tuara occupée uniquement par deux couples et une vache. Un voilier mouille en face. Un garçon et une fille nagent nus. A les voir s’entortiller dans la serviette, j’en conclus que ce ne sont pas des naturistes mais plutôt des randonneurs qui n’ont pas de maillot de bain dans leur chargement. Je m’autorise une baignade d’une demi-heure. Je nage dans un décor splendide, un léger clapot agite l’eau mais rien de gênant pour se baigner.

11h30, il faut remonter, la descente a pris 45 minutes, il faudra 1h pour la montée. Montée facile. Les promeneurs sont nombreux.

12h30 nous faisons un détour par Serriera, commune dont dépend Marina Livia. C’est un village étagé au flanc de la montagne. Les maisons neuves sont dispersées, les anciennes regroupées en face de la minuscule église. Le café fait aussi alimentation. Malgré l’heure de midi bien passée, la porte est ouverte. La patronne quitte le bistro pour me servir. Il y a de tout dans sa boutique, eau et vin mais aussi pain frais et jambon. La dame peut faire des sandwiches pour les randonneurs. Il y a toute l’épicerie de base. J’emporte un cake pour le petit déjeuner afin de ne pas avoir l’estomac vide dans el bateau.

Nous déjeunons d’une salade pommes de terre, thon, anchois, olives. Un classique pour nous. Raffinement : Dominique a trouvé de la coriandre séchée.

baignade

La plage de Bussaghia vue de la route de Porto

Le petit clapot dans l’anse protégée s’est transformé en houle et en vagues. Au milieu de la plage de Bussaghia, impossible se baigner au milieu de la plage en face des restaurants et des parasols. Tout le monde a migré vers le Nord, là où la plage est plus plate et le gravier plus fin. Les vagues sont moins puissantes. J’entends « entrer dans l’eau n’est pas difficile, le plus dur c’est d’en sortir » prononcé par une dame du Jura. A l’arrière des vagues, je nage tranquillement, me laissant ballotter dans les creux et les bosses de la houle. J’envie un homme chaussé de grandes palmes qui coupe droit à travers la surface mouvante alors que je me laisse porter comme un bouchon. Quand je retrouve mes affaires sur la rive, mon paréo est trempé, bouchonné, comme une vieille serpillière

 

Murtoriu – Ballade des Innocents – Marc Biancarelli

LIRE POUR LA CORSE

 

« en langue corse, le mot « murtoriu »revêt le double sens de « glas » et « avis de décès »

Ainsi commence ce livre. Je suis prévenue. Cela ne sera donc pas gai. Après Colomba, Mateo Falcone, de Mérimée et A son Image de Ferrari, mes lectures forment une suite funèbre. Existe-t-il un côté souriant dans la littérature corse?

Et comme prévu, ce n’est pas drôle du tout. Le narrateur, un libraire ayant des velléités d’écriture, ferme sa librairie en saison, quand peut être des vacanciers lui achèteraient des livres. Mais le Libraire se spécialise en poésie et non en guides touristiques. D’ailleurs il méprise les vacanciers, touristes et continentaux en général sans faire de cadeaux aux Corses qui se compromettent dans le tourisme, ou qui pratiquent des extorsions ou ceux qui sont rustres…pratiquement tout le monde. Quand le narrateur parle de sa personne, il est d’une prétention agaçante et sentencieuse. Ce qui n’épargne pas la vulgarité  au lecteur.

Il mêle à ses états d’âmes le récit de braquages et d’extorsion d’un couple de voyous:

« sur ces Terres, il y a une guerre éternelle. Il y a des gens qui assassinent d’autres hommes. C’est de cela que je vais parler. d’une guerre. Totale. Dans chaque recoin du pays. Je ne sais pas où ils ont appris à tuer.  Mais il y a ces visages dans les journaux, presque toutes les semaines »

Ce n’est pas de Vendetta romantique comme dans Mérimée, ni de « libération d’un colonialisme » qu’il s’agit, mais d’assassinat.

Il raconte aussi l’histoire de Marc-Antoine Cianfarani, mobilisé au mois d’août 1914, et de tous ces paysans corses dont les noms figurent sur les monuments aux morts de la Grande Guerre. Cela m’a touchée. Disproportion monstrueuse entre le nombre de morts rapporté à la population actuelle de ces villages complètement dépeuplés. Chaque fois qu’on traverse un village je peux faire cette constatation.

La description de la nature, des parties de chasse et de pêche, de la vie du berger m’ont énormément plu. Surtout le récit minutieux du travail du berger, la fabrication du fromage. C’est ce que j’ai préféré dans le livre.

PS je viens de me relire et je m’aperçois que la fin du billet a disparu! je corrige d’autant plus qu’il s’agit de ce que j’ai préféré dans ce livre.

 

 

Piana calanche et village

CARNET CORSE

calanche de Piana vues de la route

 Histoire de Piana

D’après  le panneau du parking de la Croix :

« Le village de Piana se développe à la fin du 17ème siècle sur un site déserté à la fin du Moyen Âge. C’était autrefois le cœur du territoire de la Pieve di Salognu. L’église pievane dédiée à san Marcellu se trouvait à 2 km de Piana, romane, 12ème siècle complètement ruinée actuellement. La Pieve di Salognu a connu une histoire tourmentée, soumise aux razzias barbaresques sa population s’est repliée dans les hauteurs ; elle a pâti des guerres entre Gènes et les seigneurs de Leca, en 1489 : en 1540 elle fut ravagée par Dragut. Pendant deux siècles les Génois interdirent toute installation pérenne . en 1690, Piana est reconstruite autour d’une maison forte. Son église fut achevée en 1792. Dès le 19ème siècle, ses calanche deviennent une destination touristique prisée »

En raison d’une météo incertaine nous choisissons une promenade terrestre : les calanche de Piana

Samedi, j’ai vu les grottes et les falaises du zodiac. Eblouie par le spectacle de Scandola je n’avais pas été aussi admirative que j’aurais dû. C’est toujours ainsi quand on accumule les visites ; On se blase facilement.

Alors que nous arrivons à Porto, un avion jaune fonce sur nous suivi par deux autres qui rasent la surface de la mer. C’est la sécurité civile. Y-a-t-il un incendie dans la montagne ? Nous ne les reverrons pas.

Chaos granitique

Entre Porto et Piana la route est spectaculaire, une douzaine de virages, et de points de vue à couper le souffle. Les calanche terrestres sont formés par un affleurement granitique de granite rose ou gris sculpté par l’érosion ; ce n’est pas le chaos classique de grosses boules empilées. Les diaclases sont verticales et resserrées. Le granite s’érode en grande plaques débitées en doigt qui pointent vers le ciel. Les écailles superficielles, en pourrissant sont devenues de l’arène granitique meuble qui a laissé des vides et des creux creusant des fenêtres et des formes bizarres. Chacun veut prendre sa photo. Les voitures stationnent chaque fois que c’est possible et souvent gênent le trafic. Embouteillage permanent mais quel spectacle !

Le château fort

La balade du « château fort » commence au pied du rocher de la « Tête du Chien » notée 30 mn. Courte promenade, mais beaucoup plus sportive que je ne l’attendais. Ce n’est pas un beau chemin comme ceux que j’étais habituée à parcourir mais un parcours un peu acrobatique dans le chaos granitique. On monte et on descend, il faut parfois s’aider des mains (merci au petit genévrier qui m’a permis de me hisser). Il y a un monde fou : des jeunes tchèques venus par deux autocars de Prague forment une longue file « bonjour ! Merci » disent-ils quand on les laisse passer. Ils sont bien polis mais ils pourraient songer à s’effacer. En sandales dorées ou en équipement d’alpinistes, ils occupent le site et finissent pas m’agacer. Le « château » n’est pas une construction médiévale mais un gros rocher cubique, aux parois verticales et au sommet plat.

Rocher bizarre

Quand je remonte, l’embouteillage bat son plein. La municipalité de Piana a prévu une circulation alternée que de jeunes fonctionnaires à vélo, habillés de gilets fluos, et équipés de walkie-talkie, font respecter en faisant garer les voitures au passage des cars et camions. « Trois cars vont passer » préviennent-ils.

Le village de Piana

Eglise de Piana

Le village est construit en amphithéâtre à flanc de colline. A l’entrée deux très beaux hôtels, des villas 1900. Plus loin, le village est ramassé autour de l’église de l’Assomption. Ses portes peintes sont originales, gaies, peintes en bleu, décorées d’une rosace en relief. L’intérieur est entièrement peint à fresques en trompe-l’œil, dans une grisaille qui imite le marbre gris avec des médaillons. Le petit village (485 habitants) est très sympathique. Vivant du tourisme, il a su garder la simplicité d’un bourg rural. Coexistent de belles bâtisses de granite et de plus petites maisons au crépi fané. Certaines maisons croulent sous les fleurs : bougainvillées, géranium, dahlias. D’autres sont plus simples. De petites boutiques proposent des produits locaux. Je découvre enfin le brocciu que je cherchais (9€) ? il y a aussi des plats préparés dans des barquettes en aluminium : poivrons et courgettes farcies au brocciu, lasagnes.

 

Nous dégustons les farcis (tièdes) le pâté de sanglier et le brocciu : échantillon des spécialités corses. Pour le soir j’ai acheté chez le boulanger qui passe à Marina Livia (c’est le boulanger de Piana) une bastella : chausson fourré aux blettes et au brocciu,  et un à la courge. Il en existe aussi aux oignons.

 

 

 

 

Gorges de Spelunca – Evisa – forêt d’Aïtone

CARNET CORSE

Gorges de Spelunca : pont génois  sur le ruisseau

La promenade des gorges de Spelunca débute 2 km après Ota, passés les « deux ponts » et emprunte l’ancien chemin d’Ota à Evisa sur le chemin de randonnée Mare e Monti. L’itinéraire est jalonné de panneaux présentant les animaux et les végétaux. Je suis étonnée de cette flore de milieu humide avec des fougères, sélaginelles, petits cyclamens qui ont fleuri après la pluie, salamandres et lézards. Malheureusement les panneaux sont très dégradés, décolorés ou troués – on a fait des cartons. L’un d’eux décrit les propriétés du buis qui se trouve être en bon état mais je reconnais les dégâts des pyrales ; ces derniers jours nous subissons au gîte une véritable invasion de petits papillons de nuit gris qui ressemblent bien à la pyrale. La promenade dans les gorges est bien plaisante. Le sentier est dallé de granite ; il monte et descend si bien que le dénivelé n’est pas fatigant. A nos pieds coule le ruisseau.

 

La première partie de la balade se termine au pont de Zaglia qui franchit un autre torrent. Ce pont est très arqué en raison des crues violentes. Il a été construit au 18ème siècle. Pont muletier : deux mulets chargés devaient pouvoir s’y croiser. La suite du parcours est conseillée aux randonneurs avertis (650 m de dénivelé – 4 h). Le sentier monte en lacets le long de la paroi. Il a été dallé « à pas d’âne », les marches ont été espacées pour que l’âne monte confortablement.

Pour rejoindre Evisa en voiture nous continuons la D124 ; extrêmement étroite et sinueuse débouchons sur la D84 (route de Corte) toujours aussi tortueuse et occupée par un troupeau de chèvres aux longs poils et belles cornes, les chèvres marchent tranquillement au milieu de la chaussée sans faire d’efforts de s’en écarter malgré le trafic. La plupart des automobilistes sont des touristes ravis de les rencontrer. Personne, ni homme ni bête ne s’impatiente.

les cochons sur la route

Après les chèvres, les cochons sont vautrés sur le bas-côté, de toute taille et de toutes couleurs. Un verrat noir dort, allongé tandis qu’une truie dispute très violemment un de ses porcelets. Comme les chèvres, les cochons sont une attraction ; les touristes descendent de voiture, filment ou photographient. Les cochons ne sont pas farouches. Un petit vient se frotter à mes jambes. Une jeune femelle se couche sur le dos comme un chien qui demande qu’on lui gratte le ventre. Tous les cochons ne sont pas en liberté ; Certains sont enfermés dans un enclos. Tous finiront en charcuterie, en attendant, ils ont la belle vie. Ces élevages de porcs ne sentent pas mauvais comme les élevages industriels. On ne voit ni lisier ni purin.

Une virée dans la campagne

Quand on monte en altitude, les châtaigniers sont plus fréquents. Ils sont déjà chargés de bogues piquantes. Curieusement elles ne sont pas dispersées dans l’arbres mais regroupées sur certaines branches. Le châtaignier est l’arbre emblématique d’Evisa. Au 17ème siècle les Génois incitèrent les Corses à les planter et les greffer ; selon Paoli, le châtaignier est « l’arbre à pain » la production abondante de glands et de châtaignes confère aux porcs une qualité exceptionnelle. Le marron d’Evisa peut être transformé en marron glacé. Nous avons la ferme intention d’en acheter, mais la saison terminée, on ne nous propose que de la « confiture de marron». La farine de châtaigne est récompensée par une AOP « Farina di Corsica ».

Forêt d’Aitone

A la sortie d’Aitone, il y a un sentier d’interprétation de la châtaigne (2h30). J’emprunte le tronçon fléché « piscines naturelles, cascade » sur le GR Mare e Monti tracé sur un chemin de transhumance. En fait de piscines naturelles et de cascades et vasques, un petit filet d’eau s’écoule. Des touristes ont installé des serviettes mais on ne peut guère s’y baigner, tremper les pieds et se rafraîchir !

Châtaignes d’Evisa

La forêt est plantée de pins Laricio, pins maritimes  d’une taille remarquable. M’attendant à trouver une grande cascade je dépasse d’abord l’escalier qui descend au ruisseau et je continue Mare e Monti jusqu’à une passerelle suspendue. En revenant je découvre un ancien moulin à châtaignes sur le bord du chemin.

Pour pique-niquer, nous trouvons un coin parfait sur la route de la maison forestière. Difficile d’évaluer la hauteur des pins ! Même le houx est géant.