Albrecht Altdorfer (1480 – 1538)de Ratisbonne , proche des humanistes fut le chef de file du « style du Danube » selon la présentation de l’Exposition. L’exposition chronologique commence par les Jeunes années et le style en formation où les œuvres d’Altdorfer sont mises en regards avec les maîtres qui l’ont influencé : Dürer (1471 – 1528)de Nuremberg, Cranach (1472 – 1553) Mantegna (1431 – 1506) et d’autres italiens.
St François recevant les stigmates et St Jérôme en pénitent
Ces deux petits tableaux de style miniaturistes sont exposé à côté de deux gravures de Dürer et de Cranach dont la composition est très voisine. Si Altdorfer s’est peut être inspiré de Dürer celle de Cranach est postérieure. De même une Vierge aux longs cheveux d’Altdorfer est très proche de celle de Dürer.
Le rêve de Pâris
A côté des sujets religieux, ou inspirés de la mythologie, comme Vénus et Cupidon ou l’Allégorie nettement inspirée par les Quatre Muses de Mantegna et le Rêve de Pâris, Altdorfer aime représenter des couples d’amoureux
Couple d’amants dans un paysage
Chastes amoureux dans un champ de blé
couple d’amoureux dans un champ de blé
Quelquefois, il est plus grivois avec ces lansquenets lutinant des amoureux
Deux lansquenets et un couple d’amoureux
A propos de lansquenets cela me fait penser à la Farnesina!
Lansquenets avec des plumes sur le casque aussi dans le cortège de Maximilien, oeuvre géante de 139planches, frise de 80 m de long;
cortège de Maximilien
j’ai adoré ces gravures ou dessins, parfois rehaussés de gouache. On pourrait rester des heures à observer tous les détails. Heureusement que les visiteurs qui doivent réserver un créneau de visite, Covid oblige, ne sont pas nombreux. Il y a même des gravures minuscules comme cette histoire sainte
Passion du Christ
habile dessinateur et graveur, Altdorfer est aussi peintre
Crucifixion
Peintre aussi de batailles (on pense à Uccelo)
Bataille de Charlemagne contre les Avars aux abords de Ratisbonne
Comme j’aurais aimé voir le chef d’œuvre de la Bataille d’Issos que livra Alexandre contre Darius. Elle est restée à Munich mais une étude détaillée sur un grand écran nous la fait connaître.
Altdorfer et Dürer ont aussi peint et dessiné des paysages ce qui était une nouveauté. mon préféré est ce Val D’Arco de Dürer qu’on peut contempler aussi longtemps pour découvrir les détails du village sur l’épaulement.
Dürer : Val d’ArcoAltdorfer : paysage
La présence d’épicéas est récurrente dans les paysage d’Altdorfer
Altdorfer : paysage (avec épicéa)
Une bien belle découverte que ce Maître de l’école du Danube! et une belle exposition avec en prime, Dürer, Cranach, Mantegna…26
EXPOSITION TEMPORAIRE AU MUSEE D’ART MODERNE DE PARIS
du 18 septembre 2020 au 10 janvier 2021
Cérémonie (1947)
Victor Brauner est né en 1903 à Piatra Neamt (Moldavie) pendant sa jeunesse roumaine 1920 -1925 à Bucarest il invente la picto-peinture avec Ilarie Voronca et subit l’infleunce de Cézanne mais aussi des cubistes
Brauner Portrait de Mme R.B.
Il arrive à Paris en 1925 où il fréquente entre autres Chagall et Delaunay. Il retourne à Bucarest où il expose puis reviendra à Paris en 1930 où il rencontre Brancusi, Giacometti et surtout André Breton et les Surréalistes. L’aventure surréaliste se poursuivra jusqu’en 1948 où il sera exclu du groupe .
Brauner dessin
L’exposition du MAM consacre une salle aux dessins de l’époque. Brauner dessine depuis l’enfance. Son tracé est très sûr et la technique éblouissante. Il se laisse entrainer par un dessin automatique analogue à la démarche des surréalistes.
Brauner : l’Etrange cas de Monsieur K 1934
On retrouve ce graphisme dans un tableau noir très étrange que j’ai bien aimé
Brauner : Débris d’une Construction d’Utilité
Dans les années 30 il adhère au parti Communiste clandestin et on peut imaginer une dimension politique dans la critique du fascisme
Brauner 1935 : Hindenburg
peut on imaginer une dimension politique dans la création de Monsieur K , une sorte d’Ubu dont il donne de multiples images
Monsieur KEtrange cas de Monsieur K la morphologie de l’homme
Certains tableaux font penser à de Chirico ou Dali
Brauner : La ville qui rêve
Autour de 1937, en tant que Juif et Communiste, Brauner se sent menacé et quitte la Roumanie pour Paris qu’il devra fuir dans l’attente d’un visa américain qui ne viendra pas. Brauner passera donc la guerre dans la clandestinité caché d’abord dans le midi puis dans les Hautes Alpes.
Une section de l’exposition est consacrée à ces années : Les Frontières Noires de la Guerre. Toute une série de tableaux sont sombres, peints avec les matériaux que le peintre trouve sur place : brou de noix, cire qu’il incise
Mais c’est aussi pendant les années de guerre qu’il sculpte le Congloméros sculpture anthropoïde, deux hommes et une femme mêlés, chimère hermaphrodite et désarticulée
Congloméros(plâtre) et la Palladiste(tableau)
En une nuit, Brauner dessine 50 dessins, esquisses préparatoires au Congloméros. En plus du Congloméros il invente d’autres chimères .
Tôt-in-Tôt la Grande Métamorphose
Après la guerre ses oeuvres sont plus colorées plus fantaisiste, mythologique. On dirait qu’il emprunte aux mythes égyptiens, azthèques ou africains motifs et couleurs.
Rencontre avec 4 chats du Monde
Brauner
Vers la fin de sa vie il combine sculpture et peinture en concevant de cadres très décoratifs. Des documents audiovisuels permettent d’entendre le peintre parler avec beaucoup d’humour de son oeuvre.
Christian Diorest natif de Granville (1905). La maison de famille : la villa des Rhumbs a été vendue à la suite de la Crise de 1929 et rachetée par la Ville de Granville qui y a installé un musée. La Haute Couture ne m’intéressant pas vraiment, je me contente de faire un tour dans parc fleuri. La roseraie n’est pas à son avantage en fin d’été caniculaire, les massifs sont colorés mais rien d’exceptionnel.
Le tour de la Pointe du Roc par le GR223
L’accès au sentier côtier au niveau du jardin Dior est provisoirement fermé, en travaux. Déception!
La Ville Haute
les remparts de Granville
Ville close dont je fais le tour des remparts en commençant derrière l’église Notre Dame, puis j’arrive à la Porte monumentale qui commémore le siège de 1793 et la défaite des armées chouannes. le Musée Historique est installé au dessus de la Porte de la Ville mais des fissures dans le bâtiment l’ont fait fermer au public.
Granville : la porte de la Ville haute
Cette ville de granite, enclose dans ses remparts, ville de corsaires me fait penser à Saint Malo . Les deux cités sont bien différentes ! Par la taille, d’abord. Granville ne présente pas le quadrillage et la symétrie des immeubles classiques de Saint Malo, Granville est bâtie de façon plus lâche, avec des maisons mitoyennes toutes différentes. Elle est moins sévère : les habitants de Granville ont posé des potiches, des jardinières fleuries dans la rue ce qui concourt à la tranquillité de la promenade. Le tourisme y est moins développé : pas de magasins de souvenirs ni de marques internationales de l’habillement planétaire. Seulement quelques librairies, des galeries d’art. Sur une place des terrasses de restaurants traditionnels, quelques cafés. C’est donc une flânerie tranquille dans des rues bordées de maisons à un ou deux étages sans prétention. Bien sympathique.
Le Musée d’Art Moderne Richard Anacréon
Il offre une visite très agréable. Richard Anacréon né et mort à Granville (1907 -1992) était un collectionneur et un libraire. Ami de Colette de Paul Valery, il fonde à paris en 1940 une librairie L’Originale fréquentée par Derain, Utrillo, Blaise Cendrars, Cocteau…..
Les collections permanentes offrent un aperçu de la peinture du 20ème siècle avec en plus un Courbet : Vue du Lac. Emile Bernard, des néo-impressionnistes, Vlaminck, Van Dongen, Kremegne, Derain,Lhote.…et d’autres que je ne connaissais pas.
Les expositions temporaires sont également intéressantes : un photographe Savitry (1903 – 1967 ) qui a tiré le portrait du Tout-Paris et surtout du Paris de la nuit, les portraits de Prévert et de Django Reinhardt m’ont plu. Montparnasse de 1930 à 1950, maintenant historique.
Exposition sur Colette l’intrépide dans laquelle j’aurais aimé passer plus de temps. Colette était une amie d’Anacréon et de Savitry.
Exposition temporaire du 18 septembre au 14 décembre 2020
la Récompense du Devin
Giorgio de Chiricoest né à Volosen Thessalie où son père, ingénieur a construit une voie ferrée de Miliès dans le Pélion jusqu’à Volos. Ce détail a son importance parce que les trains sont très présents dans les tableaux ainsi d’ailleurs que la figure du père. La mythologie grecque est aussi source d’inspiration pour le peintre : Centaures et Prométhée sont le sujet de tableaux de jeunesse (que je n’ai pas beaucoup appréciés) dans la première salle de l’Exposition, face à des tableaux de Böcklin rappelant le passage du peintre à Münich où il a étudié.
Peinture métaphysique(l’expression est d’Apollinaire et peut être philosophique quand De Chirico s’attache aux pas de Nietzsche à Turin. travail pictural, sur le temps, l’Eternel Retour, les arcades de Turin. De Chirico choisit comme décor une ville vide, intemporelle pour des figures énigmatiques.
De Chirico : la Nostalgie de l’Infini
« L’abolition du sens en art, ce n’est pas nous qui l’avons intentée. Soyons justes, cette découverte revient au polonais Nietzsche, et si le Français Rimbud fut le premier à l’applique dans la poésie, c’est votre serviteur qui l’appliqua pour la première fois dans la peinture. »Giorgio de Chirico 1919
De Chirico : La Conquête du philosophe
De Chirico arrive à paris le 14 juillet 1911. En 1913, il est découvert par Apollinaire, exposé dans la galerie de Paul Guillaume. Il rencontre Picasso.
Portrait de Guillume apollinaire – portrait prémonitoire avec la cible?
Une série de tableaux marque l’arrivée du mannequin
De Chirico : Le Voyageur sans fin
et le le Vaticinateur
Le Vaticinateur
Ce mystérieux personnage est un devin, un mannequin auquel le peintre s’identifie comme le laisse penser le tableau sur le chevalet représentant une ville en perspective. Le personnage adopte une improbable position : la tête de face, les épaules de 3/4, et les jambes de profil. Sa tête lisse porte un bandeau, un oeil unique, une cible, l’œil rappelle celui que les anciens peignaient sur les bateaux pour se prémunir du mauvais sort.
Ferrare : dialogue muet entre différents objets, absurdité?
En 1915; l’Italie mobilise, Giorgio de Chirico et son frère, le peintre, Alberto Savinio rentrent en Italie. A Ferrare, il va peindre une série de tableaux sur la Grand folie du monde
Ferrare : au centre un thermomètre, un poisson dans une boîte….
En 1918 les peintures de De Chirico font face à celles de Carrà et Morandi qui utilisent les mêmes figures du mannequin et des objets, même codes pour une peinture métaphysique
madre e figlio
la figure du mannequin peut aussi être une référence à la deshumanisation que la Guerre a causé, aux gueules cassées et aux prothèses pour réparer les dégâts du conflit.
Morandi
De Chirico peint aussi des intérieurs métaphysiques :
Intérieurs métaphysiques
La peinture métaphysique qui a séduit Bretonet les surréalistes s’arrête au début des années 1920, De Chirico choisit un retour à une expression plus classique. l’exposition ne rend pas compte de l’évolution ultérieure de la peinture de ce peintre qui vivra jusqu’en 1978.
Au contrôle des billets (électroniques) je demande où se trouve la Peinture Française. « Les salles du 2ème étage sont fermées, il faudra se contenter du 18ème et 19ème siècle » me répond le gardien.
Aile Denon, en haut de l’escalier de la Victoire de Samothrace, je trouve les Grands Formats. Deux galeries, rouge sang, rouge impérial, séparées par le Salon Denon sont dévolues à la Peinture de 1780 à 1850.
La première met à l’honneur David et son monumental Sacre de Napoléon 1er. Toile immense (621 cm x 979 cm) battues de quelques décimètres par les Noces de Cana, elle attire le regard et occupe le centre du mur. On ne voit qu’elle. je ne m’attarde pas, si l’épopée de Bonaparte m’intéresse, les fastes de l’Empire m’agacent.
David autoportrait
Autour et en face, le tableaux historiques et romains de David : Les Sabines arrêtant le combat( 1799), Léonidas aux Thermopyles (1814), Le serment des Horaces (1784), Les licteurs rapportant à Brutus le corps de ses fils (1789). Ces tableaux néo-classiques donnent une ambiance héroïque et martiale qui s’accorde avec l’épopée napoléonienne glorifiée par le Sacre. En traînant dans les coins, en s’attachant aux plus petits tableaux, je découvre un Sommeil d’Endymion de Girodet, avec un éclairage presque caravagesque et une ambiance pré-romantique. David se révèle également un excellent portraitiste Avec le Portrait de Pierre Sérignat (1795) et d’Emilie Serignat. Un peu de fraîcheur dans cette solennité romaine virile. La plus grande tendresse est apportée par l’autoportrait d’Elizabeth Vigée-Lebrun en compagnie de sa fille. J’ai aussi aimé l’autoportrait de David. Face au Sacre : la très célèbre Madame Récamier. Autant les scènes historiques, romaines et le Sacre me laissent froide, autant je suis touchée par David portraitiste.
Ingres Oedipe et le Sphinx
Plus avant dans la galerie, apparaissent d’autres artistes : Ingres et Gros. Ingres s’inscrit aussi dans la peinture antique avec Oedipe expliquel’énigme au Sphinx(1808) et avec le très grand tableau d‘Homère déifié. Bien sûr, sa grande odalisque est à l’honneur.
Je ne connaissais pas Prud’hon , l’Enlèvement de Psychéet La Justice et la Vengeance divine poursuivent le Crime(1806) se déroulent dans une atmosphère fantastique avec des gris sombres et l’éclairage de la lune.
Le Salon Denon, carré est décoré d’un plafond spectaculaire : au centre un médaillon sculpté est sans doute une allégorie de la peinture entouré de quatre fresques au coloris pastels réalisés par Charles Louis Müller (1863-1866) chacune glorifiant le règne de quatre souverains mécènes : Saint Louis avec la Sainte Chapelle, François Louis XIV et Versailles, 1er à Chambord et Napoleon 1er devant l’arc de triomphe du Carrousel.
Une boutique de souvenirs occupe la moitié du Salon Denon et détourne l’attention des visiteurs des tableaux exposés qui ne sont pas mis en valeur. Il faut dire que la Salle des Etats débouche en face et que les visiteurs de la Joconde se précipitent sur les cartes postales après avoir fait leur selfie.
Gros Bonaparte visite les pestiférés de Jaffa (détail)
La Galerie Mollien est la réplique symétrique de la Galerie Daru qu’on vient de quitter : même rouge sang, même disposition. Si la première tournait autour de David, dans la Galerie Mollien, Géricaultet Delacroixen sont les vedettes. Gros illustre les campagnes napoléoniennes, La visite de Bonaparte aux pestiférés de Jaffa, m’intéresse, j’aurais pu utiliser la photo pour illustrer Turbans et chapeaux de Sonnallah Ibrahim qui raconte cette anecdote ; cela me fait aussi penser à la visite à Beyrouth de notre Président(quelle coïncidence!). Son portrait de Murat chamarré aurait pu figurer dans mon billet relatant la visite à la forteresse aragonaise de Pizzo en Calabre où il a finit sa vie.
Gros Portrait équestre de Joachim Murat
Face à Murat par Gros, un autre cavalier, par Gericault : Cuirassier blessé (1814) personnifie les incertitude et la vulnérabilité après les revers de 1812.
Au centre, à la place d’honneur : Le Radeau de la Méduse symétrique du Sacre de la Galerie Daru. Célébrissime. je suis surprise par son aspect sombre (sale?). Ces couleurs sales dramatisent la tragédie, seul signe d’espoir, les chiffons blancs qui volent au vent. Signe d’espoir ou violence de la tempête? Sur le mur d’en face, très grand et nettement plus colorée la toile du Massacre de Scio (1824) . De l’Antiquité grecque et romaine on glisse vers l’Orientalisme avec la Mort de Sardanapale. (1827). Du néo-classicisme on a évolué vers le Romantisme. Les guerres napoléoniennes sont finies, l’héroïsme et les scènes de bravoures trouveront leur inspiration dans les guerres d’indépendance de la Grèce. Sardanapale vient d’ailleurs d’un poème de Byron.
Delacroix : massacre de Scio
Les Femmes souliotesde Scheffer (1827-1828) et la Prise de Constantinople par les Croisésde Delacroix(1840) sont de la même veine.
1830, La Liberté guidant le Peuple m’apparaît presque petite à côté des énormes tableaux napoléoniens.
Dante et Virgile aux enfers(1822) est exposée à côté de la Liberté. Pendant que j’essaie de cadrer avec mon smartphone la barque de Dante, passent deux personnages, père et fils habillés d’une harmonie parfaite de jaune rouge et noir, (belges ou allemands?) Papa porte en bandoulière un téléobjectif de photographe animalier. Et que vise-t-il? non pas la Liberté qui ne nécessite pas un tel équipement, mais son fils en plein devant le tableau, en masquant un bon quart. Chercher le spectacle dans les œuvres exposées, dans leur décor et aussi parmi les visiteurs!
1834 Les Femmes d’Alger, marquent les conquêtes coloniales.
Elacroix mort de Sardanapale
Jeanne d’Arc d‘Ingres et Suzanne de Chasseriau gardent la porte de sortie de la Gallerie Mollien. Nous parvenons alors dans un autre salon carré : Le Salon Mollien occupé par une belle cafeteria : self service avec les fenêtres qui regardent les Tuileries et l’Arc de Triomphe du carrousel. Côté cour et pyramide, une belle terrasse est installée au dessus du bassin et un petit jet fait un bruit rafraîchissant . Surtout, être à l’extérieur à une terrasse de café permet d’ôter un moment le masque. Qui sont les personnages géants debout dont je ne vois que le dos?
La Grande Galerie fut construite entre 1595 et 1610. Décorée par Nicolas Poussin, elle abrita les Plans-reliefs de 1697 à 1777. Le Musée fut ouvert en 1793.
Elle abrite la peinture italienne et les chefs d’oeuvre les plus connus. Grands tableaux accrochés chronologiquement qui se répondent. Parfois deux maîtres ont traité le même thème et se retrouvent proches.
Je remarque d’abord la Bataille de San Romano d’Uccello (1440-1445), composition extraordinaire ds lances et des pattes des chevaux où seul au milieu Micheletto da Cognole coiffé d’un turban se détache sur des anonymes chevaliers en armure.
je découvre des peintres dont je n’avais jamais entendu parler : Bondone, Lo Zoppo (1455)
Lo Zoppo – la Vierge entourée de 8 anges
Le Saint Sébastiende Mantegna (1480) fait face à celui du Perugin (1450). Même sujet mais deux tableaux si différents. Le martyre est accroché à un pilastre antique à l’avant d’un paysage pittoresque chez Mantegna.
En face je retrouve Mantegna dans un sujet tout à fait profane : Minerve chassant les vices dans les jardins de la vertu qui fait partie d’un ensemble de cinq tableaux peints par des artistes différents (Mantegna, Perugin Costa) mais dans des formats et des cadres identiques pour la Duchesse de Mantoue. C’est un Mantegna inattendu, j’ai beaucoup aimé les amours à ailes d’insectes et aussi les citrons rafraîchissants.
Mantegna : Minerve chassant les vices dans les jardins de la Vertu (détail des amours avec des ailes de papillons ou de libellules)
Après Saint Sébastien, Saint Jean Baptiste, de Leonard da Vinci, de son atelier, transformé en Bacchus? Raphael l’a aussi représenté avec le geste de l’index.
Saint Jean Baptiste Leonardo da Vinci (1513-1516)Lumineuse Prédication de Saint Etienne à Jérusalem de Carpaccio (1514) qui s’est amusé à donner une tonalité orientale avec les barbes et turbans et constructions pittoresques
Carpaccio : Prédication de Saint Etienne
Un micro rappelle les prescriptions sanitaires pour la Covid19 : nous approchons de la Salle des Etats transformée en salle d’embarquement d’aéroport pour canaliser les fans de Monalisa que je snobe. Ne pas se laisser intimider par le labyrinthe : les peintres vénitiens sont accroché là. On ne peut ignorer la toile géante de Véronèse : Les noces de Cana (1563 m ) de presque 10 m x 7 m. Une guide montre aux enfants le peintre qui s’est représenté, les 123 personnages et les laisse chercher les 6 chiens. Dans les Pèlerins d’Emmaüs, je note encore la présence des chiens ; aniamaux fidèles, ils symboliseraient les chrétiens.
Véronèse : noces de Cana (détail ds musiciens et des chiens)
Titienet Tintoret sont un peu dans l’ombre, dommage!
Une médiatrice fait remarquer qu’il y a deux tableaux presque identiques :La Vierge et Sainte Catherine d’Alexandrie et un lapin du Titien. Celui du haut est une copie de Manet !
Titien : Vierge au Lapin
Retour dans la Grande Galerie, dans la deuxième moitié du 16ème siècle : Correge et Andrea del Sarto autour de Raphael.
Je ne veux pas quitter la Galerie sans un regard pour Caravage avec la Diseuse de Bonne aventure je préfère celle de Rome mais surtout le portrait impressionnant d’Alof de Wignancourt, le Grand Maître de l’Ordre de Malte. Nous sommes arrivés au 17ème siècle avec les frères Carracheet Cavalier d’Arpin.
Cela fait plus de 2 heures que je transpire sous le masque…Je reviendrai bientôt pour la suite!
La Victoire de Samothrace au sommet de l’escalier nous ouvre le chemin vers la peinture italienne.
Cela ne commence pas très bien : les salles Perrier et Fontaine (1809-1812) offrent un écrin trop pompeux et surchargé pour les fresques de Botticelli .
Dans la Salle Duchâtel, le plafond représentant le Triomphe de la Peinture Française très surchargé ne parvient pas à écraser le sobre calvaire de Fra, Angelico ni d’affadir les fresques de Luini très lumineuses : l’Adoration des mages.
Le Salon Carré est en restauration : dépoussiérage du plafond doré. C’est dans ce Salon que se déroulèrent les Salons des Artistes vivants jusqu’en 1848, donnant l’expression « salon » pour ces expositions.
Le Pérugin : St Jérôme soutenant les deux pendus
les Primitifs italiens sont exposés dans la Salle des 7 mètres (hauteur de plafond) salle moderne. Je suis tellement fascinée par les œuvres que je cesse de m’intéresser à la scénographie comme j’avais commencé à le faire. Découverte étonnante de ce Maître de 1333
maître 1333 détail du retable en triptyque
je pourrais rester des heures à regarder les petits personnages de l‘Adoration des Mages de Bernardino da Parenzo , formant la caravane des rois mages en serpentant dans la montagne.
Bernardino da Parenzo détail de l’Adoration des mages
Très surprenant Stefano di Giovanni dit Sassetta (Sienne 1450) qui m’évoque les surréalistes ou De Chirico
le Bienheureux Ranieri délivre les pauvres d’une prison de Florence
1275, Guido da Siena : de tout petits tableaux dorés me rappellent les icônes byzantines
Rétrospective Turner, 70 tableaux, aquarelles et huiles en 8 salles par ordre chronologique.
Même si je suis séduite par le coloriste, le peintre de la lumière d’une modernité stupéfiante, il faut reconnaître le dessinateur précis qui a commencé sa carrière comme dessinateur d’architecture.
Stourhead vu du lac
Devant ce paysage brumeux il faut prendre son temps. La lumière surgit dans le creux de la vallée dans un ciel gris bleu. Si on est attentif on découvre une habitation sur le bord du lac, la silhouette fantomatique d’une tour carrée, donjon ou clocher? Au premier plan dessin d’une grande finesse d’un groupe d’arbres roux. Deux personnages, deux paysans avec leurs attelages labourent.
Chateau de Carnavon
le château de Carnavon est plus classique, plus 18ème siècle, par beau temps, il recèle toutefois au premier plan une surprise pour qui se donne la peine de chercher : un barde gallois donne un concert à un groupe de personnages
le barde gallois du château de Carnavon (détail)
Turner, paysagiste a voyagé et peint des paysages pittoresques, en Grande Bretagne d’abord quand les guerres napoléoniennes l’empêchent d’aborder le continent. Il peint la Tamise et les environs avec une grande prédilection pour les ponts…
Gorges de Gordale Scar
Ce défilé pittoresque est particulièrement bien rendu. Si on s’approche, on voit le troupeau.
J’ai adoré le phare de Shields, un très petit tableau bleu
phareScarborough
Quelle finesse dans cette marine!
Dès que la paix revient sur l’Europe Turner fait de nombreux voyages, en France, de Normandie à Chamonix, en Suisse et en Belgique
Glacier à Chamonix
Paysages pittoresques peints soigneusement de retour à l’atelier ou ébauches colorées qui me séduisent. Et bien sûr, l’Italie, Rome, Venise!
Venise quartier de l’ArsenalBanditi
Une surprise que ces Banditi à l’étape ou en embuscade. Turner ne peint pas de portraits rarement des personnages et pourtant!
J’aurais pu photographier ses huiles si particulières, fourmillant de personnages dans la série de Didon et Enée ou les toiles aux grands masses colorées qui ressemblent aux aquarelles. Mes tableaux préférés sont des ébauches comme ce phare et épave
James Tissot,le plus anglais des peintres français est un artiste que j’ai découvert lors de l’exposition Impressionnistes à Londres au Petit Palais et dans l’Exposition Second Empireà Orsay. Cette exposition fait une belle suite à celle des Peintres anglais au Luxembourg qui présentait de très beaux portraits de Reynolds et de Gainsborough.
J’ai eu la surprise, dans cette rétrospective de découvrir des aspects très différents de cet artiste très éclectique qui a traversé la seconde partie du 19ème siècle en exprimant de nombreuses facettes.
Questions d’influence
Faust rencontre Marguerite
Au début de sa carrière, je découvre des tableaux dans la mouvance historiciste à la manière des maîtres anciens du Quattrocento italien comme Carpaccio ou des Allemands,Cranach et Holbein. Tissot illustre Faust remis à la mode par Gounod (1859). On constate l’attention prêtée aux décors, à l’architecture. Dans la même veine, une danse macabre.
Voie des fleurs : danse macabre
Dans le style de Carpaccio, ce départ du fils prodigue de Venise. Le Thème du fils prodigue est cher à Tissot qui le reprendra beaucoup plus tard, à la veille de son retour d’Angleterre.
une autre influence exotique : le Japon qui vient de s’ouvrir à l’Occident(1853). Tissot est un des premiers japonisants
Grande japonaise au bain
Peinture orientaliste : regard d’un occidental . le modèle n’est pas japonais. En revanche le kimono attire tous les soins du peintre. Tissot est fils d’un négociant en textile et excelle à peindre les tissus, les drapés, dentelles…
Tissot portraitiste de la bourgeoisie du Second Empire
Portrait ds deux soeurs
Dans ce grand tableau où les personnages sont à taille humaine, le peintre démontre son savoir-faire. Ce serait presque une « publicité » pour attirer les commandes. J’ai bien aimé les portraits d’enfants, moins Le cercle de la Rue Royale et le portrait de famille du marquis de M, trop convenus.
Portrait des 4 enfants du banquier Gaillard (détail)
Après la Commune de Paris, comme nombreux artistes, il émigre à Londres. Anglophile de toujours, il peint la bonne société anglaise avec parfois une touche d’ironie et d’humour comme dans Too early où il moque ces invités arrivés trop tôt à un bal aux attitudes embarrassées.
Toute une salle représente les loisirs nautiques sur la Tamise, simple canotage avant un pique-nique entre les navires des docks, ou fête à bord d’un yacht luxueux, quand des allusions grivoises ne s’en mêle,nt pas comme le jeu de mots entre le HMS Calcutta (Quel cul t’as)
Gallery of HMS Calcutta
A Londres, Tissot tombe amoureux de Kathleen, son modèle
Autumn
Toute une salle dans les tons de bruns montre Kathleen, dans des parcs, des jardins. Tuberculeuse, elle décède en 1882 et après sa mort Tissot revient en France.
Avant son retour, il fait une série de 4 tableaux sur le thème du retour du fils prodigue (époque moderne). Tableau très personnels où l’on croit retrouver le père du peintre et Kathleen cousant
Retour du fils prodigue : départ
A Paris, Tissot a un projet ambitieux autour d’un cycle sur la Parisienne : La Femme à Paris qui aurait illustré des textes littéraires de Daudet, Maupassan, Zola et d’autres. Mal accueilli par la critique, le projet avortera.
la femme à Paris : chars
Vers la fin de sa vie il se consacre à la peinture religieuse, illustre la Vie de Jésus et la Bible, voyage en Terre Sainte et s’intéresse aux débuts du cinéma. On peut voir trois extraits de films d’inspiration religieuse d’Alice Guy, Olcott et Griffith
Ce n’est pas ma première rencontre avec Frida Kalhodont j’avais vu la très belle exposition avec Diego Rivera à l’Orangerie voila quelques années. A la suite de celle-ci j’avais lu l’excellente biographie des deux peintres par Le Clezio. Episode de la vie de Trotski dans l’excellent livre de Padura : L’homme qui aimait les chiens
Claire Berest a écrit Gabriële: biographie de GabriëleBuffet-Picabia, racontant avec talent la vie de Gabrieële qui vit fréquenté tout ceux qui comptaient dans l’Art de l’époque.
Je ne crois pas en Dieu, je crois en Picasso ! Et vous verrez que les œuvres murales prendront le relais des fresques des églises
Je me suis donc embarquée avec grand plaisir dans Rien n’est noir. Cette biographie est écrite sous le signe de la couleur.
Toutes les nuances de Bleupour les années de jeunesse, de l’accident à la rencontre avec Diego. Bleu d’acier pour l’accident. Bleu roila rencontre avec le plus grand peintre mexicain. Bleu outremer : le corps brisé. Bleu ciel, le ciel de son lit …Bleu égyptien, bleu ardoise, bleu safre….
Rougeles années américaines (1930 -1932) les succès des murales de Diego, les succès mondains, mariage, rouge le sang rouge de la fausse-couche, la douleur de cet avortement, rouge politique celui de la Révolution. Rouges, les tromperies de Diego, homme à femmes…
Les tromperies de Diego ne sont pas un sujet, c’est un éléphant dans la pièce. C’est l’éléphant d’el Elefante qui s’installe de force dans la cuisine en terre cuite de Fridita et fait tomber toute la vaisselle par terre avec sa large trompe incontrôlable. Trompe-Tromperies. Ce n’est pas le bon terme d’ailleurs, pour tromper il faudrait dissimuler au moins. Avoir un souci de la mise en scène. Gratifier l’autre d’un suspense.
Jaune les années 1933-1940, Jaune safran, jaune piquant, jaune beurre frais, jaune sable de la séparation, qui passe finalement à un jaune réséda, jaune tiède et âcre, du départ pour l’Amérique puis Paris, voyages seule, sans Diego. un jaune qui sent l’amertume, le manque même si Frida connait ses plus grands succès…jaune flash et j’en passe! Jaune ciel de Paris, les surréalistes, Marcel Duchamp, jaune du divorce….
tu te souviens, Diego ? En vérité, rien n’a de couleur devant mes yeux, si je ne partage pas les visions avec toi, c’est un gris qui s’abat, et qui étouffe même les chants des perroquets, il n’y a plus de contours, c’est pour toi que je peins,
Noirs les chapitres de la fin , noirs et gris cendres de la maturité, de la douleur qui ne la quittera jamais vraiment, noir de la mort.
J’ai aimé ces pages colorées. J’ai aimé les descriptions précises de certains tableaux. Claire Berest sait décrire la passion qui a animé toute la vie de Frida, passion amoureuse pour Diego, mais aussi passion pour la vie, la peinture. immense appétit de vivre, même si cette vie fut douloureuse, Passion comme celle du crucifié?