Magris consacre 70 pages à l’étape viennoise de son épopée danubienne. Pèlerinage littéraire plutôt qu’excursion touristique : aucune description des musées ou châteaux, même les parcs sont oubliés.
Le chapitre est intitulé « CAFE CENTRAL » ce sont les lieux privilégiés de la vie intellectuelle viennoise et c’est là que Magris choisit de faire ses rencontres. Je fais la connaissance avec Peter Altenberg, mannequin de bois qui lit encore son journal au Café Central (j’ignorais jusqu’au nom de ce poète) . Un autre habitué des lieux était Trotski
C’est aussi ici que s’asseyait Bronstein, alias Trotski, à telle enseigne qu’un ministre autrichien, mis au courant par les services secrets qu’une révolution se préparait en Russie, avait répondu « Et qui devrait la faire; en Russie, la révolution? Ce M. Bronstein peut être qui passe ses journées au Café Central? »
La maison de Wittgensteinn’existe plus, à sa place l’ambassade de Bulgarie, amusant?
La baronne Marie Vetsera n’aimait pas la musique de Wagner, et disait même qu’elle ne pouvait pas le souffrir ; aussi lorsque l’Opera de Vienne inaugura avec l’Or du Rhin un cycle Wagner, cette aversion fut un prétexte pour ne pas aller à l’Opera….
Elle allait rejoindre l’archiduc Rodolphe de Habsbourg. Et c’est ainsi que l’auteur introduit le drame de Mayerling!
A nouveau, nous croisons Joseph Roth, puis Karl Kraus et au hasard de cette lecture je glane le titre d’un roman de Jules Verne : Le Pilote du Danube que je télécharge sur le champ (mauvaise pioche, il est numérisé avec les pieds et illisible).
Au Café Hawelka nous attend Elias Canetti
Sur la Karlsplatz on célèbre par une exposition le tricentenaire du siège de Vienne par les Turcs (1683) occasion d’un rappel historique.
Après les célèbres cafés, Magris poursuit son pèlerinage dans les cimetières où l’ont voit la tombe d’Altenberg, celle de Schoenberg.
Impossible de ne pas évoquer l’Anschluss, et les suicidés de 1938 comme Egon Friedell.
Au café Landtmann : Lukàcs
Puis visite des maisons de Joseph Rothet de Freud, Berggasse 19..
Avant de quitter l’Autriche, il s’arrêtera à Eisenstadt, ville de Haydn : Là où se trouve Haydn, rien ne peut se passer!
Je viens de lire le retour des trains de nuit pour fin 2021. Je vais réserver un aller pour Vienne et cette fois-ci, je relirai Magris avant de partir!
Le Danube, est souvent enveloppé d’un halo d’antigermanisme; : c’est le fleuve le long duquel se rencontrent se croisent et se mêlent les peuples les plus divers; alors que le Rhin est le gardien mythique de la pureté de la race. C’est le fleuve de Vienne, de Bratislava; de Budapest, de Belgrade, de la Dacie…C’est le ruban qui ceint[…]l’Autriche des Habsbourg….
C’est un livre-fleuve qui va emporter le lecteur à travers l’histoire et la littérature germanophone (allemande mais plutôt autrichienne), dans les remous et l’érudition. Ma lecture est entrecoupée de pauses. J’ai autour de moi, mon téléphone intelligent qui va faciliter mes recherches (dates et hommes illustres, écrivains connus ou méconnus de moi), un stylo et mon carnet pour prendre des notes, un crayon pour souligner. Lecture laborieuse? Non, plutôt jubilatoire!
2850 km de la source à la Mer Noire!
Mais au fait où est donc la source? Magris, tel les explorateurs des sources du Nil remonte le courant, et surprise : il trouve deux sources, deux ruisselets qui couleront vers la mer. Deux petites villes de Forêt Noire revendiquent cet honneur : Donauschingen et Furtwangen. Pour authentifier ses recherches Magris se réfère à un ouvrage ancien L’Antiquarius du Danube de Johann Hermann Dielhelm(1785). Après la controverse des sources, il pose un nouveau dilemme : Mitteleuropa « hinternationale » ou tout-allemande?
» depuis la Chanson des Niebelungen, Rhin et Danube se font face et se défient. Le Rhin, c’est Siegfried, la virtus et la pureté germanique[…]Le Danube c’est la Pannonie, le royaume d’Attila; c’est l’Orient »
Me voilà avertie, je vais naviguer aussi bien dans l’histoire, la géographie que dans le mythe et les légendes! Il suffit de se laisser embarquer, ne pas refuser les paradoxes.
A chaque étape, une rencontre, parfois plusieurs. Studieusement, je note la page, la ville, le personnage.
P. 60 Messkirche : Heidegger revendiquant son appartenance au monde paysan de Forêt Noire, mais dont le culte de l’enracinement a flirté dangereusement avec le fascisme. En philosophie, je ne suis pas compétente.
p. 64 Sigmaringen : Céline à la suite du repli de Laval et de Pétain.
p.78 Ulm « A main nues contre le Reich » : un frère, une soeur, Hans et Sophie Scholl, furent exécutés en 1943. Récit de l’enterrement de Rommel. Presque 40 ans après la fin de la guerre, les souvenirs sont encore prégnants. D’Ulm, sont parties les barges de colons allant peupler le Banat, les Souabes du Danube. Première occasion de rencontrer Grillparzer et Joseph Rothà propos des conquêtes napoléoniennes. Roth ayant écrit Les Cent jours et Grillparzer ayant écrit une pièce sur le roi Ottokar II de Bohème. Moins sympathique, Mengele
L’épopée napoléonienne a laissé la tombe vide d’un Grenadier, héros de l’Indépendance américaine combattant de la République et un monument à la gloire des peuples allemands en lutte contre Napoléon.
p. 133 : Ingolstadt : Marieluise Fleisser écrivaine des année 1928-29, compagne de Brecht, éclipsée par la gloire du dramaturge.
Le pont de pierre de Ratisbonne
p.141 : Ratisbonne . Son pont de pierre fut considéré comme la « merveille du monde ». Ville importante au 15ème et 16ème siècle. Elle fut le siège de la Diète permanente du Saint Empire Romain Germanique . Keplery séjourna, étudia en plus de l’Astronomie la structure du flocon de neige!
p.153 : Straubing se déroula une tragédie . La jeune Agnes Bernauer fut noyée après accusation de sorcellerie seulement parce que le fils du seigneur local l’avait épousée, mésalliance. Elle fut noyée dans le Danube et l’on dut entortiller sa chevelure pour la faire couler. « Dommage que ce ne soit pas Marieluise Fliesser qui ait écrit cette histoire » regrette Magris, Hebbel qui l’a chroniqué s’est fait l’avocat de la « violence de droit », défendant la Raison d’Etat tandis que Grillparzera traité la même thématique dans La Juive de Tolède
p.175 : Linz , ville prisée par Hitler a échappé de peu à l’urbanisme que le Führer lui destinait. S’y est déroulée une histoire d’amour entre Goethe et Marianne Willemer. Goethe y rédigea le Divan occidental-oriental qui comporte des poèmes de la main de Marianne Willemer (bien sûr signés par Goethe)
p.197 : Mauthausen
p.202 : Saint Florian : la plus grande abbaye baroque d’Autriche. Bruckner, Altdorfer
Altdorfer : Saint Florian (détail)
p. 225 : Dans la plaine humide du Danube Konrad Lorenz menait ses expériences avec ses oies.
p.226 : nous assistons aux derniers instants de Kafka
J’ai pris beaucoup plus de notes que j’aurais pu transcrire. J’ai éliminé celles qui concernent des écrivains ou personnages que je connais seulement de nom ou complètement inconnus pour moi : Jean Paul, Stifteret beaucoup d’autres.
Je suis une fan de Guido Brunetti, j’ai vu ses enfants grandir, j’ai partagé les repas gastronomiques préparés par Paola….la signorina Elettra, Vianello, Foa les équipiers du commissaire sont de vieilles connaissances. J’ai lu au moins 7 épisodes de la série.
Les enquêtes m’ont conduite dans les ruelles, les calli, les canaux et les places de Venise que notre enquêteur parcourt le plus souvent à pied au pas de la promenade. Les sujets abordés ont été variés , patriciens quand l’enquête touchait la famille de Paola, artistiques ou plus triviaux. Et chaque fois, j’étais enchantée de découvrir le Venise des vénitiens et pas celui des touristes. Enquêtes tranquilles pour prendre le temps de flâner.
Mais cette fois-ci, ce n’est plus de la promenade, l’enquête fait du sur-place, pendant les 100 premières page on tourne en rond, et même pas dans les canaux vénitiens, Guido traîne à la questure devant son nouvel ordinateur et quand il quitte enfin son bureau c’est pour aller à Mestre. Embouteillages et visite d’un abattoir – pas glamour du tout.
L’intrigue s’anime un peu dans la deuxième moitié du livre, je m’ennuie un peu moins mais la solution est téléphonée et je me doute bien à l’avance de ce que le commissaire va mettre au jour. Corruptions à tous les étages.
Beau final, original. Ne pas le louper en abandonnant trop tôt.
J’ai gagné un joli cadeau à la dernière MASSE CRITIQUE une revue d’Art destinée « à toute la famille » . Illustrations de très bonne qualité et abondantes, plaisir de feuilleter encore et encore (et de retrouver la belle Simonetta que j’avais admirée dernièrement à Chantilly). Des chapitres courts et variés nous conduisent à Florence au Quattrocento, puis racontent l’apprentissage de Botticelli, comme orfèvre d’abord puis dans l’atelier de Filippo Lippi. Portraitiste , de beaux portraits illustrent la revue) . Il était une fois raconte les grandes œuvres religieuses, ou mythologiques. Nous entrons ensuite Dans l’atelier de Botticelli où les secrets de fabrication sont dévoilés : œuvres en série, assistants qui peignent les parties moins importantes du tableau. Grands et petits pourront s’essayer en suivant les conseils du maître dans la réalisation des drapés ou des boucles, et même point par pointréaliser un « poncif » en 6 étapes.
Et comme c’est une revue d’art : il y a aussi toute l’actualité des expositions importantes de 2020 (s’il n’y avait pas eu de confinement!). Je chercherai le autres numéros.
Et si vous cherchez un cadeau de Noël pour les petits et les grands, pourquoi pas un abonnement?
Comment on lave le linge au temps des Romains ? C’est simple, on l’apporte à la fullonica : la foulerie, l’équivalent de notre blanchisserie. Les vêtements vont y subir divers traitements qui nous obligeraient à nous pincer le nez. Les tuniques, les toges, les draps et le reste finissent en effet dans des bassins emplis d’eau additionnée d’une substance alcaline comme la soude, l’argile smectique (encore appelée « terre à foulon ») ou, tenez-vous bien, l’urine humaine ! Aux coins des rues, en particulier près des fouleries,
Après le foulage, on procède au rinçage puis au battage, et l’on traite le linge avec des apprêts pour lui redonner du lustre et de la tenue. Ensuite, on l’essore et on l’étend dans la cour, voire dans la rue, et pour finir on le défroisse sous de grandes presses à vis.
A emporter pour un prochain voyage à Rome ou même pour n’importe quel site antique romain!
A notre dernier passage à Rome, j’avais pris pour guideDominique Fernandez et le Piéton de Rome et j’avais suivi ses pas sur le forum, la Via Appia, au Château Saint Ange, puis sur les traces de Michel-Ange, du Caravage et du Bernin dans , les églises, les fontaines et les rues. Dix jours n’avaient pas suffi.
Alberto Angela propose une démarche différente :
Un jour, un mardi de l’an 115 après J.C. sous le règne de Trajan. Rome est à l’apogée de sa puissance et peut-être de sa beauté
C’est donc au rythme de la clepsydre que vous serez initiés au quotidien de la Rome antique.
Heure par heure, dès le lever du jour, le lecteur voit la ville s’éveiller . Il rencontre des Romains: un dominus dans sa villa cossue se lève, s’habille, fait sa toilette aidé de ses esclaves. Puis nous pénétrons dans les insulae – immeubles collectifs – visitons des appartements. Nous nous laissons porter par la foule des rues, atmosphère d’une ville indienne. L’école se fait en plein air. Nos pas nous porteront aux forums, nous assisterons à un procès dans la basilique Julia, à une exécution au Colisée, puis des combats de gladiateurs. Déjeuner dans une popina, un restaurant de rue. Bien sûr nous irons aux thermes! Banquet dans une villa avec un menu fastueux….
Avec de courts chapitres, d’une écriture agréable, d’un style vivant presque cinématographique, l’auteur aborde des sujets variés : habillement, menus et recettes élaborées inspirées par le plus grand des chefs Apicius. Il resitue les activités commerciales dans le cadre de l’Empire Romain. Il n’oublie pas la sexualité. Aucune invention, les descriptions sont documentées à partir textes anciens, graffitis, mosaïques. Alberto Angela cite ses sources avec précision.
j’ai passé un très agréable moment de lecture et me promets de relire ce livre à de prochaines visites archéologiques
Mon coup de coeur de la rentrée, sans aucune hésitation!
172 pages d’une écriture sobre, épurée comme l’air des cimes des Dolomites où commence le roman. L’auteur touche l’essentiel.
Un roman? presque du théâtre : un huis clos. Un interrogatoire mené par un juge d’instruction qui cherche à obtenir des aveux et l’accusé d’un meurtre qu’il nie avoir commis.
Impossible c’est la définition d’un événement jusqu’au moment où il se produit.
Meurtre ou accident de montagne? Pour le magistrat, il est impossible que tant de coïncidences soient fortuites. La personnalité de l’accusé : un ancien terroriste des brigades rouges qui a été condamné et emprisonné. L’accusé connaissait très bien la victime qui était un repenti, un délateur qui a trahi ses camarades de lutte. Le mobile: punir le traître. Meurtre presque parfait : la vire où la victime a dévissé était dangereuse, s’effritait. mais sans les aveux, il n’y a aucune preuve de culpabilité.
La célébrité qui nous rend inoubliables, nous anonymes, c’est notre inscription à vie dans les archives de la police. Là-dedans, nous sommes ineffaçables, à perpétuité. Moi, je le suis depuis des dizaines d’années.
Pour l’accusé, c’est une regrettable coïncidence. Il a lui-même appelé les gendarmes quand il a découvert l’accident. Il ignorait l’identité de l’alpiniste. Il voulait marcher seul, il avait laissé de l’avance à l’autre grimpeur.
Dans la vie économique où tout repose sur la partie double donner/avoir, sur le profit et l’utile, aller en montagne, grimper, escalader, est un effort béni par l’inutile. Il n’est pas utile et ne cherche pas à l’être.
Le juge est tenace, il instruit à charge et attend une défaillance, une incohérence, dans la défense de l’accusé. L’alpiniste connaît les rouages de la justice, il sait que rien ne peut être prouvé. Il refuse l’assistance d’un avocat, ce dernier restera muet, mis à l’écart. Formidable jeu d’échecs où chacun avance ses pions.
Seule respiration dans ce duel : les lettres d’amour que l’accusé écrit mais n’envoie pas. Il y raconte sa détention et comment il tient bon.
Véritable thriller, qui cèdera du jeune juge ou du vieil accusé? Au fil de l’interrogatoire, ils s’affrontent, mais avec respect et politesse. Chacun estime son adversaire. Une amitié pourrait presque naître quand l’accusé veut faire connaître au juge l’alpinisme.
Deux générations sont confrontées. Pour l’accusé, celle du militantisme, du collectif, de la solidarité, des camarades…. et pour le jeune juge, celle de l’individualisme, de l’image, des réseaux sociaux, du recours au Droit.
L’obsession d’être déclaré important par les autres ne me concerne pas. J’ai fait partie d’une génération qui a agi au nom du collectif. Je considère donc insignifiantes les individualités, les personnalités.
Exposition temporaire du 18 septembre au 14 décembre 2020
la Récompense du Devin
Giorgio de Chiricoest né à Volosen Thessalie où son père, ingénieur a construit une voie ferrée de Miliès dans le Pélion jusqu’à Volos. Ce détail a son importance parce que les trains sont très présents dans les tableaux ainsi d’ailleurs que la figure du père. La mythologie grecque est aussi source d’inspiration pour le peintre : Centaures et Prométhée sont le sujet de tableaux de jeunesse (que je n’ai pas beaucoup appréciés) dans la première salle de l’Exposition, face à des tableaux de Böcklin rappelant le passage du peintre à Münich où il a étudié.
Peinture métaphysique(l’expression est d’Apollinaire et peut être philosophique quand De Chirico s’attache aux pas de Nietzsche à Turin. travail pictural, sur le temps, l’Eternel Retour, les arcades de Turin. De Chirico choisit comme décor une ville vide, intemporelle pour des figures énigmatiques.
De Chirico : la Nostalgie de l’Infini
« L’abolition du sens en art, ce n’est pas nous qui l’avons intentée. Soyons justes, cette découverte revient au polonais Nietzsche, et si le Français Rimbud fut le premier à l’applique dans la poésie, c’est votre serviteur qui l’appliqua pour la première fois dans la peinture. »Giorgio de Chirico 1919
De Chirico : La Conquête du philosophe
De Chirico arrive à paris le 14 juillet 1911. En 1913, il est découvert par Apollinaire, exposé dans la galerie de Paul Guillaume. Il rencontre Picasso.
Portrait de Guillume apollinaire – portrait prémonitoire avec la cible?
Une série de tableaux marque l’arrivée du mannequin
De Chirico : Le Voyageur sans fin
et le le Vaticinateur
Le Vaticinateur
Ce mystérieux personnage est un devin, un mannequin auquel le peintre s’identifie comme le laisse penser le tableau sur le chevalet représentant une ville en perspective. Le personnage adopte une improbable position : la tête de face, les épaules de 3/4, et les jambes de profil. Sa tête lisse porte un bandeau, un oeil unique, une cible, l’œil rappelle celui que les anciens peignaient sur les bateaux pour se prémunir du mauvais sort.
Ferrare : dialogue muet entre différents objets, absurdité?
En 1915; l’Italie mobilise, Giorgio de Chirico et son frère, le peintre, Alberto Savinio rentrent en Italie. A Ferrare, il va peindre une série de tableaux sur la Grand folie du monde
Ferrare : au centre un thermomètre, un poisson dans une boîte….
En 1918 les peintures de De Chirico font face à celles de Carrà et Morandi qui utilisent les mêmes figures du mannequin et des objets, même codes pour une peinture métaphysique
madre e figlio
la figure du mannequin peut aussi être une référence à la deshumanisation que la Guerre a causé, aux gueules cassées et aux prothèses pour réparer les dégâts du conflit.
Morandi
De Chirico peint aussi des intérieurs métaphysiques :
Intérieurs métaphysiques
La peinture métaphysique qui a séduit Bretonet les surréalistes s’arrête au début des années 1920, De Chirico choisit un retour à une expression plus classique. l’exposition ne rend pas compte de l’évolution ultérieure de la peinture de ce peintre qui vivra jusqu’en 1978.
Années 1940 – 1950 à Copertino dans les Pouilles non loin de Lecce et de Manduria où nous avions passé une semaine délicieuse.
Deux sœurs inséparables : Tereza, l’ainée la silencieuse, la blonde et Angelina, la brune, la plus belle fille du village. Relation fusionnelle, intense.
« ….vérité, c’était que nous devions lutter pour manger. Mon père le savait. Ma mère le savait. Tout le monde au village le savait. Pour cette raison, les sentiments et les rêves étaient dosés, savourés comme une forme d’épargne réservée aux bons jours. »
Grande pauvreté des paysans sous le fascisme puis la guerre. Comment nourrir ses filles quand le mari est au front? Au village, restent les commères qui surveillent les allers et venues de Caterina, la mère. On croit encore aux sorcières.
« En janvier 1950, quand les paysans protestèrent pour avoir le droit de cultiver les terres du marquis Tamborrino de Maglie, un saisonnier âgé de trente ans reçut des balles de mitraillette en pleine poitrine et mourut. À partir de là, le vent de la révolte souffla sur les terres de Nardò, Carmiano, Leverano et Copertino. »
« L’injustice qui habitait ces terres depuis la nuit des temps et la colère des peuples laissés pour compte qui s’étaient mélangés et perdus dans cette lande semblaient avoir élu domicile dans le cœur de mon père. »
masseria : « maison de sucre »1
Tout le village est sous la coupe du Barone qui possède les terres et qui règne avec ses nervis, châtiant les velléités de révolte. En 1950, les hommes rentrés de guerre veulent cultiver les terres laissées à l’abandon, réserves de chasse des nobles, ils se révoltent et finissent par obtenir des terres. C’est donc aussi le roman de cette lutte.
« Le grand mange le petit, déclara-t-elle. C’est comme ça depuis toujours. Et si le petit essaie de devenir grand, le grand dégaine le premier. »
Lutte de classe? Tout n’est pas simple. Caterina, la mère, et Angelina ont reçu en cadeau une grande beauté, une malédiction selon les commères jalouses. Cette beauté ne laisse pas indifférents les barons père et fils. Angelina deviendra baronne. Tereza doit vivre avec la honte qui va avec ces compromissions. Elle, qui est transparente, réservée raconte l’histoire de sa mère et de sa sœur.
« Moi, j’étais invisible et, bien que devenue femme, mes traits devaient lui paraître confus et interchangeables,
comme ceux de tous les jeunes gens qui n’attirent l’attention de personne. Pour Giacomo j’étais à la fois
familière et insignifiante, au même titre que les meubles de la cuisine, l’armoire, le secrétaire ou les bibelots
dont il avait rempli sa maison. Une jeune fille malchanceuse, coincée entre la beauté désinvolte de sa sœur et la
force de sa mère. »
A lire, pour la chaleur de l’été des Pouilles, pour la lutte des paysans même si j’émets quelques réserves sur cette « malédiction de la beauté » qui se répète de génération. Une lecture agréable sans plus.
Depuis des mois, j’attendais cette exposition retardée pour cause de Confinement. Passionnée d’archéologie romaine et d’Italie, je m’étais promis de la voir dès l’ouverture. Et je n’étais pas la seule! j’ai eu du mal à réserver un créneau horaire sur Internet, ceux qui me convenaient étaient complets! Nous avons visité Pompéi il y a 24 ans et je brûlais de découvrir les découvertes des fouilles récentes….
Des vidéos passionnantes retraçant l’éruption de 79 sont passées à la télévision Science Grand Format sur France 5 ainsi que sur Art. J’ai eu le loisir de les visionner en Replay pendant le confinement. De plus, le site du Grand Palais propose d’autres vidéos afin de préparer la visite.
Jeudi dernier je n’étais pas seule à faire la queue, masquée devant l’escalier et bien que mon horaire était de 16 h, j’ai dû patienter debout 45 minutes.
Autant de technologies pour transporter le visiteur 2000 ans en arrière dans les maisons de taille réelle, telles qu’elles étaient la veille de leur destruction. Se promener, non pas dans un champ de ruine (et de fouilles archéologiques) mais dans une rue romaine. Entrer dans la Villa du jardin, découvrir en même temps que les archéologues la mosaïque de la Maison d’Orion et les chimères…voir la splendeur des fresques projetées, plus vraies que nature…..Etre surprise par le début de l’éruption, voir le panache grandir, sentir pleuvoir les ponces et lapilli…
Exposition spectaculaire!
Certes, pourtant avec moi, bon public en général, cela n’a pas vraiment fonctionné. On a tout reconstruit, virtuellement, pour que je découvre la réalité et tout ce que je cherchais, c’était la réalité des pains carbonisés, les tesselles qui traînent encore sur le sol, les poteries cassées, les traces des gonds dans les entrées. Tous ces restes brûlés, usés, méconnaissables que mon imagination projette dans une cuisine, un atrium, un jardin.
Le virtuel tue la poésie des ruines, empêche le jeu de puzzle, écrase la démarche de celle qui se prend pour un archéologue et qui imagine à partir d’un détail la réalité manquante. Un site bien ruiné où il ne reste que quelques dalles du Cardo ou du décumanus, un égoût ou les céramiques des thermes, envahi de mauvaises herbes et de fleurs, me parle plus que toute réalité augmentée.
Certes, j’ai aimé me promener virtuellement dans les ruines des Cités millénaires , à Palmyre, Mossoul, Alep ou Leptis Magna. la réalité virtuelle m’est apparue comme un sauvetage de ce qui n’existera peut être plus jamais du fait des destructions des guerres totales, des bombardements. Si jamais le tourisme revenait en Syrie, en Libye, en Irak que restera-t-il à visiter. Que reste-t-il des Bouddhas de Bâmiyân? Les reconstitutions virtuelles se justifient alors.
Malgé ces réserves, tout le travail autour de l’Exposition du Grand Palais est exceptionnel. Ne vous privez surtout pas de la visite. Et Surtout regardez chez vous au calme les nombreuses vidéos sans être dérangé vous pourrez les visionner plusieurs fois, les étudier, vous en imprégner!
Merci àBabélio et aux éditions Riveneuve pour cette découverte dans le cadre de la MASSE CRITIQUE!
Un petit livre de moins de 150 pages que je croyais lire en une soirée et qui m’a demandé 3 jours! Si je pensais faire une promenade guidée dans le Ghetto de Venise,j’aurais pu être déçue. Ce n’est pas du tourisme c’est de l’Histoire (avec un Grand H), de l’Histoire avec références bibliographiques sérieuse, notes et surtout des concepts très précis. Dans l‘avant-propos, l’auteure questionne:
« quel sens a eu le mot ghetto, d’où est-il venu, dans quel contexte et pour quelles raisons? »
« que signifient étranger, citoyen? Qu’est-ce qui les distingue? Quel rôle ont joué ici la religion? le commerce? l’Etat? les guerres?… »
Elle tâchera de répondre à ces interrogations en établissant Les fondements de la cité en revenant aux cités antiques, à la Grèce et Rome, à la présence d’une acropole, d’une enceinte, à la définition du citoyen et de l’étranger. La ville cosmopolite : Alexandrie, Constantinople, peuvent aussi donner des réponses analogues. Venise, la commerçante est héritière de l’hellénisme, de l’Empire byzantin. Avec ses possession maritimes, ses comptoirs, ses Echelles d’Orient, Venise va suivre les modèles de ses villes commerçantes anciennes. Dans ces trois premiers chapitres, l’auteure pose les bases de sa recherche. Je suis mais m’impatiente un peu.
Enfin; page 35, elle aborde La communauté juive : d’un exil à l’autre prenant son temps puisque le premier exil est celui de Babylone. Elle raconte les tribulations des Juifs autour de la Méditerranée, en Allemagne, en Espagne…C’est instructif, et je complète mes connaissances.
Venise cité-état va faire l’état des lieux de la fondation de la ville en 421 par les populations romanisées fuyant les Huns, en passant par l »Empire byzantin, les Croisades et l’établissement des comptoirs maritimes, les Echelles, de cet « état au service ds marchands. » enfin l’apparition de la Peste en 1513 pour arriver à la décision en 1516 d’isoler les Juifs et de les regrouper dans le Ghetto. Nous voici p 93 arrivés au fait : la fondation du premier ghetto.
Le chapitre : Le ghetto juif ne compte que 17 pages. sur une période allant de 1516 à 1655. Nous voyons l’installation des Juifs levantins, allemands, et ds marranes, l’établissement d’un nouveau ghetto Ghetto nuovo , puis d’un troisième nuovissimo. La vie quotidienne se dessine. Mais il me manque des références précise, plan des rues, architecture plus précise.
Le dernier chapitre A la recherche du Ghetto perdu est la partie la plus originale, la plus personnelle de l’ouvrage. Rassurez-vous, ce n’est pas une ville qui a perdu son ghetto, c’est le mot « ghetto » qu’elle interroge, cherchant l’origine, l’étymologie de ce mot qui a connu un succès planétaire si bien que maintenant plus personne ne pense à Venise, et peut être même plus aux Juifs pour désigner un quartier où une population serait assignée à résidence, enfermée. Elle interroge les mots, lance le lecteur sur des pistes inattendues comme celle du funduk arabe ou de la fonte des caractères d’imprimerie. Elle remet en question les idées préconçues comme le caractère péjoratif qu’on attribuerait au ghetto. Le lecteur se laisse entraîner dans cette enquête sémantique originale.
Si je reste sur ma faim en ce qui concerne le quartier de Venise où j’aime me balader je note dans l’abondante bibliographie des ouvrages que je vais m’empresser d’acquérir surtout celui de Riccardo Calimani. J’aime bien le jeu de billard livresque, un livre renvoie à un autre qui renverra à un troisième….