J’ai gagné un joli cadeau à la dernière MASSE CRITIQUE une revue d’Art destinée « à toute la famille » . Illustrations de très bonne qualité et abondantes, plaisir de feuilleter encore et encore (et de retrouver la belle Simonetta que j’avais admirée dernièrement à Chantilly). Des chapitres courts et variés nous conduisent à Florence au Quattrocento, puis racontent l’apprentissage de Botticelli, comme orfèvre d’abord puis dans l’atelier de Filippo Lippi. Portraitiste , de beaux portraits illustrent la revue) . Il était une fois raconte les grandes œuvres religieuses, ou mythologiques. Nous entrons ensuite Dans l’atelier de Botticelli où les secrets de fabrication sont dévoilés : œuvres en série, assistants qui peignent les parties moins importantes du tableau. Grands et petits pourront s’essayer en suivant les conseils du maître dans la réalisation des drapés ou des boucles, et même point par pointréaliser un « poncif » en 6 étapes.
Et comme c’est une revue d’art : il y a aussi toute l’actualité des expositions importantes de 2020 (s’il n’y avait pas eu de confinement!). Je chercherai le autres numéros.
Et si vous cherchez un cadeau de Noël pour les petits et les grands, pourquoi pas un abonnement?
Comment on lave le linge au temps des Romains ? C’est simple, on l’apporte à la fullonica : la foulerie, l’équivalent de notre blanchisserie. Les vêtements vont y subir divers traitements qui nous obligeraient à nous pincer le nez. Les tuniques, les toges, les draps et le reste finissent en effet dans des bassins emplis d’eau additionnée d’une substance alcaline comme la soude, l’argile smectique (encore appelée « terre à foulon ») ou, tenez-vous bien, l’urine humaine ! Aux coins des rues, en particulier près des fouleries,
Après le foulage, on procède au rinçage puis au battage, et l’on traite le linge avec des apprêts pour lui redonner du lustre et de la tenue. Ensuite, on l’essore et on l’étend dans la cour, voire dans la rue, et pour finir on le défroisse sous de grandes presses à vis.
A emporter pour un prochain voyage à Rome ou même pour n’importe quel site antique romain!
A notre dernier passage à Rome, j’avais pris pour guideDominique Fernandez et le Piéton de Rome et j’avais suivi ses pas sur le forum, la Via Appia, au Château Saint Ange, puis sur les traces de Michel-Ange, du Caravage et du Bernin dans , les églises, les fontaines et les rues. Dix jours n’avaient pas suffi.
Alberto Angela propose une démarche différente :
Un jour, un mardi de l’an 115 après J.C. sous le règne de Trajan. Rome est à l’apogée de sa puissance et peut-être de sa beauté
C’est donc au rythme de la clepsydre que vous serez initiés au quotidien de la Rome antique.
Heure par heure, dès le lever du jour, le lecteur voit la ville s’éveiller . Il rencontre des Romains: un dominus dans sa villa cossue se lève, s’habille, fait sa toilette aidé de ses esclaves. Puis nous pénétrons dans les insulae – immeubles collectifs – visitons des appartements. Nous nous laissons porter par la foule des rues, atmosphère d’une ville indienne. L’école se fait en plein air. Nos pas nous porteront aux forums, nous assisterons à un procès dans la basilique Julia, à une exécution au Colisée, puis des combats de gladiateurs. Déjeuner dans une popina, un restaurant de rue. Bien sûr nous irons aux thermes! Banquet dans une villa avec un menu fastueux….
Avec de courts chapitres, d’une écriture agréable, d’un style vivant presque cinématographique, l’auteur aborde des sujets variés : habillement, menus et recettes élaborées inspirées par le plus grand des chefs Apicius. Il resitue les activités commerciales dans le cadre de l’Empire Romain. Il n’oublie pas la sexualité. Aucune invention, les descriptions sont documentées à partir textes anciens, graffitis, mosaïques. Alberto Angela cite ses sources avec précision.
j’ai passé un très agréable moment de lecture et me promets de relire ce livre à de prochaines visites archéologiques
Mon coup de coeur de la rentrée, sans aucune hésitation!
172 pages d’une écriture sobre, épurée comme l’air des cimes des Dolomites où commence le roman. L’auteur touche l’essentiel.
Un roman? presque du théâtre : un huis clos. Un interrogatoire mené par un juge d’instruction qui cherche à obtenir des aveux et l’accusé d’un meurtre qu’il nie avoir commis.
Impossible c’est la définition d’un événement jusqu’au moment où il se produit.
Meurtre ou accident de montagne? Pour le magistrat, il est impossible que tant de coïncidences soient fortuites. La personnalité de l’accusé : un ancien terroriste des brigades rouges qui a été condamné et emprisonné. L’accusé connaissait très bien la victime qui était un repenti, un délateur qui a trahi ses camarades de lutte. Le mobile: punir le traître. Meurtre presque parfait : la vire où la victime a dévissé était dangereuse, s’effritait. mais sans les aveux, il n’y a aucune preuve de culpabilité.
La célébrité qui nous rend inoubliables, nous anonymes, c’est notre inscription à vie dans les archives de la police. Là-dedans, nous sommes ineffaçables, à perpétuité. Moi, je le suis depuis des dizaines d’années.
Pour l’accusé, c’est une regrettable coïncidence. Il a lui-même appelé les gendarmes quand il a découvert l’accident. Il ignorait l’identité de l’alpiniste. Il voulait marcher seul, il avait laissé de l’avance à l’autre grimpeur.
Dans la vie économique où tout repose sur la partie double donner/avoir, sur le profit et l’utile, aller en montagne, grimper, escalader, est un effort béni par l’inutile. Il n’est pas utile et ne cherche pas à l’être.
Le juge est tenace, il instruit à charge et attend une défaillance, une incohérence, dans la défense de l’accusé. L’alpiniste connaît les rouages de la justice, il sait que rien ne peut être prouvé. Il refuse l’assistance d’un avocat, ce dernier restera muet, mis à l’écart. Formidable jeu d’échecs où chacun avance ses pions.
Seule respiration dans ce duel : les lettres d’amour que l’accusé écrit mais n’envoie pas. Il y raconte sa détention et comment il tient bon.
Véritable thriller, qui cèdera du jeune juge ou du vieil accusé? Au fil de l’interrogatoire, ils s’affrontent, mais avec respect et politesse. Chacun estime son adversaire. Une amitié pourrait presque naître quand l’accusé veut faire connaître au juge l’alpinisme.
Deux générations sont confrontées. Pour l’accusé, celle du militantisme, du collectif, de la solidarité, des camarades…. et pour le jeune juge, celle de l’individualisme, de l’image, des réseaux sociaux, du recours au Droit.
L’obsession d’être déclaré important par les autres ne me concerne pas. J’ai fait partie d’une génération qui a agi au nom du collectif. Je considère donc insignifiantes les individualités, les personnalités.
Exposition temporaire du 18 septembre au 14 décembre 2020
la Récompense du Devin
Giorgio de Chiricoest né à Volosen Thessalie où son père, ingénieur a construit une voie ferrée de Miliès dans le Pélion jusqu’à Volos. Ce détail a son importance parce que les trains sont très présents dans les tableaux ainsi d’ailleurs que la figure du père. La mythologie grecque est aussi source d’inspiration pour le peintre : Centaures et Prométhée sont le sujet de tableaux de jeunesse (que je n’ai pas beaucoup appréciés) dans la première salle de l’Exposition, face à des tableaux de Böcklin rappelant le passage du peintre à Münich où il a étudié.
Peinture métaphysique(l’expression est d’Apollinaire et peut être philosophique quand De Chirico s’attache aux pas de Nietzsche à Turin. travail pictural, sur le temps, l’Eternel Retour, les arcades de Turin. De Chirico choisit comme décor une ville vide, intemporelle pour des figures énigmatiques.
De Chirico : la Nostalgie de l’Infini
« L’abolition du sens en art, ce n’est pas nous qui l’avons intentée. Soyons justes, cette découverte revient au polonais Nietzsche, et si le Français Rimbud fut le premier à l’applique dans la poésie, c’est votre serviteur qui l’appliqua pour la première fois dans la peinture. »Giorgio de Chirico 1919
De Chirico : La Conquête du philosophe
De Chirico arrive à paris le 14 juillet 1911. En 1913, il est découvert par Apollinaire, exposé dans la galerie de Paul Guillaume. Il rencontre Picasso.
Portrait de Guillume apollinaire – portrait prémonitoire avec la cible?
Une série de tableaux marque l’arrivée du mannequin
De Chirico : Le Voyageur sans fin
et le le Vaticinateur
Le Vaticinateur
Ce mystérieux personnage est un devin, un mannequin auquel le peintre s’identifie comme le laisse penser le tableau sur le chevalet représentant une ville en perspective. Le personnage adopte une improbable position : la tête de face, les épaules de 3/4, et les jambes de profil. Sa tête lisse porte un bandeau, un oeil unique, une cible, l’œil rappelle celui que les anciens peignaient sur les bateaux pour se prémunir du mauvais sort.
Ferrare : dialogue muet entre différents objets, absurdité?
En 1915; l’Italie mobilise, Giorgio de Chirico et son frère, le peintre, Alberto Savinio rentrent en Italie. A Ferrare, il va peindre une série de tableaux sur la Grand folie du monde
Ferrare : au centre un thermomètre, un poisson dans une boîte….
En 1918 les peintures de De Chirico font face à celles de Carrà et Morandi qui utilisent les mêmes figures du mannequin et des objets, même codes pour une peinture métaphysique
madre e figlio
la figure du mannequin peut aussi être une référence à la deshumanisation que la Guerre a causé, aux gueules cassées et aux prothèses pour réparer les dégâts du conflit.
Morandi
De Chirico peint aussi des intérieurs métaphysiques :
Intérieurs métaphysiques
La peinture métaphysique qui a séduit Bretonet les surréalistes s’arrête au début des années 1920, De Chirico choisit un retour à une expression plus classique. l’exposition ne rend pas compte de l’évolution ultérieure de la peinture de ce peintre qui vivra jusqu’en 1978.
Années 1940 – 1950 à Copertino dans les Pouilles non loin de Lecce et de Manduria où nous avions passé une semaine délicieuse.
Deux sœurs inséparables : Tereza, l’ainée la silencieuse, la blonde et Angelina, la brune, la plus belle fille du village. Relation fusionnelle, intense.
« ….vérité, c’était que nous devions lutter pour manger. Mon père le savait. Ma mère le savait. Tout le monde au village le savait. Pour cette raison, les sentiments et les rêves étaient dosés, savourés comme une forme d’épargne réservée aux bons jours. »
Grande pauvreté des paysans sous le fascisme puis la guerre. Comment nourrir ses filles quand le mari est au front? Au village, restent les commères qui surveillent les allers et venues de Caterina, la mère. On croit encore aux sorcières.
« En janvier 1950, quand les paysans protestèrent pour avoir le droit de cultiver les terres du marquis Tamborrino de Maglie, un saisonnier âgé de trente ans reçut des balles de mitraillette en pleine poitrine et mourut. À partir de là, le vent de la révolte souffla sur les terres de Nardò, Carmiano, Leverano et Copertino. »
« L’injustice qui habitait ces terres depuis la nuit des temps et la colère des peuples laissés pour compte qui s’étaient mélangés et perdus dans cette lande semblaient avoir élu domicile dans le cœur de mon père. »
masseria : « maison de sucre »1
Tout le village est sous la coupe du Barone qui possède les terres et qui règne avec ses nervis, châtiant les velléités de révolte. En 1950, les hommes rentrés de guerre veulent cultiver les terres laissées à l’abandon, réserves de chasse des nobles, ils se révoltent et finissent par obtenir des terres. C’est donc aussi le roman de cette lutte.
« Le grand mange le petit, déclara-t-elle. C’est comme ça depuis toujours. Et si le petit essaie de devenir grand, le grand dégaine le premier. »
Lutte de classe? Tout n’est pas simple. Caterina, la mère, et Angelina ont reçu en cadeau une grande beauté, une malédiction selon les commères jalouses. Cette beauté ne laisse pas indifférents les barons père et fils. Angelina deviendra baronne. Tereza doit vivre avec la honte qui va avec ces compromissions. Elle, qui est transparente, réservée raconte l’histoire de sa mère et de sa sœur.
« Moi, j’étais invisible et, bien que devenue femme, mes traits devaient lui paraître confus et interchangeables,
comme ceux de tous les jeunes gens qui n’attirent l’attention de personne. Pour Giacomo j’étais à la fois
familière et insignifiante, au même titre que les meubles de la cuisine, l’armoire, le secrétaire ou les bibelots
dont il avait rempli sa maison. Une jeune fille malchanceuse, coincée entre la beauté désinvolte de sa sœur et la
force de sa mère. »
A lire, pour la chaleur de l’été des Pouilles, pour la lutte des paysans même si j’émets quelques réserves sur cette « malédiction de la beauté » qui se répète de génération. Une lecture agréable sans plus.
Depuis des mois, j’attendais cette exposition retardée pour cause de Confinement. Passionnée d’archéologie romaine et d’Italie, je m’étais promis de la voir dès l’ouverture. Et je n’étais pas la seule! j’ai eu du mal à réserver un créneau horaire sur Internet, ceux qui me convenaient étaient complets! Nous avons visité Pompéi il y a 24 ans et je brûlais de découvrir les découvertes des fouilles récentes….
Des vidéos passionnantes retraçant l’éruption de 79 sont passées à la télévision Science Grand Format sur France 5 ainsi que sur Art. J’ai eu le loisir de les visionner en Replay pendant le confinement. De plus, le site du Grand Palais propose d’autres vidéos afin de préparer la visite.
Jeudi dernier je n’étais pas seule à faire la queue, masquée devant l’escalier et bien que mon horaire était de 16 h, j’ai dû patienter debout 45 minutes.
Autant de technologies pour transporter le visiteur 2000 ans en arrière dans les maisons de taille réelle, telles qu’elles étaient la veille de leur destruction. Se promener, non pas dans un champ de ruine (et de fouilles archéologiques) mais dans une rue romaine. Entrer dans la Villa du jardin, découvrir en même temps que les archéologues la mosaïque de la Maison d’Orion et les chimères…voir la splendeur des fresques projetées, plus vraies que nature…..Etre surprise par le début de l’éruption, voir le panache grandir, sentir pleuvoir les ponces et lapilli…
Exposition spectaculaire!
Certes, pourtant avec moi, bon public en général, cela n’a pas vraiment fonctionné. On a tout reconstruit, virtuellement, pour que je découvre la réalité et tout ce que je cherchais, c’était la réalité des pains carbonisés, les tesselles qui traînent encore sur le sol, les poteries cassées, les traces des gonds dans les entrées. Tous ces restes brûlés, usés, méconnaissables que mon imagination projette dans une cuisine, un atrium, un jardin.
Le virtuel tue la poésie des ruines, empêche le jeu de puzzle, écrase la démarche de celle qui se prend pour un archéologue et qui imagine à partir d’un détail la réalité manquante. Un site bien ruiné où il ne reste que quelques dalles du Cardo ou du décumanus, un égoût ou les céramiques des thermes, envahi de mauvaises herbes et de fleurs, me parle plus que toute réalité augmentée.
Certes, j’ai aimé me promener virtuellement dans les ruines des Cités millénaires , à Palmyre, Mossoul, Alep ou Leptis Magna. la réalité virtuelle m’est apparue comme un sauvetage de ce qui n’existera peut être plus jamais du fait des destructions des guerres totales, des bombardements. Si jamais le tourisme revenait en Syrie, en Libye, en Irak que restera-t-il à visiter. Que reste-t-il des Bouddhas de Bâmiyân? Les reconstitutions virtuelles se justifient alors.
Malgé ces réserves, tout le travail autour de l’Exposition du Grand Palais est exceptionnel. Ne vous privez surtout pas de la visite. Et Surtout regardez chez vous au calme les nombreuses vidéos sans être dérangé vous pourrez les visionner plusieurs fois, les étudier, vous en imprégner!
Merci àBabélio et aux éditions Riveneuve pour cette découverte dans le cadre de la MASSE CRITIQUE!
Un petit livre de moins de 150 pages que je croyais lire en une soirée et qui m’a demandé 3 jours! Si je pensais faire une promenade guidée dans le Ghetto de Venise,j’aurais pu être déçue. Ce n’est pas du tourisme c’est de l’Histoire (avec un Grand H), de l’Histoire avec références bibliographiques sérieuse, notes et surtout des concepts très précis. Dans l‘avant-propos, l’auteure questionne:
« quel sens a eu le mot ghetto, d’où est-il venu, dans quel contexte et pour quelles raisons? »
« que signifient étranger, citoyen? Qu’est-ce qui les distingue? Quel rôle ont joué ici la religion? le commerce? l’Etat? les guerres?… »
Elle tâchera de répondre à ces interrogations en établissant Les fondements de la cité en revenant aux cités antiques, à la Grèce et Rome, à la présence d’une acropole, d’une enceinte, à la définition du citoyen et de l’étranger. La ville cosmopolite : Alexandrie, Constantinople, peuvent aussi donner des réponses analogues. Venise, la commerçante est héritière de l’hellénisme, de l’Empire byzantin. Avec ses possession maritimes, ses comptoirs, ses Echelles d’Orient, Venise va suivre les modèles de ses villes commerçantes anciennes. Dans ces trois premiers chapitres, l’auteure pose les bases de sa recherche. Je suis mais m’impatiente un peu.
Enfin; page 35, elle aborde La communauté juive : d’un exil à l’autre prenant son temps puisque le premier exil est celui de Babylone. Elle raconte les tribulations des Juifs autour de la Méditerranée, en Allemagne, en Espagne…C’est instructif, et je complète mes connaissances.
Venise cité-état va faire l’état des lieux de la fondation de la ville en 421 par les populations romanisées fuyant les Huns, en passant par l »Empire byzantin, les Croisades et l’établissement des comptoirs maritimes, les Echelles, de cet « état au service ds marchands. » enfin l’apparition de la Peste en 1513 pour arriver à la décision en 1516 d’isoler les Juifs et de les regrouper dans le Ghetto. Nous voici p 93 arrivés au fait : la fondation du premier ghetto.
Le chapitre : Le ghetto juif ne compte que 17 pages. sur une période allant de 1516 à 1655. Nous voyons l’installation des Juifs levantins, allemands, et ds marranes, l’établissement d’un nouveau ghetto Ghetto nuovo , puis d’un troisième nuovissimo. La vie quotidienne se dessine. Mais il me manque des références précise, plan des rues, architecture plus précise.
Le dernier chapitre A la recherche du Ghetto perdu est la partie la plus originale, la plus personnelle de l’ouvrage. Rassurez-vous, ce n’est pas une ville qui a perdu son ghetto, c’est le mot « ghetto » qu’elle interroge, cherchant l’origine, l’étymologie de ce mot qui a connu un succès planétaire si bien que maintenant plus personne ne pense à Venise, et peut être même plus aux Juifs pour désigner un quartier où une population serait assignée à résidence, enfermée. Elle interroge les mots, lance le lecteur sur des pistes inattendues comme celle du funduk arabe ou de la fonte des caractères d’imprimerie. Elle remet en question les idées préconçues comme le caractère péjoratif qu’on attribuerait au ghetto. Le lecteur se laisse entraîner dans cette enquête sémantique originale.
Si je reste sur ma faim en ce qui concerne le quartier de Venise où j’aime me balader je note dans l’abondante bibliographie des ouvrages que je vais m’empresser d’acquérir surtout celui de Riccardo Calimani. J’aime bien le jeu de billard livresque, un livre renvoie à un autre qui renverra à un troisième….
Ce court roman, une centaine de pages, est traduit en Français et édité par Noir et Blanc. Par inadvertance j’ai téléchargé la version italienne. J’ai pensé qu’un petit livre se lirait plus facilement. C’est sans compter la richesse du vocabulaire et le style dont j’en ai goûté la saveur en ayant recours plus que de coutume au dictionnaire. Cette lecture lente m’a permis de passer un bon moment à Palerme que je connais un peu et qui me fascine.
Gemito
Tragique et burlesque.
Innocence du regard des deux enfants Mimmo et Cristofaro qui sont plongés dans une réalité sordide d’une violence sans limites où le vol, le chantage les coups, le meurtre font partie de la vie ordinaire. Couteau et pistolet sortent facilement de leur cachette. Carmela, la pieuse putain, enferme sa fille dans une sorte de cage sur le balcon pour recevoir ses clients. Le quartier résonne des plaintes de Cristofaro que son père bat quand il est ivre.
Gemito : ils sont napolitains mais j’imagine un air de famille avec Mimmo et Celeste
Il est pourtant plein de vie, ce vieux quartier près du port. L’auteur nous fait sentir la proximité de la mer, l’odeur du pain, les effluves de la viande, des légumes du marché. Il se prépare à la fête paroissiale attendue avec impatience. L’auteur passe de l’action d’un véritable thriller à des moments de contemplation et de tendresse. Tendresse et naïveté de Nana, la jument, confidente des enfants.
Un concentré de poésie, d’action, de tendresse, un roman très noir aussi!
Avec quelques semaines d’avance sur la France, l’Italie a subi les assauts de l’épidémie. Dès la fin mars, Contagions de Paolo Giordano a été traduit et publié au Seuil. A la suite de la lecture de Erri de Luca : Le Samedi de la Terre, je vais chercher une réflexion posée, loin des infos tapageuses ou redondantes, des infox et autres annonces officielles qui saturent nos médias.
Romancier mais de formation scientifique (lauréat d’une thèse de physique) Paolo Giordano a écrit un essai où logique, mathématique et philosophie, sont déclinées dans une langue claire.
Sur ma liseuse j’ai surligné de nombreux paragraphes :
« Je n’ai pas peur de tomber malade. De quoi alors ? De tout ce que la contagion risque de changer. De découvrir que l’échafaudage de la civilisation que je connais est un château de cartes. J’ai peur de la table rase, mais aussi de son contraire : que la peur passe en vain, sans laisser de trace derrière elle »
Contre le fatalisme
L’épidémie nous encourage donc à nous considérer comme les membres d’une collectivité. Elle nous oblige à accomplir un effort d’imagination auquel nous ne sommes pas accoutumés : voir que nous sommes inextricablement reliés les uns aux autres et tenir compte de la présence d’autrui dans nos choix individuels. Dans la contagion, nous sommes un organisme unique. Dans la contagion, nous redevenons une communauté.
Il conclue ce chapitre « Contre le fatalisme »
l’effet cumulatif de nos actions singulières sur la collectivité est différent de la somme des effets singuliers. Si nous sommes nombreux, chacun de nos comportements a des conséquences globales abstraites et difficiles à concevoir. Dans la contagion, l’absence de solidarité est avant tout un manque d’imagination.
Invitation à réfléchir…..
La contagion est donc une invitation à réfléchir. La quarantaine en offre l’occasion. Réfléchir à quoi ? Au fait que nous n’appartenons pas seulement à la communauté humaine. Nous sommes l’espèce la plus envahissante d’un fragile et superbe écosystème.
A Réfléchir aussi comment fonctionne la science :
« Dans la contagion, la science nous a déçus. Nous voulions des certitudes et nous avons trouvé des opinions. Nous avons oublié que cela marche toujours ainsi, ou plutôt que cela ne marche qu’ainsi, que le doute est pour la science encore plus sacré que la vérité »
et à propos des fausses nouvelles :
« Les fausses nouvelles se répandent comme les épidémies. Le modèle qui permet d’en étudier la propagation est le même. [….]De même que le COVID-19 se déplace en avion, de même les mensonges se diffusent très rapidement d’n smartphone à un autre. »
j’aurais pu tout recopier!
Je vous laisse le plaisir de découvrir le livre par vous-même. Il se télécharge gratuitement, ne boudez pas votre plaisir!
De l’auteur Gianfranco Carofiglio, j’ai lu des polars bien noir : Les Raisons du doute, Le Silence pour preuve et Le Passé est une terre étrangère. Trois Heures du Matin n’est pas un policier. C’est un court roman qui met en scène un jeune homme, 17 ans, encore lycéen et son père.
Antonio a fait, enfant, des crises d’épilepsie. Son médecin lui prescrit un traitement lourd, lui interdit le football, les boissons gazeuses et les plaisirs adolescents. Antonio se sentant diminué sombre dans la dépression. Ses deux parents le conduisent à Marseille chez un spécialiste qui allège le traitement et qui lui rend le goût de vivre. Quelques années plus tard, son père l’accompagne pour une visite de contrôle.
Pour vérifier que la guérison est complète, le neurologue soumet l’adolescent à un test curieux : pendant deux jours, il ne doit surtout pas s’endormir et doit vivre une vie « normale » : il a même le droit de boire de l’alcool et de faire la fête. Une seule injonction : ne pas dormir.
Père et fils vont donc occuper ces « vacances » inattendues à Marseille. Ils vont visiter la ville, Notre Dame de la Garde, les Calanques, goûter à la bouillabaisse sur le Vieux Port, écouter du jazz dans une boîte interlope et même participer à une fête improviser chez des artistes….je les suis volontiers dans ce tourisme improvisé.
Mais surtout, père et fils vont faire connaissance. Antonio vit chez sa mère et ses visites à son père n’ont aucun caractère d’intimité. Ce court séjour va changer la perception du jeune homme. Il découvre la personnalité de son père. Cet échange est très touchant. Découverte aussi des premiers émois sexuels.
Un roman sensible, tout en douceur. Je me suis demandée d’où venait ce titre : va-t-il se passer quelque chose à Trois Heures du matin? C’est une référence à Gatsby le Magnifique :
–Fitzgerald était un grand écrivain et un homme malheureux. je pense souvent à cette citation de lui « dans la véritable nuit noire de l’âme, il est toujours trois heures du matin »
Le père fait aussi connaître Cavafy à son fils et j’ai toujours un faible pour ceux qui citent le poète d’Alexandrie.