Ce court roman, une centaine de pages, est traduit en Français et édité par Noir et Blanc. Par inadvertance j’ai téléchargé la version italienne. J’ai pensé qu’un petit livre se lirait plus facilement. C’est sans compter la richesse du vocabulaire et le style dont j’en ai goûté la saveur en ayant recours plus que de coutume au dictionnaire. Cette lecture lente m’a permis de passer un bon moment à Palerme que je connais un peu et qui me fascine.
Gemito
Tragique et burlesque.
Innocence du regard des deux enfants Mimmo et Cristofaro qui sont plongés dans une réalité sordide d’une violence sans limites où le vol, le chantage les coups, le meurtre font partie de la vie ordinaire. Couteau et pistolet sortent facilement de leur cachette. Carmela, la pieuse putain, enferme sa fille dans une sorte de cage sur le balcon pour recevoir ses clients. Le quartier résonne des plaintes de Cristofaro que son père bat quand il est ivre.
Gemito : ils sont napolitains mais j’imagine un air de famille avec Mimmo et Celeste
Il est pourtant plein de vie, ce vieux quartier près du port. L’auteur nous fait sentir la proximité de la mer, l’odeur du pain, les effluves de la viande, des légumes du marché. Il se prépare à la fête paroissiale attendue avec impatience. L’auteur passe de l’action d’un véritable thriller à des moments de contemplation et de tendresse. Tendresse et naïveté de Nana, la jument, confidente des enfants.
Un concentré de poésie, d’action, de tendresse, un roman très noir aussi!
Avec quelques semaines d’avance sur la France, l’Italie a subi les assauts de l’épidémie. Dès la fin mars, Contagions de Paolo Giordano a été traduit et publié au Seuil. A la suite de la lecture de Erri de Luca : Le Samedi de la Terre, je vais chercher une réflexion posée, loin des infos tapageuses ou redondantes, des infox et autres annonces officielles qui saturent nos médias.
Romancier mais de formation scientifique (lauréat d’une thèse de physique) Paolo Giordano a écrit un essai où logique, mathématique et philosophie, sont déclinées dans une langue claire.
Sur ma liseuse j’ai surligné de nombreux paragraphes :
« Je n’ai pas peur de tomber malade. De quoi alors ? De tout ce que la contagion risque de changer. De découvrir que l’échafaudage de la civilisation que je connais est un château de cartes. J’ai peur de la table rase, mais aussi de son contraire : que la peur passe en vain, sans laisser de trace derrière elle »
Contre le fatalisme
L’épidémie nous encourage donc à nous considérer comme les membres d’une collectivité. Elle nous oblige à accomplir un effort d’imagination auquel nous ne sommes pas accoutumés : voir que nous sommes inextricablement reliés les uns aux autres et tenir compte de la présence d’autrui dans nos choix individuels. Dans la contagion, nous sommes un organisme unique. Dans la contagion, nous redevenons une communauté.
Il conclue ce chapitre « Contre le fatalisme »
l’effet cumulatif de nos actions singulières sur la collectivité est différent de la somme des effets singuliers. Si nous sommes nombreux, chacun de nos comportements a des conséquences globales abstraites et difficiles à concevoir. Dans la contagion, l’absence de solidarité est avant tout un manque d’imagination.
Invitation à réfléchir…..
La contagion est donc une invitation à réfléchir. La quarantaine en offre l’occasion. Réfléchir à quoi ? Au fait que nous n’appartenons pas seulement à la communauté humaine. Nous sommes l’espèce la plus envahissante d’un fragile et superbe écosystème.
A Réfléchir aussi comment fonctionne la science :
« Dans la contagion, la science nous a déçus. Nous voulions des certitudes et nous avons trouvé des opinions. Nous avons oublié que cela marche toujours ainsi, ou plutôt que cela ne marche qu’ainsi, que le doute est pour la science encore plus sacré que la vérité »
et à propos des fausses nouvelles :
« Les fausses nouvelles se répandent comme les épidémies. Le modèle qui permet d’en étudier la propagation est le même. [….]De même que le COVID-19 se déplace en avion, de même les mensonges se diffusent très rapidement d’n smartphone à un autre. »
j’aurais pu tout recopier!
Je vous laisse le plaisir de découvrir le livre par vous-même. Il se télécharge gratuitement, ne boudez pas votre plaisir!
De l’auteur Gianfranco Carofiglio, j’ai lu des polars bien noir : Les Raisons du doute, Le Silence pour preuve et Le Passé est une terre étrangère. Trois Heures du Matin n’est pas un policier. C’est un court roman qui met en scène un jeune homme, 17 ans, encore lycéen et son père.
Antonio a fait, enfant, des crises d’épilepsie. Son médecin lui prescrit un traitement lourd, lui interdit le football, les boissons gazeuses et les plaisirs adolescents. Antonio se sentant diminué sombre dans la dépression. Ses deux parents le conduisent à Marseille chez un spécialiste qui allège le traitement et qui lui rend le goût de vivre. Quelques années plus tard, son père l’accompagne pour une visite de contrôle.
Pour vérifier que la guérison est complète, le neurologue soumet l’adolescent à un test curieux : pendant deux jours, il ne doit surtout pas s’endormir et doit vivre une vie « normale » : il a même le droit de boire de l’alcool et de faire la fête. Une seule injonction : ne pas dormir.
Père et fils vont donc occuper ces « vacances » inattendues à Marseille. Ils vont visiter la ville, Notre Dame de la Garde, les Calanques, goûter à la bouillabaisse sur le Vieux Port, écouter du jazz dans une boîte interlope et même participer à une fête improviser chez des artistes….je les suis volontiers dans ce tourisme improvisé.
Mais surtout, père et fils vont faire connaissance. Antonio vit chez sa mère et ses visites à son père n’ont aucun caractère d’intimité. Ce court séjour va changer la perception du jeune homme. Il découvre la personnalité de son père. Cet échange est très touchant. Découverte aussi des premiers émois sexuels.
Un roman sensible, tout en douceur. Je me suis demandée d’où venait ce titre : va-t-il se passer quelque chose à Trois Heures du matin? C’est une référence à Gatsby le Magnifique :
–Fitzgerald était un grand écrivain et un homme malheureux. je pense souvent à cette citation de lui « dans la véritable nuit noire de l’âme, il est toujours trois heures du matin »
Le père fait aussi connaître Cavafy à son fils et j’ai toujours un faible pour ceux qui citent le poète d’Alexandrie.
« Pour la première fois de ma vie, j’assiste à ce renversement : l’économie, l’obsession de sa croissance, a sauté de son piédestal, elle n’est plus la mesure des rapports ni l’autorité suprême. Brusquement, la santé publique, la sécurité des citoyens, un droit égal pour tous, est l’unique et impératif mot d’ordre »
Je me ferme aux bruits du monde, aux litanies de statistiques morbides, aux discours et aux injonctions anxiogènes qui se déversent sur nous.
Soudain un titre : Le samedi de la Terre d’Erri de Luca traverse la barrière que je me suis construite. Urgence! il me le faut!
Gallimard offre le téléchargement gratuit dans sa collection Tracts. Plus qu’un essai, ce court texte(12 pages) est un tract que j’ai envie de diffuser autour de moi.
Enfin! dans les écrits et paroles « sur le confinement » vient une réflexion qui me donne comme une bouffée d’oxygène.
Et soudain une épidémie de pneumonies interrompt l’intensité de l’activité humaine. Les gouvernements instaurent des restrictions et des ralentissements. L’effet de pause produit des signes de réanimation du milieu ambiant, des cieux aux eaux. Un temps d’arrêt relativement bref montre qu’une pression productive moins forte redonne des couleurs à la face décolorée des éléments
Enfin! quelqu’un donne à lire une pensée cohérente, politique, poétique, belle, qui me traverse, me porte au lieu de me consterner.
Pourquoi ce titre?
le Samedi qui littéralement n’est pas un jour de fête mais de cessation. La divinité a prescrit l’interruption de toute sorte de travail, écriture comprise. Et elle a imposé des limites aux distances qui pouvaient être parcourues à pied ce jour-là. Le Samedi, est-il écrit, n’appartient pas à l’Adam : le Samedi appartient à la terre.
Je savais l’auteur grand lecteur de la Bible en hébreu, il a choisi Samedi plutôt que Shabbat pour que sa parole soit universelle.
En conclusion :
« Basta che ce sta ‘o sole, basta che ce sta ‘o mare… »
Il suffit qu’il y ait le soleil, il suffit qu’il y ait la mer.
Ce n’est pas une thérapie reconnue, mais c’est bon pour l’âme de se mettre au balcon et de se laisser baigner de lumière.
Saga familiale racontant le destin des Peruzzi, paysans sans terre du Ferrarais. La tribu, dix-sept enfants, va participer au grand chantier fasciste de l’assèchement et de la bonification des Marais Pontins.
Evènement fondateur : 1926, expulsion des Peruzzi, métayers ruinés par la dévaluation Quota 90, du domaine du Comte Zorzi-Vila dont le nom sera maudit comme un refrain par toute la famille.
….je veux ma terre. J’veux mes bêtes.
J’peux pus t’les donner. Mais j’te donnerai dans les marais Pontins tous les domaines que tu voudras. Et cette terre sera la tienne, Peruzzi, cette fois nous donnons la terre aux paysans. Après quelques années de métayage, elle t’appartiendra, tu deviendras propriétaire terrien[….] Et le visage de Rossoni étincelait tandis qu’il parlait. Exactement comme s’il offrait à mes oncles la Terre promise.
En prologue : la rencontre du grand-père en 1904 avec Rossoni , à la suite d’une bagarre, l’incarcération de Peruzzi dans la même cellule que Rossoni pendant un mois. Rien ne prédestinait Peruzzi à devenir fasciste. Bouffeur de curé, d’un milieu plutôt socialiste Peruzzi était à gauche. Rossoni vint un jour à la ferme en compagnie de Mussolini qui fit grande impression sur les Peruzzi. Cette rencontre sera décisive: les Peruzzi seront des fascistes de combat! En première partie, l’histoire de l’Italie se déroule, vécue par ces paysans du nord de l’Italie : luttes syndicales, première guerre mondiale, création des Faisceaux (1919) et agitation prolétarienne Biennio Rosso(1919-1921) . Bien sûr, les Peruzzi participent à la Marche sur Rome (1922).
Ce fut un exode. Trente mille personnes en l’espace de trois ans – dix mille par an – parties du Nord. De la Vénétie, du Frioul, du Ferrarais. Emmenées à l’aventure, au milieu d’étrangers, parlant une autre langue. Ils nous traitent de « bouffeurs de polenta » ; pis encore de « Cispadans », ce qui, dans leur bouche, signifie « envahisseurs »….
La deuxième partie raconte la Bonification des Marais Pontins, l’installation des colons, sous la direction de L’OEuvre nationale des combattants, institution fasciste qui choisissait des paysans anciens combattants de la Grande Guerre connaissant le travail de la terre et bons fascistes. Elle raconte le creusement du Canal Mussolini, drainant les eaux descendant des monts Lupini et bloquées par la dune en marais sauvages et malsains. Elle raconte encore la construction des villes mussoliniennes. Racontée par le plus jeunes des Peruzzi, on assiste à l’installation, et à la vie quotidienne de la tribu. Aspects techniques, agricoles mais aussi politiques. On voit évoluer la doctrine fasciste vers les fastes impériaux:
Désormais, tout le monde avait une idée fixe – bien sûr je ne discute pas, c’était la faute du Duce et du fascisme qui n’arrêtait pas d’en parler – l’idée fixe de la romanité et des fastes impériaux qui nous revenaient de droit à nous autres Italiens, mais aussi cette notion un peu païenne selon laquelle les hommes n’étaient pas pour ainsi dire, tous égaux.
Et à la suite de ces « fastes impériaux » sont venues les guerres coloniales, en Afrique d’abord, puis la Guerre d’Espagne et enfin, à la suite d’Hitler la seconde guerre mondiale, et l’invasion de l’Albanie et de la Grèce. Bien sûr, les Peruzzi- chemises noires – participèrent à l’aventure coloniale et furent engagés sur tous les fronts.
En Ethiopie, ils retrouvent les eucalyptus qui ont fourni leur contribution à la bonification des Marais pontins
l’eucalyptus – qui était pour le Fascio le monumentum perenne, le monument éternel de la bonification
Même les arbres sont un symbole politique!
Les guerres tournent à la catastrophe, pour l’Italie comme pour les Peruzzi. Quand les Alliés avancent pour libérer l’Italie en 1943, les Peruzzi combattent du côté des Allemands. Ils croient défendre leurs domaines.
Difficile de résumer en quelques lignes ce roman-fleuve, cette saga, roman historique passionnant. J’ai lu récemment la Storia d’Elsa Morante, et le Christ s’est arrêté à Eboli de Carlo Levi qui témoignent de cette période de l’histoire italienne avec une critique radicale du fascisme qui me semble évidente. Plus éloignée de ma vision de l’histoire : ce récit de paysans fascistes loin d’être irréprochables : Pericle, le héros des Peruzzi est un assassin et une brute, leur ami Rossoni, un dignitaire fasciste très proche de Mussolini, le Duce est présenté plutôt sympathique. La bonification des Marais pontins est aussi présentée comme une entreprise positive.
Malgré toutes mes réserves, mes craintes, je me suis laissé emporter par ce livre. Pennacchi a recréé un monde riche, pas forcément sympathique. Il a donné la parole à des paysans pour raconter l’histoire telle qu’ils l’ont vécu.
Le capitaine des carabiniers royaux, Colaprico est chargé d’une enquête concernant le meurtre (ou le suicide) de trois « indigènes » et du marquis Spérandio, pendus aux branche du sycomore d’Afelba. Il est accompagné de son « bachi-bouzouk » abyssin, Ogbà.
Nous voici transportés dans la Corne de l’Afrique, colonie italienne. Chaleur accablante et orages de la saison des pluies, pistes poussiéreuses, plantations. Ambiance coloniale, casernes, bordels, alcool, racisme…Vie rurale africaine : traditions, costumes, cuisine. Une leçon de cuisine extraordinaire au foyer d’Ogbà, quand la femme de ce dernier veut honorer le capitaine, son hôte d’un soir.
Roman italien d’une Italie tout juste unifiée avec des provinces bien identifiées par leur dialecte. Comme je regrette que mon faible niveau d’Italien ne me permette pas de goûter les nuances dans les parlers de Romagne, de Livourne, Turin ou Naples! Lucarelli insiste sur les différentes prononciations. Les jurons doivent être savoureux pour les linguistes. Ces nuances langagières ont leur importance dans la résolution de l’enquête, aussi bien en tigrigna (la langue locale) qu’en Français…
L’histoire italienne ne se résume pas à la colonisation de l’Afrique. En filigrane, on devine Garibaldi, et les républicains italiens, la mafia sicilienne et ses « morts qui parlent« (les vivants n’étant pas bavards).
C’est surtout un polar avec ses mystères, ses rebondissements, les violences et les cadavres qui se décomposent vite. Si Colaprico est un grand lecteur de Sherlock Holmes, c’est plutôt Ogbà qui réfléchit et résout les énigmes.
« il préférait réfléchir, le tarbouch en équilibre au bout d’un doigt et les soies bleues du gland qui lui fouettaient la paume ouverte de l’autre[….]
A voir l’affaire ainsi, elle semblait b’ghez, évidente. mais aussi zegherherrim, étrange.
Forcément : kem negher zeybabriawi yelen
Il n’y a rien de plus trompeur que l’évidence.
There is nothing so unnatural as the commonplace.
Putain, Ogbà, putain…tu l’as encore fait! tu as cité Sherlock Holmes
Cézanne n’est jamais allé en Italie, pourtant cette exposition le décrit comme Italien par la lumière qui inonde ses tableaux, lumière de Provence. Italien parce qu’il connait les peintres italiens et s’en est inspiré! L’exposition 2020 au Musée Marmottan fait suite à une exposition de 2014 que j’ai trouvée racontée sur un blog que j’aime beaucoup ICI
1) Cézanne l’Italien.
L’exposition du Musée Marmottan présente les tableaux par paires : La Descente de Croix du Tintoret qui a inspiré un petit tableau La Femme étranglée où la composition se trouve inversée (explication et schéma sur les cartel : passionnant!). Aucun rapport pour le sujet profane mais l’analogie est remarquable.
2)Cézanne regarde Venise et Naples
occasion d’apparier les tableaux La déploration du Christ du Tintoret et LeMeurtre de Cézanne.
le meurtre Cézanne
Occasion de découvrir un aspect de la peinture de Cézanne que j’ignorais complètement : ces peintures sombres que je n’imaginais pas du tout, loin des paysages lumineux de la Sainte Victoire ou des tranquilles natures mortes.
La toilette funéraire ou l’Autopsie Cézanne
Cette toilette funéraire est appariée à la Déposition du Christ de Ribera, même si les personnage ont été réduits de six à trois et que le sujet est bien profane.
Ce jeu des paires marche aussi pour une tête de vieillard de Cézanne inspiré du Portrait d’Antonio da Ponte de Bassano, ou de deux jeunes filles l’une du Gréco (magnifique mais interdit de photographier). La parenté entre la Préparation du banquet et la Cène du Tintoret n’est pas aussi évidente.
En tout cas : Cézanne connaissait la peinture vénitienne et napolitaine!
3) Cézanne regarde Rome
Pastorale
Plusieurs paysages dans cette section: surtout des Poussins – archétype du paysage classique – qui invente un paysage idéal tandis que Cézanne peint sur le motif. Cette Pastorale est accrochée à côté d’un Poussin Paysazge avec Bacchus et Cérès.
Cezanne : le château noir
Le Château noir correspond plus à ma vision de la peinture de Cézanne. C’est d’ailleurs un des tableaux que j’ai préféré dans l’exposition.
4)Cézanne regarde la nature morte en Italie
nature morte ou vanité? Je découvre la Vanité avec Crane de Salvator Rosa que je ne connaissais pas du tout.
Cristoforo Munari
Cristoforo Munari (encore une découverte pour moi) a peut être inspiré Cézanne
5) Cézanne vu par les Italiens
Si les maîtres italiens ont inspiré Cézanne, la réciproque est aussi vraie: Soffici, Carrà, Morandi, Sironi et Pirandello sont présent dans le jeu des paires.
Sironi : Portrait du frère Ettore/ CézanneCézanne : la bouteille de liqueurmorandi
baigneuses de Cézanne et baigneuses de Pirandello
Baigneuses de Pirandello
Cette exposition m’a beaucoup plu, non seulement les tableaux sont magnifiques et certains inconnus mais encore la démarche de faire dialoguer les œuvres, de mettre en évidence les analogies, les compositions, les parentés est très formatrice pour l’oeil.
La Masse Critique de Babéliooffre des aventures littéraires inattendues. Encore merci à Babélioet aux éditions La Baconnière! Je n’aurais sans doute pas tenté cette lecture et j’aurais raté une rencontre rare avec Anna Pittoni.
Anna Pittoni (1901 – 1982) fut une créatrice de mode, une styliste et une figure de la vie de Trieste, sa ville. Elle se tourna vers la vie littéraire et publia des recueils de prose poétique.En 1949, elle fonda la maison d’édition loZimbaldone. Bien trop ignorante de la vie littéraire italienne d’alors, je n’avais jamais entendu parler d’Anna Pittoni ni de Roberto Balzen ou d’Umberto Saba. Wikipédia m’a appris que le nom de Zimbaldonefaisait allusion à Leopardi , et que ce mot avait donné sabayon en français.
Le recueil Confession Téméraire rassemble deux ouvrages Les Saisons et Promenade sous les armes(1971) ainsi que de textes Cher Sabaet La Cité de Bobi. Ces textes courts publiés séparément sont cependant homogènes : ils ont pour narratrice Anna Pittoni, elle-même qui se raconte, s’analyse devrais-je peut-être oser. En filigrane, un amour, un homme qui lui a offert un bouquet de cyclamen, dont le retour cause une joie indicible mais qui provoque parfois la jalousie (deux chapitres sont intitulés « jalousie »). Certains récits sont oniriques, la limite entre rêve, cauchemar et réalité est floue.
Ambiance étrange comme dans une peinture de de Chirico
Ce n’est pas une lecture facile. Je ne suis pas entrée tout de suite dans l’histoire. J’ai relu le matin les pages de la veille parce que j’étais perdue. J’ai dû apprivoiser la narration qui semblait ne mener nulle part. Puis je me suis laissé embarquer dans cette atmosphère étrange enchaînant les images comme dans un rêve.
Certes, les différents chapitres ne m’ont pas tous séduite, je me suis un peu ennuyée dans des détours qui égarent la lectrice. Par surprise, une image comme celle de la pelote de chanvre bleue, chevelure de sirène, m’a ravie. je me suis attachée au petit bouquet de cyclamens qui revient plusieurs fois. Ces histoires de jalousie avec leur chute inattendue m’ont aussi beaucoup plu.
Lecteurs de romans d’action passez votre chemin, les lecteurs contemplatifs trouveront leur bonheur. Ceux que l’analyse psychologique passionne aussi.
….Ça a été une joie pour moi d’aller au fond des choses, afin d’y trouver, dans ce que j’ai écrit ces dernières années, le fil caché d’une réalité : des petits faits, un seul petit fait, ou seulement une partie d’un fait, ou plusieurs faits ensemble, même s’ils sont lointains les uns des autres dans le temps: tout cela revient à une projection cinématographique des souvenirs . Ce serait très fructueux d’apprendre à décrypter ce que nous avons écrit quasiment en filmant les faits qui nous ont inspirés : ce serait presque nous auto-éduquer à notre propre sensibilité……
Exposition temporaire au Petit Palais jusqu’au 23 février 2020 au Petit Palais
Luca Giordano : autoportrait
A l’entrée, une série d’autoportraits nous permet de faire connaissance avec le peintre de sa jeunesse à l’âge mur.
Les expérimentations d’un jeune artiste
Dans cette première salle, nous assistons à l’apprentissage de l’artiste, « Luca-fa-presto » étudie les maîtres imitant Titien, Reni ou Rubens…. si bien qu’on l’a accusé de faussaire.
Le Christ devant Pilate
Dans le Christ devant Pilate, il a combiné deux estampes de Dürer pour composer un tableau personnel.
La Vierge, l’Enfant avec Saint Jean Baptiste
La Vierge, l’Enfant avec Saint Jean Baptiste renvoie à la Vierge de Lorette de Raphaël montrant un artiste qui maîtrise l’art du pastiche.
La définition du Mythe Giordano dans les églises de Naples
Six très grands formats dans une salle tendue de violet avec des arcades tentent de rendre aux retables et grands tableaux d’église leur décor d’origine.
Je n’aime pas forcément tous ces chefs d’oeuvres de la Contre-Réforme comme La Madone du Rosaire où figurent Sainte Thérèse d’Avila, Catherine de Sienne et Saint Dominique.
Saint Michel Archange chassant les Anges Rebelles
En revanche les deux grandes toiles héroïques : Saint Michel archange chassant les anges rebelles m’a frappée : peinture sculpturale sans aucune condescendance ou mièvrerie.
Saint Antoine donnant l’Aumône
L’héritage de Ribera
Le bon samaritain (1660)
est présenté dans une grande salle très sombre tendue de brun. On y fait dialoguer les tableaux et les peintres Ribera et Giordano, mais aussi Preti et Giordano,Caracciolo et Giordano, Caracciolo introduisant l’influence directe du Caravage dans des tableaux sombres, dramatiques au contre-jour à l’éclairage violent.
Le Bon Samaritain fut même attribué jusqu’au XXème siècle à Ribera.
Le martyr de Pierre
Au centre le Martyr de Pierre de Preti est accompagné de deux toiles de Giordano avec la même ambiance caravagesque, j’ai préféré le Preti, plus riche. Leur faisant face, sur la cimaise opposée : Apollon et Marsyas peints par Ribera (1637) et Giordano (1660). La composition rappelle le Martyr de Pierre, le Riberaest moins sombre, son Apollon plus gracieux, tandis que le Giordano est plus sombre, plus violent encore.
Ribera : Apollon et Marsyas
j’ai apprécié le dialogue des Saint Sébastien : Ribera (1651), Preti (1657) Giordano (1660) dans une salle tendue de rouge (et c’est encore le Preti que j’ai préféré).
Luca Giordano entre cynisme et stoïcisme est le titre de la section suivante : une collection de portraits de philosophes ainsi que deux tableaux de la Mort de Caton et Mort de Sénèque.
Le triomphe de la mort : Giordano et le spectacle de la Peste. La peste de Naples 1656 décima la population. Giordano montre l’intervention de Saint Gennaro. C’est encore l’occasion de la confrontation de Pretiet de Giordano.
Vient ensuite une série de dessins sur des sujets mythologiques ou bibliques qui montre la virtuosité de Giordano comme dessinateur.
Le baroque local
Cette fois-ci, Giordano est présenté à Pierre de Cortone, tous les deux invoquant la figure de Saint Alexis avec des teintes plus claires (fond jaune) et apparition de putti bien baroques.
Giordano n’a pas peint que des sujets religieux toute une salle présente des sujets mythologiques avec des héroïnes alanguies comme Ariane abandonnée, Diane et Endymion, le Retour de Persephone, Polyphème et Galatée
En 1694, départ pour l’Espagne où il a de nombreuses commandes royales pour l’Escurial, la Bibliothèque du Prado, Saint Laurent des allemands où il réalise d’éblouissantes fresques qu’on peut admirer dans une salle où elels sont projetées à 360° accompagnées de la musique de Scarlatti : Lamentations pour l’office des Ténèbres.
La dernière salle Le grand Séducteur à la Cour d’Espagne montre un style lumineux, aérien et insouciant avec une belle Assomption de la Viergeet Tancrède baptisant Clorinde qui fait plus penser à un badinage amoureux qu’à un acte religieux.