En route vers Dublin – Howth

CARNET IRLANDAIS  

howth vu d'avion
Howth vu d’avion

Voyage

267 km jusqu’à Leixlip, notre nouvelle adresse, dont 210 km d’autoroutes

Départ de Clifden 8h, sous un petit crachin.

A la sortie de la ville les nuages se déchirent, la lumière du matin surgissant sous les nuages est sublime. Difficile d’arrêter la voiture sur la grande route pour prendre des photos.  Les sommets émergeant par surprise, une île plantée de pin qui se reflète dans le miroir d’un lac. Quelles belles images nous aurions pu faire ! Jusqu’à Galway le paysage est un émerveillement.

Après Galway, autoroute M6 puis M4, sortie n°5, nous suivons l’itinéraire. A midi, nous nous trouvons devant la grille imposante d’Alensgrove encadrée de massifs de fleurs. Code pour l’ouvrir. Nous arrivons dans une belle cour pavée encadrée de plusieurs appartements qui s’ouvrent par des portes colorées. Le fils du propriétaire est en train de faire le ménage dans le nôtre (il est trop tôt)

Notre gîte : Alensgrove

Alensgrove
Alensgrove

Grand luxe ! Une grande salle meublée de deux canapés de cuir brun foncé. Meubles noirs, coussins rouges. La cuisine américaine offre tout le confort, lave-linge séchant (indispensable dans ce climat où le linge ne sèche pas) , lave-vaisselle(inutile pour 2 personnes), grille-pain, micro-onde, radio-lecteur, raffinement les appareils électroménagers ont une belle peinture rouge métallisée assortie aux coussins (ou l’inverse), Télévision écran plat très grand format et la Wifi !

 

La salle de bains est grande et bien agencée.

La chambre est grande ; Literie blanche avec une couverture rouge en belle laine tissée faisant comme un bandeau sur la couette blanche.

Nous déjeunons dans notre cour privée à l’abri de hauts murs de pierre. Nous pourrions aussi prendre le soleil sur le banc en fer forgé dans la cour fleurie de corbeilles garnies d’aubriette bleue  de pensées, géranium et de fleurettes blanches. Ces compositions sont suspendues aux murs et aux lampadaires. Seul défaut de ce logement parfait : les stores vénitiens blancs n’occultent pas la lumière. Mais il semble que ce soit typique de l’Irlande : on recherche la lumière, on ne la fuit pas.

Howth

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belle villa de Howth avec vue sur Ireland eye

Facile d’y arriver, Alensgrove est sur la route de Ceilbridge à Lexlip tut près de l’autoroute M4. Par la rocade M50(payante) on arrive au nord de Dublin et à Howth presqu’île ronde qui est la première image que j’ai eu de l’Irlande par avion ! Un port de pêche avec un village ancien en pente sur la colline, de belles villas cachées dans la verdure ou en corniche.

Le tour de Howth commence à l’Office de tourisme (où on prend la carte), continue sur la croisette plantée d’une pelouse en face de restaurants de poisson. Le Fish & Chips Beshoff a du succès : des dizaines de personnes de tous âges sont assis sur le muret, les doigts dans la barquette de frites imprimée à son nom dévorant frites et filet de cabillaud (pas le truc reconstitué que j’ai acheté à Lahinch). Le dernier restaurant à façade rouge s’appelle King Sitric (je vais retrouver ce roi demain à Dublin à propos de la bataille de Clondarf). La route grimpe en haut de la falaise, les maisons sont variées. J’en remarque une jolie crépie de jaune et celle qu’a habité Yeats (Balcadden House 1880-1883) : deux lignes sur un macaron, émouvantes :

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« I have spread my dreams under your feet. Tread softly because you tread on my dreams »

A partir d’un parking le sentier piétonnier en balcon chemine entre les fougères et les bruyères. Je découvre Ireland’s Eye île déserte avec sa Tour Martello (1803). Bizarre, ces tours Corses (ou génoises) pour se défendre de Napoléon ! Il y en a un peu partout en Irlande. Plus loin, sur une presqu’île le phare Bailey Lighthouse.

DSCN7580 - CopieLe balisage disparaît. Je suis les promeneurs. A l’instigation des  professeurs d’un groupe de scolaires italiens, je cherche un  sur la droite, trouve un sentier très raide et des marches qui conduisent sur la crête. Les Italiens n’ont pas suivi, ni les autres promeneurs. Je me retrouve seule sur une piste caillouteuse Upper Cliff Road dans les bruyères. Des passants qui promènent leurs chiens me guident : aller jusqu’au bout, à la route, tourner à droite à l’arrêt de l’autobus. 50 mètres plus bas une allée goudronnée descend dans les fourrés entre les murs des propriétés. Ils n’y a pas de vue mais c’est une promenade tranquille en dehors de la circulation. J’ai marché deux heures d’un bon pas sûrement plus que les 6km annoncés.

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Des fumeries et des restaurants de poisson sont en face de gros bateaux de pêche.

 

Connemara : plages sous la pluie

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Après trois journées ensoleillées la pluie est revenue. Non pas le crachin qui ne me dérange plus, mais la belle pluie qui mouille. Nous traînons dans Clifden, allons à la Station-service faire le plein et vérifier la pression des pneus, puis courses à Supervalu. Un petit tour sur le port.

Upper Skyroad est beaucoup plus spectaculaire malgré la pluie et la brume. L’Irlande m’a appris que la randonneuse n’était pas soluble dans l’eau. Parka, bonnet de laine écossaise, je marche sur la route et exulte, comme une revanche sur les éléments.

Skye road
Skye road

A l’intersection de Upper et Lower Skyroad, nous découvrons une route fléchée Dolphin Beach Guest, envahie sur les côtés par les fougères qui balayent la carrosserie, devant un groupe de maisons on peut se croiser. Une voiture vient droit sur  nous. Heureusement que Dominique est un as de la marche arrière. La VW apprécie moins reculer en pente, une forte odeur de chaud envahit l’habitacle. Une plage bien caché, sable et rochers est la récompense. Je continue la promenade sur une pelouse verte.

D’après nos guides, des ruines intéressantes se trouveraient sur l’île d’Omey. Je m’étais contentée de marcher sur la plage la première fois. Je suis bien décidée de la visiter. Malgré le mauvais temps, le parking est plein et il y a du monde sur la chaussée submersible. J’ai bien fait de laisser la cape de randonnée. Je croise trois français en train de batailler avec leur poncho plastique qui se gonfle comme une voile au vent (il n’y a que les français pour revêtir les affreux ponchos de Décathlon), les Irlandais, Britanniques, ou néerlandais sont imperméabilisés de nature. Déjà, en Bretagne on me regardait avec commisération attifée pareillement.

Sur l’île, pas de voitures, une seule route. Les vaches couchées regardent passer le train de visiteurs. Quelques maisons de vacances à louer, une ferme. Au centre de l’île un petit lac où les goélands barbotent à la place des canards. Plus loin, une haute dune.  Il est 13h15, j’ai faim, il serait raisonnable de retourner sur terre à 14h. Je suis rentrée à temps : une averse   particulièrement violente me trempe juste avant d’arriver.

Je suis tellement mouillée qu’il faut remonter à l’appartement pour me changer.

Mannin Beach
Mannin Beach

Dernier tour pour revoir Mannin Bay (je sais maintenant que ce que j’’avais pris pour des coraux est du maerl). La fumerie de Ballyconeely est ouverte mais les visites sont terminées. Le saumon bio est hors de prix, on prend du maquereau qu’on emballe dans une boîte isotherme en polystyrène puis dans un carton où il se conservera 4 jours. Les goélands qui se disputent les têtes de saumon à l’arrière de la fumerie donnent un curieux spectacle.

A Gorteen, je trouve le chemin dans la dune qui rejoint Dog Bay, décidément la plus belle plage de la région.

 

Sieranevada – Film de Cristi Puiu

TOILES NOMADES

sieranevada

Attention! 2h53, impatients et pressés s’abstenir!

Le film  démarre avec une lenteur calculée, exaspérante, autant pour les protagonistes de l’histoire que pour les spectateurs. C’est voulu, puisqu’il s’agit d’un repas de famille, commémoration  du patriarche défunt, sans cesse retardé. D’abord le pope n’arrive pas, puis les incidents se succèdent. Et pendant que la chorba et les sarmale mijotent, les hommes parlent entre eux, les femmes à la cuisine. Grand déballage: le scandale explose avec l’arrivée de Tony, un des beaux frères.

Roman familial d’une famille nombreuse où règne la mère endeuillée sur les fils et belles-filles . Roman familial ou ballet? la caméra va de groupe en groupe . Elle s’attarde sur le couple de Lary et sa femme qui rêve des marchés flottants de Bangkok et file en douce à Carrefour, très agaçante, bourgeoise dans le genre mégère, puis sur le duo que forme Lary et sa mère, très proches.  On trouve les frères dans une discussion surréaliste autour des thèses complotistes expliquant le 11 septembre jusqu’à l’arrivée du pope qui réunira toute la famille pour la bénédiction. Dès qu’il quitte l’appartement les échanges aigre-doux entre un jeune couple et leur bébé occupent la scène. Les protagonistes sont nombreux. Au bout d’une heure on arrive à peu près à les identifier…on s’attache aux personnalités si diverses qui s’affrontent.

Tragi-comédie, Lary   entre fou-rire et larmes, personnalise l’atmosphère en même temps tragique et loufoque, hystérie et tradition mêlées.

Sieranevada pope

Lecture ethnographique aussi, pour moi qui connais mal la Roumanie, d’une tradition orthodoxe : cérémonie commémorative des 40 jours pour libérer l’âme du défunt, coliva, chants et prières, cadeaux et aumônes aux voisins. Un détail m’a intriguée : la présence supposée du mort : un costume sur son lit que bénit le prêtre et qu’un fils devra porter au repas.

Lecture politique: dans les conversations les non-dits s’accumulent.  L’amie de la famille, ancienne communiste,  subit les reproches d’une jeune femme, et  ne se prive pas de répondre.   Sous-entendus autour du 11 septembre, de Bush, de la guerre en Irak : chacun des frères envoie des signaux que l’on peut interpréter comme autant de critiques de la vie politique roumaine. Silences, passivité envers les autorités, peur, même. C’est un peu obscur pour moi.

Tromperies et adultères sont déballés très crûment, si je m’en tiens aux sous-titres.

 

Sans parler de la violence routière autour d’une place de parking.

Un film foutraque et barré, comme souvent les romans roumains.  3 heures ou presque où on ne s’ennuie pas du tout!

 

Parc National du Connemara – promenades naturalistes et poétiques

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Mont diamond

Le Parc est situé à Letterfrack sur la Wild Atlantic Way à une quinzaine de km au nord de Clifden. On  est très bien accueilli au Centre des visiteurs. l’exposition, dans  une petite salle obscure, raconte 10.000 ans d’histoire du Connemara :

  • de la fin de la dernière glaciation lorsque une végétation rase de prairie portait seulement des buissons de genévriers et de saules nains(analogue à ce que nous avons vu au Quebec en montagne).
  • Il y a 7000ans, la forêt de chênes et de pins couvrait le Connemara ainsi que les houx et les bouleaux.
  • L’Homme est arrivé il y a 5000ans au Néolithique. Avec lui, le début des cultures de céréales et l’élevage.
  • Il y a 2500ans, la tourbière a remplacé la forêt. Deux hypothèses expliqueraient sa formation. Selon certains spécialistes son origine serait anthropique, les hommes auraient brûlé la forêt, la production d’une grande quantité de charbon aurait imperméabilisé le sol et empêché son drainage. L’autre cause serait climatique : la pluviosité en Irlande est telle qu’elle excède largement l’évaporation. (il tombe en moyenne 1650mm d’eau et ne s’en évapore que 550mm). Cet excédent et les conditions anoxiques forment un milieu très acide contribuant à la formation de la tourbe.

Dans une salle du musée consacrée à la tourbière, on a construit une haute colonne figurant une coupe stratigraphique de 10.000 ans. la conservation des pollens permet d’établir avec certitude les environnements végétaux. En plus de ces expositions, un audiovisuel de 17 minutes présente de très belles images du parc. J’ai été  étonnée d’apprendre que les rhododendrons sont considérés comme  invasifs et nuisibles pour la biodiversité. Trop touffus, ils ne laissent pas les autres végétaux se développer. On les « élimine » dans le Parc.

A 11h, j’ai la chance de participer à une promenade guidée. Carol, la guide, munie d’un bâton de marche, harnachée avec des guêtres, observe avec sévérité nos chaussures. « Nous allons dans des endroits très humides, vous allez être trempés ! « . Elle décourage deux jeunes couples qui feront la promenade  du Mount Diamond(445m) sur le sentier gravillonné. Les Allemands protestent. Ils ont du rechange dans la voiture. Je proteste : mes Columbia toutes neuves sont  Gortex ! Trop basses .

maisons pastels de Letterfrack
maisons pastels de Letterfrack

Première pause à l’aplomb du village : histoire de Letterfrack : Des Quakers anglais, James et Mary Ellis s’installèrent en 1849 pour aider les Irlandais frappés par la Famine.Ils louèrent 1000 acres de terre qu’ils bonifièrent, plantèrent des arbres, construisirent une école, un Tempérance hôtel. Depuis, le village est connu comme « village Quaker » alors que tous sont catholiques et qu’il n’y a plus de quakers. Aujourd’hui, Letterfrack abrite une antenne de l’Université de Galway, on y enseigne le design des meubles, l’ébénisterie. Un bâtiment est consacré à la restauration de meubles anciens des chantiers plus importants sont aussi exécutés . Letterfrack s’enorgueillit de sa radio locale, importante pour les personnes isolées dans la campagne.

apparition furtive et embrumée
apparition furtive et embrumée

Après avoir traversé une prairie bien mouillée (il vient de pleuvoir) deux cerfs se détachent sur l’arête d’une colline. Jolie apparition, assez rare selon la guide. Ce n’est qu’à la période du brame qu’ils se rapprochent du parking.   Carol nous montre les fleurs de la prairie : les

casse-lunettes euphrasia pratensis
casse-lunettes euphrasia pratensis

 

 

Casse-lunettes (Euphrasia officinalis pratensis) dont on faisait bouillir les racines pour soulager la conjonctivite.

 

 

 

Il y a plusieurs espèces d’orchidées et plusieurs espèces de bruyères : la « crossleaved

Erica tetralex
Erica tetralex

heath » Erica tetralix en français Bruyère tétragone ou bruyère des marais, est l’emblème du parc. Certaines plantes font partie de la flore lusitanienne, endémiques au Portugal et en Espagne Atlantique.

 

 

 

bog asphodel

Une plante m’a étonnée Bog Asphodel(narthecium ossifragum) n’a rien en commun avec les asphodèles que je connais, c’est un e petite plante de 10 à 15 cm aux fleurs jaunes étoilées.

 

 

Les Linaigrettes sont nommées  Bog Cotton . Carol leur a cherché une utilité : la seule linaigrette_wolfqu’elle a trouvée est de servir de bourre pour des boutons.

 

 

 

 

Sphaigne et drosera
Sphaigne et drosera

Dans un endroit encore plus humide, nous trouvons les plantes carnivores Drosera intermedia  Sundew qui pallie la pauvreté en nutriments de la tourbière en piégeant les insectes. La plante la plus importante, celle qui va  être transformée en tourbe, c’est la sphaigne. Carol en saisit une poignée, l’essore, une énorme quantité sort, et il en reste ! Il en existe différentes espèces. Ces sphaignes furent utilisées comme pansement pour les blessés, leurs propriétés antibiotiques prévenaient les infections. Les Indiens d’Amériques les utilisaient comme couche pour les bébés.

Plus loin dans la montagne, on voit des carrés plus verts et des tas de pierre. Là vivaient des gens avant la Famine. Les villages abandonnés se remarquent à peine. A nos pieds, des blocs de granite recouverts de lichens parmi les fougères : une tombe préhistorique. Quand Carol nous la montre, je reconnais bien les deux blocs levés comme à l’entrée d’un dolmen. La grosse dalle du toit a glissé.

séchage de la tourbe
séchage de la tourbe

De retour dans le milieu humide, Carol nous parle de l’exploitation de la tourbe , combustible traditionnel pour le chauffage mais aussi pour la cuisson des aliments. Il existe même une centrale électrique fonctionnant à la tourbe. Autrefois, on creusait à la pelle. Il fallait déblayer la végétation, puis creuser en découpant des briques de tourbe. Aujourd’hui, des machines débitent des sortes de « saucisses ». le travail n’est pas terminé avec la découpe. Il y a le séchage au soleil, dans un  pays où il pleut autant. La tourbe contient énormément d’eau qu’il faut éliminer. Il faut retourner, mettre debout les briques et enfin les rassembler en tas. D’après ce que j’ai compris, les gens obtiennent une concession pour aller creuser, on en confie une pour 6. La tourbe réserve parfois des surprises : les objets sont très bien conservés dans ce milieu anoxique où la décomposition ne s’opère pas. On a retrouvé des cadavres en parfait état ; de l’état manucuré des mains, on a pu déduire  que l’homme retrouvé était le fils d’un noble assassiné. Telle jeune fille morte il y a des siècles a été retrouvée avec ses cheveux, mais éviscérée : mort étrange qui pourrait inspirer des romans policiers.

On a également retrouvé des mottes de beurre. La tourbière fut utilisée comme réfrigérateur. Le beurre était conservé dans un sac, puis oublié, il pouvait se conserver éternellement. Il s’imprègne malgré tout de l’odeur de la tourbe.

Ce soir, une conférence a pour sujet La boue, les fossiles et les pollens. J’aurais bien aimé l’écouter si nous avions été logées à proximité.

Pour pique-niquer nous retournons au dessus de Ballybakill harbour, la vue est merveilleuse.

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Letterfrack a aussi organisé un parcours poétique au départ du Centre des visiteurs. Le sentier descend dans le bois profond, passe une chapelle, un petit pont, sur un panneau, un poème qui me plait bien. Le sentier serpente dans le bois et revient au bassin et à la cascade. Il sort du domaine pour rejoindre le cimetière des enfants : sur la pelouse des cœurs en marbre noir poli, un prénom, 12 ans, 13 ans, 14 ans au plus; Dans le bâtiment du Centre des Visiteurs, il y avait autrefois une école réputée très sévère, les enfants sont morts pendant leur scolarité.

La promenade se poursuit dans le village où je découvre une série de maisonnettes de teintes pastels. Au rebord des fenêtres, des corbeilles de fleurette bleue, bégonias rouge orangé. Les poèmes sont introuvables, je m’arrête là.

Depuis 6 jours à Clifden, nous n’avons pas encore visité son musée. Il est temps de réparer cet lacune ! La Musée est installé dans l’ancienne gare (avec un hôtel et un restaurant). A la place des noms de rue, on a conservé les plaques des quais. Les rails courent encore sur la chaussée . Pour renforcer l’illusion, l’odeur de la tourbe ressemble à celle des anciennes gares du temps des locomotives à vapeur.

Joli cadre, mais exposition sans intérêt sauf si on est passionné de chevaux. Le rez de chaussée est consacré au Poneys du Connemara.  Palmarès de récompenses, rosettes, diplômes décernés aux éleveurs, ne m’intéressent nullement. En mezzanine une petite histoire de Clifden. Fondée en 1812 par John d’Arcy dont nous avons vu le château. L’arrivée du train à la fin du 19ème siècle devait favoriser le développement de la « capitale du Connemara » avec l’essor du tourisme. Des paysans l’empruntèrent pour leur départ vers l’Amérique. Quelques objets rappellent cette époque : une balance pour peser la laine, une machine à écrire…rien de passionnant.

Derrimlagh :

Retour pour terminer la promenade sur les lieux de la Station Radio de Marconi. Je marche sur une vraie route goudronnée puis par des chemins de cailloutis dans une tourbière exploitée actuellement, un peu plus de 5 km sous un ciel menaçant, d’un bon pas. « Archéologie » du début du 20ème siècle. Des bâtiments, il ne reste que de vagues fondations (un peu comme dans les ruines antiques de Crète). Sur des socles artistiquement rouillés (ils sont neufs) on a planté des explications, des photos anciennes : ici, le condensateur qui vibrait avec un bruit infernal, là la centrale électrique fonctionnant à la tourbe, là le bungalow du contremaître… Au début, c’est amusant, ensuite je passe rapidement (il pleut) devant l’étang où les employés pêchaient la truite. Parcours plus sportif que culturel ! Quelques jours plus tard, je verrai à la télévision l’inauguration de cette attraction qui vient tout juste d’être réalisée.

Après dîner j’ai le projet d’aller au Pub. Tous les restaurants, tous les pubs de Clifden affichent de la musique live. Lequel choisir ? Tous sont peints de couleurs vives et avenantes. Je ne connais rien à la musique celtique (que je préfèrerais) ni au rock irlandais. Le « Griffins » en bas de chez nous peint en bleu me semble plus attirant. Nous garons la voiture devant. Les autres font plus « restaurant pour touristes » avec leurs menus en français, ou trop chic comme celui d’en face. A neuf heures je descend vêtue de mon Sweatshirt neuf  habillée « pour sortir ». Déception, la salle est  presque vide. Seules deux tables sont occupées. L’une par une famille française  avec deux petites filles sirotant un coca avec une paille. L’autre avec des touristes regardant les photos prises pendant la journée. Deux échalas coiffés de stetson sont perchés sur les tabourets du bar, ils grattent une guitare sans conviction sur des airs du far west. Je m’assieds seule à une troisième table. Personne ne vient prendre la commande, il aurait peut être fallu que j’aille au bar me servir… Dans cette ambiance morose, je ramasse mon sac et me tire. Je suis venue trop tôt, sans doute, et pas le bon jour, ni à la bonne adresse…piège à touristes.

Iles et plages du Connemara

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Itinéraire

A mi-chemin entre Clifden et Galway, face aux îles d’Aran, la côte est très découpée en péninsules et chapelet d’îles reliées par des ponts.  Nous coupons par la Bog Road puis Cashel vers Gortmore, retrouvons la WAW plein sud jusqu’à Costello/Casla jusqu’au bout de la pointe, puis traverser les trois îles Lettermore, Gorumna, Lettermulan.

Bog Road sous le soleil est bien différente. Les 12 Bens me fascinent. Les moutons sont toujours sur les mêmes chicots rocheux. Cashel est un village très chic. Son hôtel 4* est caché dans un beau parc derrière les murs . Maisons soignées et fleuries. La route longe une étendue d’eau si calme que je n’ai pas reconnu l’Atlantique. Dans cette portion du Connemara, le dessin de la côte est si compliqué, les baies si étroites comme de petits fjords ou abers qui s’insinuent dans les terres. Iles, vraies ou tidal, ou reliées par des digues, ou des ponts de pierre, font barrage à la force de l’océan, les Îles d’Aran ferment presque la baie de Galway. De la route on ne voit pas la mer ouverte, elle a toujours l’aspect d’un lac.

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Entre Cashel et la WAW nous traversons des tourbières. Un homme remplit à la main des sacs en plastique de briquettes qui séchaient en petits triangles. Plus loin, un autre remplit une brouette et fait un grand tas. Je regrette de ne pas avoir vu couper des tranches de tourbes et surtout de ne rien savoir si la propriété des tourbières ; qui les exploites ? Pour la consommation personnelle ou pour les commercialiser ? Les briquettes qu’on vend à la station-service sont régulières et semble sortir d’une machine.

Coral Beach : Tra An Doilin

Tra an Doilin
Tra an Doilin

Au bout de la pointe après Carraroe, une plage de sable doré et brun formée de petites criques derrière des rochers. Attention les pieds ! Cela pique, ce n’est pas du sable. Un panneau explique ce phénomène : « des algues rouges corallines poussent dans la baie. Quand elles meurent, elles perdent leur couleur. Des fragments gris ou blancs sont appelés maerl ». Google me donne des précisions : il s’agit de Lithotamne ou Phymatolitho calcareum. Cette algue croît principalement dans l’Atlantique nord. Elle forme une croûte fine dans son stade juvénile, puis les branches du thalle se détachent pour mener une vie non fixée. Le maerl est utilisé comme amendement pour les terres acides et également en pharmacie. Je ramasse ces « coraux » aux branches tordues et aux formes compliquées, sans but précis.

maerl
maerl

Les gens arrivent à la plage. Des fillettes se baignent avec leur grand-mère et 4 chiens. La dame s’adresse à ses chiens comme à des personnes « don’t be rude ! be polite ! » demander à un chien d’être poli ! voilà quelque chose d’exotique pour moi !

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la mer et toujours les 12 bens

Au fond de la baie, les 12 bens dominent toujours le paysage, j’ai plaisir à les dessiner. Deux vieux messieurs en chapeaux de paille et cannes passent ; je leur demande où nous pouvons manger « au village ! » j’insiste « Et sur le bord de la mer ? » Cela les fait beaucoup rire « Its a joke ! » Mieux vaut boire l’eau de la mer comme soupe !

Je relève mon pantacourt au dessus du genou et tente une baignade. Jusqu’à la cheville, cela passe à mi-mollet c’est drôlement frais, voici qui me console d’avoir oublié mon maillot ! Vers midi, les maîtres-nageurs ouvrent le container rouge et jaune, hissent le drapeau jaune et rouge (baignade surveillée et permise). Les estivants se pressent. Le parking est plein. Nous pique-niquerons ailleurs.

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La route entre Castello/Casta  et Lettermore est barrée pour travaux. J’écris les noms de lieu tels qu’ils apparaissent sur la Carte Michelin en bilingue. Dans la réalité, c’est écrit uniquement en gaélique puisque nous sommes dans le Gaeltacht. Cela  nous complique sérieusement la vie. Difficile de lire les panneaux irlandais écrits petits et pas forcément bien placés. Comment programmer le GPS ? Quand les panneaux sont écrits en irlandais ils sont incompréhensibles.

Sur un petit port, avec trois barques à moteur et une belle bleue et noire à rames. Toutes les barques sont noires, seules les bordures sont peintes en bleu ou en rouge.

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A peines sommes nous installées qu’un monsieur , bottes au pieds, arrive en sifflant et manipule les amarres d’une barque. Je commence une conversation anodine et météorologique « What a lovely day ! ». Il attend la marée et me montre la petite île en face. Ses vaches sont là, d’ailleurs on peut les voir près de la maison sous l’arbre, il en a 40…mais il ne veut pas déranger et va s’asseoir dans sa voiture « mangez tranquillement ! ». la mer monte vite. Avant la fin de mon brownie fondu (il fait 26°) il descend dans la barque et rame vers son île. Comme je lui demande son nom, il répond « je ne peux pas vous le donner ! »Aimable rencontre,  figure originale.

Trois îles sont reliées entre elles et reliées à la terre par des digues en pierre. Dans la voiture on ne se rend pas compte qu’on en a quitté une pour la suivante. La route principale traverse Gorumna – île ronde – par son diamètre. Il y a aussi une petite route circulaire que nus parcourons sans trouver d’accès à l’eau. Aucune plage sur cette île ? Chaque fois c’est le même scénario : un chemin se dirige vers la mer mais il est barré par un portail.

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Par une autre digue de pierre, nous accédons à Lettermullan, moins construite, moins verte aussi, un caillou granitique. Nous suivons un joli écriteau illustré de kayaks et de viliers. Sans doute un hôtel, au moins il doit y avoir un port ou une plage ! On perd la route et arrive à la pointe derrière une maison sur des rochers  presque nus très érodés. Au loin, une tour carrée, but de promenade ? Une silhouette m’inquiète : un âne ? un chien ? je retourne à la voiture chercher mes jumelles C’est un cairn qui semble déjouer les règles de l’équilibre et qui supporte par miracle vents et tempêtes. Rien de terrifiant !

Je m’installe pour dessiner. Les 12 bens en ligne d’horizon, des îles et des bras de mer au second plan au premier, des rochers couverts de lichens chevelus.

Le retour est interminable. Nous suivons le littoral par des routes parfois très étroites. L’océan est proche, tout le temps et si difficile à aborder. Combien je bénis la Loi Littoral français qui nous donne d’agréable sentiers côtiers ouverts à la promenade. Il semble que ce sit un privilège hexagonal.

De temps en temps, les silhouettes allongées des îles d’Aran barrent l’horizon.

 

Mangeront-ils? Victor Hugo

CHALLENGE VICTOR HUGO

challenge Victor HugoLes lectures communes proposées par Claudialucia sont toujours l’occasion de véritables découvertes. Découvrir Victor Hugo??? Notre Grand Homme, sûrement l’écrivain le plus célèbre! Occasion de lire des oeuvres connues et  moins connues :les Travailleurs de la Mer (lecture commune de l’été 2014) ou de l’Homme qui rit (LC 2013) ou Notre Dame de Paris (LC2015), mais aussi Bug Jargal et Mangeront-ils qui m’étaient inconnus. 

Je ne sais pas pourquoi je pense à d’autres lectures communes, dans le Challenge Shakespeare, particulièrement à la dernière Cymbeline avec un titre trompeur, une pièce surprenante. Je pense aussi au Songe d’une Nuit d’Eté  ou Comme il vous plaira, aimables comédies dont je ne sais comment expliquer la parenté avec Mangeront-ils,  autrement que par l’intuition (mais je sais que l’argument est léger).

mangeront-ils

Hugo, en guise d’introduction donne des directives très précises pour le décor – très romantique – une forêt, un cloître, « écroulement et broussaille »,  une chapelle ouverte, surmontée d’une croix, au fond la mer.

Le roi de Man a jeté son dévolu sur Lady Janet qui aime Lord Slada. Les deux amoureux se sont mariés secrètement et se sont réfugiés dans le couvent qui offre un asile inviolable. L’asile, le gîte mais pas le couvert. Mangeront-ils? le titre de lapièce fait allusion à ce piège. Protégés dans les murs du couvent, ils ne trouveront rien à manger ni à boire. Dès qu’ils en franchiront les murs, le Roi pourra les saisir. Mangeront-ils?

Le personnage du Roi, et des amoureux – personnages principaux de la pièce –  ne m’ont guère intéressée. J’ai préféré les personnages secondaires : Mess Tityrus, le « flûtiste lauréat » et Aïrolo , le chasseur qui choisit de venir en aide aux deux amants.

Mess Tityrus est à la fois le confident et le griot du roi, il chante ses louanges, le conseille, mais à part-soi le moque:

Lui veux-du bien? Mais non. Du mal? pas même

Quand je le vois pencher d’un côté, bête et noir, 

Je l’y pousse. Pour nuire au maître?non. pour voir.

Je suis le chien sournois de ce lion inepte.

Je n’ai pas le désir séditieux ; j’accepte

Ce que le hasard fait contre lui ; j’aide un peu

J’aime à le voir gros, gras, bien portant ; c’est mon vœu.

Qu’il soit riche; j’emplis derrière lui mon coffre; 

Seulement, chaque fois qu’une occasion s’offre

Je travaille à le rendre un peu plus idiot.

Pourquoi? Pour me distraire. Ah quel chef-d’oeuvre, un sot!

Airolo met en garde Lady Janet et Lord Slada contre les poisons que contient la forêt, il promet de leur rapporter à manger. Pourquoi? Pour défier l’autorité du roi, peut être.

« Le prince est la médaille, je suis le revers »

ou plus loin

« Le roi c’est mon contraire. ou bien mon grand format »

Airolo est un homme libre

« faut-il compléter mon portrait? braconnage

Et clé des champs. Pensif je dédaigne de loin

Le juge, plus le prêtre ; je n’ai pas besoin

De vos religions, je lis dieu sans lunettes. 

j’aime les rossignols et les bergeronnettes »

Zineb, la sorcière, lie Airolo d’un curieux sort. Mais je ne veux pas raconter la fin, j’en ai déjà trop dévoilé.

forêt maléfique
forêt maléfique

J’admire les détails qu’Hugo livre en botanique. « partout dans cette enceinte un tas d’herbes sinistres » napel, ciguë, scammonée, basilic mandragore, couleuvrée, stacte, lycoperdon, tussilago,….justement je viens de commencer un MOOC de botanique! 

Une comédie plaisante, un tantinet anarchiste.

Les Îles d’Aran – J.M. Synge

LECTURES IRLANDAISES

Synge Pat_Mac_Donagh’s_cottage

Synge est un conteur merveilleux. Ce récit de quatre séjours dans les îles d’Aran un peu avant 1900,  un véritable chef d’oeuvre que je place sur mon étagère virtuelle au près de mes chers  Fermore, Chatwyn et Durrell (l’étagère est virtuelle parce que je lis en anglais, en numérique, pour profiter des dictionnaires).

synge aran the pierSynge a séjourné à Inishmaan pour pratiquer et améliorer son Gaélique appris à Dublin. Ce n’est donc pas un touriste ordinaire mais un linguiste qui a eu  pour professeurs les meilleurs conteurs des îles. Poète, il a su transcrire les récits, les histoires des fées (qui ne sont pas forcément des femmes, et qui peuvent être malveillantes).

Synge observe la vie simple sur ces îles, décrit les paysages, les costumes, la transhumance des bovins et des chevaux sur les curaghs. Fêtes et danses mais aussi naufrages et deuils. La vie est souvent à la merci des vents de l’Atlantique comme ces portes qu’on ouvre pour aérer et éclairer les maisons tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, ou comme ce médecin qui pourra venir sauver une femme ou un enfant malade, ou qui sera retenu de l’autre côté de l’océan par la tempête…

Synge a su créer des rapports d’amitié avec les habitants, susciter aussi leur curiosité. Pour que l’échange soit équitable il n’a pas oublié des photographies et son violon, ni les journaux qui donneront des nouvelles de la guerre de Cuba, il y a tant d’émigrés irlandais aux Etats Unis!

Sky Road et Ormey Island

CARNET IRLANDAIS   

Le château de Clifden
Le château de Clifden

Un crachin irlandais persistant tombe, contredisant les prévisions météo optimistes de mon téléphone. Nous traînons dans Clifden : courses à Supervalu pour le pique-nique du midi, pain soda au raisin (pourquoi soda ?), un grand pot de yaourt et du vin blanc. Le caissier  confisque la bouteille. Trop tôt ! La loi irlandaise interdit de vendre de l’alcool avant 10h30. Je comprends alors pourquoi verres et bouteilles traînent dans la rue devant les pubs. Les gens font des réserves quand il est encore temps, puis abandonnent le surplus. Cette même hypocrisie fait emballer les bouteilles dans le papier kraft puisqu’on ne doit pas boire sur la voie publique.

Malgré la pluie nous nous engageons dans la Sky Road boucle de 17km sur la péninsule proche de Clifden. Elle est double : lower sky road et upper. Nous choisissons la basse puisque de toutes les façons, on ne voit rien.

Arrêt devant une porte monumentale avec tourelles et créneaux : l’entrée du château. Il faut marcher un bon quart d’heure sur un chemin de terre et de cailloux occupants pour apercevoir le château. Construit en 1812-1815, par John d’Arcy, le fondateur de Clifden. C’est maintenant une carcasse vide sans portes ni fenêtres. Le brouillard l’habille de mystère. Le berger sur un quad pousse le troupeau de moutons. Le brouillard se déchire. Quand je remonte au parking les plages de l’autre côté de la baie sont éclairées.

 

Le beau temps remplace le temps gris. Les fuchsias éclatent de couleur, la mer bleue brille, les pentes raides vertes sont peuplées de moutons. La Sky Road  se dévoile à son avantage avec ses îles, caps, fjords. Difficile de décrire. Chaque tournant apporte une surprise. Avec le matin pluvieux, les touristes ne se sont pas pressés sur la route et nous pouvons nous arrêter et prendre des photos.

Omey Island
Omey Island

De la route principale, la WAW, une petite route conduit à Omey Island. Omey est une île à marée haute (tidal island). On peut l’atteindre à pied sec à marée basse. Je traverse la plage pieds nus. Quelques maisons sont dispersées sur Omey. On peut en faire le tour en 2h30 /3h. J’ai bien trop peur de me faire prendre par la marée montante et préfère ne pas m’éloigner. Sur le bord de l’eau, il y a un important cimetière, très bien entretenu. Le gardien passe la tondeuse à gazon qui s’entend de très loin et gâche passablement la promenade.

Dominique a colonisé une plateforme herbue faisant suite à une digue de pierres et blocs taillés. Nous prenons le soleil en attendant l’heure du pique-nique et regardons l’eau monter.

Cledden
Cleaddaghduff

La route de Cleggan fait le tour de la péninsule. Il fait un soleil radieux qui chauffe (c’est relatif, j’ai gardé mon gros pull de laine irlandaise). Près de Claddaghduff (quel nom !) la côte est la plus jolie. Les rochers de granite très clair, le sable blanc donnent à l’eau limpide des nuances turquoise qu’on imagine dans les mers du sud. A chaque crique, je me déchausse pour tremper mes pieds. Avec le beau temps revenu, il y a même des gens en maillot de bain. Je parcours la rute à pieds pour profiter du paysage. Cette petite route a le charme de l’inconnu et me plait plus que la Sky Road trp vantée et trop fréquentée.

De Cleggan  on embarque pour Inishbolin. Nous fuyons l’animation du port, l’affluence des voitures, évitons la WAW et prenons la direction de Moyard sur Ballynakill Harbour qui n’est pas un port mais un fjord, un aber, un bras de mer….Avec cette côte si découpée et les nombreux lacs, je perds le sens de l’orientation. Tout à coup, les montagnes, les 12 Bens, surgissent derrière un lac et une prairie verte(dans le pré voisin on  s’active à faire les foins). Image de carte postale.

DSCN7488 - Copie

Retour sur la WAW, à l’entrée du parc National du Connemara.  Ous avons trouvé la description d’une promenade à une carrière de marbre non loin de Letterfrack. Suivant les instructions , nous passons le Manoir Roseleage, et prenons la première route qui monte dans la campagne. Après quelques centaines de mètres, changement de décor : nous sommes dans la tourbière ; Un écriteau bien délavé prévient qu’il y a des agneaux nouveau-nés sur la route. Ils ont du bien grandir depuis ! Les briquettes de tourbe sèchent formant des faisceaux trapus alignés. Au fond, je reconnais le Mont Diamant(453m). la carrière de marbre est là-haut. Il est trop tard pour grimper les 5km.

12 bens
12 bens

Nous avons d’autres projets : retourner aux trois plages de la pointe de Rynvile. La première se prête peu à la promenade, la  seconde est inaccessible, un camping et un parc de mobil-homes en bloquent le chemin. Il ne nous reste qu’à retourner à celles que nus connaissons déjà et qui m’avais enchantée samedi. La mer est haute et le sable sec forme une bande très fine. La promenade à marée basse était mieux.

Retour par Sky Road,  pas au coucher du soleil comme les guides le recommandent, il se couche entre 21 et 22h, mais sous une belle lumière estivale.

 

L’Ultime Humiliation – Rhéa Galanaki

LIRE POUR LA GRECE

l'ultime humiliation

Un roman féministe?

Tiresias, le devin aveugle de Thèbes qui apparut à Ulysse était hermaphrodite, Tiresia, l’une des héroïnes de l‘Ultime Humiliation est femme et devineresse…Rhéa Galanaki choisit aussi de féminiser le Minotaure.  Dans l’appartement athénien,  ne vivent que des femmes : Tiresia et Nymphe, deux professeures retraitées, Danaé l’assistante sociale,  Catherine  leur sert de chaperon et Yasmine  vient faire le ménage.Les fils feront une apparition tardive : Oreste et Takis et le petit Ismaël. Un lointain patriarche exerce une influence occulte….

Un roman historique?

syntagman

Athènes,  12 février 2012

Le Monde 13 février 2012 raconte :

« Pendant que les députés débattaient et votaient des nouvelles mesures d’austérité, dimanche 12 février, Athènes brûlait. Près d’une vingtaine d’immeubles ont été incendiés après la dispersion d’une grande manifestation hostile au nouveau « mémorandum » que la Grèce s’engage à appliquer auprès de ses partenaires européens. Dans la nuit de dimanche à lundi, l’Attikon – un magnifique cinéma à l’ancienne du centre de la capitale – était encore ravagé par les flammes, tout comme un immeuble désaffecté à quelques dizaines de mètres. Les pompiers continuaient leur intervention au siège d’Alphabank, d’où les flammes avaient cessé de sortir…… »

C’est autour de ce fait précis, autour de cette manifestation que s’organise le récit. Tiresia et Nymphe, ulcérées par les coupes dans les retraites, menacées d’être expulsées de leur appartement,  décident de se joindre aux manifestants.

Rhéa Galanaki raconte cet épisode dans le style de la tragédie antique :

« Athènes est au sens propre une tragédie : voilà ce qu’avaient écrit sur les banderoles les gens défilant par vagues  interminables. Il ne semblait pas y avoir de cas isolés ou de rôles à part dans cette tragédie moderne : c’était au sens propre; l’âme d’une ville qui expirait devant elles; Seul le chœur de cette tragédie contemporaine conservait quelques éléments de son origine antique. En effet les deux femmes ne cessaient d’entendre le choryphée[….] et le chœur des temps modernes les (les slogans) répétaient adoptant une voix rythmée et une démarche cadencée…. ».

La place (Syntagma) « elle était devenue une double place, mais aussi une place à double sens ».

A la manifestation pacifique succède l’émeute, où les deux femmes sont piégées. Parmi les hommes-en-noir, les émeutiers casqués,  elles croient reconnaître Takis et Oreste. Après les affrontements, après l’incendie du cinéma elles s’écroulent et sont incapable de retrouver le chemin de l’appartement.

incendie cinéma Attikon

Un roman politique

« Tragédie et démocratie sont les enfants d’une même mère…. »

Rhéa Galanaki décrit les partis qui s’affrontent : Aube dorée qu’a choisi Takis, le fils de Catherine, la Crétoise et d’un policier défunt, les groupes anarchistes ou gauchistes où milite Oreste. Elle compare ces affrontements à la révolte des étudiants de l’Ecole Polytechnique en novembre 1973, Nymphe et le père d’Oreste en étaient les héros. Les deux générations s’opposent, les héros, sont ils devenus corrompus? La crise que traverse la Grèce leur est-elle imputable? J’ai déjà lu des allusions à ces politiciens dans les livres de Petros Markaris. Rhéa Galanaki et Markaris ont travaillé ensemble, entre autres au scénario d’un film de Theo Angelopoulos.

Catherine, elle aussi s’interroge :

« c’est ainsi qu’elle eut pour la première fois la possibilité de s’interroger sur les différents types des gens de gauche, et l’opportunité de se demander si les membres de la gauche actuelle étaient différents ou non, de la génération d’autrefois. »

Venant d’un village martyr des nazis pendant la seconde guerre mondiale, elle ne peut accepter les analogies entre Aube Dorée, le parti fasciste où milite son fils, et les agissements des Allemands. Une très belle scène, par la suite raconte comment les vieux Crétois ont chassé Aube Dorée du village.

Une fresque antique

Après la représentation des événements du  février 2012, dans le style de la tragédie antique, l’errance de Nymphe et de Tiresia, incapables de retourner chez elle,vivant dans la rue avec les SDF, est une véritable Odyssée.

L’Ultime Humiliation est-elle la déchéance de tous ces Athéniens paupérisés par la Crise et réduits à la condition de clochards sans droits, sans identité, mendiants dans la jungle urbaine?

« A leur manière les sans-abri d’Athènes sont aussi les révoltés de notre temps. »

Rien n’est moins sûr! L‘Ultime Humiliation est aussi le nom donné à une icône appelée aussi « le Christ de pitié« . C’est d’ailleurs par une allusion à cette icône que s’ouvre le roman. On peut lire le livre à la lumière d’Homère et de l’Odyssée mais il ne faut pas oublier la composante orthodoxe de la culture grecque.

Un roman d’une grande richesse

On peut s’attarder à l’analyse politique de la Grèce en crise en 2012, on peut s’attacher à la mythologie. Mais ce n’est pas tout.J’ai remarqué une allusion àCavafy, des vers du Facteur chanté par Moustaki, qui est un poème de Manos Chadjidakis  (ce que j’ignorais),un chapitre entier dédié à Théo Angelopoulos à l’occasion de l’incendie du cinéma Atikon… et bien d’autres pépites…

 

Bog road et les plages au sud- est de Clifden

CARNET IRLANDAIS

 

Brouillard sur la tourbière
Brouillard sur la tourbière

 

La Bog Road serait à son avantage par mauvais temps. Nous sommes servies ce matin : les nuages ont effacé les sommets des collines, formant une sorte de couvercle. La lumière surgit en dessous, entre deux monts et diffuse une lueur jaune.

les plumets de la linaigrette
les plumets de la linaigrette

A Ballynaboy, après le pont de pierre, la R342 est déserte. Nous ne rencontrons que quatre cyclistes. Tourbières, lacs, îles, petits canaux remplis d’une eau brune presque noire. Sur les rochers, une herbe verte s’est installée avec de la bruyère violette. Dans les zones plates, on remarque les plumets de la Linaigrette (Eriophorium angustifolium ou Bog cotton), parfois aussi des fougères-Aigles. Je ne me lasse pas de photographier et de filmer le camaïeu de brun, violet, gris parfois rehaussé de vert, tweed irlandais. Partout des rochers, des lacs. Le couvercle de nuages se délite,  plus diffus, tout devient flou. Le contour des collines s’efface. Sans l’humidité pénétrante, j’aurais bien fait un deuxième dessin.

moutons perchés
moutons perchés

La scène s’anime : les moutons sont sur la route. Ils gambadent, sautent, bondissent. Certains sont perchés sur un gros rocher, d’autres marchent sur la route.  Ils sont marqués de peinture rouge ou bleu. Il y en a même un tricolore à la laine très blanche. Ils n’ont pas été tondus. L’épaisseur de la laine est impressionnante pour certains. Un homme perché sur le rocher les observe, sans doute le berger. Son chien est invisible. Il observe ses bêtes sans les contraindre.

Supporter tricolore pour la finale de l'Euro
Supporter tricolore pour la finale de l’Euro

La Bog road est une parenthèse merveilleuse dans la circulation. Aucun bruit en dehors du bêlement des moutons. Courte parenthèse d’une douzaine de kilomètres que nous avons parcourus à moins de 20km/h ?

Nous retrouvons les voitures sur la Wild Atlantic Way (R341) qui passe par Roundstone et Ballyconeely  et que nous quittons pour l’île d’Inishnee reliée par un pont. Nous ne nous attardons pas , une course pédestre y est organisée cette après midi au bénéfice de la recherche pour la sclérose en plaques. Les organisateurs plantent des tasseaux de bois qu’ils coiffent de carton plastifié. C’est artisanal, propre et bon enfant. La course a lieu dans 1h30, ils nous laissent passer, s’excusant de boucher le passage.

Roundstone vu d'Inishnee
Roundstone vu d’Inishnee

Roundstone  est un petit port aux maisons colorées où se tiendront dimanche prochain des régates de bateau anciens aux voiles rouges. Tris de ces voiliers manœuvrent dans la baie entre Inishnee et une île allongée plate avec quelques maisons blanches. Déception au marché artisanal : sur le parking une demi-douzaine d’étals de produits frais seulement. J’achète au vendeur de fudge un parallélépipède  de sucre au caramel ;  il y en a de toutes les couleurs, ils ressemblent à des savons. Curieusement le même vendeur a aussi des savons qui ressemblent aux fudges. Autre déception au magasin de Malachy Bodhran qui vend des instruments traditionnels avec toutes sortes de souvenirs. Son « petit musée » annoncé est introuvable, les toilettes payantes (1€) et la musique sirupeuse n’a rien de celtique. Les tambourins sont décorés d’affreuses décalcomanies. Partout des écriteaux « ne laissez pas courir les enfants », « ne faites pas de bruit ». Attrape-couillons.

Le « coin-pique-nique » sera un quai en face de l’île plate allongée estompée dans la brume. Assises sur des blocs de granite. Les maisons sont disséminées le long de la route. Beaucoup moins soignées que vers Baltimore .Pas de fleurs dans les jardins.  Peut être le climat est plus rude que dans le Co Cork ?ou les gens sont moins riches?

 

Retour sur la WAW que nous quittons à chaque occasion pour aller de plage en plage. Gorteen est blanche avec des rochers de gneiss lisse presque noirs. Située en face d’un camping, elle est assez animée. Des enfants se baignent en combinaison de plongée, bleues ou roses. Des jeunes gens héroïques sont en caleçon, le torse nu dans l’eau. Des familles ont étendu des serviettes, des plaids, ou déplié des sièges pliants,. Malgré le temps gris, chacun est bien décidé à passer des vacances estivales à la plage. Plus loin, une autre crique sous le cimetière, nettement moins peuplée. Je devine une autre plage derrière la dune,  Dog Beach.

Juillet ou Toussaint?
Juillet ou Toussaint?

Dog Beach est une plage de rêve : une anse parfaite, un sable blanc d’une grande finesse, une eau transparente d’un turquoise lumineux qi bien qu’on a l’impression qu’elle illumine ce jour si brumeux. Le guide Evasion parle d’un sable unique, formé de débris de coquillages et de foraminifères. Il faudrait un microscope pour identifier les débris.

En revanche c’est sur Mannin Beach appelée aussi Coral Beach que je ramasse des débris de l’ordre du mm ou du cm que je prends pour des coraux.

Alors que cette journée grise et humide s’était jusqu’à présent déroulée sans pluie, une averse violente me surprend au beau milieu de la plage, me trempe le devant de mon pull et de mon  pantalon pour cesser dès que j’ai rejoint la voiture.

Poney du Connemara à Bally
Poney du Connemara à Ballyconeely

C’est la foire à Ballyconeely  démonstrations de Poneys du Connemara, concours canins et élégance féminine et concours de bébés. Quand nous arrivons, l’assistance est clairsemée (peut être est-ce trop tard ?) Il ne reste plus que les éleveurs qui font des tours de piste à pied en courant avec des poneys blancs bien peignés et portant des rosettes. Ambiance bon enfant, ils se connaissent tous, s’interpellent. Dans un enclos, des moutons très propres attendent. Une vache meugle sans discontinuer.

De Ballyconeely une petite route fléchée Smokehouse se dirige vers la mer. Une fumerie de saumon ! nous en parlons depuis des semaines ! Hélas, la fumerie est fermée le week end. Il ne reste même pas l’odeur. Au retour le Bunowen Castle sort de la brume qui lui va très bien.

Bunowen castle
Bunowen castle

Derrigimlagh

Une curieuse installation dans la tourbière à l’entrée de Clifden célèbre deux exploits technologiques du début du 20ème siècle : les liaisons par TSF  par Marconi avec l’établissement d’une station radio en 1905 et l’atterrissage (ou plutôt le crash) dans la tourbière voisine de John Alcock et de Arthur Witten-Brown en 1919 après le premier vol transatlantique reliant Terre-Neuve à l’Irlande en 16h28mn.

Marconi et les aviateurs
Marconi et les aviateurs

Cllifden est l’équivalent irlandais de Pleumeur Bodou. Cette installation ne peut pas rivaliser avec le Radôme et son musée. Le parcours d’environ 5 km est ponctué de 7 arrêts. La première « œuvre d’art » est un grand panneau représentant Alcock et Brown après leur atterrissage à bord de la voiture sur rail de Marconi qui se tien debout. Représentation dans le style BD. La seconde est un orgue Tuning Fork avec des fourches ressemblant à un diapason alignées par ordre de taille. Un marteau métallique est laissé à la disposition des visiteurs. Il s’agit d’illustrer la relation entre la fréquence et la longueur d’onde et la hauteur du son faisant une analogie entre les ondes sonores et les ondes-radio de Marconi. La 3ème installation se trouve un peu plus loin sur le parcours. En actionnant une manivelle on fait marcher une dynamo qui fournit l’électricité à un émetteur qui est une illustration sonore de la Station Radio de Marconi. Cette station était considérée comme stratégique par le gouvernement britannique et gardée par la troupe. Pour y entrer il fallait pouvoir justifier de son identité. James Joyce, jugeant qu’il était assez célèbre crut pouvoir s’en passer et fut refoulé alors qu’il souhaitait interviewer Marconi.