Tunis : une visite au musée du Bardo

CARNET TUNISIEN – DU NORD AU SUD

 

A midi, nous partons au Musée du Bardo.

Les taxis sont très nombreux et bon marché, jaunes ils sont facilement repérables ; le problème est d’en trouver un libre.  Le chauffeur ne parle pas français mais il me montre le compteur : 0.450 dinars de prise en charge.

Le trafic est embouteillé. De nombreuse forces de police sont sur pied. La rue est parcourue par des manifestations pro-Palestine après la déclaration de Trump sur Jérusalem. La première manifestation rassemble des étudiants ou des lycéens avec de nombreuses filles voilées, une seconde est composée d’adultes, beaucoup d’hommes d’âge mûr, en costume de ville, promenant un drapeau palestinien en  silence. La radio du taxi ne parle que de la dernière initiative américaine : déménager l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Alors que la télévision française est saturée de nécrologies : Jean d’Ormesson et Johny Halliday, le monde s’agite. Cette bourde américaine a pour conséquence d’unir tout le Moyen Orient auparavant si divisé avec la Guerre en Syrie, au Yémen, la vrai-fausse démission du Premier Ministre libanais. Aujourd’hui, tout le monde défile à l’unisson « filestin ! ». La radio tunisienne fait entendre aussi bien Macron (en français) le pape François (en italien), le prince saoudien et le roi de Jordanie (je reconnais leur arabe différent du tunisien). Je suis tellement occupé à écouter la radio dont je devine la teneur sans comprendre le contenu, que je ne suis pas l’itinéraire.  Le taxi passe devant la faculté des Lettres, de Médecine, des hôpitaux, puis s’éloigne du centre dans des quartiers mal définis. Le Bardo est à 4 km du Centre de Tunis. Arrivées sur place, encore de nombreuses forces de police et du fil de fer barbelé en gros rouleaux. Le souvenir de l’attentat est encore dans les têtes.

Le Musée existe depuis la fin du 19ème siècle, installé dans l’ancien palais beylical. L’entrée des visiteurs se fait   par une façade moderne dans un hall haut de plafond très clair. Un plan est fourni à la billetterie.  Nous nous laissons guider par le hasard, en dépit de toute chronologie, passons d’une collection d’objets d’époque islamique, céramiques de toute beauté à des cippes puniques puis à des mosaïques romaines, sans aucune transition. Après quelques temps, je comprends que les objets sont regroupés par site. Comme nous ne connaissons pas la géographie de la Tunisie, ce classement ne facilite pas le compte rendu !

Nous avons été éblouies par les mosaïques qui nous parlent, nous racontent la vie, les légendes et mythes. L’an passé à Madaba, en Jordanie, nous avions pris connaissance de l’histoire et e la géographie des premiers chrétiens en Palestine et en Egypte…J’avais beaucoup aimé le musée d’El Jem  (Tunisie) et je n’ai pas oublié les premières mosaïques que j’ai découvertes en Sicile à Piazza Armerina avec les jeunes filles jouant au ballon ni celles de Constantinople…

Celles du Bardo sont probablement les plus impressionnantes par leur dimension et leur variété de thèmes. Elles racontent les mythes des Dieux de l’Antiquité mais aussi la vie des paysans et des pêcheurs, parfois les deux thèmes sont intimement mêlés. La grande mosaïque marine est la plus spectaculaire elle est présentée verticalement sur deux étages. Sur un fond vert parcouru de vaguelette on y voit une divinité, une néréide peut-être, et de nombreuses créatures marines. L’Education d’Achille par le Centaure Chiron est aussi d’inspiration maritime, Achille, enfant chevauche un dauphin, elle me rappelle qu’Achille était fils de Thétis, une néréide. Les thèmes chrétiens ne sont pas oubliés, dans une scène de pêche on voit Jonas avalé par un gros poisson, tandis que quatre pêcheurs dans une barque ramènent leurs filets.

J’ai pris des notes, scrupuleusement dans chaque salle. Les recopier dans le désordre n’a guère de sens…le Guide Bleu le fait beaucoup mieux que moi d’autant plus que j’ai raté les plus célèbres celle de Virgile et celle d’Ulysse. Je me suis restée plus longtemps à contempler une belle à sa toilette avec ses servantes qui lui portent ses atours et son miroir…. Je fuis des classes d’enfants suivant les explications de leurs maîtres, avec les hauts plafonds cela résonne désagréablement. Pourtant ils sont sages. Le Musée du Bardo est très vaste. Impossible de tout voir. Une visite en conclusion du voyage aurait été plus enrichissante sans doute si notre circuit nous avait reconduites à Tunis.

Il faut aussi raconter le décor du Palais beylical qui abrite le musée : les belles portes, les stucs des plafonds à stalactites du salon octogonal, les colonnes antiques formant un péristyle dans la grande salle ornée de statues de marbre qui malheureusement ont presque toutes perdu la tête, sauf Faustine et Isis qui se font face.

 

Les salles puniques : Demeter, Koré et Pluton nous accueillent dans une salle sombre de forme ovale. Des stèles puniques et cippes sont alignées, certaines au signe de Tanit. Au fond la déesse-lionne (Sekhmet ou Tanit ) fait face à Demeter. Je passe, ignorante, devant les terres cuites et les stèles de pierre. J’aurai plaisir à retrouver la civilisation carthaginoise demain au Musée de Carthage.

« Circulation des œuvres d’art » est le titre d’une exposition permanente des objets provenant d’une épave retrouvée en 1907 au large de Mahdia. Les cales étaient surchargées d’œuvres d’art grec datées entre le 4ème av. JC et le 1er ; le navire faisait route vers Rome. J’ai surtout aimé de merveilleux bronzes : deux Hermès.

Retour en taxi jusqu’à la Place du Gouvernement. Il reste encore le temps d’une promenade dans la médina, d’un thé à la menthe et aux pignons à la Terrasse au coucher du soleil.

Tunis : promenades dans la Médina

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

Dans la médina : cotte de maille et antiquité

Au petit matin, j’entends  le muezzin, peut-être sont-ils plusieurs à se répondre, et me rendors.

A 7h30, il fait jour.

A 10 heures seulement, notre hôte vient nous voir. Je pensais qu’il serait notre guide dans la médina. Les commerçants ont ouvert boutique, les artisans sont au travail. En face de la porte de Dar Kenza, assis sur le sol, un tailleur coud à la main des djellabas en tissus satiné. Je le vois tirer son aiguillée. La porte d’à côté est celle d’une petite épicerie. Sous le comptoir il y a surtout des cannettes de limonade et des gâteaux emballés, sur des étagères derrière lui, un petit peu de tout. Plus loin, trois gargotes.

Nous entrons dans le souk des femmes où les boutiques sont variées : parfumeurs, bijoutiers, marchands de tissus, vêtements masculins. Dans une ruelle, une sorte de cotte de maille et un bouclier rond devant un antiquaire, me font penser aux Croisades. A cause de Saint Louis ? je pourrais aussi bien imaginer les Romains, les Vandales, les Arabes….

u,e arche un mausolée une impasse rue Tourbet el Bey

Les parfumeurs nous assaillent. L’un deux frotte un bouchon d’une fiole au « jasmin » sur mon poignet. Odeur forte mais peu fleurie. Son voisin veut l’imiter avec du musc. Je refuse, les deux parfums ne sont peut-être pas compatibles ? Plusieurs vendeurs nous signalent « la Terrasse ». On ira mais plus tard !

Tunis Mosquée des Oliviers

Pour l’instant nous cherchons la Mosquée des Oliviers, la plus grande mosquée de la médina. Une verrière moderne permet aux non-musulmans de jeter un coup d’œil à sa cour. Nous faisons le tour du bloc pour découvrir la façade avec une belle colonnade surmontant une volée de marches. Un écriteau prévient les touristes qu’ils doivent respecter les horaires des prières. Pour la visite ce sera après 13h30. Sur la place devant l’entrée les marchandises pour touristes sont variées. Il y a de beaux paniers. J’adore les paniers, j’en rapporte de chaque voyage et me laisserais bien tenter ici !

Ce n’est pas la première médina que nous visitons. L’effet de surprise ne joue plus mais je suis toujours enchantée. Ici, les vendeurs ne sont ni insistants ni agressifs ; Parfumeurs et marchands d’épices tentent leur chance avec gentillesse. L’absence totale de touriste au début décembre explique cela.

medersa slimaniya

Au hasard, j’entre dans la  medersa es Slimaniya qui a un joli patio entouré d’arcades rayées noires et blanches. Une gargoulette est attachée au-dessus de la margelle du puits – décorative ou utilitaire ? – Sous les arcades, des chaises et des tables d’école. L’école est-elle active ? L’affichage tout en arabe ne me renseigne pas. Je passe par la Rue des Orfèvres puis par le souk aux étoffes. Guidée par les marchands qui montent la garde devant leur boutique, je monte à la Terrasse. C’est un très grand café dont la terrasse domine la Grande Mosquée, un endroit très agréable d’où on découvre la médina et la Tunis moderne.

vue de la terrasse

Nous avons emporté de Créteil le Guide Gallimard et le Guide Bleu, mais je les ai laissé à Dar Kenza, je suis sûrement passée à côté de merveilles sans m’en douter. Mais je n’ai pas envie de marcher les yeux dans les livres. Je préfère me laisser distraire par le spectacle de la rue.

 

 

 

Itinéraire de Paris à Tunis – Hélé Béji

LIRE POUR LA TUNISIE

Dans la médina de Tunis, la chaux contre la poussière

Cette lecture m’a été suggérée par Daniel Rondeau dans Carthage. 

Cet Itinéraire de Paris à Tunis référence à Châteaubriand (????) n’a rien d’un récit de voyage, il est d’ailleurs sous-titré Satire. Point de voyage ! de la satire, du persiflage plutôt. Paru une première fois en 1992, indisponible en livre papier, il a été numérisé en 2012 « participant à une démarche de transmission de savoirs rendus difficile d’accès par le temps…. ».

J’aime l’aventure et la découverte.  Il m’a fallu beaucoup de persévérance pour terminer cet opus. La dame, conviée à une réunion mondaine et parisienne, un dîner-débat crache sans se gêner dans la soupe

« et je ne viderais pas mon cœur! Et je supporterais ces intellectuels rengorgés, compassés! »

déclare-t-elle  pour se ressaisir :

« Est-ce que je leur ressemble? »

Et bien oui, j’en ai bien peur avec ce texte vide, enflé, ampoulé prétentieux qui me tombe des mains.

En sautant des paragraphes ennuyeux, j’ai trouvé des portraits drôles des qui m’ont récompensée de ma persévérance.  Celui du chaouch, « il y en a toujours un pourtant, de chaouch, dans un coin du vestibule, plus uni à sa chaise qu’un philosophe à son coin de parchemin, à sa chandelle dans le clair-obscur d’une gravure…. » 

Sympathique vendeur de cacahuètes sur la plage, souvenir d’enfance qui capte l’appel des enfants « avec la soumission muette d’un sorcier aux djinns de l’au-delà…. »

Son évocation de la poussière à Tunis, l’été, m’a aussi distraite :

« ….des millions d’étincelles du soleil sont ensevelies sous des millions e mailles du drap éteint de la poussière.

Et pourtant, grâce à dieu, elle peut finir par être vaincue, la poussière, par la chose la plus simple, la plus naturelle, la plus accessible à chacun : un seau de chaux. Avec de larges pinceaux de chaux contre les murs, les façades et les toits, la poussière est capturée, purifiée, dissoute dans l’éclat bleuté d’une résurrection picturale. La chaux est une fée de percale blanche qui terrasse la sorcière en haillons de poussière d’un simple coup de badigeon….. »

Mais cela ne suffit pas pour en faire un bon livre. Fallait- il l’exhumer d’un oubli mérité?

 

Arrivée à Tunis – notre gîte : Dar Kenza dans la médina

CARNET TUNISIEN, DU NORD AU SUD

arrivée dans la nuit à tunis

L’arrivée à l’aéroport

Les nuages ne se déchirent qu’au-dessus de la Sicile, les îles éoliennes sont éclairées dans la nuit, l’Etna est invisible. L’avion perd de l’altitude dans le noir complet. La côte tunisienne scintille. L’arrivée sur Tunis  est un feu d’artifice.

L’assistance de Dominique nous fait généralement gagner du temps en court-circuitant les queues et les formalités. Ce n’est pas le cas ce soir. Le camion élévateur tarde tellement qu’on fait embarquer les passagers pour Paris tandis que nous sommes encore à l’avant de l’avion. Nos valises ne sont plus sur le tapis roulant,  jetées dans un coin. Samiha s’est lassée de nous attendre à la sortie. Nous la retrouvons au bureau de Camelcar. Elle a pour nous un sac de cadeaux : un petit téléphone tout neuf, un GPS et deux road books reliés, magnifiques.

La voiture est une Renault Symbol (modèle monté en Turquie, hybride de Clio et de Dacia), vaste coffre mais sans essuie-glace arrière. Le GPS est très récalcitrant. Impossible de programmer, l’adresse de Dar Kenza ce qui n’est pas étonnant puisque la rue Tourbet el Bey se trouve dans la médina, mais plus étrange quand il s’agit de la Place du Gouvernement où se trouve un grand parking et de nombreux ministères. Personne n’y arrive, même pas le loueur de voitures. Tout le monde nous assure que nous ne retrouverons jamais dans Tunis. La solution est de faire venir notre hôte en taxi, il nous guidera ensuite.

21 heures passées nous sommes toujours sur le parking de l’aéroport, le ticket du parking buggue en sortie : temps dépassé !

la médina

les arches pour entrer dans la médina
les azrches de la médina la nuit

Sous la direction du propriétaire, le chemin semble simple, tout droit. La place du Gouvernement est monumentale, éclairée. Nous suivons les murs de la médina pour entrer sous un porche avec de belles arcades de pierres. Nous garons la voiture « Place du Château ». Le « château » Dar Hussein est le siège de l’Institut du Patrimoine, un palais 18ème siècle qui fut investit par le commandement militaire français du temps du Protectorat. Au détour du palais nous passons encore sous d’autres arcades, puis dans des rues blanches aux portes bleues, grilles bleues aux fenêtres à entrelacs et petits auvents bleus « Cette partie a été restaurée par des Espagnols » –  dit le propriétaire, un peu plus loin, c’est moins restauré mais des vignes font des tonnelles gracieuses et leurs ombres des arabesques dans la nuit. La rue Tourbet el Bey est une grande rue avec de nombreuses épiceries et gargotes, plus loin elle conduit au souk des femmes. A 21h30, tout est fermé, seuls les chats occupent la rue.

Dar Kenza

Dar Kenza

Notre appartement à Dar Kenza s’ouvre sur un patio blanc et bleu. La grande pièce à vivre  est entre  les deux chambres. Les murs crème sont ornés de tableaux orientalistes avec chevaux, burnous, turbans. Un tapis rouge, des banquettes rouges, un coffre peint. Des arcades se détachent peintes avec une végétation luxuriante de fleurs et fruits. Une bordure de majolique borde une étagère.   Les lits sont dans des alcôves.  L’une d’elle est voûtée séparée de la salle par des majestueux rideaux bordés de glands dorés.  Ses murs, jaune d’or intense. Le lit est posé sur une estrade aux marches carrelées, il est recouvert de rouge vif. En face, l’autre chambre est séparée par une cloison à fenêtres à ferronneries éclairées par des lampes aux abat-jours délicats et une lanterne. Le plafond vert est bas sous une mezzanine communiquant avec la pièce principale par une boiserie ajourée faisant penser à un castelet peint avec les mêmes feuillages que sur le coffre. Ceci confère un bel éclairage au salon.

Dar Kenza alcôve

Une cuisine et une salle d’eau complètent l’appartement dans lequel on pourrait vivre à 6 ou 7.

Notre dîner tardif se compose d’un bol de soupe de lentilles passées, d’escalopes de poulet panées, d’une salade chou et fromage et d’une coupe de grains de grenade.

Nous avons beau être fatiguées du voyage, je ressors faire des photos de nuit dans les rues de la médina.

 

La villa Jasmin – Serge Moati

LIRE POUR LA TUNISIE

Commencé à Tunis.

Serge Moati est une figure familière de la télévision française depuis des décennies.

J’étais curieuse de lire la Villa  Jasmin ,  nom de la villa de ses parents à Tunis.

« Papa, tu n’as pas démérité de cette France-là. Tu as refusé les médaille. moi je t’en fabrique une. C’est ce livre.  Tes ancêtres, Samuel et ses frères, ces juifs de Tunis, fous de France t’entourent ce jour-là, Place de l’Hôtel de Ville. Tes aïeux et tes descendants sont près de toi . je les prends en photo »

C’est une évocation émouvante de ses parents qu’il a perdu très jeune, à peine onze ans.

Serge Moati, le père, était une figure du Tunis de l’avant-guerre, auteur de théâtre, journaliste, socialiste, franc-maçon, puis déporté à Sachshausen, résistant à Paris, héros de la Libération de Paris, le camarade Jasmin, il rencontre De Gaulle (ci-dessus).

Évocation tendre de sa mère. De la vie à Tunis avant-guerre, puis pétainiste et occupée, allemande.

En contraste, un personnage détestable ce collabo Guilbaud, qui a persécuté Moati l’a envoyé en déportation en Allemagne et l’a traqué quand il se cachait, résistant à Paris.

Plus que la douceur de vie à Tunis, c’est une leçon d’histoire, de la Tunisie sous le Protectorat et de la Libération de Paris.

Je n’ai pas eu le temps pendant le court séjour à Tunis de chercher la Villa  Jasmin, existe-t-elle encore?

 

 

La Disparue d’Angel Court – Anne Perry

ROMAN POLICIER VICTORIEN

Après  une série de lectures assez dures :  le bombardement de Deraya (Syrie) les bombardements de la seconde guerre mondiale à Malte et le Grand siège de Malte, j’avais envie d’une lecture facile pour me détendre, un polar avec des personnages récurrents… Généralement j’aime bien flâner dans le Londres victorien d’Anne Perry en bonne compagnie.

La Disparue d’Angel court est le 30ème opus des enquêtes de Charlotte et Pitt. L’action se déroule en 1898.
Je me suis copieusement ennuyée au cours de cette très longue enquête (presque 400 pages). Je ne suis pas arrivée à m’attacher à cette disparue, une sainte ou un gourou d’une secte dont je n’ai pas compris les croyances, et encore moins le scandale qu’elles pouvaient provoquer. Les gens trop parfaits (ou trop méchants) m’ennuient.

J’ai trouvé le détour par l’Espagne décevants. L’hypothèse de la vengeance d’anciens collégiens rivaux  tout à fait tirés par les cheveux. Commentune tricherie à un examen  peut elle entraîner des meurtres horribles? Je n’ai pas cru aux implications géopolitiques de l’enlèvement, guerre entre l’Espagne et les USA à Cuba, courses aux armements. C’est une bonne piqûre de rappel pour ceux qui auraient oublié (et j’en suis) la géopolitique de la fin du 19ème siècle. Ann Perry est très forte là-dessus et je lui en sais gré, mais quand même c’est bien éloigné du propos de l’enquête.

Ce n’est donc pas un des meilleurs de la série, loin s’en faut, mais je retournerai me promener dans le Londres Victorien avec Pitt et famille comme je paresse devant la télé après une journée bien remplie!

La Grande Arche – Laurence Cossé

TOURISTE DANS MA VILLE

Merci à Aifelle dont le billet m’a donné une furieuse envie de lire ce livre!

Il tombe à pic : depuis quelques temps je participe aux randonnées du Voyage Métropolitain en compagnie d’architectes, d’urbanistes et paysagistes qui m’entraînent sur des terrains tout à fait inconnus de moi, m’ouvrent de nouveaux horizons, horizons très proches puisque c’est dans la Métropole du Grand Paris mais très exotiques puisque je ne m’intéresse que depuis peu à l’architecture contemporaine.

L’érection de la Grande Arche de la Défense comme un thriller.

« en Inde, en Chine, dans toute l’Europe Centrale et dans les Balkans […] on ne peut pas construire un monument si un être humain n’est pas sacrifié. Sinon le monument s’écroule, et s’écroule toutes les fois qu’il faut le remonter. Pour conjurer cette malédiction, il faut emmurer quelqu’un de vivant dans les fondations… »

Qui sera donc le sacrifié?

De tous les Grands Travaux du Président Mitterrand, la Grande Arche survivra-t-elle à la co-habitation après 1986? Sera-t-elle prête pour les Célébrations du bi-centenaire de 1989?

« ce bâtiment est maudit. on a engendré un  monstre. C’est un monument d’une sérénité absolue mais il reste marqué par un enfantement terrible. il a été laissé en déshérence »

Le rêve d’un architecte danois, esthète étranger aux jeux politiques français. architecte mais non bâtisseur, étranger aux contingences du chantier. Le rêve d’un Président qui veut marquer Paris de son empreinte et qui s’est entiché de cette arche de triomphe du XXème siècle. Mais aussi, les magouilles d’un promoteur prêt à tout pour régner sur la Défense, les chausse-trappe des opposants politiques qui cherchent leur revanche en dynamitant un monument du Président qui ne gouverne plus. Edgar Faure dans le rôle du négociateur et du diplomate. Un vrai plaisir que ce récit d’une histoire pas si ancienne….

Et on apprend les aspects techniques, les faiblesses du marbre de Carrare, des ascenseurs merveilleux, on admire les prouesses des maçons qui coulent de maxi-poutres au dessus du vide….

Ma prochaine promenade urbaine sera :

« Faire à pied ces huit kilomètres entre le Louvre et la Défense, un jour de grand beau temps, et tôt le matin avant que n’enfle la circulation, est l’approche de l’Arche à la fois la plus simple, et celle qui, loin de la dévoiler un peu à chaque mètre, conformément à la progression linéaire, en fait entrevoir par a-coups ce qui l’apparente à un mirage, la légèreté, le mystère, la grâce, la vie.« 

Dada Africa à L’Orangerie

DADA AFRICA – Sources et influences extra-occidentales

Exposition temporaire 18/10/2017 au 19/02/2018

L’exposition est résolument plus Dada que Africa!

J’aime quand les visites se répondent ou font ricochet, Dada Africa a éveillé des souvenirs de l’exposition Apollinaire – Le regard du poète  au printemps 2016 ici même, Picasso primitif au Quai Branly l’hiver dernier. Plus loin, j’ai aussi trouvé des parentés avec l’Expo Bauhaus

Cette exposition commémore le centenaire du Mouvement Dada  et de l’ouverture à Zürich du cabaret Voltaire  en 1916, a déjà tourné à Zürich et à Berlin . Elle offre plusieurs facettes, plutôt francophones avec Tristan Tsara mais aussi allemandes avec les Mouvement Blau Reiter et Brücke. Ce double éclairage est d’autant plus intéressant que Dada est né pendant la Grande Guerre, en réaction aux atrocités. 

Tristan Tsara par Jean Arp

Jean Arp :  » nous cherchions un art élémentaire qui devait, pensions-nous, sauver les hommes de la folie des temps »

Je crois que ma prochaine visite de maison d’artiste sera à Clamart celle de la Fondation Arp

Rottluff : Adorant

D’entrée, on  admire des « masques » qui ne sont pas africains mais l’oeuvre de Rottluff (die Brücke) s’inspirant aussi de la sculpture océanienne.

casque à pointe tête de cochon

Un couloir sombre traite de la Grande Guerre avec des images filmées de masques- à gaz et gueules cassées, mais aussi l’affiche de la mobilisation des tirailleurs sénégalais qui avec l’arrivée en 1917 des afro-américains généralise le contact avec l’art africain. Dans les tranchées, les soldats africains sculptent des cannes ou autre chose. Une vitrine expose ces productions.

Affiche du Cabaret Voltaire
Affiche du Cabaret Voltaire

Nous arrivons ensuite dans le Cabaret Voltaire : au mur, encadrés des invitations, des affiches, des programmes, des photos (deux portraits de Tsara, l’un de Man Ray), des dessins satiriques, plus loin on retournera au Cabaret Voltaire avec les masques de Janco pour des « soirées nègres »

Affiche de Janco
tabu

Au cours des soirées on jouait du piano, déclamait des poèmes, il y avait également des danses. Deux vidéos sont projetées une danse de sorcières : Hexentanz de Mary Wigman

(copier et coller le lien parce que le bolg Le Monde n’accepte plus les vidéos????)

L’autre spectacle est récent (1957) et produit à Bruxelles mais donne une idée de ces soirées dadaïstes.

Dans un coin on voit deux grands pantins exposés à la Dada Messe, Foire de Berlin

L’archange prussien est une féroce caricature du militarisme prussien

L’archange prussien

En face, on voit une photo de l’urinoir de Duchamp contemporain des oeuvres dadaïstes.

Une salle est consacrée à la collection de masques de Paul Guillaume avec des photographies de l’intérieur de la maison de Paul Guillaume, rue de Messine. Un tableau de Picasso les accompagne. Ces masques sont présentés comme des œuvres d’art à part entière. Je n’ai pas fait de photo parce qu’ils sont présentés sous des vitrines plexiglas qui  font des reflets des passants indésirables.

statue assise Benia Kanicka Rep. d Congo

Ensuite je découvre des œuvres textiles : tapisseries de Arp, des marionnettes de Sophie Taeuber-Arp, pour la pièce de Carlo Gozzi  « Le Roi Cerf », des costumes, bijoux et ceintures colorés et géométriques s’inspirant des poupées kachina (indiens Hopis)

Les ^poupées kachina qui ont inspiré Sophie Taeuber- Arp

Aux œuvres colorées de Taeuber-Arp, répondent les poupées et les montages, collages de Hannah Höch

Hannah Höch : poupées dada
Hannah Höch : photomontage

J’ai raté les photos des masques de Janco, présentés en regard de masques traditionnels, masque déstructurés, cubistes, démesurés pour être portés.

L’exposition se termine sur des œuvres postérieures, surréalistes

Max Ernst : La nature à l’aurore

A l’extérieur de l’exposition, mais tout proche, une salle est consacrée à la plasticienne nigériane Otobong Nkanga  qui dénonce l’exploitation sauvage des ressources minières de son pays par une monumentale tapisserie

Otobong Nkanga

Otobong Nkanga

Collection ORDRUPGAARD – le jardin secret des Hansen à Jacquemart André

Exposition temporaire du 15.09.17 au 22.01.18

 

Gauguin : arbres bleus

Est-il bien nécessaire de faire le détour par Jacquemart André alors qu’il y a tant de belles expositions à Paris en ce moment, Gauguin, Derain, Degas, Corot…..?

Sisley : le garage des bateaux mouches

 

Hansen (1868-1951) est un collectionneur danois qui a réuni les meilleurs peintres français : Monet, Corot, Sisley, Pissaro, Degas, Courbet , Renoir, Berthe Morisot, Cezanne et Gauguin. 

Degas à la Nouvelle Orléans

Le musée est tout à fait charmant, les collections permanentes toujours un plaisir (un Mantegna, Della Robbia, Canaletto… et la belle fresque de Tiepolo. Le restaurant est très agréable, service parfait et des salades merveilleuses (j’ai pris une Mantegna avec pamplemousse, mangue, sésame poulet et épinards tout frais). Nous avons passé un joli dimanche.

Berthe Morisot

La légende de Carthage – Azedine Beschaouch – DECOUVERTES GALLIMARD

LIRE POUR LA TUNISIE

Quelle merveilleuse collection que celle de DÉCOUVERTES GALLIMARD !

Je n’ai jamais été déçue, ni par le texte ni par l’iconographie qui est extraordinaire.

Azedine Beschaouch – directeur de l’Institut national d’art et d’archéologie (1973-1982) et maire- adjoint de Carthage (1975-1990) est le spécialiste de Carthage. De plus, il a construit une ‘légende » passionnante :

le premier chapitre retrace la chronologie de la fondation mythique,  à la civilisation phéniciennes, en passant par les guerres puniques, puis la Carthage romaine, chrétienne avec Saint Augustin, enfin l’épisode des Vandales. les Arabes lui préférèrent Tunis…

Dans le second : « Une mémoire perpétuée….des vestiges disséminés »  on assiste à la redécouverte de Carthage, d’abord par les géographes arabes, au 11ème siècle El Bekri et Idrisi, plus récemment par Chateaubriand et enfin par les archéologues modernes à la fin su 19ème. Cette redécouverte ne fut pas une évidence, un archéologue très sérieux avait même situé Carthage en Algérie!

A la découverte de la métropole punique, énigmes à Carthage est une véritable enquête à énigmes. Les textes racontant Carthage sont ceux des vainqueurs : les Romains. Certes, Polybe était grec mais il était lié à  Scipion et son récit est partial. Sacrifiait-on des enfants au Tophet? Flaubert a raconté le moloch. légende ou vérité historique? Les archéologues proposent d’autres hypothèses. Une autre énigme fut celle de la localisation des ports de Carthage. La puissance des Phéniciens était maritime. Retrouver les ports et reconstituer la marine phénicienne était donc essentiel!

 

Carthage, ville romaine, disputait à Byzance la deuxième place dans l’Empire romain. Un chapitre s’attache à décrire la ville romaine.

La fin de Carthage, fut-elle Vandale (leur nom a mauvaise réputation) ou byzantine, ou arabe?

Comme toujours, dans cette collection, une large place est donnée aux documents littéraires. Michelet, Chateaubriand, Flaubert mais aussi Senghor!

La lecture est passionnante, mais je l’ai souvent interrompue pour aller à l’index des illustrations me renseigner sur tel tableau, telle photographie. On  peut aussi le feuilleter comme un livre d’images!