D’Aberfoyle vers la Mer du Nord

JUILLET ÉCOSSAIS

 

Plage de sable sur les bords de la mer du nord près de Montrose


Au réveil il pleut / un petit crachin et le haut de la colline a disparu dans le brouillard. De Stirling à Dundee nous roulons sur des voies rapides et sur l’autoroute. On a l’impression d’avaler les miles après toutes les petites routes qui tournicotaient. Dans Dundee, nous suivons la côte. La route traverse des agglomérations très urbanisées, cottages serrés les uns contre les autres, très petits jardins ou même pas de jardin du tout. Il faut trouver un B&B. Comme il est très tôt nous sommes confiantes et pensons pouvoir choisir un endroit qui nous plaît.

Première tentative à Carnoustie. Le parking de la plage est encombré de tentes et d’installations de l’OPEN  de Golf de la semaine dernière. Nous négligeons cette étape, trop civilisée à notre goût.

Arbroath occupe une position centrale dans l’Angus pour de multiples excursions : Abbaye célèbre, sites archéologiques pictes, ….Malgré toutes ces richesses touristiques,  son petit port sympathique, ses fumeries de haddocks et kippers l’hôtellerie est très peu développée. Le B&B fleuri sur le port est complet, près de l’Abbaye « The Vicarage » : « no vacancies ». Derrière le port deux façades colorées proposent B&B, le patron ouvre, un pakistanais très sympathique, il propose de nous prêter son garage personnel mais la chambre avec un grand lit, deux lits superposés conviendrait plutôt à une famille de travailleurs immigrés qu’à des touristes.

Nous poursuivons vers Montrose (prononcer le t) sur une toute petite route coincée entre la mer et la voie ferrée en pleine campagne. Dans le creux d’un vallon une petite route mène à la mer. Derrière les dunes, une plage immense.

Pique-nique  gastronomique : une épaisse tranche d saumon fumé du « smokie » beaucoup moins salé que les tranches fines qu’on achète en supermarché, et des petits gâteaux au gingembre. A  côté du parking, une ferme équestre avec un manège et des chambres à louer. Sur un écriteau, le site web et un numéro de téléphone (www.lunanaccomodation.com.uk) malheureusement au bout du fil : un répondeur.

Le premier B&B que nous visitons à Montrose nous décourage : le propriétaire ne peut nous loger que pour cette nuit. Selon lui, nous ne trouverons rien à Montrose à cause d’une rencontre de clan. Des Écossais du même clan arrivent du monde entier d’Australie, du Canada, d’Amérique…tout sera complet. Cela nous incite à prendre pension dans le premier hébergement venu au dessus d’un pub dans une rue passante dans un quartier peu agréable loin de la plage. Certes, la dame est gentille, les chambres sont toutes neuves, toutes blanches avec un grand lit en fer forgé deux petites tables rondes, une lampe de chevet design et du très beau linge. La salle de bain est à partager mais nous sommes les seules locataires. 50£ la nuit.

les fleurs de Saint Cyrus

Nous partons à la plage, sortons de la ville sans nous en apercevoir, et nous  retrouvons à Saint Cyrus sur le parking d’un Centre d’Interprétation de Wild life. Le centre est fermé. Un sentier  sur des planches nous conduit à la plage. Sur un petit pont qui enjambe un pré très fleuri nous apprenons que jusqu’en 1879 coulait ici une rivière qui a changé de lit en une seule nuit. Elle a creusé dans le cordon de dunes un nouveau déversoir plus au sud. Elle a laissé cette vallée sèche entre dune et falaise. La falaise protège la prairie et il s’est créé un  micro climat favorisant la végétation, les insectes et les oiseaux..

Quel plaisir de fouler le sable mouillé élastique et souple ! L’eau est fraîche mais pas froide. J’y trempe mes orteils. La plage  n’en finit pas. De curieux filets sont installés, des nasses géantes, des pièges à grosses mailles tendus sur de hauts poteaux d’au moins trois mètres de haut. Quel est donc le poisson piégé là ?

les oies bonnes gardiennes

Sur la route du retour, nous réservons dans le B&B installé dans une ferme. Ce sont les oies qui nous accueillent, il y a aussi des poules. On vend des œufs frais. Deux chevaux sont au pré. Les chambres sont très jolies. 55£ la nuit. La dame est très gentille mais la nuit du samedi est déjà complète, il y a une noce. Elle nous aidera à trouver quelque chose. Nous regrettons de ne pas pouvoir rester dès ce soir et rentrons à Montrose que nous ne nous donnons même pas la peine de visiter de dépit.

 

Le Prieuré d ‘Inchmahome, Marie Stuart

JUILLET ÉCOSSAIS

J’ai commencé Marie Stuart de Stefan Zweig. Fiancée dès sa naissance au fils de Henry VIII d’Angleterre, elle fut cachée par sa mère Marie de Guise au Prieuré d’Inchmahome sur un îlot du Loch Mentieth devant l’invasion des troupes anglaises.

 

 

 

 

 

 

 

 

La maison de la Laine d’Aberfoyle fait des soldes. Pour un article acheté, le même emporté.  Je choisis un pull vert d’eau chiné qui me plait beaucoup et un autre lavande un peu trop grand pour faire la paire. A la caisse, la vendeuse ignore la promotion et tente de me faire payer les deux articles. Furieuse, je laisse tout.

La « Forest Drive » est fermée. Nos plans sont contrariés. Nous avionsprévu une petite promenade au bord d’un lac . Il faut donc trouver autre chose. Sur la route de Callander, nous découvrons des promenades ignorées par notre carte dans un autre massif forestier. Du parking « little drum » un sentier balisé gravit une  colline (le petit tambour ?) puis descend au bord du lac Venachar. Un pêcheur a passé la nuit là. Il remballe ses cannes à pêches quand nous arrivons après nous avoir montré la photo de sa truite sur l’écran de son téléphone portable. Une jolie pelouse sèche borde l’eau. A l’arrière plan, le Mont BenVenue culmine à 730 m et se détache sur une forêt de sapins noirs. Brusquement,  nous nous rendons compte que le ciel est devenu très menaçant. Nous faisons le pari que le vent le chassera et commençons de déjeuner : assiette de poissons fumés et un avocat.

La traversée en canot à moteur pour le Prieuré d’Inchmahome dure 7 minutes. Il ne reste plus grand-chose du monastère, de belles ogives, quelques pans de murs en moellons grossiers. Ces ruines sont mises en valeur par les arbres centenaires. Nous avons cherché sans le trouver le noisetier,témoin du passage de Mary Stuart. Cette belle excursion termine bien une journée bien compromise.

 

Stirling

JUILLET ÉCOSSAIS

 

château de Stirling


Stirling n’est distante d’Aberfoyle que de 19km, dans  une campagne très cultivée, très soignée. Depuis Cromarty nous n’avons pas vu de champs de céréales. Les blés et l’orge sont dorés. Certaines fermes semblent très grandes avec de nombreux et grands hangars.

Comme celui d’Edimbourg, le château de Stirling est perché sur un volcan éteint. Des premières forteresses et du château du 14ème siècle, il ne reste plus de traces. L’ensemble est Renaissance, bâti par Jacques V pour la Reine Marie de Guise, la chapelle pour le baptême de l’héritier Jacques VI est une chapelle protestante très simple avec six grandes fenêtres ouvrant sur la Cour Intérieure décorée uniquement d’une frise géométrique encadrant les initiales des souverains dans des rectangles, seule originalité : une fausse fenêtre en trompe l’œil. Actuellement, on y a suspendu les magnifiques tapisseries de la Licorne – réalisées d’après des cartons anciens dans des ateliers situés dans des dépendances du château et qu’on peut visiter. Les tapisseries sont bien mises en valeur dans la chapelle mais elles auraient plus leur place dans la Halle (Great Hall) – salle de banquets – complètement restaurée. La couleur sable des pierres de cette aile choque un peu à côté des bâtiments anciens construits en pierre grise et noircis par le temps mais cette couleur sable est voulue pour ressembler à de l’or. Le plafond de chêne a été entièrement refait. On a habillé les murs de tapisseries. Les cinq cheminées qui réchauffaient les convives sont en était de marche. Sur une estrade étaient installés la table royale et les deux trônes. Les touristes qui posent pour la postérité assis sur le trône ont l’air un peu couillon.

le roi James V

  Le Logement royal,  construit en 1538 pour Marie de Guise par James V, est décoré de styles manuélin (selon le Routard) je le trouve simplement Renaissance. Des statues sur des pilastres figurent le roi James (Jacques) V  au coin sous le lion royal des divinités Vénus, Saturne. A l’intérieur les Appartements Royaux sont en restauration. Plutôt que les éléments déjà refaits, c’est le travail des archéologues qui est mis en scène et qui est intéressant. Comment cette cheminée doit être considérée comme postérieure  (le bâtiment fut transformé en caserne puis en école), comment cette pierre indique l’emplacement de la cheminée d’origine…

les cuisines du château

nous décidons de nous en passer. La visite est donc brouillonne. Je suis ravie de découvrir le décor dans lequel se déroule en partie la vie de Marie Stuart dont je viens de commencer la biographie par Stefan Zweig.

Centre historique de Stirling

Sous le soleil estival – enfin ! – nous descendons vers le centre de Stirling par une rue pavée très raide. Les maisons et les édifices historiques sont expliqués par des panneaux bleus apposés sur les murs. C’est amusant de repérer les curiosités signalées dans le dépliant. Malheureusement des panneaux modernes défigurent certains édifices. L’élégant immeuble Art Déco sobrement carrelé de blanc abrite Burger King on ne voit plus que l’ enseigne. Un architecte John Alan a dessiné des maisons très variées entre 1890  et 1910. L’architecture de cette période m’intéresse. Nous l’avons découverte à Vienne puis en Hongrie – alors que je l’ai toujours eue sous mes yeux pendant mon enfance à Paris avec les immeubles de Guimard à deux pas de chez mes parents !

Nous dénichons chez Marks&Spencer des salades, des sandwichs enroulés dans une pita très fine et de la jelly à la framboise qui n’est pas seulement typique aussi délicieuse : les baies prisonnières sont  fraîches et très parfumées.

En remontant vers la citadelle nous visitons Holy Rude, l’église ou l’Infant James VI a été couronné. Église catholique avec son clocher carré, son plan en croix latine, ses gros piliers romans ronds, sa nef très haute, elle a subi un sort curieux. Curieusement on l’a divisée en deux églises séparées au 17ème siècle à cause d’un prêtre sectaire qui ne voulait pas partager l’église avec un autre prêtre plus tiède. Un mur fut érigé au niveau du transept.

En face de Holy Rude, se trouve un  très joli édifice avec une tourelle carrée portant une niche où se trouve un personnage polychrome. C’est Cowane Hospital. Cowane, doyen de la guilde des Marchands a offert cet hôpital en 1648. Il est composé d’un bâtiment en ; longueur auquel on a ajouté deux ailes aux pignons triangulaires. Donnant sur le bowling presque aussi ancien, pelouse verte soignée, un petit enclos entouré de balustres de pierre.

Derrière l’église, un cimetière contient des tombes anciennes, on y reconnaît celles des membres de la Guilde au 4 inversé symbole de la guilde.

De l’autre côté de l’église, la façade imposante, l’appareil en bossage, de Mar’s Wark, le manoir du Comte de Mar à qui on confia James VI enfant, décoré armoiries et de statues dépassant en relief comme dans le Logement Royal mais maintenant en ruine.

Argyll’s Lodging, est une grande maison du 17ème siècle crépie de rose aux portes et aux fenêtres de pierre sculptée. Certaines pièces sont meublées, c’est une agréable visite

Wallace monument

Nous ne quittons pas Stirling sans faire le détour par le Wallace Monument, tour gothique 19ème siècle de taille monstrueuse perchée sur une colline de l’autre côté du Forth. Les monuments gothiques du 19èe siècle comme le Monument à sir Walter Scott à Edimbourg, pleins d’escalier et pompiers, ne me disent vraiment rien.

Sainsbury’s: les supermarchés, à l’étranger, m’amusent. On compare les prix et les marchandises avec ceux de chez  nous.

 

Aberfoyle

JUILLET ÉCOSSAIS

 

un manoir sur le bord du lac


 

Breakfast  dans une belle salle moquettée de tartan, décorée d’échantillons de tartan sous verre. Le service est attentif mais les tomates qui accompagnent les petites saucisses sortent d’une boîte tout comme les haricots (pour les haricots c’est moins gênant).

Milton

A 2km à l’Ouest d’Aberfoyle, à Milton, autour du lac d’Ard, se trouve le départ de randonnées. Celle qui est balisée en rouge, suit le lac sur 3 km sur un bon chemin de graviers. Sur la rive opposée sont construites de très belles maisons. Un petit manoir avec des tourelles se reflète sur le miroir lisse de l’eau noire. La caverne de Rob Roy est un amas rocheux. Dommage que je n’ai pas fini le livre commencé à Beauly. D’un « point de vue » on découvre 3 îlots minuscules. Sur le troisième, se trouvent les ruines d’un vrai château. Ce dernier doit être bien ruiné parce qu’on ne voit rien !  Je boucle le circuit dans la colline -138m seulement – mais bien raide. Avec la végétation de bruyères et ajoncs je serais tenté de parler de montagne. D’ailleurs au sommet (en complétant le circuit rouge avec le jaune), la vue est très étendue.

Le Centre d’Interprétation de la Forêt Elisabeth (parking payant) est aménagé pour l’observation de rapaces (Osprey) et chouette blanche. On a installé des caméras dans les nids. En ce moment je vois trois aiglons qui ont des plumes et la chouette est bien réveillée à 13H30 . Je suis moins impressionnée par les écureuils roux. En Grande Bretagne, les écureuils gris américains sont en train de faire disparaître les écureuils roux. Une grande campagne s’est engagée pour le sauvetage de l’écureuil roux.

Forest Drive

Bruyère écossaise!

Le parking noté N°12 sur le plan, est le  départ de la Forest Drive – route payante : on met soi-même 2£ dans une boîte. Attention, la route ferme à 18 heures ! Il y a une très belle vue panoramique et des tables de pique-nique et une curieuse installation de dalles de grès sur lesquels on a gravé des poèmes rappelant les lochs voisins ou à la gloire du bouleau. Les tables sont occupées. Nous colonisons un rocher plat. A peine avons-nous déballé le poulet tika et la salade de pomme de terre bios trouvée à la Coop. que des intrus nous dérangent. Un car à impériale rouge immatriculé à Prague s’est aventuré sur la piste de gravier et a déversé sa cargaison de Tchèques qui découvrent un véritable gisement de myrtilles qu’ils cueillent à poignées. Peu attentifs au paysage grandiose, ils ramassent avec enthousiasme les baies. Un autre car s’arrêtera : des Écossais des villes, beaucoup moins cueilleurs que les Bohémiens. Deux gamines indiennes regardent avec méfiance les petits fruits :

« comment s’appellent ils ? Peut être sont ils empoisonnés ? »

Je récupère une petite boite pour cueillir des myrtilles. Avec du yaourt et du sucre elles sont délicieuses, toutes seules, ce n’est pas fameux

Loch Katrine  

loch Katrine

Loch Katrine est un des lieux les  plus célèbres d’Ecosse, décor d’un roman de Walter Scott, chanté par des poètes. La dimension littéraire n’est pas le seul mérite de ce beau lac. La pureté de ses eaux  est remarquable: réservoir d’eau potable de Glasgow, il est étroitement surveillé et préservé. Encaissé dans sa vallée étroite, aucune route ne vient le polluer. Sur une seule rive, une piste cyclable est goudronnée, qui est également le sentier piétonnier sur 21 km. L’autre rive est restée sauvage, inaccessible. Deux bateaux le traversent : une petite vedette blanche et un vapeur ancien, le sir Walter Scott. Ce dernier a l’air de fonctionner plutôt à la fumée qu’à la vapeur. La promenade est très agréable. Malgré un parking saturé, très vite, je me retrouve seule à marcher. Des chênes centenaires, des sapins aux fûts impressionnants, abritent la piste. Je ne me suis même pas perçue qu’il avait plu. Des petites îles sont recouvertes d’une végétation luxuriante.

Sur le retour, le ciel s’est dégagé. Nous ne voulons pas nous enfermer à l’hôtel. Nous poursuivons la route de Milton vers Kilochard à l’autre extrémité du Loch Ard. Difficile de s’arrêter. Deux bancs font face au lac. A peine sommes nous installées que quatre canetons sortent de l’eau et viennent à notre rencontre. Nous avons du pain que je leur lance. La cane adopte un comportement maternel parfait : elle ne cherche pas à manger tant que ses petits se jettent sur les miettes. Elle se nourrira beaucoup plus tard. Au début, c’est toujours le même caneton qui attrape les morceaux. Ils ont beau se ressembler beaucoup, le plus agressif se remarquer ! Une autre nichée se rapproche, la cane avec des adolescents déjà bien emplumés. Ils avancent le cou tendu, le bec en avant, à l’attaque des petits qui ne se laissent pas intimider ; je suis forcée d’interrompre la distribution  de peur de provoquer une bagarre. Dès que je relance un morceau, les plus gros pincent le cou d’un petit. La mère viendra défendre son poussin. Celui qui s’était montré le plus culotté a bien décidé de se venger et va provoquer es grands. Il se fait copieusement pincer. Finalement les intrus, déçus de ne rien obtenir décampent. Les petits s’enhardissent et viennent réclamer à nos pieds. J’ai bien peur qu’ils ne traversent la route. Mais la mère les reconduit à l’eau.

cane et canetons

 


 

Traversée de l’Ecosse de Skye, Highlands aux Trossachs – Aberfoyle

JUILLET ÉCOSSAIS

 

Juste en face de Skye le château


Nous traversons Skye sous le soleil. Même le Cuillin est dégagé. Comme ses pentes sont raides et pierreuses, malgré ses 900 m, il est impressionnant. Le gravir doit être pénible.

En s’enfonçant dans les terres des Highlands, nous trouvons le mauvais temps. Les montagnes semblent attirer les nuages (il faut relativiser, les prévisions météo de la BBC étaient catastrophiques pour le nord l’Angleterre et couvert pour l’Ecosse).

Sur la carte, le trajet ne nous avait pas semblé long. Nous avions oublié qu’on circule en zigzag à l’Ouest de l’Ecosse, contournant fjords et montagnes infranchissables, multipliant d’autant les miles – maudits miles ! – une fois et demie plus longs que les kilomètres, ils n’en finissent pas. Il y a beaucoup de circulation  ce samedi matin. Le trafic très dense nous fait oublier que nous traversons des contrées sauvages désertées même par les moutons, des montagnes aux flancs raides et rocheux, des tourbières et des landes de bruyères. Le Glencoe est surtout remarquable, une seule maison – hôtel ou auberge de jeunesse – sinon pas une habitation, pas une station service. Sur le flanc du Ben Névis on voit encore de nombreux névés (à 1300 m, au mois de juillet). Nous traversons des paysages qu’on situerait chez nous vers 2500m –  3000m) pas un arbre. Avec un rayon de soleil ce serait magique – sous les nuages ils sont austères, tristes pour ne pas écrire sinistres. Nous avons passé sans s’y arrêter Fort Williams. Toutes les autres agglomérations attendues sur la carte sont des villages perdus. Et le niveau d’essence qui baisse !

Nous avons roulé 5 heures quand nous approchons des Trossachs. Un panneau nous annonce que nous avons quitté les Highlands pour le district de Stirling. Des forêts bordent la route. Pas  de noirs conifères, des noisetiers et de beaux chênes. Le relief s’adoucit, on hésite entre montagne et colline. La dernière heure, sur une route sinueuse nous paraît interminable. Nous n’apprécions même pas le « parcours panoramique ».

A l’Office de Tourisme d’Aberfoyle, aucune trace de la réservation téléphonique. Ann ne se souvient pas de moi, ni d’avoir parlé au téléphone avec quelqu’un de Dunvegan. Je suis très inquiète. J’ai transmis mes numéros de Carte Bleue y compris le cryptogramme. A qui donc ? En revanche, j’ai bien une chambre réservée à la réception de l’Hôtel Rob Roy, et la réceptionniste de l’hôtel s’appelle également Ann.

Rob Roy de cinéma!

 

J’avais rêvé d’un B&B cosy et intime, d’un bon breakfast écossais, de conversation avec la logeuse. A défaut, j’avais imaginé une vieille auberge, peut être au dessus d’un pub avec une enseigne peinte, des poutres noires, de suspensions fleuries…Le Rob Roy est situé à l’écart d’Aberfoyle après le rond point. Il est composé de plusieurs bâtiments grisâtres, un peu motel, un peu caserne. La chambre s’avère confortable, « en-suite », c’est à dire avec une belle salle de bain, vaste, chauffée, avec plateau et bouilloire pour le thé et télévision. C’est loin de mon Écosse rêvée, de nos cottages self-catering, mais c’est tout à fait convenable.

Waternish : randonnées et balades

JUILLET ÉCOSSAIS


L’île de Skye pointe trois doigts vers le nord. Duirnish à l’Ouest contient les tables de MacLeod, Trotternish à l’Est est le plus spectaculaire. Waternish, l’index est notre but de promenade. Nous avons bien préparé l’expédition à Waternish. Nous avons allégé les sacs pour emporter le pique nique sur notre dos : des petits rouleaux ressemblant à des sushis au saumon..

Nous garons la Vauxhall sur le parking devant l’église de Trumpan et prenons la route comme le topo l’ordonne. Au village, nous trouvons deux chemins et aucune indication. Celui de gauche longe la côte (ce qui est notre direction) mais il est fermé par une barrière retenue par une chaîne cadenassée. Nous préférons le chemin ouvert à celui qui est barré et grimpons la pente. De loin, on voit un cairn qui sera notre cap. Là, un fil électrifié nous interdit de continuer. Rien ne ressemble à la description du topo-guide. Le chemin se perd dans les bruyères. De notre position élevée on devine un chemin qu’on essaie de rejoindre en coupant à travers la lande. Nous marchons sur un sol très doux, très spongieux, très humide – une sorte de tourbière – la mousse est recouverte de lichens. Là où l’eau est plus abondante croissent des prêles et des joncs. Pour éviter de se tremper, il suffit de regarder les végétaux. L’herbe verte, rase, se trouve sur un sol stable. Les bruyères indiquent les endroits les plus secs.

Soudain, trois silhouettes progressent rapidement le long du rivage. A la vitesse de leur pas je peux déduire qu’ils marchent sur un bon chemin. Nous décidons de nous séparer. Je marcherai une heure dans un sens et ferai demi tour à 12H15 ;

La chaîne qui barrait la route s’enlève facilement. C’est une erreur de se laisser impressionner par les clôtures. Il suffit de refermer la porte pour ne pas laisser le bétail s’échapper. Le principe de la propriété privée est le contraire de ce qui prévaut en France où l’on ne passe que si le passage est permis et balisé. Ici, le passage des randonneurs est normal, parfois interdit mais rarement. En revanche le balisage et les panneaux indicateurs sont rares. Parfois on prévient de la présence d’un taureau mais pas toujours.

 

Le vent souffle fort de l’Est, disperse les nuages, et éloigne les midges. La température est hivernale. La surface de la mer bleue foncé est ridée de petites vagues blanches. C’est la première fois que nous voyons des vagues depuis que nous sommes à Skye. Au loin, l’horizon est très net. On voit partout des montagnes pointues très découpées les Hébrides ou la Côte Écossaise ?

Une autre promenade fait le tour d’une petite presqu’île en moins de 2 miles : joli itinéraire visible du haut de l’église de Trumpan. Malheureusement il faut traverser le troupeau des vaches écossaises pourvues de cornes recourbées très pointues. Le taureau est parmi elles. Elles sont beaucoup plus agressives que d’habitude. Cette fois- ci je rampe derrière la clôture électrique pour mettre le fil entre le taureau et moi.

Nous explorons ensuite la péninsule en voiture, découvrons de petits villages, des cottages blancs éclatant face à la mer.

  Stein

Le petit port de Stein est le plus joli quai qu’on puisse imaginer, avec une rangée de maisons fleuries, deux restaurants et une galerie d’art. Le long du mur, des bancs. La pelouse est tondue comme le plus soigné des greens. Je commande un grand café au lait servi dans un curieux verre à pied et je l’emporte dehors au soleil à l’abri du vent.

 

La promenade des deux églises

Elle démarre à quelques pas de notre cottage, dans l’ancien enclos paroissial de l’église ruinée, et  traverse une pâture, puis une lande de bruyères et d’ajoncs. La flore hésite ensuite entre des associations nordiques de mousses et de bouleaux et une forêt de noisetiers et de sorbiers avec des framboises et des ronces. J’arrive tout près du château de Dunvegan. Il faut remonter à mi pente dans la colline et traverser une forêt très dense  d’épicéas si serrés que les branches basses n’ont plus d’aiguilles vertes et qu’il fait très sombre. A l’église de Dunvegan, il faut reprendre la route. J’ai l’idée de couper en passant par le sommet de la colline où on a perché une sorte de menhir (il est ancien mais il a été érigé en l’an 2000).

 

 


Glendale – Nestpoint

JUILLET ÉCOSSAIS

 

Par un matin gris et frais; Des planches peintes indiquent qu’il y a ce soir « Gala à Glendale ». je suis très excitée à l’idée d’écouter de la  musique vivante sur Skye. La petite route à une seule voie serpente entre les passing places le long du bras d mer à l’est de Duirnish. La vieille chaumière préservée – encore un écomusée –  est fermée ! Le restaurant 5 étoiles «  the 3 chimneys ». Glendale s’étale dans le creux d’une petite vallée. Ses maisons sont dispersées aux flancs des collines. Au creux se prélasse la rivière en méandres pédagogiques. Le côté extérieur très creusé, l’autre courbe amassant les graviers et les sables noirs. Une petite route indiquée Glendale Mill grimpe hardiment en montagnes russes. Deux dames promènent 6 lévriers attachés ensembles.

3 cheminées!

–          « Où peut on faire demi-tour ? »

–          « devant la maison bleue. »

La vue est magnifique. Les  pics déchiquetés des Cuilins se détachent très nettement. Des îles émergent de l’étroit bras de mer qui nous sépare de Dunvegan. Cela me donne envie de dessiner. A peine suis-je installée qu’un homme revêtu du gilet fluo de ceux qui travaillent sur les routes, surgit de la colline. Il appelle son chien Carrey. Comme nous le saluons, il commence par nous indiquer un broch en haut de la colline. Puis il nous explique que les noms des villages aux alentours sont des noms vikings. Il nous parle des Vikings. On a montré hier sur la BBC la découverte d’un trésor viking au nord de l’Angleterre. Le berger a vu lui aussi cette émission à la télévision. Il est très enthousiaste. Il connaît la France et a assisté au Festival Celtique de Lorient. Il en a gardé un excellent souvenir. Etonné de se sentir tellement « at home » en Bretagne dans un univers si familier. En revanche, selon lui, le Gaëlique écossais ne ressemble pas du tout au Breton plus proche du Gallois. On lui demande s’il peut nous recommander des endroits à visiter – Nous n’avons encore rien réservé pour les dix jours suivants. Sur la carte, il nous montre les régions désertiques au nord d’Ulapool où il aimer se promener avec son chien. Il va en B&B quand il ressent le besoin de prendre un bain. On parle de moutons et du loup, des renards et des aigles. Sa houlette de berger est très belle. Il prend congé de nous. Il doit aller au secours de quelques brebis qu’un de ses voisins a vues en difficulté.

Je fais un saut au Musée de la Cornemuse. Reconstitution de l’intérieur d’une maison ancienne. La dame prend son bain dans un tub, des partitions pour cornemuse sont placardées, tout un bric à brac. Pas grand chose sur les cornemuses. Pour 5 £, j’achète un bonnet de laine chinée très douce tricoté à la main à Dunvegan.

Neistpoint,

Nous passons pour une troisième fois devant les mêmes maisons et finissons par demander notre chemin aux ouvriers qui réparent les lignes électriques.

–          « Demi tour et tout droit, passer Glendale (une 4ème fois !) et continuer la route !»

Les collines cachent d’autres collines, d’autres falaises. Il y a tant de moutons que les chiens ne sont pas les bienvenus. C’est aujourd’hui jour de marquage.

Le site est grandiose. Vers l’ouest, la série volcanique est entaillée pour former une falaise qui tombe à pic dans la mer. Des falaises de basalte, nous en avons vues, aussi bien à Madère, aux Canaries, au Cap Vert…empilement de coulées, prismes.

Une demi pyramide a basculé formant la pointe de Neistpoint. D’un côté la falaise, l’autre versant est une pelouse vert fluo qui s’incline vers la mer. Le parking est sur un plateau, un escalier et un ruban de ciment mènent au phare. A côté, une curieuse cabine de bois peinte en blanc soulignée de jaune avec un monte-charge rudimentaire. Un écriteau signale que les maisons du phare sont à louer – self catering – mais que le B&B peut aussi être organisé. En dessous, un numéro de téléphone à contacter. Cela me fait rêver ! Dormir dans un phare me semble être le plan le plus romantique qui soit. Imaginons la tempête ! Il faut descendre les valises et parcourir tout un kilomètre dans le brouillard. Ne pas quitter la sécurité du ruban de ciment. Le bord de la falaise est proche, les rafales pourraient nous emporter. Il vaudrait mieux voyager léger, un petit sac de voyage (peut être est ce la fonction du monte-charge ? Pour le « self catering », il ne faudra pas être trop exigent pour le menu. Les provisions devront être minimales. Peut être des œufs frais achetés à la ferme voisine, une soupe en boîte, des pâtes…

le phare de Nestpoint

Nous nous perchons sur un rocher pour pique-niquer : maquereaux fumés et carottes râpées. Les maquereaux sont plus goûteux que la truite, beaucoup moins chers aussi.

L’expédition au phare a pris une bonne demie heure sous un ciel dégagé et un franc soleil. Du parking, on ne voyait qu’une partie de l’itinéraire. La rampe de ciment remonte puis sur l’autre face de la moitié de la pyramide on descend une autre pente raide. Le phare est blanc souligné de jaune, assez bas, entouré de bâtiments en longueur aux portes vertes. Je ne pourrai  pas visiter les chambres. Tout paraît vide. Des panneaux interdisent l’accès. Des caméras CCTV surveillent. Le Royaume Uni est la patrie de Big Brother ! Pour savoir si on peut loger au phare, une seule solution : téléphoner ! Ce phare est d’autant plus excitant qu’il est caché aux regards des terriens. Seuls les marins et les îliens des Hébrides le connaissent/

Curieuses silhouettes de Nestpoint

Le phare est perché sur la falaise à pic mais le versant en pente douce plonge vers la mer quelques centaines de mètres plus loin. La balade se poursuit donc. A contre-jour, sur le bord de l’eau, des silhouettes se dessinent. Des pêcheurs ? Des estivants ? Plus j’avance, plus ces personnages immobiles me paraissent bizarres. Une croix au milieu se détache. Une croix face à la mer – ce serait banal en pays catholique. Ce que j’avais pris pour des hommes, ce sont des cairns. Est-ce la tradition d’ajouter sa pierre quand on parvient à la Pointe ? L’Ecosse est aussi la patrie des cairns puisqu’une de ses montagnes a donné son nom à ces accumulations de pierres sèches. Quand je m’approche davantage, je suis encore plus surprise. Ce sont de véritables sculptures. La croix est elle-même un assemblage de pavés  Art primitif ou art contemporain ? On a assemblé les cailloux de manière à construire des arches. Miracle de l’équilibre, survivent elles aux tempêtes de l’Atlantique ?

une chaussée volcanique

Je m’approche de l’eau. Pas de plage ici mais une sorte de chaussée de Géants : orgues basaltiques qui se découpent et se détachent pour faire des pavés géométriques.

Je remonte après avoir bien peiné dans les escaliers .Tout en haut, sur le rebord de la falaise. De là, on voit, tout petit, le phare. La vue est stupéfiante. La mer a une teinte bleue très intense. La lumière est vive. Skye parait peinte de couleurs vives. Les bruyères roses nous éblouissent. Les épilobes s’épanouissent.

les prismes volcaniques,

Il faut passer à l’Office de Tourisme pour réserver notre gîte pour demain. La dame manifeste de la mauvaise volonté. Elle ferme à 17heures (il est 16h45). Elle me laisse téléphoner de son bureau à Aberfoyle. Déception ! Rien à louer, pas de B&B non plus. Il reste une chambre à  l’hôtel Rob Roy. Le nom de l’hôtel me plaît. J’ai commencé le roman de Walter Scott à Beauly et l’ai laissé à regrets. Je ne pouvais quand même pas le voler !. Malheureusement je n’ai lu qu’une soixantaine de pages et je n’ai pas encore rencontré le brigand qui donne son nom au livre.

Nous retournons à Coral Bay dire adieu aux phoques qui dorment au soleil sur leur rocher. Nous revenons ici pour la troisième fois,  c’est devenu « notre »  plage, « notre rocher », « nos phoques ». J’ai besoin de m’approprier des lieux pour que le souvenir ne s’échappe pas trop vite de ma mémoire.

 

Château de Dunvegan, fleurs, vaches et phoques

JUILLET ÉCOSSAIS

Les tables de Mac Leod

 Courses

Nous avons décidé de profiter de notre agréable cottage et de rester dans les environs . Il y a trois épiceries au village. La plus grande, une superette offre des produits de base, des surgelés et a un distributeur de billets. En face, le marchand de légumes propose des produits bios y compris des médicaments. Plus loin, le Magasin Général, épicerie à l’ancienne vend de la viande fraîche et des poissons fumés artisanalement. Problème : il ouvre tard  – 10heures – et ferme à 17 heures.

Jardins à l’anglaise

Géraniums bleus et mélange coloré

Le château de Dunvegan est entouré de jardins et d’un parc qui, à eux seuls, valent le déplacement. Des jardins à thème : jardin rond avec des buis taillés à la française, « jardin entouré de murs », jardin d’eau, jardin sauvage. Le contraste entre les paysages austères de la lande désolée et des prairies rases, et l’exubérance des jardins, leur variété, me rappelle l’opposition entre désert et jardins, au Maroc. Là-bas, le jardin est symbole du Paradis. La couleur verte et l’eau de la fontaine sont objets de délices  inouï. En Écosse, le vert est une banalité et non un luxe, c’est plutôt la profusion des fleurs qui croissent à l’abri des murs ou des grands arbres. Grande sophistication du jardin à l’anglaise, rien ne doit trahir l’artifice. Tout doit sembler naturel. On mélange géraniums simples, campanules et digitales qui poussent à l’état naturel mais avec des variétés extrêmement élaborées. Au lieu de rares clochettes sur une hampe unique, les campanules forment des touffes bleues fournies avec des tiges ramifiées portant de véritables bouquets. Peu de place est accordée aux rosiers en buissons taillés bas comme chez nous. Les rosiers d’Ecosse sont grimpants, leurs fleurs sont simples comme de églantines à peines teintées de jaune, mais au parfum suave, ils s’appuient sur des arbres ou arbustes. On ne sépare pas la clématite aux fleurs rouges éclatant du rosier. Les lianes s’enchevêtrent avec bonheur. De même, on laisse se développer mousses, lichens et fougères sur les arbres. Ces épiphytes deviennent un élément du décor. Un sorbier est envahi de lichens velus ? Peu importe ! Son tronc et ses branches revêtus de gris vert seront plus décoratifs que son feuillage atrophié.

 

Le château des MacLeod

Le château des MacLeod, propriété de famille depuis le Moyen Age, a  la silhouette d’un château fort malgré les rajouts du 16ème au 19ème .Un crépi gris cache les pierres anciennes et gâche un peu l’aspect extérieur .

Comme à Cawdor, c’est un château habité. Il ne faudra pas chercher l’authenticité historique ou la reconstitution des décors d’époque. Plutôt une accumulation de beaux objets à travers les siècles. Le plus intéressant : la collection de portraits des différents châtelains. Jusqu’au 19ème siècle, ils portaient l’habit et la culotte de soie de la noblesse et non le kilt. C’est sir Walter Scott qui a fixé « l’accoutrement » (sic) du seigneur pour la cérémonie en l’honneur de la venue de George IV à Édimbourg (cette cérémonie, nous en avons entendu parler plusieurs fois). C’est depuis cette époque que les MacLeod se sont fait peindre en kilt.

Pas de leçon d’histoire comme à Armadale, des anecdotes concernant des objets précieux conservés au château. Le drapeau des fées est le plus précieux d’entre eux. Soierie tissée à Rhodes, elle apporte la victoire à qui livrerait bataille en sa présence. A-t-elle été donnée par une fée ? A-t-elle été rapportée de Croisades ? Est elle parvenue par le commerce des Vikings avec Byzance ? Autres trésors : une corne de bovins décoré d’argent ciselé pour en faire une corne à boire, des tabatières…On nous montre le cachot, les escaliers dérobés dans l‘épaisseur du mur.

 

Rencontre avec un berger en kilt

rencontre avec des vaches écossaises et leur berger

Retour  à la plage de Corail pour terminer la promenade retrouver les phoques à marée  basse. Le troupeau des vaches chevelues paît tout près de la route. Occasion de faire des photos « typiques ». Pour une fois, nous nous comportons en touristes exécrables. Nous approchons de bien trop près ces pauvres ruminants qui aimeraient brouter en paix. Je m’avance d’un air décidé vers celle qui porte les plus belles cornes effilées. Du haut de la colline d’en face, on m’interpelle en français : – « Reculez en arrière ! –laissez cette vache ! »D prend la mouche, croyant qu’il s’agit d’un touriste muni d’un téléobjectif  furieux parce que nous lui gâchons la photo. Elle lui répond de manière peu amène et même grossière. J’ai bien vu que l’individu portait un kilt de tartan, en regardant mieux, il n’a pas d’appareil photo mais de grosses jumelles. C’est peut être le berger ou le propriétaire des vaches. Nous regrettons notre confusion. Nous aurions pu aller le voir, bavarder, le questionner au sujet du troupeau, de Skye…Survient un Français narquois :

–          « Alors, comme cela, vous embêtez un berger écossais ! »

qui remonte dans son camping car immatriculé en Savoie.

 

La sieste des phoques

Les phoques sont bien là, sur leur îlet. C’est l’heure de la sieste.  L’eau s’est retirée très loin. La plage de corail est frangée d’un cordon de galets gris. Un passage permet même de gagner à pied la petite île situé en face. Plusieurs touristes s’y aventurent. Ils m’agacent parce j’ai peur qu’ils ne dérangent la colonie de treize phoques en train de prendre leur bain de soleil.  Dimanche dernier, à la marée montante, les phoques faisaient des cabrioles. Ils étaient plus amusants.

 

Les Tables de MacLeod

Les Tables de MacLeod sont les deux sommets de Dunvegan. Leur nom local Healabhal vient du norvégien.

 «  La légende raconte qu’autrefois ils étaient pointus. Lorsque St Columba vint évangéliser Skye le moine fut chassé après que le chef local li ait dit qu’il ne trouverait aucun abri sur ses terres. Aussitôt eut il prononcé ces paroles, un énorme grondement vint  des profondeurs de la Terre et l’ai se remplit de poussière. Quand la poussière se dissipa les sommets étaient aplatis faisant ainsi un lit et une table pour Columba.

Le nom anglais de Table de MacLeod vient du 16ème siècle quand MacLeod rendit visite au roi Jacques V à Edimbourg. Au cours du banquet, provoqué par les chefs du continent, MacLeod se vanta d’avoir une plus belle salle de banquet sur Skye. Le défi fut lancé. Tous les participants au dîner d’Edimbourg, le roi compris, furent conduits sur Healabhal où un anneau d’hommes portant des torches faisaient le tour du sommet. Par chance il faisait beau et les étoiles brillaient «  (traduit d’après Chris Touwnsend, livre de randos sur Skye)

 

Filets et casiers

Le petit port de Dunvegan est bien caché. C’est  un vrai port de pêche avec des casiers à crustacés et de vrais bateaux de pêche. Nous rentrons au gîte sous un beau soleil mais aussi un vent frais. Encore une belle journée !

Sud de Skye

JUILLET ÉCOSSAIS

Vers le sud

paysage de Skye, eau et nuages

Pour aller au sud il faut plus d’une heure, 50km sur une route à 2 voies où la circulation est plus dense que sur autres routes de l’île. D’abord nous passons entre le vert fluo et l’eau qui s’insinue partout dans des bras de mer tortueux et compliqués. Après Sligachan l’imposante silhouette du Cuilin domine tout le paysage et accroche les nuages. Les couleurs changent : brun, rose des bruyères, vert foncé des fougères. Des dégoulinades pierreuses évoquent des coulées anciennes décolorées. Peut être des pierriers dus à l’érosion ? Vers Broadford, Skye est plate. Les cottages avec leurs panneaux B&B se succèdent. Le tourisme n’est pas agressif, pas de faute de goût, pas d’immeubles, des petites maisons blanches derrière leur jardin. Mais le charme est rompu. Plus de solitude, de landes ou de vertes prairies peuplées seulement de moutons.

Des petits panneaux bleus étoilés signalent que la route de Sleat est financée par la Communauté Européenne. Elle est large de 2 voies, avec (luxe !) des bas côtés faisant trottoir et même une piste cyclable ! La route la plus large que nous ayons fréquentée depuis bien longtemps. Là aussi, cela casse l’ambiance !  La côte sud est la « Côte d’Azur de Skye » : le climat est plus doux, les agaves fleurissent, les fuchsias forment de gros buissons rouges, presque des arbres, poussant, sauvages, sur le bord de la route. La côte est également plus construite de jolies villas avec des jardins magnifiques.

  Armadale

Chardon de collection? ou chardon écossais?

  Le Château du clan Macdonald est entouré de jardins. Le « château » est une ruine gothique de 1815 et qui a brûlé quelques dizaines d’années plus tard. L’aile plus ancienne est une belle  bâtisse rectangulaire. Une autre ruine se trouve dans le jardin devant le lavoir. Les jardins sont plus intéressants : mélange « naturel » de plantes cultivées et de fleurs sauvages. Des primevères composées, super-coucous à plusieurs étages de 60 cm de haut. Des fuchsias arbustifs, des agaves au feuillage et aux hampes florales violettes.

Le musée est ultra moderne. On y prête un audio guide très bien fait. Sans cet auxiliaire, l’exposition de textes et de photos aurait été bien austère et indigeste. Mais le commentaire est intelligent. Nous entendons une nouvelle version de l’histoire de l’Ecosse à travers la version du clan Macdonald.

Les origines celtiques des Gaëls sont bien expliquées. Comment faire des Hébrides et de Skye le centre du monde ? En affirmant que les Vikings ont « découvert l’Amérique », en étendant leur domaine d’influence jusqu’à l’Empire byzantin et même à  la route de la Soie. On imagine alors que les marins abordant Skye échangeaient des informations venant du monde entier. L’ancêtre des Macdonald, Sommerled, marié à une princesse norvégienne, établit – dit on – sa supériorité en dotant son drakkar d’un gouvernail. Les Macdonald étaient les Seigneurs des Iles. Leur domaine s’étendait jusqu’à l’Irlande.

Le nom de Flora Macdonald est lié à celui de Bonnie Prince Charlie. Les guerres Jacobites sont aussi très bien expliquées. C’est une bonne mise au point après notre visite au château d’ Édimbourg.

Une pièce est consacrée aux tartans, cornemuses, et autres accessoires romantiques ou folkloriques mis en scène par Walter Scott puis par l’Angleterre victorienne. Ce folklore est repris à son compte par une Écosse actuelle toujours nationaliste.

Je n’ai pas appris grand-chose de nouveau qui ne soit pas dans le Gallimard mais c’est une bonne illustration. A force de répétition, l’histoire de l’Ecosse commence à rentrer !

 

végétation exotique

Pointe de Sleat

Vers la Pointe de Sleat, la route à 1 voie monte et descend comme sur les montagnes russes de la foire. Pendant la montée on ne sait ce qu’on va trouver en haut de la côte. Il vaudrait mieux ne pas se croiser dans la pente. Heureusement il y a peu de voitures pendant l’heure du déjeuner et chacun fait bon usage des passing places. Pour aller au bout de la Pointe il faut continuer à pied sur une grande piste qui pourrait être carrossable et qui, comme la route, monte et descend. A la Pointe : une petite plage de sable blanc, quelques maisons, un petit port. C’est une agréable promenade – un peu sportive – d’un peu plus d’une heure et demie en marchant d’un bon pas.

Les fuchsias égaient et ensoleillent la côte sud

Les loutres de Kylerhea

Des naturalistes ont installé une cabane d’affût pour observer une colonie de loutres. Le parking est aménagé 1 km sur un bon chemin qui descend progressivement. On a de très  belles vues sur le Sound of Sleat, très étroit, qui sépare Skye de l’Ecosse. Un petit ferry fait des navettes entre des débarcadères rudimentaires. A l’affût des magnifiques jumelles sont attachées au rebord de bois. On cherche les loutres et on trouve des phoques sur un îlot couvert de laitue de mer. Un cormoran et perché. Deux hérons parcourent gravement  la grève. Les goélands escortent bruyamment le bac. Après une bonne demie heure d’affût nous rentrons.

Le retour est encore bien long sous un soleil radieux jusqu’au Cuilin qui est comme auréolé d’un nuage comme aspiré vers le sommet donnant une impression d’estampe japonaise. Le soleil baigne le nord de Skye.

 

Trotternish

JUILLET ÉCOSSAIS

Old man of Storr

Sous un beau soleil nous prenons la route de Portree (20 miles) traversant une forêt et des landes. La petite route qui fait le tour de la presqu’île de Trotternish est très tranquille et  traverse des contrées inhabitées. Les pics déchiquetés de Storr se profilent ;  on extrait de la tourbe. Les petites briquettes sont entassées Nous nous chauffions à la tourbe en Irlande. J’aime bien l’odeur qui ressemble à celle du café torréfié. Pour cette même raison D ne l’aime pas.

Arrêt suivant pour voir une jolie cascade. L’eau ruisselle partout. Le sol de tourbière est spongieux. Le ciel est encore bien bleu.

Old Man Of Storr

les aiguilles déchiquetées de Trotternish

Le parking au départ de la promenade au « Old man of Storr » se trouve en face d’une forêt de résineux très dense. Si je craignais de me perdre, me voici rassurée le parking est plein, des touristes descendent de voiture. Le sentier est bien tracé. Le fascicule annonce 4km et 300m de dénivelée – au moins une heure. Dès les premiers pas les premières gouttes de pluies tombent. Je ne les sens pas puisqu’une grande partie de la montée se fait sous les sapins plantés très serrés. Quand je sors à découvert, des écharpes de brouillard se faufilent entre les pinacles volcaniques. 40 minutes après être partie, je suis sous la fine aiguille que je dépasse pour atteindre un petit col. Seuls les randonneurs très bien équipés le dépassent ; Il est temps de redescendre. Je déplie la cape de randonnée.

 Diatomite

Nous reprenons la route sous une pluie battante. En haut d’une falaise rose, des panneaux  racontent que là, arrivaient les wagonnets de diatomite extraite dans un loch à 4 km. Il reste quelques installations rouillées. Pas de diatomite. J’en aurais bien échantillonné. Sous l’objectif du microscope les diatomées sont des organismes particulièrement gracieux.

      Kilt rock

Kilt Rock : prismes basaltiques et roches colorées en strates horizontales

      Kilt rock est une attraction du circuit de Trotternish. Cette formation rocheuse rappelle le tartan écossais. Des sédiments jurassiques de différentes couleurs déposés horizontalement (sables, grès, calcaires) sont recoupés par des dykes, intrusions volcaniques perpendiculaires, formant ainsi le motif écossais. Au dessus une épaisse coulée s’est refroidie en formant des prismes verticaux formant des orgues basaltiques spectaculaires. C’est là que nous mangeons nos salades toutes prêtes achetées à l’épicerie de Dunvegan.

La pluie redouble sans affecter notre humeur. Après tout, nous attendions la pluie et nous sommes équipées !

  Fossiles

A Staffin, dans une vieille maison de pierre on peut visiter un petit musée (1.5£). Le gardien est un gamin qui enfourche son vélo quand une voiture s’arrête. Dans un coin, des outils, des vieux meubles auxquels je prête une attention toute relative. L’essentiel de la collection consiste en ammonites énormes de 30 ou 40 cm de rayon, de septaria, galets creux comme des géodes et cristallisés, divisés en loges. Il y a même des empreintes de dinosaures et un fragment d’os de sauropode jurassique. Moins spectaculaire mais tout aussi intéressante : une bélemnite entière.

      Château de Duntulm

les ruines du château de Duntulm

Dominant la falaise, au dessus de la mer le château de Duntulm est bien ruiné. Le site est magnifique mais il ne reste pas grand chose du fief des Mac Donald. Des légendes effrayantes s’attachent à ce lieu. Un bébé aurait été défenestré. On y aurait rendu la justice en enfermant le condamné dans un tonneau bardé de clous qui aurait dévalé le précipice ! Sous ma cape plastique, je brave la tempête. Je ne veux rater aucune attraction du circuit de Trotternish, ni le château, ni les rochers ni le monument de galets érigé en l’honneur des joueurs de cornemuse.

      Kilmuir

les chaumières de Kilmuir

      Un groupe de chaumière a été restauré pour installer un écomusée. Deux maisons meublées ont conservé le lit clos par des rideaux, le couvre-lit crocheté avec la laine des moutons de la ferme, tondue, filée, teinte sur place…Sur les étagères, des tasses patriotiques, souvenirs de couronnements anciens de monarques disparus…des lettres, des factures anciennes (pas si antiques puisque l’une d’elles est datée de 1967 !

Age du Fer

La dernière étape est une surprise : un tunnel de l’âge du fer. Le site est récemment ouvert au public. Le tunnel n’a été découvert que dernièrement. On a laissé une torche pour que le visiteur puisse y entrer.