Dada Africa à L’Orangerie

DADA AFRICA – Sources et influences extra-occidentales

Exposition temporaire 18/10/2017 au 19/02/2018

L’exposition est résolument plus Dada que Africa!

J’aime quand les visites se répondent ou font ricochet, Dada Africa a éveillé des souvenirs de l’exposition Apollinaire – Le regard du poète  au printemps 2016 ici même, Picasso primitif au Quai Branly l’hiver dernier. Plus loin, j’ai aussi trouvé des parentés avec l’Expo Bauhaus

Cette exposition commémore le centenaire du Mouvement Dada  et de l’ouverture à Zürich du cabaret Voltaire  en 1916, a déjà tourné à Zürich et à Berlin . Elle offre plusieurs facettes, plutôt francophones avec Tristan Tsara mais aussi allemandes avec les Mouvement Blau Reiter et Brücke. Ce double éclairage est d’autant plus intéressant que Dada est né pendant la Grande Guerre, en réaction aux atrocités. 

Tristan Tsara par Jean Arp

Jean Arp :  » nous cherchions un art élémentaire qui devait, pensions-nous, sauver les hommes de la folie des temps »

Je crois que ma prochaine visite de maison d’artiste sera à Clamart celle de la Fondation Arp

Rottluff : Adorant

D’entrée, on  admire des « masques » qui ne sont pas africains mais l’oeuvre de Rottluff (die Brücke) s’inspirant aussi de la sculpture océanienne.

casque à pointe tête de cochon

Un couloir sombre traite de la Grande Guerre avec des images filmées de masques- à gaz et gueules cassées, mais aussi l’affiche de la mobilisation des tirailleurs sénégalais qui avec l’arrivée en 1917 des afro-américains généralise le contact avec l’art africain. Dans les tranchées, les soldats africains sculptent des cannes ou autre chose. Une vitrine expose ces productions.

Affiche du Cabaret Voltaire
Affiche du Cabaret Voltaire

Nous arrivons ensuite dans le Cabaret Voltaire : au mur, encadrés des invitations, des affiches, des programmes, des photos (deux portraits de Tsara, l’un de Man Ray), des dessins satiriques, plus loin on retournera au Cabaret Voltaire avec les masques de Janco pour des « soirées nègres »

Affiche de Janco
tabu

Au cours des soirées on jouait du piano, déclamait des poèmes, il y avait également des danses. Deux vidéos sont projetées une danse de sorcières : Hexentanz de Mary Wigman

(copier et coller le lien parce que le bolg Le Monde n’accepte plus les vidéos????)

L’autre spectacle est récent (1957) et produit à Bruxelles mais donne une idée de ces soirées dadaïstes.

Dans un coin on voit deux grands pantins exposés à la Dada Messe, Foire de Berlin

L’archange prussien est une féroce caricature du militarisme prussien

L’archange prussien

En face, on voit une photo de l’urinoir de Duchamp contemporain des oeuvres dadaïstes.

Une salle est consacrée à la collection de masques de Paul Guillaume avec des photographies de l’intérieur de la maison de Paul Guillaume, rue de Messine. Un tableau de Picasso les accompagne. Ces masques sont présentés comme des œuvres d’art à part entière. Je n’ai pas fait de photo parce qu’ils sont présentés sous des vitrines plexiglas qui  font des reflets des passants indésirables.

statue assise Benia Kanicka Rep. d Congo

Ensuite je découvre des œuvres textiles : tapisseries de Arp, des marionnettes de Sophie Taeuber-Arp, pour la pièce de Carlo Gozzi  « Le Roi Cerf », des costumes, bijoux et ceintures colorés et géométriques s’inspirant des poupées kachina (indiens Hopis)

Les ^poupées kachina qui ont inspiré Sophie Taeuber- Arp

Aux œuvres colorées de Taeuber-Arp, répondent les poupées et les montages, collages de Hannah Höch

Hannah Höch : poupées dada
Hannah Höch : photomontage

J’ai raté les photos des masques de Janco, présentés en regard de masques traditionnels, masque déstructurés, cubistes, démesurés pour être portés.

L’exposition se termine sur des œuvres postérieures, surréalistes

Max Ernst : La nature à l’aurore

A l’extérieur de l’exposition, mais tout proche, une salle est consacrée à la plasticienne nigériane Otobong Nkanga  qui dénonce l’exploitation sauvage des ressources minières de son pays par une monumentale tapisserie

Otobong Nkanga

Otobong Nkanga

Collection ORDRUPGAARD – le jardin secret des Hansen à Jacquemart André

Exposition temporaire du 15.09.17 au 22.01.18

 

Gauguin : arbres bleus

Est-il bien nécessaire de faire le détour par Jacquemart André alors qu’il y a tant de belles expositions à Paris en ce moment, Gauguin, Derain, Degas, Corot…..?

Sisley : le garage des bateaux mouches

 

Hansen (1868-1951) est un collectionneur danois qui a réuni les meilleurs peintres français : Monet, Corot, Sisley, Pissaro, Degas, Courbet , Renoir, Berthe Morisot, Cezanne et Gauguin. 

Degas à la Nouvelle Orléans

Le musée est tout à fait charmant, les collections permanentes toujours un plaisir (un Mantegna, Della Robbia, Canaletto… et la belle fresque de Tiepolo. Le restaurant est très agréable, service parfait et des salades merveilleuses (j’ai pris une Mantegna avec pamplemousse, mangue, sésame poulet et épinards tout frais). Nous avons passé un joli dimanche.

Berthe Morisot

François 1er et l’Art des Pays Bas au Louvre

François 1er par Clouet

Exposition temporaire du 18 Octbre 2017 au 15 janvier 2018

Première question à l’entrée de l’exposition, pourquoi cette association entre François 1er et l’art néerlandais?

J’ai plutôt tendance à imaginer un François 1er Renaissance italienne. Le portrait équestre  de François 1er par  Clouet donne un élément de réponse, Clouet de Valenciennes est considéré comme un peintre des Pays Bas. La carte du nord de la France montre la frontière proche d’Amiens  en ce temps là. Clouet n’est pas seul, toute une cohorte d’artistes flamands, néerlandais ou tout simplement d’Arras formaient une école non négligeable.

L’exposition fait un inventaire, parfois hétéroclite d’ailleurs de ces artistes que je ne connaissais pas. Peinture, tapisserie souvent de Bruxelles, vitraux et sculptures. Les oeuvres sont très variées.

martyr des deux saint Jean

Deux peintres maniéristes flamands Gauthier de Campes et Arnoult de Nimègues. j’ai beaucoup aimé l’extraordinaire précision des  ornements, bijoux, broderies, la foule de personnage. Le Triptyque de l’adoration des mages de Jan de Beer est de la même veine, j’ai adoré les petits anges d’une telle finesse qu’ils ne sont pas ressortis à la photo, aériens envolés dans le haut du tableau ou survolant la crèche.; le rendu des cheveux des Rois Mages.

le Maître d’Amiens : « au juste poids véritable… »

Les tableaux du Maître d’Amiens sont fascinants : foule de personnages d’un soin étonnant; On pourrait contempler chacun des visages, observer les détails du décor, chercher l’allégorie : Marie porte la véritable balance je « juste poids » est Jésus » . il s’agit de l’illustration d’un palinod – un poème peint pour la cathédrale d’Amiens

la salle suivante montre des sculptures de bois délicatement peintes de Scipion Hardouin

Scipion Hardoin : sculptures

Dans des vitrines, des manuscrits sont merveilleusement bien illustrés ou enluminés et au mur on voit des gravures correspondant à ces illustrations de la Guerre des Gaules ou du Maître du Carcer d’amour, roman espagnol publié à Séville en 1492. Une réserve cependant, les formats sont très petits et l’éclairage est très faible, j’ai bien du mal à en profiter et je me félicite du manque d’affluence, par jour de foule on ne verrait rien.

La salle suivante propose de grandes pièces, tapisseries et vitraux: Tenture de l’Histoire des Gaules et Jugement de Salomon (1531)en tapisserie de Bruxelles.

Après la déambulation dans ces trois salles je me suis demandée quel rapport avec François 1er? La réponse est encore Clouet! Toute une série de portraits du Roi mais aussi de ses proches. François 1er est représenté en Saint Jean Baptiste. L’agneau est traditionnelleemnt associé au baptiste, la croix de roseau va bien, mais le perroquet?

Clouet : Saint Jean Baptiste sous les traits de François 1er

la section suivante s’intitule François 1er collectionneur. On voit encore toute une série de portraits dont celui d’Henry VIII de Joos van Cleve, portraitiste invité à la cour.

henry VIII Joos van Cleve

Un autre portraitiste de La Haye est Corneille dont on voit une série de 19 portraits de petit format presque tous sur fond vert dans la même attitude, mains jointes et souvent en habit noir., un soin particulier est accordé aux mains.

 

J’ai beaucoup aimé les sybilles en pierre de Tonnerre du Retable de Formentière.

l’exposition se termine avec l’Ecole de Fontainebleau : sur le chantier du château une multitude d’artistes se sont rencontrés, italiens, français, flamands….

musiciennes ou courtisanes? on reconnait Notre 10Dame de Paris dans le paysage au fnd

 

 

Etranger résident collection de Marin Karmitz à la Maison Rouge

PHOTOGRAPHIE NOIR ET BLANC

Exposition temporaire jusqu’au 21 janvier 2018

le mineur de Gotthard Schuh

Exposition temporaire jusqu’au 21 janvier 2018

Marin Karmitz (des cinémas MK2 et producteur de cinéma) a présenté ses collections en les scénarisant comme le film d’une vie. On découvre ainsi en regardant les collections de photographies et d’autres œuvres plastiques, la personnalité du collectionneur.

J’ai beaucoup aimé ces photographies argentiques en noir et blanc, plutôt noires que blancs où le grain, le flou, la lumière qui jaillit a le charme de l’ancien. On entre dans l’univers du photographe Michael Ackermann  installé à New York depuis 1974 reportage d’une banlieue populaire Cabbagetown.

Toute une salle évoque les communautés juives d’Europe de l’Est – Karmitz est originaire de Roumanie – série de clichés de Roman Vischniac missionné par le Joint, étonnant ensemble intitulé Kibboutz en Europe de l’Est de Moï Ver (Lituanie) . Non seulement le témoignage est capitale mais les photos sont d’une grande beauté. Dans les photos plus récente je note aussi les prises de vue d’Auschwitz d‘Antoine Agata son  Huis-clos raconte toutes les ambiguïtés et les violences d’une journée à Jérusalem,

Si la collection est essentiellement photographique, elle comporte aussi des dessins et des sculptures ainsi que de très belles sculptures mexicaines, des tableaux de Dubuffet, des installations d’Annette Messager et Boltanski…..

Impossible de faire le tour de toute cette exposition sans faire une énumération fastidieuse, incomplète…Chacun fera la visite en mettant l’accent sur une facette différente de l’ensemble.

Impossible pour moi d’illustrer ce billet : rien n’interdisait de faire des photos, mais photographier des photos de grands photographes, c’est leur faire injure, les piquer sur Internet frôle l’illégalité, je ne veux pas me préoccuper de copyright, cherchez les donc sur Google, et cliquez sur les liens intertextes.

 

Anders Zorn (1860-1920)- un peintre suédois au Petit Palais

Exposition temporaire (15/09/2017 au 17/12/2017) 

J’aime découvrir des peintres dont je n’ai jamais entendu parler ;  Zorn fut mondialement très célèbre en son temps et le reste dans son pays, la Suède. C’est donc  une belle surprise.

La première section de l’exposition : Débuts entre Suède, Espagne et Londres présente surtout des portraits à l’aquarelle. C’est mon premier sujet d’étonnement et d’admiration! J’associe plutôt aquarelle à des paysages.

Zorn excelle dans les portraits et dans le rendu des drapés, des plis des vêtements. Ces aquarelles sont d’une précision et d’une densité remarquables.

Point de flou artistique, de coulures ou de couleurs fondues, de la maîtrise parfaite de la précision, dans tous les détails de la physionomie comme des feuilles des jardins.La densité des couleurs contraste avec la transparence habituelle dans cette technique.

Un saisissant portrait de Viktor Rydberg dans son bureau en grisaille et sépia est d’une précision photographique.

 

 

 

 

 

Deuxième collection : Les grandes aquarelles et les effets d’eau d’Istanbul à Saint Ives, est la partie de l’exposition qui m’a le plus bluffée. Le Port D’Alger, d’Istanbul, de Hambourg ainsi que des parties de canotage pout les Vacances d’été sont autant d’occasion de révéler la virtuosité dans les reflets, les clapotis, les vaguelettes à la surface de l’eau. Je photographie de tout près et en gros pan les différentes techniques qui varient à chaque tableau.

A Saint Ives et à Londres, Zorn peint à l’huile.

 

 

 

Dans une salle toute tendue de rouge avec moquette rouge est exposée La décennie Parisienne (1888-1895)  ou le peintre participa à paris à de nombreuses expositions. On voit ici de grands portraits. J’ai préféré les portraits d’enfants, des petites filles et encore à l’aquarelle. Les grands tableaux des femmes dans les cafés ou l’omnibus, portrait d’un Paris noctambule me plaisent moins.

Le sujet a été déjà traité avec plus d’ originalité. les Portraits de société, portraits de célébrités, hommes politiques, banquiers ou magnats de l’industrie m’ont paru ennuyeux sauf peut être ceux de Mrs Richard Lowe en belle robe rose ou Elisabeth Sherman Cameron dans un décor japonisant.

Zorn et sa femme

Une salle ronde dans la pénombre est dédiée à Zorn, Graveur à succès . les portraits sont croqués sur le vif, réalisés très rapidement : celui de Marcellin Berthelot fut réalisé en 20 minutes!  je retrouve des études pour les femmes de l’omnibus ou les grands portraits, plus vivants, que sur les grands tableaux…

Rodin

 

Une troisième section est consacré à la Suède traditionnelle .Dans la  salle tendue de bleu tirant vers le vert d’eau. On y voit des scènes villageoises avec de grands tableaux dans une autre aux teintes de bois de pin, des scènes intérieures, le grenier à foin, des jeunes filles de Dalicarlie tricotant, une petite brasserie.

la dernière salle : nus et baigneuses montre des scènes de sauna, et des baigneuses nues dans la nature.

Voyage d’hiver dans les bosquets de Versailles

TOURISTE DANS MA VILLE

Le voyage d’hiver me parle de Schubert!

La belle photo des perles d’Othoniel dans le blog d’Aifelle m’a donné envie d’aller me promener dans les jardins du Château de Versailles.

Météo tristounette, ciel couvert, automnal, presque hivernal. C’est l’or des feuilles qui éclaire le paysage – et j’espère – les photos.

Parcours d’artistes contemporains. Pour l’art contemporain, je fais de gros efforts. parfois, je suis récompensée. Parcours ludique, jeu de piste pour adultes. Les installations sont numérotées. Munie d’un plan, je cherche les bosquets. Au début j’ai du mal à m’orienter. Parcours labyrinthique.

bosquet de l’arc de triomphe

Le Bosquet de l’Arc de triomphe n’a pas d’arc mais un groupe de métal doré soutenant un dieu, ou le Roi sur un trône. La plasticienne Marguerite Humeau a installé un sphinx en hauteur derrière des plantations de graminées et d’arbustes aux troncs colorés. C’est joli mais je préfère les statues anciennes

Sphinx Otto protecting from Humanskind

L’installation suivante se trouve dans le Bosquet des Trois Fontaines. J’aime beaucoup ce bosquet installé sur une pente où deux grandes vasques en haut et en bas et deux petites au milieu sont entourées de rocailles, vrais coquillages, ormeaux nacrés et conques, des reliefs contournés me font penser aux châteaux de sables , rocailles arrondies….Les sculptures de David Altmejd, ne m’ont pas convaincue, surtout l’homme à tête de chien aux ventre-géode et aux boutons dans le dos.

Bosquet des trois fontaines Le souffle

J’ai adoré le Bosquet des bains d’Apollon WE GAVE A PARTY FOR THE GODS AND THE GODS ALL CAME de John Giorno.

les Bains d’Apollon WE GAVE A PARTY FOR THE GODS AND THE GODS ALL CAME LET IT COME LET IT GO

Le plasticien s’est il contenté de rajouter un rocher avec ce texte en lettres capitales? L’intention d’Hubert Robert (1778-1781) est séduisante. Dans la grotte de Théthys, un groupe de dieux ou nymphe festoie. Les chevaux du soleil  ne sont pas visibles. La première grotte de Thétys détruite en 1684 inspira Jean de La Fontaine :

Quand le Soleil est las et a fait sa tâche

Il descend chez Thétys et prend quelque relâche

C’est ainsi que Louis va se délasser.

D’un soin de chaque jour il faut recommencer

Dans le Bosquet du Dauphin, L’installation de Dominique Petitgand TOUT EST BOULEVERSE est sonore, comme le souffleur de feuille sévit dans le coin, ce n’est pas du tout convainquant!

 

Bosquet de l’Obélisque Jean Marie Appriou a installé 4 statues représentant les 4 saisons. De loin, j’avais pris le gros animal balourd pour un dinosaure, en m’approchant, pour le Dodo, finalement c’est un signe balourd. En face, une taupe surgit du sol, idée amusante:

taupe

Le Bosquet de l’Encelade est un de mes préférés, Titan qui s’est mesuré à Jupiter est à moitié enseveli sous des rochers, ou la lave de l’Etna. L’ajout moderne de totem de céramique colorée ne se remarque même pas. En revanche tout autour, les topiaires, la galerie en treillage est très élégante.

Titan enseveli dans les laves de l’Etna

Le Soleil, d‘Ugo Rondinone , cercle doré qui termine la perspective et s’ouvre sur le grand canal, est très réussi.

J’aurais aimé aller à la place des deux touristes pour prendre en photo le Char d’Apollon  et, au fond, le château, il est déjà midi, je n’ai vu qu’un côté de l’exposition. Je ne fais pas le détour

Char d’Apollon

Au retour j’ai un coup de cœur pour le Bosquet de la colonnade,

bosquet de la colonnade : PROSERPINE ‘S CHRYSALIDE

Je me perds dans le chemin du Labyrinthe, je n’ai pas  vu les perles d’Othonniel que j’attendais (elles ne sont pas sur mon plan. Autre exposition?

Je me promets de revenir ‘été quand les jets d’eaux, les cascades et les grandes eaux magnifient les bosquets. Cette promenade hivernale a bien du charme, ma foi!

Voyage Métropolitain :de Mitry à Thorigny aux confins NE de la Métropole, à l' »ombre » du TGV

VOYAGE MÉTROPOLITAIN

sous les piles du TGV

Malgré des conditions météo exécrables une cinquantaine de courageux voyageurs sont sortis du terminus du RER B à la station Mitry-Claye. Courageux et décidés, le Voyage Métropolitain est toujours une expédition passionnante, intellectuellement très enrichissante grâce au regard aiguisé des spécialistes, architectes, urbanistes, paysagistes, photographes, journalistes…. et aussi pour les promeneurs lambda qui ne sont ni diplômés ni spécialistes, une journée de partage et de convivialité chaleureuse. Parce que de la chaleur humaine il en faudra pour nous réchauffer sous le crachin! Les randonneurs ont sorti les capes de pluie, pas seyantes mais efficaces, d’autres ont fait confiance aux parapluies.

voyage métropolitain n°32
merci au VM15

Mitry-Mory c’est la fin du RER et l’arrivée en rase campagne, la vraie campagne avec des champs sur des hectares, des espaces boisés. L’assurance d’une randonnée-nature? Cela commence très bien en lisère d’un bois aux couleurs rousses automnales, une allée pavée est couverte de feuilles. Un spécialiste des espaces verts nous signale une zone humide, un étang, un puits artésien, d’anciennes cressonnières…

L’ambiance bucolique est rompue par la ligne de TGV qui traverse le paysage et une rangée de pylônes de la ligne à haute tension. Les lignes de TGV seront  des éléments récurrents dans ce voyage en Seine et Marne. Autre axe majeur : le canal de L’Ourq qu’on suivra à plusieurs reprises autour de Claye- Souilly. J’ai rêvé d’une promenade tranquille sur le chemin de halage. Le Voyage métropolitain ne musard pas dans la  campagne, il  explore les circulations structurant le Grand Paris : chemin de fer et hydrographie.

Jens a renoncé à nous faire suivre le canal qui serpente autour de Claye Souilly et qui aurait rallongé la randonnée de plusieurs kilomètres. Nous coupons par le village de Souilly d’abord puis par Claye, plus urbain. Si les pesticides de l’agriculture intensive font disparaître les insectes, les  édiles des petites cités que nous traversons sont aux petits soins pour eux, construisant à chaque rond-point des hôtels à insectes aussi ravissants que spectaculaires. »Puisque les insectes désertent les campagnes, accueillons les dans les villes » ai-je entendu ce midi, à propos des abeilles de l’aéroport de Blagnac. La petite église de Claye se trouve près du canal, le monument aux morts aussi, Hymne à la Joie et Marseillaise puisque nous sommes le 11 Novembre. Je suis surprise par l’affluence sous les parapluies. On doit drôlement s’embêter ici pour venir en foule sous la pluie à la commémoration, ou on est anormalement patriote?

Nous avons retrouvé le chemin bordant le canal, pas pour longtemps puisqu’on préfère aux eaux courantes entraînant les feuilles mortes à grande vitesse, les grandes piles de béton des lignes ferroviaires qui forment  un triangle traversé par une quatrième ligne. Où vont tous ces trains? A Lille ou à Strasbourg, à moins que ce soit à Marne La Vallée? Es gros ronds rouges donnent un caractère japonisant.

Les Monts Gardés

Les Monts Gardés

Le but de la randonnée, et le lieu du pique-nique n’est plus loin. Jens nous a annoncé qu’on déjeunerait au sec « dans une sorte de grange ou dans une yourte« . Après avoir enjambé la Nationale 3 à chaussées séparées comme une autoroute, et longeant une route à circulation importante (D404) nous arrivons dans un endroit un peu étrange en face du site d’enfouissement des déchets de Véolia un cadenas garde un portail. Nous découvrons un site très étrange. Des poutres noires verticales balisent le terrain. Sous la brume, aujourd’hui 11 novembre, cela donne un aspect funéraire, stèles d’un bizarre cimetière? ici un carré de petits chênes, là des herbes hautes, plus loin des arbres alignés plantés régulièrement, on grimpe sur une verte colline, des animaux nous accueillent deux énormes cochons, très amicaux, des poules en liberté, un cheval et un âne dans une écurie. La grange est basse, la voûte consolidée par des palettes. Un peu plus loin il y a une ravissante roulotte de bois (made in Roumanie). Nous nous installons sur des bottes de paille, des caisses de plastique, une porte sert de table. Au dessus de nos tête sèchent des bouquets d’herbes, au fond sont stockés des légumes. Agnès notre hôtesse veut savoir qui nous sommes, présentation rapide du Voyage Métropolitain.

un cochon amical

Elle nous fait le récit de son travail de réhabilitation du site des Monts Gardés que lui a confié dans les années 2000, la SNCF. Dans le triangle défini par les trois lignes à Grande Vitesse, on a creusé, déposé des remblais,déposé du matériel, compacté et massacré le sol et le sous-sol avec des engins lourds. Il convient donc de donner à ce chantier un aspect acceptable. Agnès est paysagiste. On attendait d’elle qu’elle plante le maximum d’arbres pour masquer les dégâts. L’usage est de déposer des bâches plastiques et d’installer des petits arbres en espérant qu’ils pousseront. Ces plantations sur plastiques sont courantes sur les remblais d’autoroutes. Cette solution ne lui a pas semblé satisfaisante et elle a préféré une vrai réhabilitation des sols à un maquillage artificiel. Combler, fertiliser, refaire du sol. Ce que la nature fait toute seule depuis des millions d’années, elle se propose de le faire. Au lieu d’acheter des arbres tout poussés, elle préférerait laisser les oiseaux et les animaux semer des graines, et comme c’est une expérience sur 35 ha elle a travaillé en association avec l’INRA et le CEMAGREF pour une expérimentation d’agro-foresterie en vrai grandeur.

la roulotte

Sa description dantesque de l’endroit qu’elle a trouvé est impressionnante, non seulement le site est dégradé, mais il est environné par les 3 lignes de trains à grande vitesse qui roulent avec un vacarme assourdissant, la proximité de la Nationale 3 n’améliore pas les choses. Et comme cela ne suffisait pas, il faut aussi savoir que la région est une décharge énorme de tous les gravats et déchets industriels non recyclables, avec la noria des camions et les pollutions diverses. Nous ne l’aurions jamais deviné en gravissant la jolie colline herbue. Après quelques années elle « s’est associée » à un troupeau de mouton pour l’entretien et la tonte de l’herbe. Les poteaux noirs sont les traverses des rails, ils balisent les différentes parcelles expérimentales. Sans eau, sans électricité et depuis 2007, sans financement de la SNCF qui a considéré que le site était maintenant d’un aspect acceptable, Agnès et son associé continuent leur expérience cultivant des jardins et même du blé, déposant des couches et des couches diverses, graviers, mulch, feuilles, élevant en quasi liberté leurs animaux. Elle dit que l’instinct paysan revient facilement aux humains qui peuvent à partir de presque rien cultiver et construire. Des bouteilles et des résidus des brasseries de bière font un matériau de construction intéressant. On pourrait l’écouter pendant des heures. On aimerait en savoir plus….Curieusement la SNCF vient de re-découvrir son travail et lui propose à nouveau une collaboration. En attendant, elle bricole, invite des volontaires et laisse la nature faire… Elle nous fait part aussi de son nouveau projet d’ouvrir une boutique pour écouler ses légumes (étrangement, cultivés sans engrais ni pesticides ils ne seront jamais bio, le substrat n’étant pas aux normes) , elle imagine une boulangerie de pains aux farines anciennes, et même un magasin de café pour récupérer cette substance précieuse pour le sol qu’est le marc de café qu’on gaspille. L’acheminement se ferait par le Canal de l’Ourq tout proche….

 

Cette rencontre est extraordinaire. Elle justifie à elle toute seule notre cheminement le long de la D 404 très passante, sur un toute petite bande d’herbe détrempée et bien glissante (je me suis payé un gadin spectaculaire dans la boue) jusqu’à Annet-sur-Marne. Ici aussi, décharge industrielle, piétons interdits dans les environs! Cette campagne est-elle la poubelle d’un Paris Métropole déposant remblais, gravats ou pire?

On coupera à travers la base de loisir de Jablines-Annet, parc arboré et pièce d’eau délicieuse après l’enfer de la circulation. malheureusement il faudra rebrousser chemin à deux reprises : carrières souterraines, entrée interdite!

A la tombée de la nuit on suivra quelques centaines de mètres l’aqueduc de la Dhuys qui achemine en souterrain l’eau potable jusqu’aux réservoirs de Télégraphe à Paris. Ce serait encore une très belle randonnée pour un jour ensoleillé! Enfin la nuit tombe sur Thorigny et  où nous trouverons un café accueillant et la gare de Thorigny Lagny ligne P – 25 minutes  pour la Gare de l’Est avec seulement un arrêt à Vaires et à Chelles.

 

 

 

 

Jouy en Josas : Promenade sur les bords de la Bièvre et en forêt Musée de La Toile de Jouy

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

La Bièvre à Jouy

La Bièvre est un affluent de la Seine, couvert près de Paris (33 km), un joli ruisseau à Jouy-en- Josas, prenante sa source à Guyancourt. Elle était aussi appelée Ruisseau des Gobelins. Tapisseries des Gobelins, Toiles de Jouy, les eaux de la Bièvre n’étaient sans doute pas innocentes dans cette industrie textile? La promenade commence à la sortie de la Gare du RER C, Rue Jean Jaurès jusqu’au rond point. On trouve ensuite le chemin piétonnier en suivant la pancarte Musée de la Toile et on trouve le campus Thales. Le sentier suit la Bièvre et c’est une courte promenade tranquille jusqu’au Musée de la Toile de Jouy. Comme le Musée n’ouvre qu’à 11h, j’ai suivi les balises rouge et blanches du GR 22 (le sentier de Paris au Mont Saint Michel) qui m’ont conduite à la Gare du RER C du Petit Jouy – les Loges, puis qui est monté bien raide en forêt. Chênes et châtaigniers le jour de la Toussaint : des couleurs d’or et un tapis de feuilles.

Musée de la Toile de Jouy dans le château de l’Eglantine (19ème s)

 

Le Musée de la Toile de Jouy est une excellente surprise.

la manufacture et la fabrication

D’où me venait ce préjugé qui faisait de la Toile de Jouy un tissu mièvre et démodé, tout juste bon pour une chambre d’enfants? Je n’attendais donc rien de spécial de cette visite. Et j’avais bien tort!

A l’étage, une présentation technique illustrée en motifs de Toile de Jouy agrandis, détaille les étapes de la fabrication:

lavage des toiles blanches, grillage et calandrage, blanchiment sur l’herbe, pincettage à la main, sèchage, pliage….

 

les toiles étaient principalement teinte à la garance rouge et à l’indigo venant des Antilles. Poudres de colorants, tampons et plaques sont pr

ésentés au musée.

Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815)

Les Indiennes de coton furent importées à Marseille au 17ème siècle par les Arméniens. Colbert créa ensuite la compagnie des Indes Orientales.

E 1686, pour protéger les soieries françaises on interdit l’importation des toiles de coton. Les huguenots installèrent en suisse des fabriques d’indiennes et cet interdit fut levé en 1759.

En 1760, Oberkampf, allemand qui avait appris la technique d’impression en suisse fonda la Manufacture de Jouy en Josas.

 

La présentation historique de ce Musée est particulièrement intéressante et m’a passionnée. La proximité de la cour de Versailles et l’excellence des tissus a permis le développement de la manufacture. Louis XVI anoblit Oberkampf . La Révolution n’a pas mis fin à la prospérité, au contraire! c’est au début des années 1790 que la production atteignit son apogée nécessitant le travail de 10.000 ouvriers. 

Tout juste les motifs changèrent. On imprima la démolition de la Bastille, puis la Fête de la Fédération, enfin la conquête de l’Egypte…Oberkampf devint en 1789 le maire de Jouy, fut décoré de la Légion d’honneur par Napoléon. Quand il mourut en 1815, les officiers prussiens lui rendirent les honneurs.  Intéressants aspects aussi du blocus continental.

On peut aussi raconter l’histoire en examinant les motifs des toiles, fleuris et décoratifs pour certains, délicieusement colorés et extiques :

au motif de l’ananas!

D’autres racontent des histoires comme Paul et Virginie : 

Paul et Virginie illustré!

 

 

L’Indépendance des Etats Unis inspira les illustrateurs, l Mythologie aussi, plus neutre en ces périodes de changement politique…

Grecques ou romaines?

Les médaillons me font penser aux wax africains. Ils racontent aussi l’histoire des idées. Existe-t-il un musée des Wax?

Au rez de chaussée une exposition est consacrée au thème de  l’amour : amours volages ou durables, célébrations du mariage et de l’amitié sur laquelle le temps a moins de prise. tous les symboles y sont expliqués.

Ne pensez pas que les toiles de Jouy n’ont pas d’avenir. il en existe aussi des contemporaines, JP Gauthier les a utilisées ainsi que d’autres créateurs actuels

Jouy 21ème siècle!

 

Le parc de l’Eglantine recèle de très beaux spécimens d’arbre, la promenade est un peu abrupte, on sort du parc dans la forêt de Versailles où on retrouve le GR22 et d’autres itinéraires balisés.

haras de Vauptain et aqueduc de Buc

Nous avons pique-niqué aux abords du très beau haras de  Vauptain. En arrière plan,7 les arcades de l’aqueduc de Buc construit par Louvois en 1684 pour apporter l’eau au parc de Versailles.

Chrétiens d’Orient à l’IMA – 2000 ans d’histoire

EXPOSITION TEMPORAIRE A L’INSTITUT DU MONDE ARABE

jusqu’au 14 janvier 

Plaques d’ivoire 6ème et 7ème siècle

Exposition importante couvrant 2000 ans d’histoire et tout le Moyen Orient, de l’Egypte à l’Anatolie, du Liban à l’Arménie……réunissant des pièces d’une valeur inestimables, certaines prêtée par des communautés et couvents. Grande variété aussi des objets, mosaïques et chapiteaux, icônes, manuscrits et textiles sans oublier les photographies et même des films…Chacun y trouvera ce qu’il cherche.

Bible arménienne enluminée

Pièces antiques des premiers chrétiens et objets liturgiques. Une étude très exhaustive présente  les courants du christianisme avec les influences, les conciles, les théories qui les différencient: christianisme alexandrin, nestorien, arménien, melkite, maronite…. La naissance du monachisme, des stylites aux monastères du désert égyptien occupe une salle entière.

icône

Après la Conquête Musulmane au 7ème siècle, les Croisades au 11ème, et la Constitution de l’empire Ottoman, les influences se mêlent, les cultures s’hybrident, se répondent. Les objets s’échangent : objets de la vie quotidienne fabriqués par les artisans chrétiens pour les dignitaires musulmans,  ou gravure des commerçants turcs à la Foire de Beaucaire.

maquette des lieux saints à destination des pélerins

Une Bible polyglotte en sept langues, imprimée à Paris par l’orientaliste Savay de Brèves, ambassadeur à Constantinople 1591-1614 – publiée de 1620 à 1645 permettait aux érudits de comparer la version hébraïque du texte sacré à sa traduction grecque, syriaque, copte, araméenne….J’ai été aussi très impressionnée par la lettre de Soliman à François 1er accordant les capitulations.

Détail du rideau d’autel en coton de madras

Un rideau d’autel de la chapelle arménienne de Jérusalem est en coton de Madras, venant d’Inde, illustrant le rôle des chrétiens dans le négoce des textiles dans la région et surtout à Alep…

Difficile de ne pas évoquer dans l’histoire récente, les persécutions :  le Génocide Arménien ainsi que les massacres des Syro-Chaldéens au début du 20ème siècle. Une exposition photo des Pénélopes, femmes attendant un  mari, un fils disparus, un film libanais…

 

 

 

 

Inextricabilia – enchevêtrements magiques à la maison rouge

EXPOSITION TEMPORAIRE du 23 juin au 17 septembre 2017

Judith Scott(1992)

Inextricable, les objets pelotonnés de Judith Scott, la laine enroulée emmêlée :  Art brut, l’histoire de Judith Scott est bouleversante : fillette trisomique séparée de sa jumelle, puis la retrouvant 36 ans plus tard.

Fétiche d’Afrique de l’Ouest

enroulé, liés les objets magiques, vaudou loin de l’art contemporain et pourtant si proche! enroulements magiques. Ceux de Judith Scott ne l’étaient ils pas aussi?

Fétiches ou création contemporaine?

cornes magiques? entrelacs complexes de matières et d’objets. si par mégarde les objets se trouvaient mélangés il faudrait appeler le conservateur pour les ranger!

Objets de culte que ce mur de la Maison de Marie d’Ephèse où les pèlerinsontaccroché des lambeaux de tissus, des rubans ou des papiers…

Que dire des reliquaire, le papier enroulé a remplacé le tissu mais quels entrelacs!

reliquaire

Qui dit entrelacs dit aussi broderie, textile couture ou tricot. Comme il est beau le Manto daApresentaçao d’Arthur Bispo do Rosério  vêtement cérémoniel pour être digne de se présenter devant le Créateur : Art brut que ce travail obsessionnel réalisé à l’hôpital psychiatrique avec des matériaux récupéré.

Les tenues de Guiseppe Versino réalisées avec les serpillières après nettoyage de l’hôpital psychiatrique de Turin sont de toute beauté

A côté des fétiches et talismans, desproductions d’Art brut réalisé en hôpital psychiatrique, des plasticiens reconnus comme Annette Messager ou Louise Bourgeois ou Pierrette Bloch  ont réalisé des oeuvres qui trouvent leur place.

L’oeuvre de Michel Nedjar m’a  beaucoup impressionnée. Nouages symboliques d’objets liés à ses voyages en Afrique ou en Iran mais aussi ces poupées de tissu tout à fait effrayantes qui clôturent l’exposition juste avant la projection de vidéos où les artistes racontent leur travail. Michel Nedjar – dans Les chantiers interdits – livre une clé pour comprendre : il voit dans sa vie un avant et après Nuits et brouillard – tombé dans une profonde dépression il s’enferme pour fabriquer ces poupées qu’il trempe dans un »bain rituel » il les exhume comme s’il exhumait les morts…

Michel Nedjar

Une autre vidéo du Suisse Marc Moret explique comment avec divers objets pris dans une pâte de verre pilé, il fabrique des compositions étranges collage à maman intègre les aiguilles à ouvrage, des tissus redonnant « vie » à ces objets…

Exposition très émouvante!